« QUI VEUT LA PAIX RÉPARE LA PAIX » (1) par Françoise Nice.

Françoise Nice

Des pièces de patchwork qu’un jour il faudrait assembler pour faire une couverture chaude et colorée, des bouts de fil signifiants, ou une lente partie de Mikado où réapprendre à désintriquer les fines baguettes multicolores sans tout casser, soit le contraire de ce que l’on voit ou vit.

Se taire, prendre un livre, le lire, et ne plus aller me coucher, les paupières qui tombent et l’ouïe assourdie par les plateaux de télé chargés d’experts et animés par l’un ou l’autre Monsieur Loyal des appareils idéologiques des puissants (privés ou publics) plus ou moins ouvert et ouvreur de réflexion. Groggy sans avoir bu.

Regarder encore la longue liste d’amis et d’amies, à qui je n’ai pas encore envoyé une carte de vœux papier, ou sur cette page un petit mot pour vous dire que je pense à vous, et que je nous souhaite santé, sérénité, joie, temps de réflexion pour mieux inventer un monde moins toxique et dangereux, une nouvelle ère moins abominable que celle où nous nous abîmons.

De tous les vœux, je retiens cette phrase en conclusion d’un poème de Vincent Engel « Qui veut la paix répare la paix », soit une juste réponse aux producteurs de discours pour justifier une politique d’investissement dans les armes comme grand projet européen.
Et souvent, je me demande comment je bosserais aujourd’hui dans mon ancienne rédaction où l’on a réduit le nombre de journalistes chargés de couvrir au quotidien l’actualité internationale alors que précisément, il faudrait plus de journalistes …

Qui sait pourquoi, je me souviens vaguement des mots de Shakespeare en exergue du « Le Bruit et la fureur » de William Faulkner : « All the world is a tale told by an idiot, full of sound and fury signifying nothing » (2)… mais non, au-delà des actions mégalo-démentes et des propos mytho-dingues, il y a du boulot pour les politistes sensés, pour une armée de psychologues, pour tout un quartier d’ORL nous aidant à bien entendre et comprendre…

« Dans l’enfer de Gaza » sur ARTE

Et pour terminer ce blabla affligé mais pas résigné, mon TOP 3 des films que j’ai vus en 2025 :

« Soundtrack to un coup d’Etat » de Johan Grimonprez (3). Un film à voir et que je recommande chaudement à celui qui au téléphone m’a présenté la procédure judiciaire ouverte contre le président vénézuelien Maduro et sa détention dans une prison de Brooklyn (en terre du Parti démocrate) comme, quand même, un vague souci des apparences démocratiques, même s’il d’accord bien sûr sur le viol du droit international. J’ai repensé au film historique de Johann. Il est vrai que pour assassiner Lumumba, plusieurs moyens furent mis en œuvre, soft power et hard power, complicités multiples et manœuvres secrètes. « Soundtrack to a coup d’état », à voir si vous ne l’avez pas encore vu, et qui a récolté 28 prix, oui 28 ! est un chef d’œuvre du documentaire historique et de l’art cinématographique (4).

« La grande ambition » du réalisateur Andrea Segre, un portrait par la fiction d’Enrico Berlinguer. Où l’on retrouve les espoirs, les douloureuses déconvenues postaliniennes et grands débats eurocommunistes en Italie et dans les milieux de la gauche dans les années 70 et 80,

Et dans l’actualité en Palestine, « Dans l’enfer de Gaza », à voir encore sur Arte.TV, ce film autour du courage, de la bravoure, de la détermination des journalistes palestiniens Mohammed Abed, Mahmud Hams, Maï Yaghi et Adel Al Zaanoun, dont la journaliste et réalisatrice Hélène Lam Trong ( prix Albert Londres en 2023) a suivi le travail, les audaces et les souffrances, les traces de balles et bombardements de l’armée israélienne .

Françoise Nice

Et quelques images : dont l’une pour dire J’ai les boules, et l’autre, deux petits souvenirs de mes reportages en URSS, une kartotchka et une brosse à dents achetée je ne sais plus où, et dont les poils trop durs t’arrachent les gencives quand tu t’essaies à chanter l’un ou l’autre discours de propagande. Bon, et si l’on créait une série de prix pour les mensonges à large diffusion ?

Françoise Nice , avec l’aimable autorisation de l’autrice.

(1) Vincent Engel
(2) « Le monde entier est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ».
(3) https://www.johangrimonprez.be/
(4) Voir https://auvio.rtbf.be/emission/soundtrack-to-a-coup-d-etat-28725

Photo du dessus : Jean-Claude Salémi

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