21 mai 2026
MON JOURNAL DU LIBAN (XII) : LA DESTRUCTION DE TOUT UN PAYS par le cinéaste Abbas Fahdel
Abbas Fahdel, cinéaste franco-irakien, habite avec sa famille à Nabatieh, dans le sud du Liban. Il a dû fuir depuis la guerre et l’invasion israélienne, comme des centaines de milliers d’autres habitants du Liban. C’est un formidable réalisateur, mais également un fin analyste de la situation politique en France et dans le monde. Depuis l’offensive d’Israël au Liban, Abbas publie quotidiennement des informations et des témoignages sur sa page FB. En solidarité avec Abbas et le peuple libanais, je les regroupe ici chaque semaine dans l’Asympto (C.S.).
16 MAI. Hier à Washington, on annonçait la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu entre le Liban et Israël. Un cessez-le-feu déjà violé quotidiennement par Israël et au cours duquel plus de 600 civils libanais ont été tués.
Moins de vingt-quatre heures après l’annonce de la prolongation du cessez-le-feu, les frappes israéliennes pleuvaient sur le Sud-Liban, visant notamment les localités suivantes :
• Al-Mansouri
• Ansar
• Yahmar al-Chaqif
• Kawthariyat al-Siyad
• Al-Ghassaniyé
• Tefahata
• Qaqaaiyat al-Sonobar
• Al-Samaaiyé
• Habboush
• Al-Chahabiyé
Voilà donc ce qu’ils appellent une « trêve » : des bombardements, des drones dans le ciel, des villages terrorisés et des habitants sommés de fuir leurs maisons sous la menace.
On célèbre des accords à Washington pendant que le Sud-Liban continue d’enterrer ses morts et de compter ses ruines.
Ce cessez-le-feu, patronné par Trump et présenté comme une avancée diplomatique, n’est qu’un mot vidé de son sens, un écran de fumée politique derrière lequel Israël poursuit sa destruction du Sud-Liban en toute impunité.
16 MAI. Vingt-quatre heures seulement après l’annonce du prolongement d’un cessez-le-feu qu’Israël n’a, de toute façon, jamais respecté, une vingtaine de localités du Sud-Liban ont été ciblées par l’artillerie et l’aviation israéliennes. De nouvelles victimes civiles s’ajoutent ainsi à une liste déjà longue, parmi lesquelles Mohammad Ali Hassan Jammoul et son épouse Soukayna Mohammad Makki, tués ensemble lors d’une frappe sur Habouch.
Un couple tout juste uni, dont la vie commune n’aura été qu’un bref commencement. Leur mort illustre, une fois de plus, la brutalité des frappes israéliennes et le fait que ce sont, avant tout, des civils qui en paient le prix.
17 MAI. La deuxième journée suivant la prolongation du cessez-le-feu a été marquée par près de 70 frappes israéliennes visant différentes localités du Sud-Liban et de la Bekaa, faisant plusieurs morts et blessés.
Ainsi à Tayr Falsayh, une frappe a tué trois personnes, dont le petit Hussein et sa mère, Fatima Mahmoud Chehoub (photo). Huit autres personnes ont été blessées, parmi lesquelles trois enfants, dont un nourrisson.
Derrière les bilans et les chiffres, ce sont encore des familles entières qui basculent dans le deuil, au milieu d’un cessez-le-feu que les bombardements Israéliens continuent de rendre illusoire.
18 MAI. Détruire la vie et tout ce qui est beau
Les Israéliens continuent de provoquer de profondes destructions au Sud-Liban, détruisant des habitations, des lieux de vie et des patrimoines familiaux chargés d’histoire. Au-delà des bâtiments, c’est tout un tissu humain et social qui se trouve meurtri, avec des familles contraintes de repartir de zéro malgré les pertes.
18 MAI. Elle avait quitté Wadi Khaled, dans le Akkar, pour poursuivre ses études à Tyr, au Sud-Liban. Elle portait avec elle les rêves simples d’une jeunesse qui voulait vivre, apprendre et construire son avenir.
Sara Fadlallah Al-Khaled est morte à la suite d’une frappe israélienne ayant visé la ville de Tyr.
18 MAI. Les tirs et bombardements israéliens sur le Liban ne détruisent pas seulement des vies et des infrastructures, mais provoquent aussi une grave crise environnementale, surtout dans le Sud, où les sols agricoles, les forêts, les ressources en eau et la biodiversité sont fortement touchés.
Environ 54 000 hectares de terres agricoles ont été affectés, soit plus de 20 % des surfaces du pays. Les forêts et les écosystèmes sont également dégradés, tandis que les risques liés aux munitions, au phosphore blanc et à la pollution des sols et de l’eau compliquent la situation.
Ces dégâts risquent d’avoir des effets durables sur l’économie rurale, la sécurité alimentaire et la capacité des populations à revenir vivre et cultiver leurs terres.
19 MAI. L’armée israélienne a ciblé avec trois bombes incendiaires au phosphore blanc des travailleurs agricoles alors qu’ils récoltaient des pastèques dans les champs, au carrefour de la localité d’Al-Mansouri, dans le sud du Liban.
Depuis l’annonce de la prolongation du cessez-le-feu, les bombardements et les attaques israéliennes quotidiennes contre les civils non seulement n’ont pas cessé, mais se sont intensifiés.
19 MAI. Maria Dibou apprenait l’autodéfense pour pouvoir se protéger lorsqu’elle deviendrait grande. Comme tant d’enfants du Sud-Liban, elle grandissait dans un quotidien marqué par la peur des bombardements, le bruit des drones et l’angoisse permanente de la guerre.
Mais Maria n’a pas eu le temps de grandir.
Le danger qu’elle essayait d’anticiper est tombé du ciel avant même qu’elle puisse connaître une vie normale, une enfance paisible ou un avenir serein.
Victime d’une frappe israélienne sur Deir Qanoun al-Nahr, une localité du district de Tyr, au sud du Liban, Maria est morte avec sa famille ainsi que plusieurs membres du voisinage. La frappe israélienne a fait quatorze morts, dont quatre enfants, et plusieurs blessés, laissant derrière elle des familles brisées et un village plongé dans le deuil.
Au Sud-Liban, des générations entières grandissent sous la menace constante des avions de guerre et des attaques israéliennes. Certains enfants apprennent à reconnaître le bruit des drones avant même de connaître les lettres de l’alphabet qui composent leur nom. D’autres grandissent avec la peur de perdre leur maison, leur famille ou leur village.
Derrière chaque enfant tué, il y a pourtant des rêves simples : aller à l’école, jouer, rire, grandir auprès des siens et imaginer un avenir loin de la guerre. Mais dans de nombreuses localités du Sud-Liban, l’enfance se construit désormais entre les frappes, les ruines et l’attente permanente du prochain bombardement.
Le nom de Maria s’ajoute à la longue liste d’enfants arrachés à la vie par une machine de guerre barbare.
19 MAI. Le souk d’Al-Saray à Nabatieh, lieu de mémoire, de rencontres et de vie populaire, n’a pas été épargné par les frappes israéliennes.20 MAI. Le 20 mai 2026, alors que le cessez-le-feu est censé être prolongé, les attaques israéliennes contre le territoire libanais se sont poursuivies à travers des frappes aériennes, des bombardements d’artillerie, des frappes de drones et des explosions visant plusieurs localités du Sud-Liban.
○○ Frappes aériennes menées par l’aviation israélienne :
• Hadatha (حداثا)
• Jouaya / Jawiya (جويا)
• Arzi (ارزي)
• Mahrouna (محرونة)
• Deir Antar (دير انطار)
• Kfarsir (كفرصير)
• Jibchit (جبشيت)
• Toura (طورا)
• Habboush (حبوش)
• Al-Sultaniyya (السلطانية)
• Tebnine (تبنين)
• Siddiqine (صديقين)
• Al-Ghandouriyé (الغندورية)
• Majdal سلم (مجدل سلم)
• Doueir (الدوير)
• Al-Abbassiyé – Qadmous (العباسية-قدموس)
• Touline (تولين)
• Yater (ياطر)
• Shaqra (شقرا)
• Kfardounine (كفردونين)
• Jabal Al-Botm (جبال البطم)
• Wadi Al-Kfour (وادي الكفور)
• Wadi Al-Nmayriyé (وادي النميرية)
• Rashkananiyé (رشكانانية)
• Kafra (كفرا)
○○ Frappes menées par les drones israéliens :
• Jibchit (جبشيت)
• Siddiqine (صديقين)
• Chebaa (شبعا)
• Rashkananiyé (رشكانانية)
• Borj Al-Chamali (برج الشمالي)
○○ Bombardements d’artillerie israéliens :
• Jibchit (جبشيت)
• Harouf (حاروف)
• Touline (تولين)
• Yahmar Al-Chqif (يحمر الشقيف)
• Deir Aammas (ديرعامص)
• Siddiqine (صديقين)
• Kfarrammane (كفررمان)
• Qabrikha (قبريخا)
• Chhour (شحور)
• Majdal سلم (مجدل سلم)
• Kafra (كفرا)
• Yater (ياطر)
• Hariss (حاريص)
• Zawtar Al-Charqiyé (زوطر الشرقية)
• Aïta Al-Jabal (عيتا الجبل)
• Shaqra (شقرا)
• Froun (فرون)
• Al-Qlailé (القليلة)
• Al-Hanniyé (الحنية)
• Al-Ghandouriyé (الغندورية)
• Safad Al-Battikh (صفد البطيخ)
• Majdalzoun (مجدلزون)
• Tayr Debba (طيردبا)
• Al-Mansouri (المنصوري)
• Choukine (شوكين)
• Nabatiyé Al-Fawqa (النبطية الفوقا)
• Baraachit (برعشيت)
• Al-Bazouriyé (البازورية)
• Dbine (دبين)
• Habboush (حبوش)
• Zibqine (زبقين)
○○ Explosions menées par l’armée israélienne dans les localités du Sud :
• Entre Halta (حلتا) et Kfarchouba (كفرشوبا)
21 MAI. Communiqué du Ministère libanais de la Santé :
L’agression israélienne contre le caza de Bint Jbeil a provoqué des dégâts à l’Hôpital gouvernemental de Tebnine, où 9 employés et 5 femmes ont été blessés.
22 MAI. L’aviation israélienne a ciblé un groupe de secouristes de la Défense civile lors d’une frappe menée après minuit sur la localité de Hanawiyé, dans le Sud-Liban.
L’attaque a entraîné la mort de quatre secouristes :
• Moussa Kafl
• Ali Tajeddine
• Karim Haidar
• Mohammad Hassan Abdel Majid.
Le ciblage répété des secouristes, des ambulances et des équipes de secours s’inscrit dans une série d’attaques quotidiennes contre les civils et les infrastructures vitales au Liban. Ces frappes, menées malgré les appels au respect du droit international et du cessez-le-feu, constituent des crimes de guerre et illustrent le mépris total des Israéliens pour les lois de la guerre comme pour celles de la paix.
22 MAI. Le souk historique d’Al-Saray à Nabatieh était bien plus qu’un marché. C’était le cœur vivant de la ville, un lieu où se croisaient chaque jour commerçants, familles, agriculteurs et visiteurs venus de tout le Sud-Liban. Sous ses arcades résonnaient les conversations, les négociations des marchands, les salutations entre voisins et toute cette vie populaire qui faisait de Nabatieh une ville profondément ancrée dans son histoire et dans son tissu social.
La première image témoigne de cette vie : les allées pleines, les boutiques ouvertes, les habitants rassemblés dans un espace devenu, au fil des décennies, une mémoire vivante de la ville..
La seconde image montre ce qu’il reste du souk après les frappes israéliennes : un paysage de destruction, des gravats, des structures effondrées, des secouristes fouillant les ruines là où, il y a deux mois encore, circulaient des civils. Un lieu chargé de mémoire et de vie a été réduit au silence par la barbarie d’un ennemi sans histoire ni mémoire.
La destruction du souk ne peut être séparée de ce qui est arrivé à Nabatieh elle-même. Comme de nombreuses villes et villages du Sud-Liban, la ville a été vidée de ses habitants par les bombardements israéliens. Les commerces ont fermé, les familles ont fui, et les rues autrefois animées se sont vidées de leur agitation quotidienne.
Le souk d’Al-Saray symbolisait la continuité de la vie à Nabatieh malgré les guerres et les crises traversées par le Liban. Sa destruction, dans une ville désormais désertée de ses habitants, illustre la profondeur des blessures infligées au Sud-Liban : au-delà des bâtiments détruits, c’est toute une mémoire collective, une vie sociale et un patrimoine populaire qui sont visés.


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