CHARLES (LOOS) PARLE DE STEVE (HOUBEN)

Avec Steve Houben et Maurane, Charles Loos a formé pendant quelques années le formidable trio « HLM » – qui a enregistré un album éponyme en 1986 et un second album en 2005. Courte interview téléphonique de Charles après le décès, le week-end passé, du célèbre compositeur, saxophoniste et flutiste verviétois.

Claude : Après le décès de Steve, j’ai rarement vu autant de musiciens rendre un hommage aussi unanime à un jazzman. Comment expliques-tu ce constat ?

Charles (à gauche) et Steve (à droite) avec l’ingé son Daniel Léon

Charles : Outre son talent et sa créativité, Steve a eu une présence prépondérante dans le jazz belge pour au moins deux raisons.
La première, c’est qu’il fut l’initiateur du « Séminaire de Jazz » à Liège, qui fut la première structure de formation au jazz à Bruxelles et en Wallonie. Steve avait été trouver Henri Pousseur, alors directeur du Conservatoire de Liège, et ils ont ouvert ce « séminaire » parallèlement au Conservatoire. L’initiative était assez révolutionnaire, et a eu un rayonnement très important sur tout le jazz belge.
Cela a fonctionné pendant sept/huit ans, avant qu’ils ne soient obligés de mettre la clé sous le paillasson faute de subsides. Le Conservatoire de Bruxelles a alors pris le relais, avec une classe de jazz plus « officielle », où Steve enseignait le saxophone et la flûte.

Claude : Comment le jazz s’enseignait-il avant l’ouverture de ces structures de formation ?

Charles : Comme les autres musiques « traditionnelles », par imitation et cooptation. En écoutant ce que faisaient les autres musiciens.
Pour ma part, avec feu le compositeur et guitariste Pierre Vandormael, nous avons aussi été étudier aux USA au célèbre Berklee College of Music de Boston. Steve l’a fréquenté quelques années plus tard, et il a ramené avec lui une brochette d’excellent musiciens de jazz qui ont travaillé quelque temps en Europe.

Claude : Et en dehors de cette passion pour l’enseignement ?

Charles : L’autre facteur qui explique je crois la popularité de Steve dans le milieu des musiciens, c’est son éclectisme. Il a vraiment touché à tout, et avec toujours autant de talent : le jazz, bien sûr, mais aussi la musique classique, la musique brésilienne, et la musique du monde, avec le groupe Panta Rhei, et bien d’autres aventures musicales…

Claude : Moi je vous ai vraiment découvert avec le groupe que vous formiez à trois avec Maurane : HLM (pour Houben, Loos, Maurane).

Charles : En fait, ce fut la rencontre de deux duos.
Steve était venu me trouver pour jouer en formule duo piano / saxo-flûte, sans contrebasse, plutôt originale à l’époque – et nous avons enregistré dans cette configuration l’album « Comptines » chez « Igloo Records ». Je jouais aussi à l’époque dans une formule plus « traditionnelle » piano-voix avec Maurane (1).
Maurane adorait notre album, et elle connaissait plusieurs de nos instrumentaux par cœur.
Steve est venu nous écouter au Travers, il a été séduit, et en quelque sorte, les deux « duos » ont fusionné pour former « HLM ».

Claude : C’est marrant, j’ai longtemps cru que « Steve » Houben avait des origines nord-américaines. En fait, si j’ai bien compris, il était 100% verviétois ?

Charles : Steve est le cousin d’un célèbre saxophoniste liégeois, Jacques Pelzer. Pharmacien le jour, musicien la nuit. La « mode » à l’époque était d’américaniser les prénoms, pour « sonner jazz ». C’est Pelzer qui l’avait rebaptisé comme cela, et Steve a gardé ce nom de scène. En fait, il s’appelle Stéphane.

Claude : Steve était malade depuis de nombreuses années et souffrait de la maladie de Parkinson. C’est une saloperie pour tout le monde, mais cela doit l’être un peu plus pour un musicien lorsqu’il s’aperçoit que son corps lui échappe.

Charles : On a encore joué ensemble au début de sa maladie, mais il se rendait compte d’une certaine baisse de niveau. La dernière fois que je lui ai proposé un « gig », c’est lui qui a refusé. Il a écouté de la musique et fréquenté des concerts jusqu’à a fin de sa vie – mais il souffrait de ne plus pouvoir être en scène lui-même.

Propos recueillis par Claude le 26 mars 2026.

(1) C’est grâce à cette collaboration que sur mon second 33T, « Semal/Loos en duo » (1984), c’est une certaine… Maurane qui fait les chœurs de l’album ! (C.S.)

L’hommage de Jean-Pierre Froidebise :

Et bien mon cher Steve, te voilà parti, magnifiquement salué et célébré par tes très nombreux amis dans cette magnifique église qu’est l’église St Jacques à Liège. Je suis content parce qu’on y a entendu de fort belles choses, de la belle musique, de beaux textes et poèmes, des souvenirs marquants. Tout le monde était très ému, mais tout le monde a assuré, la plus belle partie fut sans nul doute le témoignage de tes petits enfants ( GPS = Grand Père Steve ! ). Je publie ce soir une photo que j’adore, prise à l’issue d’un de nos concerts en duo ( à St Georges, je crois ), je l’ai mise sous verre depuis longtemps, car elle représente exactement mon passé en ta compagnie, mon présent car il n’est plus temps de s’emmerder quand on approche de la septantaine, et mon futur, car je sais qu’à partir de maintenant, quoi que je fasse, tu seras toujours derrière moi avec un sourire et une lueur amusée dans les yeux. Merci pour la lumière, mon cher ami Steve Houben 

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