ÉDITION SPÉCIALE VENEZUELA

J’ai rassemblé ici en libre lecture quelques textes à propos du Venezuela et de l’enlèvement de Maduro, parus ce week-end sur les « rézozozios » – soit parce que j’en connais bien l’auteur, soit parce que l’éclairage de ces textes m’a semblé original et intéressant.
Je n’en partage pas nécessairement tous les termes et tous les qualificatifs, mais ainsi rassemblés, ils forment je crois un « contre-discours » cohérent face à la propagande U.S. et à ses multiples relais médiatiques et politiques (dont la lâcheté veule d’Emmanuel Macron et les délires trumpistes de Georges-Louis Bouchez sont deux tristes exemples).
Je publierai par ailleurs dans les 24 heures un article qui fera connaître le point de vue de la révolution bolivarienne elle-même

(Claude Semal, pour l’Asymptomatique.be).

Avec des contributions de Patrick Dupriez, Antoine Trupiano Remille, Jean-Paul Mahoux, Pierre Eyben, Pierre Heldenbergh, Peter Mertens (PTB), Marcel, Samuel Cogolati (Écolo), Yanuva Leon, Thierry Michel et Rocco Fémia.

LA TOUJOURS PASSIONNANTE ÉMISSION DE CRITIQUE DES MÉDIAS DE MOURAD GUICHARD SUR LE MEDIA TV

(on peut s’abonner !)


IMPÉRIALISME ET PILLAGE par Patrick Dupriez * (sur FB)

Nous lisons, ça et là, des commentateurs et des dirigeants politiques – surtout de droite – se réjouir de la séquestration de Maduro, au nom de la démocratie et de la liberté du peuple Vénézuelien. Pour eux, le droit international serait un truc de bisounours bien-pensants qui ne comprennent pas le monde réel.
Il y a de nombreuses et graves critiques à faire au régime autoritaire de Maduro – comme à tant d’autres, hélas, dans le monde – mais le « pragmatisme réaliste » auto-attribué de ceux qui saluent le coup d’état colonial des USA confine à la naïveté.
Le renoncement ou la destruction des règles du droit international ne profite et ne profitera qu’aux plus puissants qui rétablissent le règne de la prédation et de la loi du plus fort qui s’impose quand le droit disparaît. Qui sera le prochain ?
Ce règne ne profitera jamais aux petits pays, comme la Belgique, dont la souveraineté en matière sécuritaire, numérique, énergétique, économique et même alimentaire est extrêmement faible. Notre économie, notre vie, est fortement dépendante des relations géopolitiques et donc protégée par les règles collectives que les nouveaux autocrates dominants balancent par la fenêtre.
Trump annonce vouloir diriger le Venezuela et exploiter son pétrole. Cela n’a rien à voir avec le narcotrafic (dont Trump s’accommode bien par ailleurs), rien à voir avec la démocratie et les droits humains que nous pouvons défendre de bien d’autres façons légitimes. Les bons qualificatifs sont cynisme, impérialisme et pillage !
Ceux qui applaudissent depuis l’Europe – après avoir salué la note stratégique de Trump comme notre avocat montois vibrionnant – semblent ne pas comprendre que cette violence coloniale nous affaiblit autant qu’elle soumet les pays directement attaqués. Les ressources pillées par notre ancien allié le seront au détriment, entre autres, de l’UE ; la fin des institutions et règles internationales se fera au détriment des pays européens, Belgique en tête.
Dans un monde de brutalité sans règles, nous serons écrasés par les puissants.
Ceux qui applaudissent depuis l’Europe ne se rendent peut-être pas compte à quel point les pays du Sud, eux, ne s’y trompent plus. Ils voient ces interventions militaires illégales au nom des droits humains envers des gouvernements hostiles aux USA pendant que des criminels de guerre, tels que Netanyahou, sont reçus en grande pompe malgré les mandats d’arrêt délivrés par la CPI. L’incohérence des réactions de l’UE et le “deux poids, deux mesures”, mine toute sa crédibilité sur la scène internationale.
Les naïfs géopolitiques sont ceux qui croient que l’impérialisme américain servira nos intérêts, sont ceux que l’érection guette face à une politique viriliste qui impose sa loi à des ennemis que nous pensons avoir en commun. Ceux-là se croient réalistes alors qu’ils ne sont que soumis volontaires.
Défendre le droit international n’est pas une question morale mais une conviction rationnelle : celle que ce droit peut protéger les faibles, protéger la paix, protéger une certaine idée de la civilisation et de la coopération entre les peuples. Imparfaitement, péniblement parfois, mais l’abandonner, c’est choisir la course vers l’abîme.
L’UE et ses pays membres ont une responsabilité historique double :
– défendre avec détermination et cohérence les institutions et règles du droit et de la coopération internationale ;
– investir massivement et urgemment dans le renforcement de leur autonomie stratégique dans les domaines du numérique, de la défense, de l’énergie et d’alimentation… en partenariat et interdépendance avec une diversité de pays.
Nous devons le faire en actant le fait que les USA ne sont plus nos alliés mais une menace.
Nous pouvons le faire en nous rappelant que l’Europe reste la région la plus riche et puissante du monde si elle s’en donne les moyens politiques à partir d’un idéal partagé.

(Illustration : un tweet de l’épouse de Stephen Miller, conseiller à la sécurité intérieure de Trump. Qui sera le prochain ?)

* membre d’Écolo, dont il fut co-président, et ancien président du Parlement Wallon. Patrick connaît bien l’Amérique Latine, pour y avoir vécu et travaillé.

UNE LONGUE « TRADITION » DES USA par Antoine Trupiano Remille (sur FB)

Des décennies d’ingérence des USA en Amérique latine : coups d’État, dictatures, répression.
De Cuba au Guatemala, du Brésil au Chili, du Nicaragua au Paraguay, de l’Argentine au Honduras, jusqu’à El Salvador, Bolivie, Uruguay…
Refuser de dénoncer l’invasion du Venezuela, c’est devenir complice de cette histoire sanguinaire.
■ 1954-1957 : le dictateur guatémaltèque Castillo Armas
La réforme de redistribution des terres aux paysans du président Jacobo Árbenz a mis en cause les relations semi féodales, au bénéfice de la société américaine United Fruit Corporation. Dès lors, la CIA a mis au pouvoir Castillo Armas, qui a réprimé les organisations paysannes et tué leurs membres.
■ 1952-1959 : le dictateur cubain Batista
Les États-Unis ont soutenu le despote Batista. Appuyé par la CIA, le Bureau pour la répression des activités communistes était chargé de l’assassinat et de la torture des opposants.
■ 1930-1961 : le dictateur dominicain Trujillo
La dictature de Rafael Trujillo a été vite un des régimes les plus proches des États-Unis en Amérique latine. Il est responsable du massacre des Haïtiens de 1937, avec des milliers de morts. Sans la moindre justice rendue, ce crime a été noyé par une indemnisation dérisoire.
■ 1971–1978 : la dictature bolivienne d’Hugo Banzer Suárez
Le président Juan José Torres, partisan d’une indépendance énergétique, est assassiné avec la complicité des États-Unis. Puis Banzer a fait immédiatement envahir plusieurs universités par l’armée, arrêter les étudiants et tirer sur les manifestants.
■ 1936–1979 : la dictature nicaraguayenne des Somoza
Les États-Unis ont apporté un soutien décisif à ce régime terrible. La dictature a eu recours régulièrement à la guerre totale contre sa propre population : torture systématique, maisons détruites, massacres…
■ 1960–1980 : les régimes militaires honduriens
Ce pouvoir s’est transformé en base arrière des États-Unis en Amérique latine. Formé et financé par la CIA, le Bataillon 3 16 a constitué l’unité responsable des crimes les plus infâmes.
■ Années 1970–1980 : juntes militaires salvadoriennes
Les États-Unis ont à la fois eu un soutien militaire, financier et politique. Pendant la guerre civile, les États-Unis étaient du côté des tristement célèbres “escadrons de la mort”.
■ 1976–1983 : junte militaire argentine de Videla, Viola, Galtieri et Bignone
Avec la complaisance active des USA. En plus d’un plan systématique d’appropriation des bébés, elle a ciblé les mineurs jugés contestataires, la plupart disparus à jamais, comme lors de la “Nuit des Crayons” le 16 septembre 1976.
■ 1964-1985 : la dictature brésilienne de Branco, Silva, Médici, Geisel et Figueiredo
Les États-Unis ont impulsé le renversement du pouvoir démocratiquement élu de João Goulart, plutôt de centre gauche. Sous couvert d’un illusoire “rétablissement démocratique” pour les USA, la dictature a mis fin à toute démocratie avec l’Acte institutionnel n°1.
■ 1973–1985 : la dictature uruguayenne de Bordaberry, du COSENA et Álvarez
L’Uruguay était alors un des pays à la plus longue tradition démocratique d’Amérique latine. Grâce aux États-Unis, il deviendra un des pays ayant le plus fort taux de prisonniers politiques au monde par habitant.
■ 1954–1989 : la dictature paraguayenne d’Alfredo Stroessner
L’aide financière des États-Unis a garanti le maintien au pouvoir du dictateur, instaurant un culte religieux de sa personnalité. La découverte des “Archives de la terreur” en 1992 a été un séisme au cœur du pays, l’ampleur des crimes était innommable.
■ 1973–1990 : la dictature chilienne de Pinochet
Aux côtés de l’Uruguay, la victoire d’Allende était l’énième exemple de la vitalité de la démocratie au Chili. La création de la DINA a ouvert la voie à de véritables politiques d’État, fondées sur la torture et les disparitions massives, notamment d’enfants.
Fruit de la doctrine Monroe, l’opération Condor, menée par les USA, a été une véritable campagne d’assassinats politiques, de guerre totale contre la population et d’anéantissement de toutes les démocraties en Amérique latine. Tant de traumatismes historiques aux conséquences sans fin.

À chaque ingérence en Amérique latine, les États-Unis invoquent de grands principes ou nient catégoriquement. Des décennies plus tard, quand les dictateurs ont été protégés, les crimes « silenciés », la justice étouffée, la vérité s’impose. Les USA n’ont toujours agi que pour leurs propres intérêts, au mépris des peuples d’Amérique latine.
Il ne suffit pas de chercher loin sur les motifs de l’intervention de Trump au Venezuela. Cela “ne coûtera pas un centime aux USA”, car ils seront remboursés grâce à « l’argent qui sort du sol ». Trump assume de vouloir s’approprier le pétrole, un cinquième du total mondial.
Les États-Unis s’octroient un privilège de veto sur les dirigeants en Amérique latine, qu’ils soient élus démocratiquement ou non.
Le droit n’a jamais octroyé un imperium international à cet État.
Tous les impérialistes imposent toujours leur règne de l’arbitraire.

SI LOIN DE DIEU, SI PROCHE DES ETATS-UNIS … par Jean-Paul Mahoux* (sur FB)

« Si loin de Dieu, si proche des Etats-Unis » est une maxime mexicaine. Mais elle est aussi en usage au Venezuela. Bush, Obama, Biden et Trump (qui, en bon fasciste, va toujours un peu plus loin) appliquent la doctrine Monroe : l’Amérique latine est l’arrière-cour des USA.
Et le Venezuela est exactement à 3 heures 18 minutes d’avion de Miami en Floride. 2.380 kilomètres.
Et le Venezuela est assis sur 300 milliards de barils de pétrole, la 1e réserve du monde, plus que l’Arabie Saoudite, l’équivalent de 20% de tout le pétrole de cette Terre. Et cette masse de pétrodollars est si proche des Etats-Unis. C’est la chasse gardée de Standard Oil (ExxonMobil), Gulf Oil (Chevron) Shell, BP, Texaco, les grandes multinationales pétrolières anglo-saxonnes. Les raffineries des USA ont carrément été configurées pour traiter le brut lourd vénézuélien (les avions et les tanks américains qui ont libéré l’Europe de l’Ouest des Nazis en étaient remplis). Même après la nationalisation du pétrole vénézuélien en 1976 (via la Petróleos SA), les entreprises anglo-saxonnes ont continué à pomper cet or noir en masse.

Le Venezuela était alors un des pays les plus riches du monde. Mais au profit exclusif de ses partenaires étrangers et d’une grande bourgeoise hispanique locale qui ne partage rien. Un régime de classe impitoyable régnant sur un océan de misère populaire et une nappe de pétrole off-shore. Les pauvres pécheurs des lagunes de Maracaïbo mangent toujours des crevettes au gout infect de carbure. La pauvreté des classes populaires est immense. Elle est telle qu’en 1989, le peuple se soulève contre le régime néolibéral vénézuélien (inspiré par le FMI). L’armée et la police tuent 3 000 personnes en quelques jours.
Mais voilà, regardez bien cette photo de Caracas : elle résume le Venezuela : à gauche, les pauvres des bidonvilles, le peuple de l’exode rural venu des provinces, les prolétaires, les ouvriers, les exclus, les analphabètes, les marginaux indiens ou afro-américains, et toute la jeunesse perdue d’une explosion démographique sans issue.
À droite, les classes aisées, la bonne bourgeoisie catho-libérale vieillissante, à l’abri dans leur ville verticale ultra-moderne protégée par la police. Puis, c’est le coup de tonnerre du 6 décembre 1998 : les classes populaires remportent les élections !
Une coalition de divers partis de gauche menée par le Movimiento Quinta República remporte 56 % des voix. Un homme du peuple, d’origine indienne et afro-vénézuélienne, arrive au pouvoir : Hugo Chavez. Le patronat vénézuélien appuyé par Washington tente de le destituer mais les manifestations populaires et les militaires fidèles font échec au coup d’État. Chavez reste au pouvoir.
Et il est socialiste : il reprend en main la compagnie pétrolière nationale, il impose aux compagnies des USA des conditions de vente bien plus dures, il profite alors de l’augmentation des prix mondiaux des hydrocarbures. Le Venezuela connait un taux de croissance du PIB de 13,5 % (un des plus hauts du monde selon le FMI). La croissance profite aux couches populaires via des investissements publics dans l’éducation, l’alimentation, la santé. Le taux de pauvreté passe de 54 % à 26 % entre 2003 et 2008. L’extrême pauvreté recule de 72 %. L’Université s’ouvre aux plus pauvres. En hiver 2005, le Venezuela se paie même le luxe de fournir, à prix sacrifié, le fioul de chauffage des foyers défavorisés de Boston, du Maine, de Rhode Island, de Pennsylvanie et même de l’aire métropolitaine de New York.
Cependant, après 2008, les cours du baril de pétrole s’effondrent.
Or, le commerce extérieur du Venezuela – principalement des hydrocarbures – représente 70 % de son PIB (Banque mondiale – dernières données disponibles). Alors la dette du Venezuela passe à 130 milliards de dollars … Une dette contractée auprès des banques US ? Non ! Surtout auprès de la Chine, devenu le principal créancier du pays. Le Venezuela s’éloigne résolument des USA, s’allie avec les ennemis de Washington, Cuba et le Nicaragua, et augmente considérablement ses exportations de pétrole vers la Chine et ses importations de produits chinois. Il commerce aussi avec le reste de l’Asie dont l’Iran et avec l’eurasienne Russie. La Chine devient son premier partenaire (35 % des importations du Venezuela contre 24% vers les États-Unis).
Bush, Obama, Biden, Trump : tous les présidents US inscrivent alors le Venezuela dans la liste des régimes à abattre. Les sanctions américaines commencent à pleuvoir : embargo commercial US, exclusion du Mercosur inféodé à Washington, départ des compagnies pétrolières américaines (excepté Chevron), frein aux investissements étrangers. Comme pour Cuba, les USA étranglent leur ancien vassal. Implacable face-à-face. David contre Goliath.

Les USA et leur partenaire saoudien maintiennent surtout une politique du pétrole et du gaz au prix le plus bas en augmentant la production mondiale. Le Venezuela s’enfonce dans le déficit et les pénuries alimentaires et de biens de première nécessité. Instabilité économique, désespérance sociale, coupures d’eau, d’électricité, criminalité galopante : voilà les étapes du chemin de croix vénézuélien dans un pays qui accueille dans le même temps des millions de réfugiés venus de Colombie (en proie à la guerre civile entre narcos, guérillas et contras). Chavez meurt à 58 ans. Sa mort est annoncée le 5 mars 2013.

Son vice-président, Nicolás Maduro lui succède dans un contexte de violences policières extrêmes, de contestation sociale, de coup d’état permanent, d’assassinat d’opposants, de propagande ridicule autour du dessin animé « super moustache Maduro ». La corruption du régime Maduro ne fait guère de doutes, celle de Trump, non plus.
Les sanctions des USA et de l’Europe s’aggravent considérablement en 2019 (gel des avoirs à l’étranger, embargo sur les exportations, blocus des importations) mais selon Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations unies, les sanctions imposées par les États-Unis frappent surtout les couches les plus vulnérables de la population.
Des rapporteurs de l’ONU décrivent ces sanctions économiques comme cruelles et dévastatrices pour la population. Les gens font la file durant des heures devant un robinet public pour remplir un seul bidon d’eau par jour, un kilo de riz coute deux millions de Bolivars vu l’inflation stratosphérique des prix. Un Vénézuélien sur cinq émigre alors en Colombie ou au Brésil.

Les USA de Trump (premier mandat) lancent alors l’opération « Liberty », une tentative de coup d’état avortée. Les choses se détendent à la faveur du retour des Démocrates au pouvoir à Washington et au retour de Lula à Brasilia. Et puis surtout, l’invasion de l’Ukraine par la Russie change la donne : les énergies fossiles russes sont boycottées, le coût de l’énergie monte en flèche. Tout à coup, Washington et l’Union européenne reparlent à Maduro. Manu Macron lui fait même les yeux doux. On parle d’un troc : élections démocratiques contre fin du blocus. Mais voilà : les USA et leurs vassaux arabes et africains ouvrent les robinets des énergies fossiles dont le prix se stabilise, la crise passe et Trump est de retour en 2023 (et avec lui le cubain Marco Rubio, secrétaire d’État, un vrai contras). Il accuse immédiatement le Venezuela d’être une narco-dictature. Les avions US bombardent alors les bateaux vénézuéliens au prétexte qu’ils transporteraient de la drogue. Casus belli ! Trump a trouvé son prétexte pour passer à l’attaque. Prétexte grotesque auquel Fox News et CNews ne font même pas semblant de croire. Le HUB de l’exportation de cocaïne vers les USA est l’Équateur et 75% de la poudre passe par le Mexique et le Pacifique, pas par la Caraïbe. Le Venezuela n’est qu’une étape tout à fait mineure de la drogue et si les beaux-frères de Maduro ont bien été impliqués dans un trafic de cocaïne via Haïti, il est possible que ce fut dans le cadre d’une opération noyautée par la CIA. Toujours est-il que Trump, hier, a attaqué le Venezuela, enlevé son président et se prépare à le remplacer par un ou une potiche aux ordres. (…)

* historien et écrivain belge

L’ARSENAL DES USA par Pierre Heldenbergh* (sur FB)

Il y a des troupes et des bases militaires américaines en Allemagne, en Arabie saoudite, au Bahreïn, au SHAPE de Chièvres en Belgique, au Burkina Faso, au Cameroun, en Corée du Sud, à Guantanamo à Cuba, à Djibouti, aux Émirats arabes unis, en Équateur, en Espagne, au Gabon, au Ghana, en Grèce, au Groenland, en Islande, en Italie, au Japon, au Kenya, au Kirghizistan, au Kosovo, en Libye, au Mali, au Niger, en Ouganda, aux Pays-Bas, aux Philippines, au Portugal, au Qatar, au Royaume-Uni, au Sénégal, en Somalie, au Tchad, dans les territoires britanniques de l’Océan indien, en Turquie, sans oublier les territoires d’outre-mer américains et son 50ème état : Hawaï, qui a une position géostratégique essentielle dans le Pacifique. Ce n’est pas pour rien qu’ils y ont notamment le port de Pearl Harbor.
Grenade, l’Islande, les îles Marshall, les états fédérés de Micronésie (607 îles dans le sud ouest du Pacifique), la république du Palaos (entre les Philippines et l’Indonésie) et Panama n’ont officiellement pas d’armée. Le Costa Rica et Panama n’ont que de forces armées très limitées. Chacun de ces états a signé un partenariat pour être défendus par l’armée américaine.
La troisième plus grande armée en nombre de militaires sur le territoire de la Communauté européenne est celle des Etats-Unis.
Le Guatemala, le Chili, Panama, Haïti et maintenant le Venezuela où les Etats-Unis viennent d’organiser un kidnapping sont la preuve qu’en Amérique centrale et du sud, il y a un grand voisin au nord qui n’aime pas trop qu’on ne soit pas le doigt sur la couture du pantalon… et qu’on n’y laisse pas prospérer leurs multinationales…
Ici nous sommes dans des situations où ce sont des militaires (experts ou régiments d’interventions) qui ont fait le travail « publiquement ». Sans être le plus grand des complotistes, lorsqu’on a une agence comme la CIA, ce n’est pas forcément pour étudier les lieux de vacances idéaux pour les présidents américains.
Depuis le début de son second mandat, Trump a menacé d’annexer le Canada, le Groenland et le canal de Panama. Il a ordonné des bombardements sur l’Iran, sur la Somalie, sur la Syrie, et sur le Yémen. Cela c’est sans compter les attentats ciblés et les frappes « chirurgicales » pour éliminer des terroristes ou des chefs d’organisations d’opposants aux régimes « amis » des USA. Enfin il cautionne, finance et arme la politique génocidaire et terroriste de son grand ami Netanyahu dans toute la région.
Des accords ont été « négociés » avec l’Ukraine et la République démocratique du Congo, pour que les principales mines de lithium, de cobalt, de terres rares et de métaux critiques soient gérées par des multinationales américaines. Ces dernières occupent de plus en plus le terrain au Groenland…

Des dix pays qui possèdent les plus grandes réserves pétrolières au monde, le plus important (le Venezuela) vient d’être victime d’un coup d’État et est sous la coupe des USA. Le 2ème (l’Arabie saoudite), le 4ème (l’Irak), le 5ème(le Koweit), le 6ème (les Émirats arabes unis), le 8ème (la Libye) sont sous la coupe américaine avec d’importantes bases militaires dans la région. C’est quasi leur parc d’attractions personnel.
13 pays européens ont « choisi » de s’équiper d’avions F35 américains :
– L’Allemagne – 35,
– la Belgique – 34. (C’est con Francken, à 1 prêt, tu en avais une aussi grosse que les Allemands. Mais ne te décourage pas, j’ai cru lire que tu avais une option pour en acheter 11 supplémentaires.)
J’imagine que les F35 sont idéaux pour régler notre problème de sécurité actuelle : attraper des petits drones de 500 grammes qui survolent nos bases militaires et nos aéroports. Enfin, j’imagine ? Sinon, nous aurions plutôt acheté, pour le même montant, du matériel de génie civil. Reconstruire des ponts, des routes, installer très rapidement des hôpitaux et des tentes pour accueillir des populations déplacées, cela peut être bien utile. Que ce soit dans un conflit militaire mais également dans un effondrement climatique qui aura les mêmes conséquences qu’une guerre pour les civilEs. Mais je ne suis pas un expert militaire, et sans doute je ne comprends rien aux grandes décisions de notre gouvernement fascisant.
– le Danemark – 27,
– la Grèce – 40,
– la Finlande – 64,
– l’Italie – 115,
– la Norvège – 52,
– les Pays-Bas – 58,
– la Pologne – 32,
– la Roumanie – 32,
– le Royaume-Uni – 138,
– la Suisse – 36 et
– la République tchèque – 24
Pour le moment, les quatre premiers qui sont arrivés à la base de Florennes ont de solides soucis techniques. Mais les jouets fabriqués par la multinationale Lockheed Martin ont surtout une grande faiblesse quand on n’est pas américain… C’est qu’on est totalement dépendant des mises à jour, des données de mission, des pièces détachées et de la maintenance qui restent aux mains des Etats-Unis. En termes d’indépendance militaire et d’autonomie pour nous « défendre », on fait mieux, non ? Mais là encore, je ne suis pas un expert.
Mis à part mes questionnements de béotien, tout le reste ce ne sont que des faits… A chacunE d’en tirer un regard géopolitique sur ce qui se passe au niveau international.
Mais dans l’histoire, les grandes nations qui perdaient progressivement leur puissance ont souvent réagi de manière sanglante et militaire pour essayer de conserver leur place centrale… Sans se préoccuper ni du nombre de victimes, ni des conséquences de leurs folies guerrières…

* citoyen liégeois engagé

DUR POUR LES NERFS par Marcel (sur X-Twitter)
C’est reparti pour un tour de grosse propagande fasciste américaine où la petite bande de propagandistes complices vont nous assurer qu’on libère les peuples en les bombardant pour les voler Ça va être dur pour les nerfs

UN ACTE DE PIRATERIE par Pierre Eyben *

Il n’aura pas mis longtemps à nous pourrir 2026 le Prix Nobel du ballon rond.
Il agit selon la tradition de l’impérialisme américain qui pille les ressources du continent sud-américain.
Il agit selon la tradition de l’extrême-droite qui bafoue le droit international, et les règles démocratiques en place dans son propre pays.
Et que dit notre pays ? Rien. Que dit l’UE ? Rien.
“Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution par temps de crise.” (Bertolt Brecht)
Ne pas condamner cet acte de piraterie (quoi que l’on pense du président du Venezuela), c’est participer à cette funeste évolution.* co-animateur du mouvement « Demain »

 

CE QU’ILS DISENT N’EST PAS LA RÉALITÉ par Peter Mertens *

« L’information » selon la RTBF. Et la meilleure blague que vous raconteriez à Hitler, vous la connaissez ?

Selon les rapports, le président Maduro et sa femme Cilia Flores ont été « arrêtés ». C’est faux. Ils ne sont pas arrêtés vous ne pouvez être arrêté que par une force légitime de police. Ce n’est pas le cas. Maduro et sa femme ont été kidnappés, kidnappés, et c’est une violation flagrante du principe de non-ingérence et une violation de l’immunité d’un chef d’État.
Ils disent que c’est une “affaire juridiquement complexe”. C’est Friedrich Merz qui le dit, le chancelier fédéral d’Allemagne. Il a également considéré le génocide à Gaza comme une question « juridiquement complexe ». Ce n’est pas juridiquement complexe, c’est légalement simple. C’est une violation flagrante de l’article 2 de la Charte des Nations Unies.
Ils disent que c’est “une escalade” en “un conflit”. Ce n’est pas une escalade, c’est une série de crimes de guerre unilatéraux des États-Unis, c’est une intervention illégale et l’enlèvement d’un président en exercice d’un pays souverain.
Ils disent qu’il s’agit de “rétablir la démocratie”. Les États-Unis ne sont absolument pas intéressés par la démocratie, ni en Palestine, ni en Iran, ni au Nigeria, ni en Somalie, ni en Ukraine et ni au Venezuela C’est une question de pétrole, et ils ne le mettent pas sous les chaises ou les bancs.
Ils disent qu’il s’agit de mettre en place une « transition ». Il ne s’agit pas d’une transition, mais d’une tutelle coloniale. Washington veut diriger le Venezuela en tant que colonie, saisir illégalement ses ressources pétrolières et empêcher un autre régime qui ose défier l’hégémonie américaine.
Ils disent qu’il ne s’agit que d’un seul pays. Évidemment, ce n’est pas le cas. Il s’agit du nouvel ordre mondial de Trump : un ordre mondial dans lequel toute l’Amérique latine, le Canada et le Groenland sont considérés comme des États coloniaux des États-Unis ; un ordre mondial qui cherche à attiser les tensions avec la Chine ; et un ordre mondial où les États européens jouent les uns contre la volonté de “papa Trump. ”
Les dirigeants européens qui refusent de poursuivre ces crimes de guerre et ces violations du droit international sont complices et naïfs. L’Europe aussi sera victime de ce régime illégal et criminel à Washington. On a vu ça avec JD Vance à Munich, on a déjà vu ça avec la nouvelle stratégie de sécurité américaine.
Aujourd’hui, nous défendons quelque chose de fondamental : la souveraineté, la paix, le droit international et le droit des peuples de déterminer leur propre avenir, sans bombardements, sans enlèvement, sans intervention, sans changements de régime imposés par les États-Unis. Si cet enlèvement le peut, alors il le peut partout, alors chaque gouvernement, chaque pays, chaque région est potentiellement gouvernable depuis Washington.
C’est pourquoi nous devons affirmer maintenant : Ne touchez pas au Venezuela. Liberté et sécurité pour Maduro et Cilia Flores. Pas de guerre. Pas d’enlèvement. Aucun changement de régime. Oui à la paix. Oui à la souveraineté. Oui au droit international.
* Président du PTB-PdVA

UN EMPIRE QUI S’AUTORISE TOUT par Samuel Cogolati * (sur FB)

Il y a des jours où j’ai honte de ce que certains sont devenus.
Trump se poutinise, enlève Maduro et traite les réserves de pétrole du Venezuela comme un butin. Et pendant que le monde bascule, comment réagissent nos dirigeants ? L’Europe et la Belgique se réfugient dans des formules mollassonnes. Pas une condamnation ferme ! Je n’ai jamais entendu autant de “on surveille de près la situation”.
Souvenez-vous pourtant… Il y a un peu plus de 20 ans, en février 2003, la Belgique mettait son veto à l’OTAN contre la guerre insensée de Bush en Irak. Et ce n’était pas un truc de gauche ou de droite : c’était un réflexe légaliste, porté tant par les socialistes, les écologistes que libéraux (Louis Michel était notre ministre des Affaires étrangères !). Et tout ça était assumé avec la France (rappelez-vous de Villepin, pourtant de droite, au Conseil de Sécurité) et l’Allemagne. Une idée simple, européenne : le droit doit l’emporter sur la force. Parce qu’on refusait qu’une superpuissance décide seule, sur base de mensonges, de redessiner le monde.
Ce souvenir est gravé dans ma mémoire. Mon papa m’avait emmené à ma toute première manif, à 14 ans, à Bruxelles pour marcher contre la guerre en Irak. Je me souviens de ce mélange de dignité et de gravité dans la foule : on n’était pas pro-Saddam (évidemment que non !), on était pro-droit international. Pro-Charte des Nations Unies. On savait qu’un dictateur reste un dictateur… mais qu’un empire qui s’autorise tout devient un danger pour tout le monde. (Et l’histoire nous a tragiquement donné raison.)
Et aujourd’hui ? Voilà le vertige : ce qui était, hier, un réflexe transpartisan de dignité est devenu, aujourd’hui, un sujet de moquerie. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, applaudit la capture de Maduro et se moque de ceux qui invoquent le droit international. Voilà où on en est : l’interdiction du recours à la force, le socle de 1945, traitée comme un détail.
Qu’on soit clair : oui, Maduro (comme Saddam à l’époque) est un autocrate. Mais le sujet est ailleurs.
Arrêtons un instant d’être naïfs sur le moteur réel de cette opération… Depuis Mar-a-Lago, Trump lui-même parle de contrôle américain de facto et assume de manière décomplexée le retour massif de compagnies pétrolières américaines sur place. Et ce n’est pas un hasard : une grande partie des raffineries américaines, ont été construites pour traiter des bruts lourds et soufrés… exactement le type de pétrole dont regorge le Venezuela. Voilà le retour de la doctrine Monroe (rebaptisée, dans les termes de Trump, de “Donroe Doctrine”). C’est un précédent impérial et néocolonial. Et nous, Européens, nous regardons ça comme de lâches figurants.
Alors oui, c’est un basculement d’époque d’une rare gravité. On est passés d’une Belgique capable de dire “NON” à Washington à un gouvernement vassalisé qui se tait, s’aligne, et finance sa dépendance à coups de F-35. La Belgique avait une colonne vertébrale. Trump vient de nous montrer qu’on l’a perdue. Ce manque de courage politique nous coûtera cher. Dans un monde où la loi du plus fort remplace le droit, ceux qui baissent les yeux finissent toujours par payer le prix.
Le seul moyen de ne pas subir ce monde de prédateurs, c’est de retrouver une autonomie réelle : industrielle, énergétique et aussi stratégique. Et ça commence par arrêter de financer notre dépendance aux Empires (que ce soit via du pétrole russe, du gaz de schiste, ou des F-35 américains). L’Europe ne sera en sécurité que le jour où elle aura le courage d’être une puissance écologique indépendante, fière de ses principes, pas un paillasson.

* ex co-président d’ECOLO (Belgique)

DANS L’ŒIL DU CYCLONE par Yanuva Leon* (sur FB)

Le seul pays qui a le droit de décider pour le Venezuela, c’est le Venezuela. C’est ce que prévoit l’ordre international, qui empêche les loups de se dévorer entre eux.
Ils peuvent faire et dire ce qu’ils veulent contre cette vérité juridique, morale et éthique, mais cela ne change rien à la lettre de la justice ; ils ne font que la bafouer.
Que deviendront le présent et l’avenir si l’on ne respecte pas l’ensemble des règles et des principes qui régissent les relations entre pays souverains ?
Les États-Unis envahissent les nations, les violent, les disciplinent ; ils le font depuis toujours, en toute impunité et de manière systématique, allant même jusqu’à enregistrer et célébrer leurs actions dans des spectacles éblouissants. Ils bousculent et insultent les migrants, les expulsent et les emprisonnent sans protocole, leur sucent leur énergie vitale, les assassinent. Ils ne respectent même pas leurs propres règles. Une suprématie acharnée. Près d’un siècle après l’Holocauste, avons-nous oublié de lire les signes ? À ce stade de l’humanité, les dirigeants mondiaux bêlent-ils comme des moutons ?
Le Venezuela n’est intervenu ni politiquement ni militairement sur aucun territoire étranger. C’est une réalité vérifiable et incontestable.
Les États-Unis, en revanche, sont un pays qui avale les pays, et avec un appétit toujours plus vorace. Un soir, ils bombardent le Nigeria, et quelques jours plus tard, ils bombardent Caracas, comme quelqu’un qui déplace et sacrifie du bétail dans son vaste domaine.
Mais ce n’est pas son domaine, c’est le monde ! Des millions de personnes ! Des femmes, des enfants, des hommes ! Des mers, des montagnes, des cultures, de l’histoire, des rivières, des forêts et des destins !
Et que fait le monde au bord de l’effondrement ?
Que font ceux qui ont la responsabilité politique et judiciaire de cette planète démesurée face au cannibalisme porno-corporatif d’une poignée de narcissiques ? Ils salivent ? Ils se lèchent les babines ?
Pendant ce temps, nous, les foules dépossédées dans l’œil du cataclysme, nous comptons les heures, nous comptons les jours et nous comptons les morts.

* Poète et écrivaine vénézuélienne résidant au Venezuela.

LE SILENCE DES PRINCIPES par Rocco Femia * (sur FB)

Il arrive, dans l’histoire, un moment où l’on ne peut plus faire semblant de ne pas comprendre. Non pas parce que tout devient soudain limpide, mais parce que la confusion elle-même devient un signe. Le Venezuela, aujourd’hui, se tient à cet endroit précis : non seulement comme un pays frappé par une crise violente, mais comme un miroir brutal de l’époque que nous traversons.
Depuis des années, nous assistons à des guerres entre États, à des invasions déguisées, à des conflits justifiés par un langage toujours plus sophistiqué. Mais ce qui vient de se produire marque un pas supplémentaire, plus inquiétant encore : une grande puissance militaire entre dans un pays souverain, capture le président en exercice, décide de son sort, et exige que tout cela soit lu comme une mesure de maintien de l’ordre. Pas une guerre, nous dit-on. Pas une agression. Une « opération ». Un mot neutre, technique, qui efface la violence avant même de la nommer.
Le problème ne se réduit pas à Donald Trump, ni à une incohérence devenue presque structurelle. Ce serait trop simple d’en faire une affaire de tempérament ou de dérive personnelle. Le cœur du problème est ailleurs : la violence est en train de perdre le besoin de se justifier. Elle n’a plus à paraître exceptionnelle ou tragique. Elle devient un instrument ordinaire, administrable, communicable en temps réel, parfois même accompagné de gestes prétendument humanitaires destinés à en adoucir l’impact symbolique.
Nous condamnons — à juste titre — les violations du droit international lorsqu’elles viennent de Moscou. Nous les appelons par leur nom : invasion, crime, domination. Depuis l’agression de l’Ukraine, le vocabulaire s’est figé autour d’une grammaire apparemment claire : il y aurait les agresseurs et les agressés, le droit d’un côté, la force brute de l’autre. Toute intervention contre la Russie est alors présentée comme une nécessité morale, presque comme une évidence.

Mais il suffit que l’action vienne de Washington pour que cette grammaire se dérègle. Les mots se font plus prudents, les condamnations s’évaporent, les silences s’installent. Là où l’on exigeait des positions nettes face à Vladimir Poutine, on observe soudain une étonnante retenue. Giorgia Meloni, si prompte à dénoncer sans ambiguïté l’agression russe, se garde bien de condamner explicitement l’opération menée par Donald Trump. Même mutisme du côté de l’Alliance atlantique : Mark Rutte n’appelle pas à freiner l’escalade, ne rappelle pas publiquement les lignes rouges du droit international, comme si celles-ci dépendaient désormais de l’identité de celui qui les franchit.
Ce glissement n’est pas anecdotique. Il dit quelque chose de profond sur notre rapport contemporain à la vérité politique. Les principes ne disparaissent pas : ils se déplacent. Ils ne sont plus niés, ils sont hiérarchisés. Et cette hiérarchie n’obéit pas au droit, mais au rapport de force.
Voilà le précédent véritablement dangereux. Non pas le Venezuela en tant que tel, mais l’idée que la souveraineté, la légalité internationale, voire les droits humains puissent être suspendus « temporairement » au nom d’un bien supérieur décidé ailleurs. C’est la consécration d’une logique froide et cynique, qui n’a rien d’irrationnel : elle est parfaitement cohérente avec elle-même. Une logique qui affirme que celui qui a la force décide, puis construit le récit qui rend cette décision acceptable.

Pendant que l’on écrit, que l’on commente, que l’on analyse — souvent avec compétence, parfois avec complaisance — une sensation plus profonde s’installe, presque physique : nous sommes en train de normaliser l’inacceptable. Nous acceptons que la paix soit un luxe, que le droit soit négociable, que la violence devienne une solution parmi d’autres. Comme si s’y opposer relevait de la naïveté, ou d’un anachronisme.
Et pourtant, c’est l’inverse. Aujourd’hui, l’acte le plus rationnel consiste à refuser cette rationalité armée. L’acte le plus lucide est de dire non. Non, on ne défend pas la démocratie en enlevant un président. Non, on ne construit pas l’ordre en piétinant la loi. Non, il n’existe pas de guerres justes simplement parce qu’elles sont menées par les vainqueurs.
Il est peut-être temps de descendre dans la rue. Non pour soutenir un gouvernement contre un autre, non pour choisir un camp, mais pour affirmer quelque chose de simple et de radical : la violence n’est pas une fatalité historique, c’est un choix politique. Et comme tout choix, il peut être refusé. Une vague pacifique, démocratique, obstinée. Pas tapageuse, mais profonde. Capable de dire que ce temps-ci ne nous représente pas, que ce monde-là n’est pas le seul possible.

Certains chercheront le pétrole entre ces lignes, comme on l’a toujours fait pour donner un sens aux guerres. Je l’ai volontairement laissé de côté. Car ce qui fait vraiment peur, aujourd’hui, c’est que la violence n’ait plus besoin, même de l’argent, pour se justifier.

* journaliste italien vivant en France

LA DÉFENSE DU PÉTRODOLLAR par Thierry Michel (sur FB)

« Bombes, enlèvement, pétrole : le Venezuela sous la loi du pétrodollar ».
L’attaque contre le Venezuela n’est pas une parenthèse ou le caprice d’un président fantasque. C’est la continuité d’une longue histoire : renverser les gouvernements qui tentent de récupérer leurs ressources, imposer par la force une architecture financière qui garantit aux États Unis un pouvoir exorbitant sur les flux de pétrole et sur les économies du Sud.
En bombardant Caracas, en enlevant un président élu, en violation flagrante avec la Charte des Nations unies, et en se déclarant propriétaire de fait des réserves vénézuéliennes, Trump et l’appareil d’État américain envoient un message glaçant : tout pays qui remet en cause l’ordre du pétrodollar peut être frappé, assiégé, démembré.
Les bombes sur Caracas ne visent pas seulement une capitale latino américaine : elles cherchent à envoyer un message au reste du monde sur « qui » contrôle encore l’ordre pétrolier et monétaire international.
En enlevant le président Nicolás Maduro après une campagne de bombardements, Donald Trump assume une fuite en avant impériale où l’accès au pétrole vénézuélien, et la défense violente du système du pétrodollar, priment sur le droit international et sur la souveraineté des peuples.
En normalisant l’idée qu’une superpuissance peut bombarder un pays, renverser et enlever son président au nom de ses intérêts stratégiques et pétroliers, Washington rouvre la porte à un droit de la jungle où la force prime sur toute légalité.

Le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole au monde, et ce n’est pas un détail
dans cette guerre. Trump le dit désormais ouvertement : les États Unis vont « prendre en charge » l’industrie pétrolière vénézuélienne, amener leurs compagnies pour « reconstruire » et « faire tourner » les puits, les raffineries et les exportations.
Pour les grands médias économiques, la messe est dite : il s’agit d’une saisie audacieuse du pétrole, qui permettra à Washington et à ses majors de fixer les règles du jeu sur un gisement colossal aujourd’hui sous utilisé.
En bref : bombardements d’abord, privatisation et rapatriement des profits ensuite, sous couvert de « stabilisation » et de « reconstruction ».

Le cœur du problème : la défense violente du pétrodollar. Depuis plusieurs années, Caracas cherchait à s’émanciper de la dictature du dollar en diversifiant les monnaies de paiement pour son brut, en utilisant le yuan, l’euro et même des instruments financiers alternatifs appuyés par la Chine. Pour les stratèges américains, c’était une menace directe contre le système du pétrodollar, qui impose le dollar comme monnaie quasi exclusive des transactions pétrolières, et fait de la devise américaine l’ossature du système financier mondial.
L’objectif est de remettre sous tutelle un producteur qui s’en écartait, de casser les accords en monnaies alternatives avec la Chine et d’autres partenaires, et de rappeler à tous les États producteurs que contester le règne du dollar a un prix.
D’autant que le dollar est menacé par de nombreux pays comme la Russie, qui vend son pétrole en roubles et en yuans. L’Iran, qui commerce avec des devises autres que le dollar depuis des années. La Chine qui a créé CIPS, sa propre alternative à SWIFT, qui compte 4 800 banques dans 185 pays. Et les BRICS qui développent activement des systèmes de paiement qui contournent totalement le dollar.
L’adhésion du Venezuela aux BRICS, avec ses 303 milliards de barils de pétrole, aurait accélérer ce processus de manière exponentielle.
Face à cette offensive de Trump, en dehors de toutes les règles de droit international, il s’agit de nommer les choses : crime d’agression, prédation coloniale, racket US au service d’un ordre pétrolier et monétaire injuste, et de construire des résistances, juridiques et politiques pour défendre le droit des peuples à disposer de leurs ressources.
Mais ces résistances ne naîtront pas spontanément : elles devront être arrachées par une combinaison de travail juridique rigoureux, de diplomatie insoumise à Washington et d’une mobilisation citoyenne internationale.

Même s’il est clair que l’Europe est divisée et que si certains gouvernements, sans vraiment condamner, mettent, très prudemment, en avant la violation de la souveraineté et la nécessité de respecter la Charte de l’ONU, d’autres dont l’Italie, et des dirigeants de pays d’Europe de l’Est, présentent l’opération comme une « intervention légitime ».
Tandis que de nombreux États du Sud global (Colombie, Mexique, Chili, Cuba, Afrique du Sud, Russie, Iran, etc.) parlent ouvertement d’« agression », de « violation manifeste » de la Charte des Nations Unies et appellent l’OEA et l’ONU à réagir sans délai.

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