EXCLUSIF : PARFOIS J'ÉCRIS INCLUSIF ! (avec un texte d'Irène Kaufer)
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EXCLUSIF : PARFOIS J'ÉCRIS INCLUSIF ! (avec un texte d'Irène Kaufer)

Publié le 13 février 2023 par Semal
Je m'en voudrais toutefois de laisser penser ici que, chaque fois que je commets une faute d'accord du verbe, il faudrait y voir  l'expression de mon féminisme solidaire. La plupart du temps, c'est aussi l'effet de ma distraction vespérale, qui est un péché beaucoup plus véniel. Illustration : Coline Malice.

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Les lectrices et lecteurs attentifs auront sans doute remarqué que se glissent parfois dans l'Asympto, au milieu de mes diatribes, l'un ou l'autre "point médian" (... comme dans "les manifestant·es") (1), ou l'un ou l'autre mot "transgenre" (... comme "celleux" et "toustes"), que la fantaisie seule ou les circonstances invitent ponctuellement sous ma plume.
Cette liberté que je m'octroie n'est ni un effet de mode, ni une tentative "d'imposer" subrepticement une nouvelle grammaire "féministe" (quoique...).
Elle naît plutôt de l'envie d'adresser un clin d'œil amical et militant à ... "celleux" qui traquent le patriarcat (2) partout où il se manifeste, y compris dans les accords des participes passés et dans le choix d'un vocabulaire.
Car grammaticalement, le "masculin universel" officiellement prescrit pour décrire des populations "mixtes", a souvent pour effet de faire disparaître toutes les femmes de l'écran. Ainsi, dans tel ou tel conflit social, pouvait-on régulièrement entendre parler dans la presse de "la lutte des infirmiers" ou de "la grève des instituteurs", alors même que ces professions comptaient plus de 85% d'institutrices et d'infirmières !
Et cette invisibilisation des femmes fait partie du problème.
Ce faisant, mon but n'est évidemment pas de rendre un texte plus abscons en le couvrant d'obscurs signes cabalistiques, mais au contraire, de lui permettre de mieux exprimer la réalité du monde en "féminisant" à la fois notre écriture et notre regard.

La quête d'une telle écriture plus "inclusive" était un des modestes combats que menait depuis longtemps Irène Kaufer. Elle animait régulièrement des ateliers féministes à ce sujet, car les "points médians" ne sont pas la seule façon de féminiser le langage, et ils sont souvent d'un usage délicat à manier, à l'écriture comme à la lecture.
Elle ne les utilisait d'ailleurs ni dans ses propres livres, ni dans ses propres chansons, pas plus quelle ne les enseignait dans les ateliers d'alphabétisation qu'elle animait par ailleurs.
Arriver ainsi à concilier une certaine radicalité de pensée avec une totale de liberté de création et une grande adaptabilité aux réalités humaines, était un des secrets de ses philtres magiques et son balai volant. Elle vous en parle bien mieux que moi dans le texte ci-dessous, et qui date de décembre 2017.

Je m'en voudrais toutefois de laisser penser ici que, chaque fois que je commets une faute d'accord du verbe, il faudrait y voir  l'expression de mon féminisme solidaire. La plupart du temps, c'est aussi l'effet de ma distraction vespérale, qui est un péché beaucoup plus véniel.

Claude Semal le 11 février 2023.

En illustration, une belle peinture de Coline Malice, qu'on connait plutôt par ses chansons.

(1) Selon les préceptes d'Irène, on préfèrera cette forme à "les manifestant·e·s", qui rajoute un point inutile sans rajouter de sens. Pour imprimer un "point médian", qui n'est pas un "bête point", mais un "point intercalaire", il faut sur MAC pousser en même temps sur les touches CAP et alt et actionner la lettre "f".
(2) C'est à dire une société qui privilégie, encourage et reproduit le pouvoir social des hommes.

 

INCLURENT, DIRENT-ELLES par Irène Kaufer

Moche, élitiste, inutile... Les adversaires de l'écriture inclusive ne manquent pas d'arguments pour flinguer, avec une passion qui me paraît souvent excessive, cette tentative – parmi d'autres – de sortir du « masculin universel ».
L'écriture inclusive, cela fait longtemps que je la pratique. Ce fut d'abord la parenthèse, puis le tiret, le slash, le point, maintenant c'est le « point milieu », hélas encore compliqué sur la plupart des claviers (Alt+0183), mais ça va changer.
C'est venu petit à petit, mais sans difficultés majeures : il suffit d'y penser, d'être attentive, et si parfois on oublie, parce que les automatismes ont la vie dure, eh bien ce n'est pas grave. C'est ainsi que j'écris mes articles, mes textes pour mon blog, désormais aussi mes projets (1). Cela ne s'applique ni à mes fictions, ni à mes chansons, qui représentent d'autres défis à relever.

« Péril mortel »

Photo Julie Carlier

Pour autant, je ne suis pas montée aux barricades pour l'imposer et je n'ai pas non plus lâché mes autres combats pour en faire ma priorité absolue.
Mais voilà que les barricades se dressent dans le camp d'en face : pas touche à mon français ! Crime de lèse-langue ! « Péril mortel ! », pour reprendre les termes de l'Académie française, toujours à la pointe du progrès (ou du ridicule, au choix).
Et quand même des féministes s'y mettent, le temps est venu pour moi de ne plus me contenter d'appliquer l'écriture inclusive, mais aussi de prendre la défense de cette remise en question du machisme de la langue française (que j'aime tant par ailleurs, y compris ses complications ou même ses incohérences).
Je passerai vite sur la dénonciation d'un débat qui n'aurait pas lieu d'être... mais qu'on contribue à alimenter.
C'est un peu comme le mariage des personnes de même sexe : si le sujet a pris une telle ampleur dans le débat public en France, c'est bien à cause de l'opposition rabique de la Manif pour Tous, alors qu'en Belgique, on a simplement débattu d'un changement législatif parmi d'autres.

De même, l'écriture inclusive ne prend une telle importance que parce que ses adversaires y voient la fin d'une civilisation.
Je sauterai aussi l'argument d'une problématique qui n'intéresserait que les universitaires : outre qu' « universitaire » n'est pas une insulte, je répondrai que la langue qu'on parle, qu'on entend dès l'école, a bien sûr une influence sur notre vision du monde, notre façon de penser, même si c'est tout à fait inconscient.
C'est bien pour cela que la féminisation des noms de métiers et des fonctions constitue une évolution importante, et c'est bien pour cela qu'elle rencontre encore tant de résistance, surtout pour des postes de prestige (l' « ambassadrice » est encore souvent considérée comme « la femme de l'ambassadeur », tandis qu'on admet très bien que la « boulangère » fasse et vende du pain elle-même ; sans compter tous ces débats autour de « Madame l'échevin » ou « Madame LE ministre »...).

Dans les cours d'alphabétisation auxquels je collabore, je n'utilise évidemment pas l'écriture inclusive (tout comme j'évite certaines complications dont le français est friand), mais je prends bien soin d'insister sur les implications de ce masculin qui prétend l'emporter sur le féminin ou, argument récent, jouer au « neutre ».
J'ajouterai enfin que l'écriture inclusive n'empêche personne de mener d'autres combats mais que par contre, l'argument des « priorités » devrait tout de même être manié avec prudence, en particulier par des féministes à qui on a si souvent reproché de mener des luttes sur un « front secondaire », au nom, justement de la « priorité » d'autres luttes, qui allaient comme par enchantement mettre fin aux inégalités entre femmes et hommes...

A celles et ceux qui trouvent l'écriture inclusive « inesthétique », je répondrai que moi, ce qui m'écorche les yeux, c'est de lire des passages sur les « parents qui élèvent seuLS leurs enfants » ou « les travailleuRS en temps partiel », alors que cela efface plus de 80% des personnes concernées, qui sont des femmes.
Que je ne vois pas en quoi le « point milieu » serait plus « moche » que le tiret, dont le français fait un grand usage (depuis les mots composés jusqu'à des expressions comme « mais pourquoi ne veulent-ils pas comprendre ? », même au masculin universel. Et que dire de « quatre-vingt-dix-huit » !)
Enfin, la tentative de ridiculiser l'écriture inclusive en « réécrivant » des œuvres du passé tombe complètement à côté de la plaque, puisque personne ne le propose, et que, comme je l'ai écrit plus haut, la fiction ou la poésie doivent trouver leurs propres voies.

Epicènes

Reste l'argument de l' « inutilité ». Pourquoi s'intéresser à l'écriture inclusive ?
Parce que ce que j'appellerai désormais « l'écriture exclusive », en invisibilisant les femmes, même dans les secteurs où elles sont (largement) majoritaires, n'est pas sans rapport avec leur absence sur les tribunes, les plateaux télé, les débats, où les hommes prétendent représenter l'humanité toute entière (sinon les animaux et les plantes), tandis que les femmes ne représentent qu'elles-mêmes (le fameux « regard féminin sur l'actualité », alors qu'on ne parle guère de « regard masculin »).
Et cette absence n'est pas sans rapport avec la sous-représentation des femmes aux postes de responsabilité, qui n'est pas sans rapport avec les violences qu'elles subissent (2) et le peu de moyens pour les en protéger (malgré les discours), ou avec les différences de revenus (salaires, pensions, répartition des richesses...) et à leur persistance (malgré les discours).

Bref, tout est dans tout et inversement, même s'il ne suffit pas de bouger l'un de ces obstacles à l'égalité pour faire automatiquement tomber les autres. Ceci pour répondre à l'argument, juste par ailleurs, que les sociétés où la langue officielle est moins machiste (comme le turc) ne sont pas pour autant plus ouvertes aux femmes.
Un dernier mot : vous l'aurez peut-être remarqué, dans ce texte, je n'ai utilisé à aucun moment l'écriture inclusive... C'est qu'il y a d'autres manières d'échapper au « masculin universel », par exemple en privilégiant les termes dits « épicènes », valant aussi bien au féminin qu'au masculin. Je les ai volontairement choisis au début de cet article : moche, élitiste, inutile... sont des mots épicènes. Tout comme adversaires...

Irène Kaufer (décembre 2017)

(1) Le magazine Axelle pratique cette écriture depuis longtemps, la revue Politique a décidé de s'y mettre, et des livres entiers ont été publiés en la respectant (par exemple l'ouvrage collectif de Tayush, « Les défis du pluriel », paru chez Couleurs Livre), sans que la facilité de lecture n'en souffre en quoi que ce soit. C'est une habitude à acquérir, peut-être bousculante au début, à l'écriture comme à la lecture, mais on s'y fait très bien.
(2) Par exemple cet article de l'excellent site https://www.lesnouvellesnews.fr/ : « Violences sexuelles : 'c'est le pouvoir, imbécile !' »

L'asymptomatique | EXCLUSIF : PARFOIS J’ÉCRIS INCLUSIF ! (avec un texte d’Irène Kaufer)

EXCLUSIF : PARFOIS J’ÉCRIS INCLUSIF ! (avec un texte d’Irène Kaufer)

Les lectrices et lecteurs attentifs auront sans doute remarqué que se glissent parfois dans l’Asympto, au milieu de mes diatribes, l’un ou l’autre “point médian” (… comme dans “les manifestant·es”) (1), ou l’un ou l’autre mot “transgenre” (… comme “celleux” et “toustes“), que la fantaisie seule ou les circonstances invitent ponctuellement sous ma plume.
Cette liberté que je m’octroie n’est ni un effet de mode, ni une tentative “d’imposer” subrepticement une nouvelle grammaire “féministe” (quoique…).
Elle naît plutôt de l’envie d’adresser un clin d’œil amical et militant à … “celleux” qui traquent le patriarcat (2) partout où il se manifeste, y compris dans les accords des participes passés et dans le choix d’un vocabulaire.
Car grammaticalement, le “masculin universel” officiellement prescrit pour décrire des populations “mixtes”, a souvent pour effet de faire disparaître toutes les femmes de l’écran. Ainsi, dans tel ou tel conflit social, pouvait-on régulièrement entendre parler dans la presse de “la lutte des infirmiers” ou de “la grève des instituteurs”, alors même que ces professions comptaient plus de 85% d’institutrices et d’infirmières !
Et cette invisibilisation des femmes fait partie du problème.
Ce faisant, mon but n’est évidemment pas de rendre un texte plus abscons en le couvrant d’obscurs signes cabalistiques, mais au contraire, de lui permettre de mieux exprimer la réalité du monde en “féminisant” à la fois notre écriture et notre regard.

La quête d’une telle écriture plus “inclusive était un des modestes combats que menait depuis longtemps Irène Kaufer. Elle animait régulièrement des ateliers féministes à ce sujet, car les “points médians” ne sont pas la seule façon de féminiser le langage, et ils sont souvent d’un usage délicat à manier, à l’écriture comme à la lecture.
Elle ne les utilisait d’ailleurs ni dans ses propres livres, ni dans ses propres chansons, pas plus quelle ne les enseignait dans les ateliers d’alphabétisation qu’elle animait par ailleurs.
Arriver ainsi à concilier une certaine radicalité de pensée avec une totale de liberté de création et une grande adaptabilité aux réalités humaines, était un des secrets de ses philtres magiques et son balai volant. Elle vous en parle bien mieux que moi dans le texte ci-dessous, et qui date de décembre 2017.

Je m’en voudrais toutefois de laisser penser ici que, chaque fois que je commets une faute d’accord du verbe, il faudrait y voir  l’expression de mon féminisme solidaire. La plupart du temps, c’est aussi l’effet de ma distraction vespérale, qui est un péché beaucoup plus véniel.

Claude Semal le 11 février 2023.

En illustration, une belle peinture de Coline Malice, qu’on connait plutôt par ses chansons.

(1) Selon les préceptes d’Irène, on préfèrera cette forme à “les manifestant·e·s”, qui rajoute un point inutile sans rajouter de sens. Pour imprimer un “point médian”, qui n’est pas un “bête point”, mais un “point intercalaire”, il faut sur MAC pousser en même temps sur les touches CAP et alt et actionner la lettre “f”.
(2) C’est à dire une société qui privilégie, encourage et reproduit le pouvoir social des hommes.

 

INCLURENT, DIRENT-ELLES par Irène Kaufer

Moche, élitiste, inutile… Les adversaires de l’écriture inclusive ne manquent pas d’arguments pour flinguer, avec une passion qui me paraît souvent excessive, cette tentative – parmi d’autres – de sortir du « masculin universel ».
L’écriture inclusive, cela fait longtemps que je la pratique. Ce fut d’abord la parenthèse, puis le tiret, le slash, le point, maintenant c’est le « point milieu », hélas encore compliqué sur la plupart des claviers (Alt+0183), mais ça va changer.
C’est venu petit à petit, mais sans difficultés majeures : il suffit d’y penser, d’être attentive, et si parfois on oublie, parce que les automatismes ont la vie dure, eh bien ce n’est pas grave. C’est ainsi que j’écris mes articles, mes textes pour mon blog, désormais aussi mes projets (1). Cela ne s’applique ni à mes fictions, ni à mes chansons, qui représentent d’autres défis à relever.

« Péril mortel »

Photo Julie Carlier

Pour autant, je ne suis pas montée aux barricades pour l’imposer et je n’ai pas non plus lâché mes autres combats pour en faire ma priorité absolue.
Mais voilà que les barricades se dressent dans le camp d’en face : pas touche à mon français ! Crime de lèse-langue ! « Péril mortel ! », pour reprendre les termes de l’Académie française, toujours à la pointe du progrès (ou du ridicule, au choix).
Et quand même des féministes s’y mettent, le temps est venu pour moi de ne plus me contenter d’appliquer l’écriture inclusive, mais aussi de prendre la défense de cette remise en question du machisme de la langue française (que j’aime tant par ailleurs, y compris ses complications ou même ses incohérences).
Je passerai vite sur la dénonciation d’un débat qui n’aurait pas lieu d’être… mais qu’on contribue à alimenter.
C’est un peu comme le mariage des personnes de même sexe : si le sujet a pris une telle ampleur dans le débat public en France, c’est bien à cause de l’opposition rabique de la Manif pour Tous, alors qu’en Belgique, on a simplement débattu d’un changement législatif parmi d’autres.

De même, l’écriture inclusive ne prend une telle importance que parce que ses adversaires y voient la fin d’une civilisation.
Je sauterai aussi l’argument d’une problématique qui n’intéresserait que les universitaires : outre qu’ « universitaire » n’est pas une insulte, je répondrai que la langue qu’on parle, qu’on entend dès l’école, a bien sûr une influence sur notre vision du monde, notre façon de penser, même si c’est tout à fait inconscient.
C’est bien pour cela que la féminisation des noms de métiers et des fonctions constitue une évolution importante, et c’est bien pour cela qu’elle rencontre encore tant de résistance, surtout pour des postes de prestige (l’ « ambassadrice » est encore souvent considérée comme « la femme de l’ambassadeur », tandis qu’on admet très bien que la « boulangère » fasse et vende du pain elle-même ; sans compter tous ces débats autour de « Madame l’échevin » ou « Madame LE ministre »…).

Dans les cours d’alphabétisation auxquels je collabore, je n’utilise évidemment pas l’écriture inclusive (tout comme j’évite certaines complications dont le français est friand), mais je prends bien soin d’insister sur les implications de ce masculin qui prétend l’emporter sur le féminin ou, argument récent, jouer au « neutre ».
J’ajouterai enfin que l’écriture inclusive n’empêche personne de mener d’autres combats mais que par contre, l’argument des « priorités » devrait tout de même être manié avec prudence, en particulier par des féministes à qui on a si souvent reproché de mener des luttes sur un « front secondaire », au nom, justement de la « priorité » d’autres luttes, qui allaient comme par enchantement mettre fin aux inégalités entre femmes et hommes…

A celles et ceux qui trouvent l’écriture inclusive « inesthétique », je répondrai que moi, ce qui m’écorche les yeux, c’est de lire des passages sur les « parents qui élèvent seuLS leurs enfants » ou « les travailleuRS en temps partiel », alors que cela efface plus de 80% des personnes concernées, qui sont des femmes.
Que je ne vois pas en quoi le « point milieu » serait plus « moche » que le tiret, dont le français fait un grand usage (depuis les mots composés jusqu’à des expressions comme « mais pourquoi ne veulent-ils pas comprendre ? », même au masculin universel. Et que dire de « quatre-vingt-dix-huit » !)
Enfin, la tentative de ridiculiser l’écriture inclusive en « réécrivant » des œuvres du passé tombe complètement à côté de la plaque, puisque personne ne le propose, et que, comme je l’ai écrit plus haut, la fiction ou la poésie doivent trouver leurs propres voies.

Epicènes

Reste l’argument de l’ « inutilité ». Pourquoi s’intéresser à l’écriture inclusive ?
Parce que ce que j’appellerai désormais « l’écriture exclusive », en invisibilisant les femmes, même dans les secteurs où elles sont (largement) majoritaires, n’est pas sans rapport avec leur absence sur les tribunes, les plateaux télé, les débats, où les hommes prétendent représenter l’humanité toute entière (sinon les animaux et les plantes), tandis que les femmes ne représentent qu’elles-mêmes (le fameux « regard féminin sur l’actualité », alors qu’on ne parle guère de « regard masculin »).
Et cette absence n’est pas sans rapport avec la sous-représentation des femmes aux postes de responsabilité, qui n’est pas sans rapport avec les violences qu’elles subissent (2) et le peu de moyens pour les en protéger (malgré les discours), ou avec les différences de revenus (salaires, pensions, répartition des richesses…) et à leur persistance (malgré les discours).

Bref, tout est dans tout et inversement, même s’il ne suffit pas de bouger l’un de ces obstacles à l’égalité pour faire automatiquement tomber les autres. Ceci pour répondre à l’argument, juste par ailleurs, que les sociétés où la langue officielle est moins machiste (comme le turc) ne sont pas pour autant plus ouvertes aux femmes.
Un dernier mot : vous l’aurez peut-être remarqué, dans ce texte, je n’ai utilisé à aucun moment l’écriture inclusive… C’est qu’il y a d’autres manières d’échapper au « masculin universel », par exemple en privilégiant les termes dits « épicènes », valant aussi bien au féminin qu’au masculin. Je les ai volontairement choisis au début de cet article : moche, élitiste, inutile… sont des mots épicènes. Tout comme adversaires…

Irène Kaufer (décembre 2017)

(1) Le magazine Axelle pratique cette écriture depuis longtemps, la revue Politique a décidé de s’y mettre, et des livres entiers ont été publiés en la respectant (par exemple l’ouvrage collectif de Tayush, « Les défis du pluriel », paru chez Couleurs Livre), sans que la facilité de lecture n’en souffre en quoi que ce soit. C’est une habitude à acquérir, peut-être bousculante au début, à l’écriture comme à la lecture, mais on s’y fait très bien.
(2) Par exemple cet article de l’excellent site https://www.lesnouvellesnews.fr/ : « Violences sexuelles : ‘c’est le pouvoir, imbécile !’ »

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