21 novembre 2025
NOUS RETARDONS CE SOIR LE SPECTACLE PARCE QUE… par des travailleur·euses des Arts
Soutien des travailleur.euses des arts à l’appel de novembre :
Lettre au peuple
Bonsoir, Ce soir nous retardons le spectacle parce que nous avons à cœur de vous partager un petit texte avant la représentation.
Nous avons à cœur de vous parler de l’Arizona, et de vous exprimer les raisons qui nous poussent à nous opposer fermement à leur projet politique.
C’est important pour nous d’en parler ici, dans ce théâtre, parce que c’est un des rares lieux où les gens se réunissent encore, et qui contribue à la définition de ce qu’est le peuple. Il y a eu le 14 octobre aussi. Nous étions 140 000 dans les rues de Bruxelles.
Mais avec l’Arizona, il n’est pas certain que vous puissiez encore venir faire peuple dans un théâtre, parce que l’Arizona veut allonger le temps de travail. Demain, vous travaillerez sans doute jusqu’à 22h, et donc vous ne viendrez pas ici. Demain, en sortant du travail, vous irez faire vos courses de nuit. Mais peut-être n’aurez-vous pas l’occasion de faire vos courses. Parce que vous n’aurez pas été indexés. Parce que les salaires auront été bloqués. Ou bien parce que les prix dans les magasins seront bien plus chers, et qu’avec la hausse de la TVA il faudra renoncer à beaucoup pour arriver à payer vos factures de gaz et d’électricité. Ou bien parce que vous avez été exclu du chômage, et que vous n’avez pas accès au CPAS parce que non, ce n’est pas automatique, et que malgré vos efforts pour trouver un emploi, vous n’aurez rien, parce que du travail on ne va pas en créer de nulle part, et que je ne vois pas comment vous trouverez du travail si dans les postes que vous briguez il n’y aura plus de limites pour les heures supplémentaires de vos collègues qui seront désormais vos concurrents.
Peut-être que vous ne pourrez pas venir au théâtre parce que les tickets coûteront simplement beaucoup plus cher, parce que les subsides pour les lieux culturels seront réduits à peau de chagrin, et que vous devrez choisir entre payer cher pour l’école de vos enfants, ou pour vos soins de santé privatisés.
Mais peut-être que vous ne viendrez pas parce que vous tomberez en burn out, de ne plus savoir où donner de la tête dans ce monde qui est en train de la perdre. Dans ce monde qui préfère nous envoyer à la guerre que rendre le monde plus vivable, plus respirable. Vous n’avez pas chaud vous?
Ce monde qui préfère provoquer Moscou que financer des plans grand froid. Ce monde qui préfère les ingénieurs aux poètes quand les deux doivent se tenir la main.
Mais demain, peut-être que vous ne viendrez pas nous voir au théâtre parce que ce que nous vous disons ici dans cette démocratie sera tout simplement jugé trop subversif, et qu’avec la Loi Quintin ce type de texte sera interdit, et moi, je serai sous surveillance pour l’avoir quand même dit.
Et peut-être que demain n’existera tout simplement pas, parce que ce théâtre sera comme celui de Marioupol, au milieu d’un grand champ de ruine comme Gaza aujourd’hui.
Et si toute cette perspective ne vous donne pas envie, si vous ne voulez pas de ce tournant autoritaire et antisocial, si ce demain vous donne des cauchemars, alors c’est aujourd’hui qu’il faut agir. Agir comment?
Concrètement c’est ensemble et unis que nous sommes les plus forts. Oui, comme notre devise nationale qui est bafouée aujourd’hui par ceux qui prétendent prendre des mesures pour le bien de leur région, euh, du pays.
Les 24, 25 et 26 novembre prochain, il y aura 3 jours de grève. Faites la grève. Renforcez les piquets, apportez-y du café, une soupe. Participez à des comités syndicaux ou de quartier et maintenez contact avec toutes celles et ceux qui s’organisent collectivement. Parce que nous pouvons créer un autre demain. Et qu’ensemble, toutes les alternatives sont possibles.
Texte proposé par le groupe « CSC Culture ».


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