UN PARISIEN A LISBONNE (de notre envoyé spécial au Tage Mahousse)par Xavier Lizin (sur Facebook)
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UN PARISIEN A LISBONNE (de notre envoyé spécial au Tage Mahousse)par Xavier Lizin (sur Facebook)

Publié le 11 août 2021 par Contribution extérieure
Durant la petite heure et demi que j’ai bien malgré moi passée à tes côtés, tu n’as pas cessé de râler. Sur tout. Sur les prix qui ne sont pas assez moins élevés que tu croyais, sur l’eau servie à table qui n’est pas assez froide, sur la chaise qui est dure et même sur le français hésitant de la serveuse – qui parle un anglais remarquable, contrairement à toi, clownesque unilingue même pas capable d’apprécier que quelqu’un s’efforce de te parler dans ta langue.

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Toi, le touriste parisien (inutile de te cacher, j’ai reconnu ton accent) qui a envahi avec ta smala la table voisine de la mienne ce midi au restaurant Pinoquio, réputé pour être dans le top 10 des restaurants de poisson de Lisbonne, je t’en veux jusqu’à la fin des temps moins le quart. Tu m’as agacé. Tu m’as muito enervado et même foutido as bolas, ponçado la prostata et cassé les coyão.
Durant la petite heure et demi que j’ai bien malgré moi passée à tes côtés, tu n’as pas cessé de râler. Sur tout. Sur les prix qui ne sont pas assez moins élevés que tu croyais, sur l’eau servie à table qui n’est pas assez froide, sur la chaise qui est dure et même sur le français hésitant de la serveuse – qui parle un anglais remarquable, contrairement à toi, clownesque unilingue même pas capable d’apprécier que quelqu’un s’efforce de te parler dans ta langue. La serveuse, je suis sûr que tu n’as même pas vu qu’elle était belle comme un cœur et qu’elle te souriait sous son masque malgré ta muflerie de touriste en pays conquis. Et tu as embrayé sur la télé de ton hôtel qui n’a que France 24 comme chaîne francophone. T’es venu jusqu’ici pour regarder Hanouna, pauv’ tache ?

Et puis tu as dépassé toutes les bornes, éclaté tous les records, pulvérisé les frontières du possible quand tu as dit « Bande de manches, même pas foutus de faire des frites ». Je vais pas te donner tort sur le fond. Les frites ici, en tout cas celles que j’ai goûtées, c’est bof-bof. Mais tu ne sais pas POURQUOI elles ne sont pas bonnes, parce que tu ne connais pas l’équation magique pomme de terre farineuse - section de 0,8 mm-1 cm - blanc de bœuf, double cuisson avec 20° de différence entre les bains. Ici, c’est pas les bonnes patates, c’est des pommes allumettes (donc trop grasses) et faites à l’huile en une seule cuisson : naufrage assuré. Ce débat-là est clos depuis des lustres, on ne va pas le rouvrir, d’autant que c’est les vacances. Mais alors, qu’un Français vienne râler sur les frites d’ailleurs, attends, t’es sérieux là? Tu serais pas un peu l’hôpital qui se fout de la charité? Je suis sûr que les frites de ton Nénesse du coin sont à peine plus comestibles. Et puis dis-moi : quel est l’intérêt de bouffer un hamburger avec des frites dans un restaurant de poisson? Juste pas loin, 500 mètres au plus, il y a un très bon steak-house (j’ai testé). Alors, sauf si t’es inspecteur du guide Fritelin ou du Fritard, la ramène pas, t’auras l’air moins con. Je te dis ça, c’est pour t’aider.

Je suis également sûr que tu es allé à Belém, comme tous les touristes dont moi (« C’est cool, on a vu la vieille tour »). Mais as-tu fermé les yeux pour écouter les eaux du Tage et de l’Atlantique célébrer sans relâche leurs majestueuses noces éternelles? As-tu fermé les yeux pour voir la fière Amérique de l’autre côté de l’eau? As-tu fermé les yeux pour imaginer la peur qui devait étreindre ces marins partis pour ces incertains voyages? As-tu remonté en bateau le fleuve pour aller voir ce chef-d’œuvre d’ingénierie qu’est le pont Vasco de Gama au bout de cette ville où le moderne et l’ancien se côtoient, se tutoient et se complètent dans une insouciante complicité?
Tu as failli gâcher ma journée. Heureusement qu’au rooftop de l’hôtel, en soirée, j’ai croisé un sympathique couple de jeunes Namurois et qu’on a bien rigolé. Remercie-les de t’avoir sauvé de mon éternel courroux.

par Xavier Lizin (sur Facebook)

 

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Toi, le touriste parisien (inutile de te cacher, j’ai reconnu ton accent) qui a envahi avec ta smala la table voisine de la mienne ce midi au restaurant Pinoquio, réputé pour être dans le top 10 des restaurants de poisson de Lisbonne, je t’en veux jusqu’à la fin des temps moins le quart. Tu m’as agacé. Tu m’as muito enervado et même foutido as bolas, ponçado la prostata et cassé les coyão.
Durant la petite heure et demi que j’ai bien malgré moi passée à tes côtés, tu n’as pas cessé de râler. Sur tout. Sur les prix qui ne sont pas assez moins élevés que tu croyais, sur l’eau servie à table qui n’est pas assez froide, sur la chaise qui est dure et même sur le français hésitant de la serveuse – qui parle un anglais remarquable, contrairement à toi, clownesque unilingue même pas capable d’apprécier que quelqu’un s’efforce de te parler dans ta langue. La serveuse, je suis sûr que tu n’as même pas vu qu’elle était belle comme un cœur et qu’elle te souriait sous son masque malgré ta muflerie de touriste en pays conquis. Et tu as embrayé sur la télé de ton hôtel qui n’a que France 24 comme chaîne francophone. T’es venu jusqu’ici pour regarder Hanouna, pauv’ tache ?

Et puis tu as dépassé toutes les bornes, éclaté tous les records, pulvérisé les frontières du possible quand tu as dit « Bande de manches, même pas foutus de faire des frites ». Je vais pas te donner tort sur le fond. Les frites ici, en tout cas celles que j’ai goûtées, c’est bof-bof. Mais tu ne sais pas POURQUOI elles ne sont pas bonnes, parce que tu ne connais pas l’équation magique pomme de terre farineuse – section de 0,8 mm-1 cm – blanc de bœuf, double cuisson avec 20° de différence entre les bains. Ici, c’est pas les bonnes patates, c’est des pommes allumettes (donc trop grasses) et faites à l’huile en une seule cuisson : naufrage assuré. Ce débat-là est clos depuis des lustres, on ne va pas le rouvrir, d’autant que c’est les vacances. Mais alors, qu’un Français vienne râler sur les frites d’ailleurs, attends, t’es sérieux là? Tu serais pas un peu l’hôpital qui se fout de la charité? Je suis sûr que les frites de ton Nénesse du coin sont à peine plus comestibles. Et puis dis-moi : quel est l’intérêt de bouffer un hamburger avec des frites dans un restaurant de poisson? Juste pas loin, 500 mètres au plus, il y a un très bon steak-house (j’ai testé). Alors, sauf si t’es inspecteur du guide Fritelin ou du Fritard, la ramène pas, t’auras l’air moins con. Je te dis ça, c’est pour t’aider.

Je suis également sûr que tu es allé à Belém, comme tous les touristes dont moi (« C’est cool, on a vu la vieille tour »). Mais as-tu fermé les yeux pour écouter les eaux du Tage et de l’Atlantique célébrer sans relâche leurs majestueuses noces éternelles? As-tu fermé les yeux pour voir la fière Amérique de l’autre côté de l’eau? As-tu fermé les yeux pour imaginer la peur qui devait étreindre ces marins partis pour ces incertains voyages? As-tu remonté en bateau le fleuve pour aller voir ce chef-d’œuvre d’ingénierie qu’est le pont Vasco de Gama au bout de cette ville où le moderne et l’ancien se côtoient, se tutoient et se complètent dans une insouciante complicité?
Tu as failli gâcher ma journée. Heureusement qu’au rooftop de l’hôtel, en soirée, j’ai croisé un sympathique couple de jeunes Namurois et qu’on a bien rigolé. Remercie-les de t’avoir sauvé de mon éternel courroux.

par Xavier Lizin (sur Facebook)

 

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