26 mai 2026
JEAN MOULIN : LE CAUCHEMAR DES RÉACS par Antoine Hermés (sur FB)
Qu’ont-ils fait de Jean Moulin ? Ils ont transformé un antifasciste radical, un homme de gauche intransigeant, en icône inoffensive. La vérité : Moulin n’avait rien d’un symbole consensuel, il était un danger pour les réactionnaires. En 1936, le Front populaire ne faisait pas consensus, loin de là.
Même une partie de la gauche dite « modérée » le rejetait. Adrien Marquet, ex SFIO, ancien ministre et maire de Bordeaux, futur collaborateur, incarnait cette gauche modérée d’ordre qui détestait Blum et le Front populaire.
Marquet déclarait : « Le socialisme, c’est une volonté d’ordre ». Blum voyait dans ses discours une dérive dangereuse, une trahison. La bourgeoisie et la presse s’indignaient des purges et des départs poussés de la SFIO dès 1933 (Marquet, Déat…). Dans ce contexte, le soutien de Jean Moulin au Front populaire était un acte radical.
En tant que chef de cabinet au ministère de l’Air auprès de Pierre Cot, Moulin défendait une position ultra minoritaire : soutenir la République espagnole contre le coup d’État franquiste appuyé par Hitler. Même les blumistes hésitaient. Lui, non.
Par ailleurs, la Seconde République espagnole terrorisait les conservateurs : droits des femmes, droits sociaux, lutte contre les discriminations, victoire de la gauche… Et en plus, il y avait le « No Pasarán » de la communiste Ibarruri et les anarchistes catalans. Pour eux, un cauchemar.

Une personnalité complexe, un homme amoureux des arts et de la vie.
Qu’un haut fonctionnaire français comme Jean Moulin soutînt la Seconde République espagnole en 1936, sa Constitution ? Aujourd’hui on parlerait « d’entrisme » ou « d’État profond ». À l’époque, c’était bien un acte de radicalité politique. Une partie de la gauche modérée, elle, soutenait Franco au nom de l’anticommunisme.
Pierre Laval, jadis poids lourd de la SFIO, se rapprochait de Pétain et de son entourage, tel son conseiller monarchiste Allibert, bientôt ministre de Vichy. Or, le Parti radical n’adhérait au Front populaire que par réaction aux troubles de 1934. Pierre Mazé, bras droit de Daladier, s’en moquait ouvertement… jusqu’à être battu par le jeune Tanguy Prigent en 1936. En 1938, Daladier a trahi le Front populaire et a gouverné avec la droite. La droite qui avait tenté de placer l’antisémite Xavier Vallat à la présidence de l’Assemblée en 36. Pierre Cot rompait. Jean Moulin s’éloignait. Un choix encore une fois radical.
Face à Vichy, Moulin faisait partie de l’infime minorité qui entrait en Résistance. Et pas seulement dans la clandestinité : dans une Résistance qui assumait la violence politique contre un régime reconnu par une forme de majorité, par le Parlement.
Si bien que la violence politique était associée à l’extrême gauche, aux anarchistes du XIXe siècle. S’en prendre à Pétain, dont les pleins pouvoirs avaient été votés par le Parlement, était un acte inimaginable pour la majorité des Français.
In fine, l’alliance Moulin–De Gaulle se construisait. Pas une soumission : sinon le programme social du CNR n’aurait jamais vu le jour.
De plus, le gaullisme de 1940 n’avait rien à voir avec la droite parlementaire des années 30. Beaucoup de chefs de la droite parlementaire servaient Vichy (Flandin…), alors que la plupart des figures du Front populaire résistaient ou étaient persécutées (Péri, Cot, Pivert, Blum, Daladier…). Le gaullisme avait d’abord recruté hors de la droite classique, notamment dans les cercles militaires et marginaux.
En effet, la propagande vichyste parlait de « gaullo communisme ». C’était dire à quel point le gaullisme était alors perçu par les réactionnaires comme un objet impossible à imaginer aujourd’hui. Puisque la promotion du film de László Nemes et Gilles Lellouche n’ose pas le dire, il faut rappeler ces mots du secrétaire particulier de Jean Moulin, Monsieur Daniel Cordier : « Marine Le Pen, dans la vie politique française, représente la négation de tout ce pour quoi nous nous sommes battus. Le Pen, c’est la France de la réaction, c’est la France de Maurras qui continue. Ce retour est effrayant. Malheureusement, la constante, c’est la réaction. Elle a traversé l’histoire. Ces gens-là parlent sans savoir ce qu’a été le gaullisme de 1940. Quand je les entends revendiquer cet héritage, je le ressens comme une imposture ».
Cette alerte avait été faite au JDD, et cela juste avant son rachat par Vincent Bolloré, sombre ironie de l’Histoire.
Antoine Hermés (sur FB)
NDLR : À ces données historiques et politiques, on pourrait ajouter un autre volet, plus intime, sur la bisexualité possible de Jean Moulin, nourrie notamment par sa forte proximité avec le poète (ouvertement homosexuel) Max Jacobs – dont il empruntera le prénom comme « nom de guerre ». Bien que les historiens soient partagés sur le « sujet », le simple fait que cela en soit un (de « sujet ») est peut-être significatif – à une époque où l’homosexualité était un délit pénal peu compatible la haute fonction publique, ou avec l’iconographie « officielle » de la Résistance en France. On peut consulter une partie des données de l’enquête par ici : https://www.guillaume-dasquie.fr/jean-moulin-homosexualite/
En photo : un Jean Moulin légèrement déhanché, avec deux amies, photographié au large de St Tropez vers 1937. Pas vraiment le look du chef de guerre retenu par l’Historiographie officielle (C.S.)


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