LA VAGUE INSOUMISE EN FRANCE par Claude Semal

Ce n’est pas une surprise pour les lectrices et les lecteurs de l’Asympto, si vous nous lisez régulièrement, mais c’en fut visiblement une pour les cravates et les brushings des chaînes d’infaux continues françaises. Comment … !? Après deux années ininterrompues de « LFI bashing » permanent, où pratiquement tous les médias français ont discrédité H24 le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, transformant chaque interview en garde à vue accusatoire (un « antisémite » par-ci, un « islamiste » par-là, et un « violent » pour emballer le tout ), voilà que la France Insoumise s’impose désormais aux élections municipales comme la principale force ascendante de la gauche française !
Elle se paye même le luxe de faire élire au premier tour son candidat, Bally Bagayoko, cadre à la RATP et membre de LFI depuis 2017, comme maire de Saint-Denis dans la seconde ville d’Île-de-France ! Nouveau maire accueilli comme il se doit par tous les rageux des médias Bolloré, quand Appoline de Malherbe l’interroge sur RMC sur une expression qu’il n’a jamais prononcée (« la ville des noirs »), ou quand un très facho « journaliste » de « Valeurs Actuelles » l’accuse sur BFMTV de s’être fait élire par des dealers,… et de leur en rester redevable !
De la pure abjection, dont on n’aurait je crois jamais osé accusé un maire « blanc ». Car oui, Bally Bagayoko est aussi un Français d’origine malienne. Écoutez bien son « interview » sur BFM à la mode Goebbels : c’est confondant de bêtise et de racisme (1).

Mais rebobinons le film au début. En refusant tout accord national avec la France Insoumise, comme l’a fait Marine Tondelier pour les écologistes, ou en refusant tout accord tout court, comme l’exigeait le PS de François Hollande et le groupuscule « Place Publique » de Glucksmann, ses adversaires ont poussé LFI à présenter des listes sous ses propres couleurs – à côté des listes « d’union » regroupant parfois le reste de la gauche autour du PS.
Ce qui n’empêcha pas les listes de la France Insoumise de souvent virer en tête à gauche le soir du premier tour, comme à Toulouse et à Roubaix, ou de s’affirmer comme un partenaire incontournable pour garantir ensuite la victoire de toute la gauche,
Malgré ces ukases initiaux, des alliances de second tour se nouèrent donc ainsi rapidement à Avignon (PS-LFI), Aubervilliers (DVG-LFI), Besançon (ECO-LFI), Brest (PS-LFI), Choisy-le-Roi (LFI-PCF-UG), Clermont-Ferrand (PS-LFI), Colombes (ECO-LFI ), Grenoble (ECO-LFI), La Courneuve (LFI-PCF), Limoges (LFI-PS), Lyon (ECO-LFI), Metz (LFI-ECO ), Nantes (PS-LFI), Strasbourg (ECO-LFI), Toulouse (LFI-PS), Tours (ECO-LFI), Villejuif (PCF-LFI), … et même à Tulle (UG-LFI), où la ligne « anti LFI » de François Hollande a ainsi été ridiculisée dans la ville d’origine de l’ancien président !
Ailleurs, toutefois ces exclusions et clivages partisans perdurèrent – comme à Bordeaux, Poitier, Saint-Étienne, et surtout, à Marseille et à Paris.

Dans ces deux grandes métropoles, les listes « d’union de la gauche »(hors LFI)  menées par les PS locaux refusèrent en effet dès le départ toute alliance avec les insoumis. La situation est aujourd’hui particulièrement alarmante à Marseille – où la liste menée au premier tour par le PS Benoit Pailland (36,69%) est au coude-à-coude avec celle du Rassemblement National (35%). Face au refus répété des socialistes de s’allier à LFI, et pour éviter le risque que la seconde ville de France ne bascule aux mains de l’extrême-droite, la liste LFI de Sébastien Delogu (12%) s’est retirée de la course. Un geste fort salué par tous les démocrates de France – mais qui a un coût politique injuste, puisqu’il prive les insoumis de toute présence au conseil municipal de Marseille. Par contre, les insoumis maintiendront leurs listes pour les mairies d’arrondissement où le risque d’une victoire du RN semble écarté.

« Soyons sérieux » (sic)

Situation de blocage aussi à Paris, où la liste « d’union » du PS Emmanuel Grégoire (38%) a refusé toute alliance « technique » avec la liste insoumise de Sophia Chikirou (11,72%). Grégoire doit pourtant arriver à battre au second tour la liste de de Rachida Dati (LR) (25,46 %), qui a fusionné avec l’autre liste de droite Horizon (11,34%) et qui bénéficie en outre du retrait de la liste zémourienne de Sarah Knafo (10,40%). Un pari risqué, au vu de ces chiffre, dont Emmanuel Grégoire portera seul la responsabilité politique.
La droite bling-bling de Rachida Dati, qui pourrait aisément ouvrir une bijouterie-quincaillerie avec toutes les casseroles qui lui collent au derrière, ce n’est toutefois pas la politique d’apartheid du Rassemblement National.
Les Insoumis parisiens ont donc fait le choix de maintenir leurs listes au second tour, en espérant améliorer leur score, pour représenter leurs électrices et leurs électeurs et incarner l’opposition au Conseil de Paris.
Il faut également savoir que les élus municipaux sont aussi les « grands électeurs » qui éliront ensuite les sénateurs. Ils devraient ainsi permettre aux insoumis d’être représentés au Sénat – ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent.

Autre situation particulière à Lille, où la liste insoumise tirée par Lahouaria Addouche est arrivée en seconde position avec le score spectaculaire de 23,36% – 7 points au-dessus du score que lui « promettaient » les sondages ! (Encore un bel exemple de la manipulation sondagière des chiffres, qui montre que les sondages ne sont pas là pour refléter l’opinion, mais pour la forger).
Les militants écologistes locaux, arrivés en troisième position (17,24%) avaient, à une courte majorité (24 contre 26), fait le choix de s’allier avec LFI, et la fusion des listes était pratiquement actée (avec un accord programmatique complet et une répartition des élus, avantageuse pour les écologistes, soit 50%/50%).
Mais la tête de liste écolo, Stéphane Baly, a finalement préféré… rallier la liste socialiste d’Arnaud Deslandes (26,26%). Alors qu’il avait été, pendant six ans, l’un des principaux opposants à sa politique !
En signe de protestation, le numéro trois de la liste écologiste s’est mis en retrait de la campagne, ainsi que les Jeunes Écologistes du Nord-Pas-de-Calais. Les électeurs écologistes de Lille suivront-ils dès lors le choix contesté de leur chef de file ? Réponse dimanche prochain dans les urnes – dans cette ville de gauche où l’extrême-droite, avec 8%, a déjà été éliminée dès le premier tour.

Impossible enfin de passer sous silence, dans cette campagne, le rôle particulier de François Hollande, de Jérôme Guedj et de Raphaël Glucksmann, tous trois très présents médiatiquement, et qui consacrent absolument tout leur temps de parole à taper sur LFI.
Ils sont aussi tous les trois candidats, il est vrai, à la prochaine élection présidentielle.
Une mention particulière à Raphaël Glucksmann, qui déclarait encore la semaine passée, avec sa morgue et son flair habituels, « Il n’y a pas de monde où la France Insoumise puisse conquérir Limoges ». La liste LFI de Damien Maudet est depuis largement arrivée en tête de la gauche au premier tour à Limoges (25%), a fusionné avec la liste PS de Thierry Miguel (17%), et est désormais en situation de battre la liste du maire de droite sortant Guillaume Guérin (27,34%). Mais Glucksmann continuera sans doute à avoir table ouverte dans tous les médias mainstream, pendant que sa femme, Léa Salamé, présentera tous les soirs le JT de France 2. Ainsi va la France.

Comme le signale le politologue Thomas Guénolé : « L’histoire retiendra qu’à l’heure où l’extrême droite était aux portes du pouvoir, Raphaël Glucksmann dépensait l’essentiel de son énergie à combattre la principale force de gauche et l’union de la gauche. Il fait ainsi partie de ceux qu’il va falloir appeler, dans le sillage du livre de Chapoutot, “les nouveaux irresponsables” : ceux qui par calcul cynique, par aveuglement idéologique, ou par faiblesse intellectuelle, deviennent les “idiots utiles” de l’extrême droite qu’ils prétendent combattre ».
Et si Glucksmann retournait plutôt en Géorgie conseiller son ami Mikheil Saakachvili ?
Ce dictateur pro-occidental, formé aux USA, doit aujourd’hui se languir en prison sans ses précieux conseils.

Claude Semal le 18 mars 2026

(1) L’Interview de la honte sur BFM-TV

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