MES VŒUX DU SOLSTICE ou NOTRE JOUR EST PLUS FORT QUE VOTRE NUIT

Le solstice d’hiver est la plus longue nuit de l’année. Mais c’est aussi ce moment de bascule où chaque jour un peu plus la lumière commence à grignoter l’obscurité, jusqu’à la délivrance du printemps et l’apothéose de l’été.
À la veille des fêtes de Noël, à quelques coudées de nos traditionnels vœux de fin d’année, je voudrais donc nous rappeler ici quelques raisons d’espérer.

Non que le présent ne soit pas douloureux ou effrayant. Il l’est effectivement.
En France, l’extrême-droite est vraiment aux portes du pouvoir. Une partie de la droite, de la bourgeoisie et des médias se sont vraiment ralliés à sa rhétorique raciste.
En Belgique, des dizaines de milliers de familles de chômeurs et de grands malades vont vraiment basculer l’année prochaine dans l’extrême précarité de l’assistance publique. Trump est vraiment ce cinglé pervers qui est président des USA et il veut vraiment s’emparer du pétrole du Venezuela et des ressources minières du Groenland.
Plusieurs gouvernements européens – dont les gouvernements belges et français – ont vraiment amorcé une militarisation des esprits et des budgets pour nous « préparer » à une vraie guerre.
Et en Palestine, au Soudan ou en République Démocratique du Congo, les massacres font déjà vraiment chaque jour des centaines de victimes.

Mais chacune de ces horreurs engendre aussi presque mécaniquement ses propres antidotes.
Elles ouvrent de nouveaux fronts de résistance. Elles entraînent de nouvelles consciences dans la lutte. Elles offrent de nouvelles opportunités d’actions et de changements. Elles remettent en selle la citoyenneté, la morale, le syndicalisme, la diplomatie, la politique.
Elles nous rendent le pouvoir de modifier vraiment le contenu de nos vies, avec d’autant plus de conviction que nous avons senti le souffle du canon, que nous avons vécu le vertige de la chute.
Ainsi, il a fallu la catastrophe de la Seconde Guerre Mondiale pour permettre la mise sur pied de la Sécurité Sociale – comme facteur de paix et de progrès humain – ou la création de l’ONU – comme outil de résolution des conflits par le droit international plutôt que par la guerre. C’est le principe d’action / réaction. Plus le péril est grand, plus il nous incite à modifier la réalité qui l’a fait naître.

Ainsi, l’approfondissement de la crise climatique, l’épuisement de toutes les ressources planétaires et l’extinction de milliers d’espèces animale nous OBLIGE désormais à changer de modèle de développement.
Elle remet ainsi l’écologie et les « biens publics » à l’honneur, non plus comme choix éthique et personnel, mais comme une nécessité collective et vitale.
Bon. Cela implique bien sûr aussi que les écologistes arrêtent de s’allier régulièrement aux libéraux (qui sont TOUS productivistes et anti-règlementation) pour construire une alliance pérenne avec les forces progressistes et anticapitalistes qui ont intégré l’écologie dans leur programme. C’est spectaculairement le cas de LFI en France, ou d’un homme comme Paul Magnette en Belgique, qui a consacré un chouette bouquin à la question, « La Vie Large ») (1) (2).

Ainsi, dans le capitalisme moderne, l’extravagante domination du capital financier sur le capital industriel nous rapproche en fait paradoxalement … du communisme (c’est-à-dire de la propriété sociale des moyens de production !).
À grands coups d’algorithmes, les échanges monétaires dans la bulle financière, purement spéculatifs, sont en effet aujourd’hui 3000 fois supérieurs aux échanges dans l’économie réelle. C’est une pure dinguerie, qui démontre en outre le caractère purement parasitaire du capitalisme contemporain, et qui finira nécessairement dans le mur. Les grandes entreprises monopolistes sont en outre de plus en plus souvent entre les mains d’anonymes actionnaires qui se contentent de payer à prix d’or une chefferie de mercenaires pour les diriger.

Mais le capitalisme financier lui-même a ainsi rompu le lien de propriété entre un « patron » et « son » entreprise. Sans aucun état d’âme – et sans se soucier évidemment de ceux et celles qui y travaillent, et plus encore, de la région qui les héberge – ces actionnaires vont ainsi acheter ou fermer des boîtes, et mettre leur pognon à l’étranger, ou dans certains micro-secteurs qui flambent en bourse, là où les taux d’intérêt sont les plus élevés.
Lorsque ces usines ferment, c’est donc tout naturellement que les travailleurs et travailleuses de la boîte vont revendiquer des formes de propriété collective (nationalisation ou coopérative) pour sauvegarder l’activité sur le site.
Qu’ils soient initialement « de gauche » ou « de droite », cela ne se présente plus à leurs yeux comme un « choix idéologique », mais comme une mesure de bon sens et de survie. Et les voilà donc tous et toutes devenus « marxistes » à l’insu de leur plein gré !

J’ai pris ces deux exemples, parce que ce sont, en principe, des marqueurs forts de « la droite » ou de « la gauche ». Mais j’aurais pu tout aussi bien développer un argumentaire voisin sur le féminisme, les soins de santé, la guerre, le racisme, … et une dizaine d’autres sujets.
Mis à part quelques consciences éclairées, comme celle du grand Jaurès et de Rosa Luxembourg, « tout le monde » était par exemple va-t-en-guerre en 1914. Mais dix millions de morts plus tard, « tout le monde » était devenu pacifiste en 1918 !
Et Georgia Meloni elle-même, pourtant élue sur un programme d’extrême-droite et xénophobe, a fait venir 500.000 travailleurs extra-européens en Italie – contredisant ainsi totalement son propre discours. Le poids de la réalité, la validité peut-être de nos propres analyse – et parfois aussi, je l’espère, le résultat de nos propres combats !
Dans les ténèbres qui semblent aujourd’hui submerger l’époque, puissions-nous donc apprendre à toujours entrapercevoir les lueurs qui annoncent l’aube. Pour allumer une bougie, plutôt que de maudire l’obscurité.

Claude Semal, 21-24 décembre 2025

PS : En ce jour d’Hanoucca, la « fête des lumières » dans la tradition juive, une pensée amicale pour mes potes juifs progressistes et décoloniaux belges, qui, avant beaucoup d’autres, ont toujours défendus les droits des Palestiniens. Lire par exemple le beau texte de Youri Lou Vertongen sur le site d’Henri Goldman : « Hanoucca, la lumière qui oblige » (3).

(1) Voir dans l’Asympto : Enivrante sobriété : PAUL MAGNETTE PREND LE LARGE
(2) Mais paradoxalement, bien que Magnette soit aujourd’hui le président du Parti Socialiste, cet essai « théorique » n’a curieusement aucune incidence concrète sur le contenu du programme du PS.
(3) https://leblogcosmopolite.mystrikingly.com/blog/hanoucca-ou-la-lumiere-qui-oblige

No Comments

Post A Comment