TOUS LES 22 NOVEMBRE
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TOUS LES 22 NOVEMBRE

Publié le 23 novembre 2022 par André Clette

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Nous sommes le 22 novembre 2022.

«Le mois de novembre est malsain, il fait tousser dès la Toussaint.»
C’est en tout cas ce qu’affirme la sagesse ancestrale, laquelle ne craint pas d’enfoncer les portes ouvertes en ajoutant : «Novembre chaud au début, froid à la fin».

Barbe-Noire, un des visages de la légende

Quel que soit le temps et sa froidure, il est certain qu’on meurt beaucoup le 22 novembre. C’est ce qui est arrivé au président John Kennedy, mais aussi au pirate Barbe noire, ainsi qu’à Raymond Souplex, Michael Hutchence, Maria Casarès, Jack London, Emil Zatopek, Aldous Huxley, Dmitri Khvorostovski, Martin Frobisher, Danielle Mitterrand, Maurice Béjart, Théodore Monod, René Coty, Svetlana Staline, Julien Guiomar, Mae West, Georges Lautner et quantité d’autres dont je n’ai même jamais entendu parler.
Il y en a trop pour que je puisse rendre hommage ou femmage à chacun de ce défunts illustres.
J’ai déjà évoqué naguère le décès de John F. Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963. Au demeurant, tous ceux qui ont l’âge de s’en souvenir s’en souviennent.
Ceux qui étaient trop jeunes pour s’en souvenir -voire qui n’étaient même pas nés- savent désormais qu’il est mort. C’est suffisant.
Si vous êtes trop jeune pour avoir entendu parler de Kennedy, peut-être avez-vous déjà croisé au détour d’une BD le terrible pirate Barbe-noire. Si ça se trouve, vous avez tous les Playmobil à son effigie.

Si ça se trouve, vous avez ça dans la chambre du  gamin

Barbe Noire, est également connu sous le nom d'Edward Teach, Edward Thatch, Tash ou Tach, ou encore Edward Drummond. Si ce dernier nom n’est pas le vrai, c’est en tout cas celui que lui donne Daniel Defoe (pour autant que ce soit bien Daniel Defoe qui se cache sous le pseudo de Charles Johnson), auteur d’une « Histoire générale des plus fameux pirates ». Dans cette histoire de faux-noms et de surnoms, difficile de s’y retrouver. Toujours est-il que ce pirate anglais, connus aussi sous le nom de Blackbeard, semait la terreur dans les Caraïbes. Il est mort le 22 novembre 1718, dans la bataille l’opposant à la Royal Navy sur l'île d'Ocracoke que l’on peut voir dans le film «Pirates des Caraïbes : la Fontaine de jouvence».
Né vers 1680, Barbe-Noire aurait entamé sa carrière de pirate vers 1716. Il acquit sa renommée en cultivant l’apparence de croque-mitaine que lui donnait son épaisse barbe noire tressée de rubans rouge, et sa trouvaille de mettre des mèches à canon allumées dans ses cheveux lors des combats.
Pour parfaire son image, il avait l'habitude de porter toujours plusieurs épées, couteaux et pistolets.
Barbe Noire s’est rapidement forgé une solide réputation de pirate téméraire et cruel en pillant les navires marchands et attaquant régulièrement les installations côtières des Antilles et de la côte atlantique américaine, terrorisant les possédants, les planteurs et les marchands.
Dans son quartier général de l'île de New Providence, on lui donne l'appellation de «Magistrat de la République des Corsaires».

Ceci n'est pas un pirate, mais un poilu de 14-18

À côté de son caractère spectaculaire et terrifiant, la piraterie constitue, en effet, un espace de liberté dans le monde de l’époque.
L’historien Marcus Rediker (Pirates de tous les pays, ed. Libertalia) s’est intéressé à ces années où le drapeau noir, le «Jolly Roger », flottait sur les mers.
Pour Rediker, la piraterie émerge en réaction au régime de dépossession et en résistance à la "discipline du travail" capitaliste. Les marins fuient les conditions de travail des navires marchands ou militaires et construisent des rapports de classe à l’opposé de ce qu’ils ont fuis.
Certains pirates construisent des sociétés maritimes démocratiques, élisent leurs officiers, divisent le butin de manière équitable et mettent au point une forme de sécurité sociale en créant un fonds destiné à ceux qui avaient été blessés ou étaient trop vieux.
Pour les représentants de la loi et de l’ordre, il était donc doublement pressant de diaboliser ces pirates qui, non contents de dépouiller les marchands, prônaient une forme d’égalitarisme économique, politique et législatif.
Selon l’historien Eric J. Hobsbawm (Les Primitifs de la révolte dans l’Europe moderne, Fayard, 1970), la piraterie est moins une «vengeance contre les riches et les oppresseurs» que l’espoir d’un «monde dans lequel les hommes sont traités de manière juste». On est loin des lieux communs hollywoodiens.
Le 22 novembre 1718, Barbe-Noire recevra plus de 25 blessures dont 5 par balles au cours d'une lutte devenue légendaire, avant de succomber et d'être décapité. Les vainqueurs accrocheront sa tête à leur mât de beaupré en guise de trophée.
Une légende raconte que son corps, après avoir été jeté à la mer, aurait fait deux fois le tour du bateau à la nage avant de couler.

Autre chose.

200 ans, jour pour jour, après la fin mouvementée de Barbe-Noire, une autre aventure émancipatrice prenait fin le 22 novembre 1918. Ce jour-là, Les troupes françaises mettent fin au Soviet de Strasbourg. Vous avez bien lu. Il y avait un Soviet à Strasbourg !
Il ne vous aura pas échappé qu’en 1918, les relations entre la France et l’Allemagne étaient plutôt belliqueuses, et que l’armistice du 11 novembre qui met fin à la Première Guerre mondiale intervient au cœur d’un grand chaos.

Le soviet de Strasbourg proclame la République (document Bibliothèque Université de Strasbourg / La Revue Alsacienne Illustrée)

Depuis janvier 1918, l'Allemagne connait des grèves insurrectionnelles, des mutineries, des tentatives révolutionnaires et d’éphémères Républiques des soviets rapidement réprimées. Avant la signature de l'armistice, les principales villes d'Alsace-Lorraine connaissent une agitation politique forte. Dans l’interstice entre «l’occupation allemande» et le «libération française», des Conseils d'ouvriers et de soldats (Soldaten und Arbeiterräte) sur le modèle des soviets russes se forment à Mulhouse, à Strasbourg, Colmar, Metz.
Des soldats retirent leurs insignes aux officiers, et distribuent des vivres aux passants affamés. Le 13 novembre, le drapeau rouge flotte sur la cathédrale de Strasbourg. Une République des soviets est proclamée en Alsace-Lorraine, le 10 novembre. Les murs se couvrent d’affiches qui proclament : «nous n’avons rien de commun avec les États capitalistes, notre mot d’ordre est : ni Allemands ni Français ni neutres. Le drapeau rouge a triomphé.»
Du 10 novembre au 22 novembre 1918 (date de l'entrée des troupes françaises dans la région), la République des soviets prendra des décrets pour la liberté de la presse, la levée de la censure sur le courrier, le droit de manifester, l'augmentation des salaires, l'amélioration des conditions de travail, et la libération des prisonniers politiques.
Des commissions organisent la vie quotidienne : transports, finances, ravitaillement, démobilisation, justice…
Panique dans la bourgeoisie allemande de Strasbourg qui appelle au secours les troupes françaises pour qu’elles mettent fin au soviet. Leur slogan : «Plutôt Français que rouges !» Le 22 novembre, les troupes françaises entrent dans la ville. L’Alsace est «libérée».
Les autorités françaises, démantèleront toutes les avancées obtenues et le commandement militaire perdurera jusqu’à la signature du traité de Versailles en juin 1919, le temps d'opérer une épuration ethnique et politique rigoureuse.

Tout cela ne doit pas nous faire oublier la musique…

Un lecteur attentif me rappelle que le 22 novembre 1963 les Beatles sortaient leur deuxième 33 tours: «With the Beatles», et que le 22 novembre 1968, cinq ans après, jour pour jour, sortait leur neuvième plaque intitulée plus sobrement: «The Beatles», plus connue sous le nom d'album blanc, ou double blanc. Sur l'opus de 1963 le morceau qui a le plus d'allure est une reprise de Chuck Berry: «Roll Over Beethoven». Sur celui de 1968 il y a du choix. «Back In The USSR» ou encore la composition de Georges Harrison, «While My Guitar Gently Weeps» pour laquelle il s'adjoint le concours d'Eric Clapton. Voilà donc une bonne raison d’écouter les Beatles, que les moins de 20 ans seraient bien inspirés de connaître…

André Clette

On écoute «While My Guitar Gently Weeps» (Avec des sous-titres en espagnol. Pourquoi pas ?)
C’est par ici : →

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Nous sommes le 22 novembre 2022.

«Le mois de novembre est malsain, il fait tousser dès la Toussaint.»
C’est en tout cas ce qu’affirme la sagesse ancestrale, laquelle ne craint pas d’enfoncer les portes ouvertes en ajoutant : «Novembre chaud au début, froid à la fin».

Barbe-Noire, un des visages de la légende

Quel que soit le temps et sa froidure, il est certain qu’on meurt beaucoup le 22 novembre. C’est ce qui est arrivé au président John Kennedy, mais aussi au pirate Barbe noire, ainsi qu’à Raymond Souplex, Michael Hutchence, Maria Casarès, Jack London, Emil Zatopek, Aldous Huxley, Dmitri Khvorostovski, Martin Frobisher, Danielle Mitterrand, Maurice Béjart, Théodore Monod, René Coty, Svetlana Staline, Julien Guiomar, Mae West, Georges Lautner et quantité d’autres dont je n’ai même jamais entendu parler.
Il y en a trop pour que je puisse rendre hommage ou femmage à chacun de ce défunts illustres.
J’ai déjà évoqué naguère le décès de John F. Kennedy à Dallas, le 22 novembre 1963. Au demeurant, tous ceux qui ont l’âge de s’en souvenir s’en souviennent.
Ceux qui étaient trop jeunes pour s’en souvenir -voire qui n’étaient même pas nés- savent désormais qu’il est mort. C’est suffisant.
Si vous êtes trop jeune pour avoir entendu parler de Kennedy, peut-être avez-vous déjà croisé au détour d’une BD le terrible pirate Barbe-noire. Si ça se trouve, vous avez tous les Playmobil à son effigie.

Si ça se trouve, vous avez ça dans la chambre du  gamin

Barbe Noire, est également connu sous le nom d’Edward Teach, Edward Thatch, Tash ou Tach, ou encore Edward Drummond. Si ce dernier nom n’est pas le vrai, c’est en tout cas celui que lui donne Daniel Defoe (pour autant que ce soit bien Daniel Defoe qui se cache sous le pseudo de Charles Johnson), auteur d’une « Histoire générale des plus fameux pirates ». Dans cette histoire de faux-noms et de surnoms, difficile de s’y retrouver. Toujours est-il que ce pirate anglais, connus aussi sous le nom de Blackbeard, semait la terreur dans les Caraïbes. Il est mort le 22 novembre 1718, dans la bataille l’opposant à la Royal Navy sur l’île d’Ocracoke que l’on peut voir dans le film «Pirates des Caraïbes : la Fontaine de jouvence».
Né vers 1680, Barbe-Noire aurait entamé sa carrière de pirate vers 1716. Il acquit sa renommée en cultivant l’apparence de croque-mitaine que lui donnait son épaisse barbe noire tressée de rubans rouge, et sa trouvaille de mettre des mèches à canon allumées dans ses cheveux lors des combats.
Pour parfaire son image, il avait l’habitude de porter toujours plusieurs épées, couteaux et pistolets.
Barbe Noire s’est rapidement forgé une solide réputation de pirate téméraire et cruel en pillant les navires marchands et attaquant régulièrement les installations côtières des Antilles et de la côte atlantique américaine, terrorisant les possédants, les planteurs et les marchands.
Dans son quartier général de l’île de New Providence, on lui donne l’appellation de «Magistrat de la République des Corsaires».

Ceci n’est pas un pirate, mais un poilu de 14-18

À côté de son caractère spectaculaire et terrifiant, la piraterie constitue, en effet, un espace de liberté dans le monde de l’époque.
L’historien Marcus Rediker (Pirates de tous les pays, ed. Libertalia) s’est intéressé à ces années où le drapeau noir, le «Jolly Roger », flottait sur les mers.
Pour Rediker, la piraterie émerge en réaction au régime de dépossession et en résistance à la “discipline du travail” capitaliste. Les marins fuient les conditions de travail des navires marchands ou militaires et construisent des rapports de classe à l’opposé de ce qu’ils ont fuis.
Certains pirates construisent des sociétés maritimes démocratiques, élisent leurs officiers, divisent le butin de manière équitable et mettent au point une forme de sécurité sociale en créant un fonds destiné à ceux qui avaient été blessés ou étaient trop vieux.
Pour les représentants de la loi et de l’ordre, il était donc doublement pressant de diaboliser ces pirates qui, non contents de dépouiller les marchands, prônaient une forme d’égalitarisme économique, politique et législatif.
Selon l’historien Eric J. Hobsbawm (Les Primitifs de la révolte dans l’Europe moderne, Fayard, 1970), la piraterie est moins une «vengeance contre les riches et les oppresseurs» que l’espoir d’un «monde dans lequel les hommes sont traités de manière juste». On est loin des lieux communs hollywoodiens.
Le 22 novembre 1718, Barbe-Noire recevra plus de 25 blessures dont 5 par balles au cours d’une lutte devenue légendaire, avant de succomber et d’être décapité. Les vainqueurs accrocheront sa tête à leur mât de beaupré en guise de trophée.
Une légende raconte que son corps, après avoir été jeté à la mer, aurait fait deux fois le tour du bateau à la nage avant de couler.

Autre chose.

200 ans, jour pour jour, après la fin mouvementée de Barbe-Noire, une autre aventure émancipatrice prenait fin le 22 novembre 1918. Ce jour-là, Les troupes françaises mettent fin au Soviet de Strasbourg. Vous avez bien lu. Il y avait un Soviet à Strasbourg !
Il ne vous aura pas échappé qu’en 1918, les relations entre la France et l’Allemagne étaient plutôt belliqueuses, et que l’armistice du 11 novembre qui met fin à la Première Guerre mondiale intervient au cœur d’un grand chaos.

Le soviet de Strasbourg proclame la République (document Bibliothèque Université de Strasbourg / La Revue Alsacienne Illustrée)

Depuis janvier 1918, l’Allemagne connait des grèves insurrectionnelles, des mutineries, des tentatives révolutionnaires et d’éphémères Républiques des soviets rapidement réprimées. Avant la signature de l’armistice, les principales villes d’Alsace-Lorraine connaissent une agitation politique forte. Dans l’interstice entre «l’occupation allemande» et le «libération française», des Conseils d’ouvriers et de soldats (Soldaten und Arbeiterräte) sur le modèle des soviets russes se forment à Mulhouse, à Strasbourg, Colmar, Metz.
Des soldats retirent leurs insignes aux officiers, et distribuent des vivres aux passants affamés. Le 13 novembre, le drapeau rouge flotte sur la cathédrale de Strasbourg. Une République des soviets est proclamée en Alsace-Lorraine, le 10 novembre. Les murs se couvrent d’affiches qui proclament : «nous n’avons rien de commun avec les États capitalistes, notre mot d’ordre est : ni Allemands ni Français ni neutres. Le drapeau rouge a triomphé.»
Du 10 novembre au 22 novembre 1918 (date de l’entrée des troupes françaises dans la région), la République des soviets prendra des décrets pour la liberté de la presse, la levée de la censure sur le courrier, le droit de manifester, l’augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de travail, et la libération des prisonniers politiques.
Des commissions organisent la vie quotidienne : transports, finances, ravitaillement, démobilisation, justice…
Panique dans la bourgeoisie allemande de Strasbourg qui appelle au secours les troupes françaises pour qu’elles mettent fin au soviet. Leur slogan : «Plutôt Français que rouges !» Le 22 novembre, les troupes françaises entrent dans la ville. L’Alsace est «libérée».
Les autorités françaises, démantèleront toutes les avancées obtenues et le commandement militaire perdurera jusqu’à la signature du traité de Versailles en juin 1919, le temps d’opérer une épuration ethnique et politique rigoureuse.

Tout cela ne doit pas nous faire oublier la musique…

Un lecteur attentif me rappelle que le 22 novembre 1963 les Beatles sortaient leur deuxième 33 tours: «With the Beatles», et que le 22 novembre 1968, cinq ans après, jour pour jour, sortait leur neuvième plaque intitulée plus sobrement: «The Beatles», plus connue sous le nom d’album blanc, ou double blanc. Sur l’opus de 1963 le morceau qui a le plus d’allure est une reprise de Chuck Berry: «Roll Over Beethoven». Sur celui de 1968 il y a du choix. «Back In The USSR» ou encore la composition de Georges Harrison, «While My Guitar Gently Weeps» pour laquelle il s’adjoint le concours d’Eric Clapton. Voilà donc une bonne raison d’écouter les Beatles, que les moins de 20 ans seraient bien inspirés de connaître…

André Clette

On écoute «While My Guitar Gently Weeps» (Avec des sous-titres en espagnol. Pourquoi pas ?)
C’est par ici : →

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