À LA VIE À LA MORT par Johnny Metteko
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À LA VIE À LA MORT par Johnny Metteko

Publié le 12 août 2022 par Contribution extérieure
On s'est rencontré en rue en mars 1978, j'avais tout juste 16 ans, je me promenais avec le premier album de Buzzcocks "Another Music in a Different Kitchen" sous le bras, un vieux de 19 ans et demi m'a abordé, comme Mick Joggeur l'a fait avec Ket Richard et son disque de Chuck Berry. On était très peu nombreux à écouter du punk à l'époque, un disque ou un badge et on s'accrochait. Sinon la plupart qui venaient à nous c'était pour nous chercher misère, il fallait savoir se battre ou courir ;-) , on n'était pourtant pas déguisés comme les clowns de Kings Road, les cheveux courts, une boucle d'oreille, une veste en jeans ou une veste en cuir, baskets et jeans retroussés suffisaient à nous faire traiter de p...é, alors quand on en rencontrait un de notre bord, c'était amitié assurée, à la vie a la mort, ou à la vie à l'amour si c'était une des rares filles du milieu.

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On s'est rencontré en rue en mars 1978, j'avais tout juste 16 ans, je me promenais avec le premier album de Buzzcocks "Another Music in a Different Kitchen" sous le bras, un vieux de 19 ans et demi m'a abordé, comme Mick Joggeur l'a fait avec Ket Richard et son disque de Chuck Berry.
On était très peu nombreux à écouter du punk à l'époque, un disque ou un badge et on s'accrochait. Sinon la plupart qui venaient à nous c'était pour nous chercher misère, il fallait savoir se battre ou courir ;-) , on n'était pourtant pas déguisés comme les clowns de Kings Road, les cheveux courts, une boucle d'oreille, une veste en jeans ou une veste en cuir, baskets et jeans retroussés suffisaient à nous faire traiter de p...é, alors quand on en rencontrait un de notre bord, c'était amitié assurée, à la vie a la mort, ou à la vie à l'amour si c'était une des rares filles du milieu.

Johnny Metteko et Gee Gee Ramone à Medellin en Colombie

Gee Gee l'ancien m'a appris les Stooges, les New York Dolls, l'histoire, la politique et bien d'autres choses, moi je lui ai appris à voyager, sur le tard, quand il a arrêté de picoler. On a fait de fantastiques road trips à Cuba, en Colombie, en Biélorussie, en Arménie, en Géorgie, en Bulgarie, en Serbie, des pays qu'ils faut mériter, où derrière chaque galère se cache un moment merveilleux, là où les hommes ont la main ferme et le cœur généreux, là où les femmes sont dignes et coquines.
Je me souviens de la route entre Baracoa et Guantánamo, on a pris en stop deux mastodontes en bleu de travail – ça été son premier flash à Cuba de voir tous ces gars en bleu de travail, couverts de cambouis, ça lui rappelait son papa parti trop tôt – l'un baladait son coq la tête en bas et l'autre un grand sac en jute avec je n'sais quoi, ils pesaient facilement 500 livres ensemble, Gérard aimait compter en livres.
Autant vous dire que notre petite Hyundai trois portes a raclé le sol quand ils se sont serrés sur le siège arrière. Conversation:
- Vous vous appelez comment ?
- Vladimirrrr et Yosmany, et vous ?
- Jean-Claude et Gérard (c'est déjà beaucoup moins sexy ;-) )
- Vous venez d'où ?
- De Belgique
- Vous êtes Français ou Flamands ?
- Comment vous savez ça ? On est francophones de Bruxelles.
- J'ai appris ça à la télévision, sur la canal Educativo
Le frère enchaîne:
- Moi je connaît Hairrrcoule Poyrrrrot, il est Belge non?
- Mais oui, comment tu sais ça ?
- J'ai lu le Crime de l'orient-Express, enfin la moitié, on se servait des pages comme papier de toilette.
- Et vous faites quoi dans la vie ?
- On travaille à l'usine, après on ramène aussi des victuailles de la campagne, pour arrondir les fins de mois, tu sais ici il faut inventer (se débrouiller). Et vous vous faites quoi ?
- Moi je suis bibliothécaire et mon copain est barman
L'homme au coq se gratte la tête et très sérieusement nous demande :
- Ah bon ? Vous êtes homosexuels ?
On était pliés ;-) , faut dire qu'avec notre petite auto blanche et Gérard avec sa carte routière qu'il tourne et retourne dans tous les sens, on était déjà dans le cliché, nos professions ont fait les reste...
Ils nous ont invité chez eux, on a sifflé ensemble une bouteille de rhum avec leur pépé, assis avec son Pampers dans sa chaise roulante, il sifflait toutes les clopes à Gégé malgré sa trachéotomie, la fumée sortait de partout, de la gorge, du nez et même des oreilles, comme à l'usine des gamins.
Au moment de prendre la route, on s'est serrés dans les bras et promis une amitié éternelle. Des rencontres comme ça on en a fait tant et plus, et ça n'était pas fini, on avait aussi des projets, on rêvait de la Nouvelle Orléans et de Chicago, de la Russie et de son Transibérien, manger un croque à Vladivostok, imagine... Ou descendre la Volga, moi la vodka, jusqu'à la mère Caspienne... Mais toi aussi t'es parti trop tôt mon ami, il y a presqu'un an, avec tous nos souvenirs, bien rangés dans ta tête de mule, alors que chez moi c'est le brouillard, le plat pays.

Johnny Metteko (le 12 août sur Facebook)

L'asymptomatique | À LA VIE À LA MORT par Johnny Metteko

À LA VIE À LA MORT par Johnny Metteko

On s’est rencontré en rue en mars 1978, j’avais tout juste 16 ans, je me promenais avec le premier album de Buzzcocks “Another Music in a Different Kitchen” sous le bras, un vieux de 19 ans et demi m’a abordé, comme Mick Joggeur l’a fait avec Ket Richard et son disque de Chuck Berry.
On était très peu nombreux à écouter du punk à l’époque, un disque ou un badge et on s’accrochait. Sinon la plupart qui venaient à nous c’était pour nous chercher misère, il fallait savoir se battre ou courir 😉 , on n’était pourtant pas déguisés comme les clowns de Kings Road, les cheveux courts, une boucle d’oreille, une veste en jeans ou une veste en cuir, baskets et jeans retroussés suffisaient à nous faire traiter de p…é, alors quand on en rencontrait un de notre bord, c’était amitié assurée, à la vie a la mort, ou à la vie à l’amour si c’était une des rares filles du milieu.

Johnny Metteko et Gee Gee Ramone à Medellin en Colombie

Gee Gee l’ancien m’a appris les Stooges, les New York Dolls, l’histoire, la politique et bien d’autres choses, moi je lui ai appris à voyager, sur le tard, quand il a arrêté de picoler. On a fait de fantastiques road trips à Cuba, en Colombie, en Biélorussie, en Arménie, en Géorgie, en Bulgarie, en Serbie, des pays qu’ils faut mériter, où derrière chaque galère se cache un moment merveilleux, là où les hommes ont la main ferme et le cœur généreux, là où les femmes sont dignes et coquines.
Je me souviens de la route entre Baracoa et Guantánamo, on a pris en stop deux mastodontes en bleu de travail – ça été son premier flash à Cuba de voir tous ces gars en bleu de travail, couverts de cambouis, ça lui rappelait son papa parti trop tôt – l’un baladait son coq la tête en bas et l’autre un grand sac en jute avec je n’sais quoi, ils pesaient facilement 500 livres ensemble, Gérard aimait compter en livres.
Autant vous dire que notre petite Hyundai trois portes a raclé le sol quand ils se sont serrés sur le siège arrière. Conversation:
Vous vous appelez comment ?
Vladimirrrr et Yosmany, et vous ?
Jean-Claude et Gérard (c’est déjà beaucoup moins sexy 😉 )
– Vous venez d’où ?
– De Belgique
Vous êtes Français ou Flamands ?
– Comment vous savez ça ? On est francophones de Bruxelles.
– J’ai appris ça à la télévision, sur la canal Educativo
Le frère enchaîne:
Moi je connaît Hairrrcoule Poyrrrrot, il est Belge non?
– Mais oui, comment tu sais ça ?
– J’ai lu le Crime de l’orient-Express, enfin la moitié, on se servait des pages comme papier de toilette.
– Et vous faites quoi dans la vie ?
– On travaille à l’usine, après on ramène aussi des victuailles de la campagne, pour arrondir les fins de mois, tu sais ici il faut inventer (se débrouiller). Et vous vous faites quoi ?
Moi je suis bibliothécaire et mon copain est barman
L’homme au coq se gratte la tête et très sérieusement nous demande :
Ah bon ? Vous êtes homosexuels ?
On était pliés 😉 , faut dire qu’avec notre petite auto blanche et Gérard avec sa carte routière qu’il tourne et retourne dans tous les sens, on était déjà dans le cliché, nos professions ont fait les reste…
Ils nous ont invité chez eux, on a sifflé ensemble une bouteille de rhum avec leur pépé, assis avec son Pampers dans sa chaise roulante, il sifflait toutes les clopes à Gégé malgré sa trachéotomie, la fumée sortait de partout, de la gorge, du nez et même des oreilles, comme à l’usine des gamins.
Au moment de prendre la route, on s’est serrés dans les bras et promis une amitié éternelle. Des rencontres comme ça on en a fait tant et plus, et ça n’était pas fini, on avait aussi des projets, on rêvait de la Nouvelle Orléans et de Chicago, de la Russie et de son Transibérien, manger un croque à Vladivostok, imagine… Ou descendre la Volga, moi la vodka, jusqu’à la mère Caspienne… Mais toi aussi t’es parti trop tôt mon ami, il y a presqu’un an, avec tous nos souvenirs, bien rangés dans ta tête de mule, alors que chez moi c’est le brouillard, le plat pays.

Johnny Metteko (le 12 août sur Facebook)

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