AUX ORIGINES DE LA GUERRE, IL Y A LA FESSÉE par Laurence Dudek

Il y a peu de choses que je regrette d’avoir écrites dans ma vie, mais parmi elles, il y a vingt ans, c’est d’avoir commis une « éloge de la fessée » qui valait son pesant d’ignorance. Ce qui n’est jamais une excuse pour écrire des conneries ;-). (Claude Semal)

Il se trouve encore aujourd’hui de nombreuses personnes adultes qui revendiquent une forme de bienfaisance de la punition voire même de la punition physique, désignée par euphémisme sous le terme “la fessée”. Ce vocable minimisant signifie de manière non exhaustive “frapper, pousser, hurler dans les oreilles, bousculer, tirer les oreilles, les cheveux, pincer, forcer à ouvrir la bouche, mettre au coin, enfermer, etc., etc., etc…”
Dans ce cadre de la défense des maltraitances corporelles, un monsieur commentait publiquement :
“Je me souviens de notre époque et toutes les fessées du maître et la maîtresse et surtout du directeur d’école, franchement ça a fait de nous des hommes !”.
J’ai souhaité lui répondre avec bienveillance car, n’en doutez pas, les anciens enfants battus qui revendiquent la violence des adultes restent des enfants battus, et c’est pour cela qu’ielles s’en réclament. Sortir de la condition d’enfant battu par la non-violence éducative est une réparation.
Quand on a été battu enfant, il est logique de trouver ça “pas si mal”, “pas si grave” et même parfois de justifier cela comme vous le faites, car cela protège de la position de victime (qui est la plus douloureuse des positions de vie). Si en plus d’avoir été battu (brimé, humilié, traité comme un objet), on se sent abîmé et vulnérable, alors c’est ce qu’on appelle le deuxième coup : l’impact toxique et invalidant de l’image qu’on a (ou que le monde a) du traumatisme subi qui vous stigmatise jusqu’à vous définir.
Vous avez raison de penser ce que vous pensez : avoir été battu ne fait pas de vous un “sous-homme” et cela n’est d’ailleurs pas le sujet. Les enfants qui ont subi des punitions et des coups constituent l’immense majorité des adultes en France et effectivement, comme le dit la doxa, à part une minorité de martyrs, ielles n’en sont pas mort.es. Pourtant, en tant que psychopédagogue et soignante, je vous affirme que si vous n’aviez pas été battu, vous seriez également devenu un homme, sans avoir eu besoin de subir tout cela et avec bien plus d’efficacité.
Les blessures de l’enfance ne nous rendent pas plus fort.es, ni plus heureu.ses, elles nous rendent seulement plus accoutumé.es à la violence et moins sensibles à notre propre souffrance. Souvent elles nous accoutument aussi à la souffrance de l’autre. Et tout ceci fabrique le monde de violence extrême auquel nous survivons malgré notre nature profonde, en nous y adaptant… Il n’y a certes là pas de quoi fanfaronner.

Avec toute ma bienveillance
LD

www.laurencedudek.com et groupe de support Soin & Empathie
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