"Juste un passage au JT" de Marius Gilbert UN VOYAGE EN KAYAK
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"Juste un passage au JT" de Marius Gilbert UN VOYAGE EN KAYAK

Publié le 18 septembre 2021 par Semal
Entre les subtilités des taux de reproduction et le charme sournois des courbes exponentielles, on finit même par comprendre pourquoi certaines mesures contraignantes sont, hélas!, plus efficaces au moment où la population en perçoit le moins l'utilité.

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"Juste un passage au JT", le livre tout chaud de Marius Gilbert, se lit comme un feuilleton viral, un thriller pédagogique, un voyage initiatique au coeur de l'état-major de la lutte contre le COVID 19 en Belgique (1).

Derrière ce titre, dont on ne sait s'il faut souligner d'abord la modestie ou l'ironie ("Les deux, Mon Colonel"), Marius Gilbert raconte comment un spécialiste des zoonoses, penché sur ses statistiques entre deux voyages internationaux, a été du jour au lendemain happé par la machine médiatique, à sourire tous les jours d'un air grave sous les spots de télé, puis nommé dans une commission d'experts gouvernementaux, abonné aux réunions des conseillers de la Princesse.
Observateur des autres et de lui-même, Marius raconte ses convictions comme ses hésitations, et le cheminement d'une pensée en action qui, face à l'épidémie, a cherché à mettre en place des mesures sanitaires efficaces et compréhensibles par l'ensemble de la population belge.
Avec assez d'humour et de sens critique pour admettre que ce ne fut pas toujours le cas.
Comme durant ces semaines absurdes où, en Belgique, le masque était "obligatoire" en rue, où il ne servait sans doute à rien, mais pas à l'intérieur des cafés, où il aurait éventuellement pu se montrer utile.
Ou l'épisode culte du "kayak", érigé subitement en sport aquatique national, alors même que toutes les voies navigables étaient fermées et tous les clubs nautiques confinés (p. 175). Requiem pour un palindrome.
Bref, que vous soyez un fan inconditionnel de la vaccination, ou un observateur critique de la crise sanitaire, vous trouverez dans ce récit de quoi nourrir vos certitudes, vos interrogations et/ou vos ricanements.

C'est quand il parle du coeur de son métier, l'épidémiologie, que Marius Gilbert est sans doute le plus convainquant, et montre tout son talent de pédagogue. Entre les subtilités des taux de reproduction et le charme sournois des courbes exponentielles, on finit même par comprendre pourquoi certaines mesures contraignantes sont, hélas!, plus efficaces au moment où la population en perçoit le moins l'utilité (p. 127).
Cela s'appelle "le paradoxe de la prévention", et c'est un métier.
Dans le champ de mines de la polémique, je suis aussi gré à Marius Gilbert d'avoir noté que la contestation de la stratégie sanitaire gouvernementale est souvent venue du camp académique lui-même – c'est à dire d'autres scientifiques – plutôt que d'abrutis illuminés, complotistes et décérébrés (comme on les caricature trop souvent sur les réseaux sociaux).
Marius Gilbert regrette à ce sujet l'absence d'une structure scientifique permanente, où les chercheurs auraient publiquement pu confronter leurs points de vue sur la crise, pour en dégager au moins collectivement des points d'accords et de divergences.
A défaut, le "débat" est souvent passé par cartes blanches interposées, sans toujours éviter les anathèmes de saison et les raccourcis du genre.
Mais Marius lui-même ne craint pas le paradoxe, puisqu'il peut écrire que les scientifiques regroupés dans le collectif "Covid rationnel" "ont perdu toute crédibilité scientifique" en cosignant une Carte Blanche dans le Soir du 27 août 2020 (p. 82 et 84), en comparant l'épidémie à une simple grippe, tout en admettant plus loin avoir été parfois "en désaccord avec certaines positions du GEMS et partager les critiques de certains membres du collectif Covid rationnel" (p. 170).
Pour ma part, je mets plutôt cette "contradiction" à son crédit. Elle signale un esprit libre, qui maintient le dialogue avec ses éventuels contradicteurs, et peut ainsi créer les conditions d'une démarche scientifique critique, ouverte et vivante.

J'ouvre ici une parenthèse plus personnelle. Marius Gilbert, qui a étudié l'agronomie et la biologie à l'ULB, connait peut-être mon père, Jean Semal, qui fut professeur et vice-recteur de l'Institut d'Agronomie de Gembloux. Il nous a quitté il y a quinze jours.
Jean Semal laisse notamment derrière lui un livre passionnant, "Pathologie des Végétaux et Géopolitique" (2), où il montre (notamment) que la vérité scientifique est souvent changeante, et ne se trouve pas nécessairement dans le camp des pensées majoritaires ou officielles.
Ce qui a fait dire à Haroun Tazieff, qui postface le livre, et fut un franc-tireur de la vulcanologie, qu'il partage avec Jean Semal la critique des "... commissions officielles d'experts qui obéissent aux directives de hiérarchies inavouées". Hihihi. Ca sent le vécu.
Marius me pardonnera, je l'espère, cette petite impertinence, puisqu'il écrit lui-même (p. 200) : "Il ne faudrait pas en conclure que la communauté scientifique est infaillible et que ceux qui tiennent un discours différent sont nécessairement dans le faux. Le milieu scientifique est très conservateur et les idées nouvelles qui viennent bousculer l'état des connaissances ont des difficultés réelles à émerger, alors qu'un fait scientifique n'est vrai que le temps qu'il soit infirmé. Il n'est pas inamovible, au contraire. Par exemple, l'hypothèse d'une origine humaine du SRAS-CoV-2 qui serait issu d'un accident de laboratoire à Wuhan a été dans un premier temps considérée comme purement "complotiste". Mais petit à petit, la persévérance de quelques internautes et de petits groupes de scientifiques va rassembler des éléments qui vont donner plus de consistance à cette hypothèse".

Ma seule "vraie" critique du livre de Marius Gilbert porte, en fait, non sur ce qu'il nous raconte, mais sur les sujets qu'il évite.
Rien sur l'industrie pharmaceutique. Rien sur les vaccins. Rien sur les brevets. Rien sur l'OMS. (Presque) rien sur les médicaments. Et rien sur la gestion mondiale de la pandémie, alors que la majorité des pays du tiers-monde n'a concrètement pas accès aux soins.
D'accord, on ne peut pas parler de tout.
Mais enfin, écrire un livre-bilan de 200 pages sur la crise sanitaire, sans même citer une seule fois "Pfizer" ou "Astra Zeneca", ça fait bizarre. Parce que nous, on n'a entendu parler que de cela. On se croirait chez Harry Potter avec Voldemort, vous savez, celui-dont-on-ne-peut-prononcer-le-nom.
Dans son livre, Marius critique par ailleurs à plusieurs reprises le gouvernement belge pour avoir (très mal) communiqué autour de (supposées) bonnes décisions.
"C'est un problème de budget", concluait-il en regardant rêveusement au cinoche une pub féérique et chantante pour Coca-Cola, ruisselante d'efficacité, de thunes, d'empathie, de jeunesse et de joie de vivre (si j'ai bien compris l'explication).
Un budget "communication" en souffrance : voilà un problème que les industriels de Big-Pharma ne devraient pas trop souvent rencontrer.
Dans son excellente série sur "La démocratie en Question(s)", Arnaud Ruyssen (RTBF) avait consacré une émission aux industries pharmaceutiques.
Un de ses "grands témoins", Jean Hermesse, ancien secrétaire général de la Mutualité Chrétienne, avait d'emblée balancé ces quelques chiffres : "On sait qu’aujourd’hui, les Big-Pharma veulent croître à du 7 à 8% par an. On sait aussi que certaines firmes dégagent 25% de profits et qu’elles dépensent plus en marketing qu’en recherche. Au niveau mondial, c’est 27% de dépense marketing, contre 17% en recherche".
Or si j'applique ce pourcentage (27%) au coût minimal estimé de l'actuelle vaccination mondiale (150 milliards de dollars), cela me donne un budget publicité / promotion de plus de 40 milliards de dollars pour les industriels de la piquouze. Dans la fourchette haute, c'est cinq ou six fois plus.
Question 1 : Où va cet argent, et à quoi sert-il ?
Question 2 : Ce budget colossal n'est-il pas de nature à peser sur le contenu, la qualité et la sérénité des débats scientifiques autour du COVID 19, et à influer le cours des actuelles campagnes de vaccination ? Sinon, bis, à quoi sert-il ?
Question 3 : N'est-ce pas un excellent sujet pour un éventuel prochain livre ?
En attendant, on peut déjà sans modération se mettre celui-ci sous la dent et/ou sur la table de chevet (4).

Claude Semal le 14 septembre 2021

(1) aux éditions Luc Pire (2021)
(2) à La Maison Rustique (1982)
(3) https://www.rtbf.be/auvio/detail_democratie-en-question-s?id=2793162
(4) On peut également relire l'intéressante interview que Marius Gilbert nous avait accordée dans l'Asympto :
MARIUS GILBERT : DES PETITES BÊTES AU GRAND MECHANT LOUP (interview)

L'asymptomatique | “Juste un passage au JT” de Marius Gilbert UN VOYAGE EN KAYAK

“Juste un passage au JT” de Marius Gilbert UN VOYAGE EN KAYAK

“Juste un passage au JT”, le livre tout chaud de Marius Gilbert, se lit comme un feuilleton viral, un thriller pédagogique, un voyage initiatique au coeur de l’état-major de la lutte contre le COVID 19 en Belgique (1).

Derrière ce titre, dont on ne sait s’il faut souligner d’abord la modestie ou l’ironie (“Les deux, Mon Colonel”), Marius Gilbert raconte comment un spécialiste des zoonoses, penché sur ses statistiques entre deux voyages internationaux, a été du jour au lendemain happé par la machine médiatique, à sourire tous les jours d’un air grave sous les spots de télé, puis nommé dans une commission d’experts gouvernementaux, abonné aux réunions des conseillers de la Princesse.
Observateur des autres et de lui-même, Marius raconte ses convictions comme ses hésitations, et le cheminement d’une pensée en action qui, face à l’épidémie, a cherché à mettre en place des mesures sanitaires efficaces et compréhensibles par l’ensemble de la population belge.
Avec assez d’humour et de sens critique pour admettre que ce ne fut pas toujours le cas.
Comme durant ces semaines absurdes où, en Belgique, le masque était “obligatoire” en rue, où il ne servait sans doute à rien, mais pas à l’intérieur des cafés, où il aurait éventuellement pu se montrer utile.
Ou l’épisode culte du “kayak”, érigé subitement en sport aquatique national, alors même que toutes les voies navigables étaient fermées et tous les clubs nautiques confinés (p. 175). Requiem pour un palindrome.
Bref, que vous soyez un fan inconditionnel de la vaccination, ou un observateur critique de la crise sanitaire, vous trouverez dans ce récit de quoi nourrir vos certitudes, vos interrogations et/ou vos ricanements.

C’est quand il parle du coeur de son métier, l’épidémiologie, que Marius Gilbert est sans doute le plus convainquant, et montre tout son talent de pédagogue. Entre les subtilités des taux de reproduction et le charme sournois des courbes exponentielles, on finit même par comprendre pourquoi certaines mesures contraignantes sont, hélas!, plus efficaces au moment où la population en perçoit le moins l’utilité (p. 127).
Cela s’appelle “le paradoxe de la prévention”, et c’est un métier.
Dans le champ de mines de la polémique, je suis aussi gré à Marius Gilbert d’avoir noté que la contestation de la stratégie sanitaire gouvernementale est souvent venue du camp académique lui-même – c’est à dire d’autres scientifiques – plutôt que d’abrutis illuminés, complotistes et décérébrés (comme on les caricature trop souvent sur les réseaux sociaux).
Marius Gilbert regrette à ce sujet l’absence d’une structure scientifique permanente, où les chercheurs auraient publiquement pu confronter leurs points de vue sur la crise, pour en dégager au moins collectivement des points d’accords et de divergences.
A défaut, le “débat” est souvent passé par cartes blanches interposées, sans toujours éviter les anathèmes de saison et les raccourcis du genre.
Mais Marius lui-même ne craint pas le paradoxe, puisqu’il peut écrire que les scientifiques regroupés dans le collectif “Covid rationnel” “ont perdu toute crédibilité scientifique” en cosignant une Carte Blanche dans le Soir du 27 août 2020 (p. 82 et 84), en comparant l’épidémie à une simple grippe, tout en admettant plus loin avoir été parfois “en désaccord avec certaines positions du GEMS et partager les critiques de certains membres du collectif Covid rationnel” (p. 170).
Pour ma part, je mets plutôt cette “contradiction” à son crédit. Elle signale un esprit libre, qui maintient le dialogue avec ses éventuels contradicteurs, et peut ainsi créer les conditions d’une démarche scientifique critique, ouverte et vivante.

J’ouvre ici une parenthèse plus personnelle. Marius Gilbert, qui a étudié l’agronomie et la biologie à l’ULB, connait peut-être mon père, Jean Semal, qui fut professeur et vice-recteur de l’Institut d’Agronomie de Gembloux. Il nous a quitté il y a quinze jours.
Jean Semal laisse notamment derrière lui un livre passionnant, “Pathologie des Végétaux et Géopolitique” (2), où il montre (notamment) que la vérité scientifique est souvent changeante, et ne se trouve pas nécessairement dans le camp des pensées majoritaires ou officielles.
Ce qui a fait dire à Haroun Tazieff, qui postface le livre, et fut un franc-tireur de la vulcanologie, qu’il partage avec Jean Semal la critique des “… commissions officielles d’experts qui obéissent aux directives de hiérarchies inavouées”. Hihihi. Ca sent le vécu.
Marius me pardonnera, je l’espère, cette petite impertinence, puisqu’il écrit lui-même (p. 200) : “Il ne faudrait pas en conclure que la communauté scientifique est infaillible et que ceux qui tiennent un discours différent sont nécessairement dans le faux. Le milieu scientifique est très conservateur et les idées nouvelles qui viennent bousculer l’état des connaissances ont des difficultés réelles à émerger, alors qu’un fait scientifique n’est vrai que le temps qu’il soit infirmé. Il n’est pas inamovible, au contraire. Par exemple, l’hypothèse d’une origine humaine du SRAS-CoV-2 qui serait issu d’un accident de laboratoire à Wuhan a été dans un premier temps considérée comme purement “complotiste”. Mais petit à petit, la persévérance de quelques internautes et de petits groupes de scientifiques va rassembler des éléments qui vont donner plus de consistance à cette hypothèse“.

Ma seule “vraie” critique du livre de Marius Gilbert porte, en fait, non sur ce qu’il nous raconte, mais sur les sujets qu’il évite.
Rien sur l’industrie pharmaceutique. Rien sur les vaccins. Rien sur les brevets. Rien sur l’OMS. (Presque) rien sur les médicaments. Et rien sur la gestion mondiale de la pandémie, alors que la majorité des pays du tiers-monde n’a concrètement pas accès aux soins.
D’accord, on ne peut pas parler de tout.
Mais enfin, écrire un livre-bilan de 200 pages sur la crise sanitaire, sans même citer une seule fois “Pfizer” ou “Astra Zeneca”, ça fait bizarre. Parce que nous, on n’a entendu parler que de cela. On se croirait chez Harry Potter avec Voldemort, vous savez, celui-dont-on-ne-peut-prononcer-le-nom.
Dans son livre, Marius critique par ailleurs à plusieurs reprises le gouvernement belge pour avoir (très mal) communiqué autour de (supposées) bonnes décisions.
“C’est un problème de budget”, concluait-il en regardant rêveusement au cinoche une pub féérique et chantante pour Coca-Cola, ruisselante d’efficacité, de thunes, d’empathie, de jeunesse et de joie de vivre (si j’ai bien compris l’explication).
Un budget “communication” en souffrance : voilà un problème que les industriels de Big-Pharma ne devraient pas trop souvent rencontrer.
Dans son excellente série sur “La démocratie en Question(s)“, Arnaud Ruyssen (RTBF) avait consacré une émission aux industries pharmaceutiques.
Un de ses “grands témoins”, Jean Hermesse, ancien secrétaire général de la Mutualité Chrétienne, avait d’emblée balancé ces quelques chiffres : “On sait qu’aujourd’hui, les Big-Pharma veulent croître à du 7 à 8% par an. On sait aussi que certaines firmes dégagent 25% de profits et qu’elles dépensent plus en marketing qu’en recherche. Au niveau mondial, c’est 27% de dépense marketing, contre 17% en recherche“.
Or si j’applique ce pourcentage (27%) au coût minimal estimé de l’actuelle vaccination mondiale (150 milliards de dollars), cela me donne un budget publicité / promotion de plus de 40 milliards de dollars pour les industriels de la piquouze. Dans la fourchette haute, c’est cinq ou six fois plus.
Question 1 : Où va cet argent, et à quoi sert-il ?
Question 2 : Ce budget colossal n’est-il pas de nature à peser sur le contenu, la qualité et la sérénité des débats scientifiques autour du COVID 19, et à influer le cours des actuelles campagnes de vaccination ? Sinon, bis, à quoi sert-il ?
Question 3 : N’est-ce pas un excellent sujet pour un éventuel prochain livre ?
En attendant, on peut déjà sans modération se mettre celui-ci sous la dent et/ou sur la table de chevet (4).

Claude Semal le 14 septembre 2021

(1) aux éditions Luc Pire (2021)
(2) à La Maison Rustique (1982)
(3) https://www.rtbf.be/auvio/detail_democratie-en-question-s?id=2793162
(4) On peut également relire l’intéressante interview que Marius Gilbert nous avait accordée dans l’Asympto :
MARIUS GILBERT : DES PETITES BÊTES AU GRAND MECHANT LOUP (interview)

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