30 mars 2026
BAGAYOKOGATE : LILIAN MONTE AU FILET par Pierre Heldenbergh
Même celles et ceux qui détestent le football ont peut-être entendu parler de Lilian Thuram…. Joueur de talent, il est un de ceux qui ont permis à l’équipe nationale française de gagner la coupe du monde en 1998. En demi-finale contre la Croatie, c’est lui qui marque les deux seuls buts qui qualifient les bleus pour la finale. Pas mal pour un défenseur ; – ))
Mais au-delà du footballeur, il y a surtout un citoyen qui va ensuite s’engager avec force et sans compter dans la lutte contre le racisme et pour les causes des minorités. Il sera membre du haut conseil pour l’intégration, parrainera le collectif « devoirs de mémoires », deviendra ambassadeur de l’Unicef et participera à la fondation du collectif Roosevelt 2012…
Sur les questions dites « sociétales », il se positionnera clairement en faveur du mariage pour tous, et sera une des voix qui dénonce l’homophobie, avec un regard sur celle qui est toujours bien présente dans le sport et dans ses vestiaires…
Puis surtout il écrit et est publié : « Mes étoiles noires. De Lucy à Barack Obama » en 2010, « Manifeste pour l’égalité » en 2012, « La pensée blanche » en 2020.
Ainsi que des bandes dessinées : « Notre histoire » en 2014, « Nelson Mandela » en 2017.
Enfin, il soutient une série d’auteurTRICEs en préfaçant leurs ouvrages.
Quelques titres de ceux-ci : « Banlieue noire », « Le métissage par le foot. L’intégration, mais jusqu’où », « Contrôler les armes », « Sarkozy m’a expulsé » ou « Foot féminin. La femme est l’avenir du foot ».
Voilà pour les non footeuxEUSES, ou pour les uniquement footeuxEUSES, qui est le bonhomme en quelques lignes…
Dans ses prises de positions, je viens de voir passer un texte en soutien au nouveau maire de Saint-Denis, élu au premier tour il y a quelques semaines. Cette belle personnalité subit une campagne de calomnies, de dénigrements et de harcèlements médiatiques et politiques rarement vue, depuis le soir de son élection.
Qu’a-t-il fait de mal ? Jusqu’ici, de mon côté, je ne vois pas… sauf peut-être d’être insoumis et aussi d’avoir la peau « noire » ?!?!?
LE TEXTE DE LILIAN THURAM
« Que reproche-t-on à ce maire ? Qui l’attaque ? M. Bagayoko n’est-il pas un révélateur du narcissisme blanc ? Que vous soyez né à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), que vous ayez un cursus universitaire, que vous fassiez de la politique depuis plus de vingt ans, malgré toute l’assimilation dont vous pouvez faire preuve, aux yeux du narcissisme blanc, un “Noir” est un être malhonnête, dangereux, non légitime, inférieur. Que vous soyez maire, footballeur, docteur, intellectuel, ou un simple enfant, pour le narcissique blanc, vous n’êtes qu’un “Noir” et un “Noir” reste un “Noir”.
Certains “Blancs”, bien sûr pas tous, nourrissent les stéréotypes de la négrophobie qui existe malheureusement aux quatre coins du monde. Le “Noir” est sans doute le seul être de la Terre que tout le monde croit connaître avant même qu’il ne parle. Hier comme aujourd’hui, le narcissique blanc utilise toujours les mêmes armes, le mensonge et la distorsion de la réalité, pour pouvoir violenter ses victimes.

Narcisse, par Michel-Ange
Ces manipulateurs qui tiennent des propos racistes ne sont quasiment jamais condamnés. Pire, ils sont trop souvent applaudis. Cette violence qui perdure, issue du suprématisme blanc, raconte un certain Occident, celui qui place aujourd’hui encore le “Blanc” en haut de l’échelle des valeurs des humains. Et voilà pourquoi le maire de la “ville des rois” devrait être blanc.
Ces narcissiques blancs ont-ils peur de la réussite d’un “Noir” ? Tout “Noir” cultivé inspire-t-il la crainte ? M. Bagayoko reste calme face aux provocations, ne se laisse pas aspirer dans le tourbillon émotionnel que le Narcisse blanc essaie de créer. Le sourire de M. Bagayoko laisse entendre : “Je vois bien que vous êtes profondément frustrés par ma réussite, mais je ne suis pas la cause de votre frustration. Le racisme est votre maladie, pas la nôtre.”
Aujourd’hui, nous, les “Noirs”, en savons encore plus. Nous savons qu’ils sont pervers, manipulateurs et fragiles. Mais les narcissiques blancs, au fond, le savent aussi. Ils ont une parfaite connaissance de ce qu’ils sont, d’où cette férocité à l’œuvre. Ils oublient seulement que Narcisse finit par se noyer dans son propre reflet. »
Merci à lui pour ce texte qui frappe juste, et qui fait beaucoup de bien.
Pierre Heldenbergh


No Comments