12 juin 2026
MON JOURNAL DU LIBAN (XV) : LA FORCE DE NOS CONSCIENCES par Abbas Fahdel
Abbas Fahdel, cinéaste franco-irakien, habite avec sa famille à Nabatieh, dans le sud du Liban. Il a dû fuir depuis la guerre et l’invasion israélienne, comme des centaines de milliers d’autres habitants du Liban. C’est un formidable réalisateur, mais également un fin analyste de la situation politique en France et dans le monde. Depuis l’offensive d’Israël au Liban, Abbas publie quotidiennement des informations et des témoignages sur sa page FB. En solidarité avec Abbas et le peuple libanais, je les regroupe ici chaque semaine dans l’Asympto (C.S.).
12 JUIN. Crime de lèse-majesté. Pour commencer, une mise au point.
Comme je l’ai précisé dans un précédent post, je suis opposé à toute forme de censure visant Nadav Lapid, dont j’ai apprécié Le Genou d’Ahed et trouvé Synonymes et Oui insupportables. Si certains aspects du financement de ses films peuvent être discutés, et si sa participation publique à des manifestations soutenues par des institutions gouvernementales israéliennes me paraît critiquable, je considère néanmoins comme respectables ses prises de position contre la politique génocidaire menée par son gouvernement.
Certes, comparé à des cinéastes israéliens comme Avi Mograbi, Eyal Sivan ou Udi Aloni, son engagement n’est pas exempt de contradictions. Mais cela ne change rien au principe : je ne défends ni son exclusion ni sa censure. Je ferme cette parenthèse pour en venir au véritable sujet de ce texte.

Udi Aloni
Combien de tribunes, combien d’articles, combien d’entretiens, combien de prises de parole ont été consacrés à défendre Nadav Lapid depuis l’éclatement de la controverse autour de sa participation au FIDMarseille ? Combien de journalistes se sont empressés de lui tendre un micro, de recueillir son opinion, d’exposer son point de vue, de justifier sa présence et de dénoncer ceux qui la contestaient ? La réponse est simple : beaucoup.
À force d’articles et d’interviews, chacun sait aujourd’hui ce que Nadav Lapid pense de cette affaire. Chacun connaît ses arguments, ses indignations, ses explications. Son récit a bénéficié d’une exposition médiatique massive, comme s’il constituait à lui seul le centre de gravité moral et intellectuel du débat. Mais une question demeure : combien de médias ont pris la peine d’interroger les réalisateurs libanais, syriens ou palestiniens qui s’opposaient à sa participation au FID ? Combien de journaux ont ouvert leurs colonnes à cette dizaine de cinéastes arabes dont les pays subissent aujourd’hui encore les bombardements, les occupations, les violations de souveraineté et les conséquences directes des politiques israéliennes ? Combien de rédactions ont estimé que leur parole méritait d’être entendue avec la même attention, la même curiosité et le même respect ?
Aucun.
Comme souvent lorsqu’un conflit oppose des Arabes colonisés à des représentants de puissances dominantes ou de pays alliés à l’Occident, le pluralisme tant célébré disparaît soudainement. Une seule parole devient légitime. Une seule sensibilité mérite protection. Une seule blessure semble digne d’intérêt. Le problème n’est pas que Nadav Lapid ait été interrogé. Le problème est qu’il l’ait été exclusivement. Le problème est qu’une controverse impliquant une dizaine de voix arabes ait été racontée essentiellement à travers le regard de celui dont la présence était contestée. Comme si les autres protagonistes n’existaient pas. Comme si leur expérience historique, leur mémoire collective et leurs raisons politiques étaient secondaires, voire négligeables. Car enfin, de quoi parle-t-on ?
De cinéastes libanais, syriens et palestiniens issus de peuples qui vivent depuis des décennies au rythme des guerres, des invasions, des occupations, des frappes aériennes, des destructions et de génocide. De peuples qui voient régulièrement leurs morts réduits à des statistiques et leurs souffrances reléguées dans les marges du récit dominant. Pourtant, lorsque ces artistes expriment une objection politique, leur parole est invisibilisée, tandis que l’indignation de celui qu’ils contestent fait la une.
Ce déséquilibre n’est pas accidentel. Il est le reflet d’une hiérarchie profondément enracinée dans le traitement médiatique des conflits. Certaines voix sont présumées universelles ; d’autres demeurent enfermées dans une altérité permanente. Certaines colères sont présentées comme légitimes ; d’autres comme excessives ou suspectes. Certaines sensibilités sont protégées ; d’autres peuvent être ignorées sans conséquence.
À chaque fois qu’une controverse implique Israël et le monde arabe, le même mécanisme se reproduit. Les médias occidentaux et une partie des élites culturelles prétendent arbitrer le débat au nom de l’universalité, mais reproduisent inlassablement les mêmes asymétries. Les colonisés doivent s’expliquer. Les puissants sont expliqués. Les premiers sont sommés de justifier leurs réactions ; les seconds bénéficient spontanément de l’empathie, de la contextualisation et de la nuance. Dans ce système, contester devient un crime de lèse-majesté. Non pas parce que les arguments des contestataires sont réfutés, mais parce qu’ils sont rarement entendus.
La véritable question n’est donc pas ce que pense Nadav Lapid. Nous le savons déjà. La véritable question est de comprendre pourquoi tant de médias ont jugé inutile de donner la parole à ceux qui, depuis Beyrouth, Damas ou Ramallah, portaient une position différente. Pourquoi leur colère serait-elle moins légitime ? Pourquoi leur expérience historique mériterait-elle moins d’attention ? Pourquoi leur parole devrait-elle rester confinée aux marges tandis que celle de leurs contradicteurs occupe le centre de la scène ? Cette question, à elle seule, en dit long sur le deux poids, deux mesures qui continue de structurer le regard porté sur le monde arabe, ses luttes et ses souffrances.
10 JUIN. Pendant des décennies, la question palestinienne a été enfermée dans un piège politique et moral dont il est difficile de ne pas voir aujourd’hui les contradictions.
Lorsque les Palestiniens ont choisi la lutte armée contre l’occupation et la dépossession, les médias et les chancelleries occidentales les ont désignés avant tout comme des « terroristes ». Les causes profondes du conflit – l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens en 1948, l’occupation des territoires palestiniens depuis 1967, la colonisation continue, les expropriations, les démolitions de maisons et les violations répétées du droit international – furent souvent reléguées à l’arrière-plan. La violence des colonisés était constamment scrutée, condamnée et mise en avant ; celle exercée par une puissance coloniale disposant d’une armée moderne, d’un appareil d’État et d’un soutien international considérable était bien plus rarement analysée sous le même angle.
Face à cette situation, les responsables palestiniens finirent par accepter l’idée que la voie militaire ne permettrait pas d’obtenir la liberté nationale. Ils firent alors le choix historique de la négociation. Les accords d’Oslo, signés dans les années 1990, furent présentés comme le début d’une nouvelle ère. En échange de la reconnaissance d’Israël et du renoncement à la lutte armée comme stratégie principale, les Palestiniens espéraient obtenir, à terme, la création d’un État indépendant sur les territoires occupés en 1967.
Cette décision représentait une concession immense. Une partie importante du mouvement national palestinien acceptait de limiter ses revendications historiques à seulement une fraction de la Palestine mandataire. Elle reconnaissait l’existence d’Israël et misait sur la diplomatie, le dialogue et le droit international.
Or, plus de trente ans après Oslo, le bilan apparaît tragique. L’État palestinien promis n’a jamais vu le jour. Pendant que les négociations se succédaient, les colonies israéliennes se sont étendues en Cisjordanie. Des routes réservées, des barrages militaires, le morcellement du territoire et l’annexion progressive de fait de larges portions de terres palestiniennes ont rendu chaque année plus difficile la perspective d’un État palestinien viable et souverain. Ce qui devait être une transition vers l’indépendance s’est transformé en un processus permettant à l’occupation israélienne de se consolider tout en bénéficiant d’une couverture diplomatique.
À cela se sont ajoutées les guerres répétées, les bombardements, les destructions massives d’infrastructures civiles, les déplacements de populations et les pertes humaines considérables.
Face à l’échec de la lutte armée et à celui des négociations, une autre voie a émergé : celle de la mobilisation civile et non violente. Inspirés par les campagnes menées autrefois contre l’apartheid sud-africain, des militants palestiniens et leurs soutiens internationaux ont lancé des campagnes de boycott, de désinvestissement et de sanctions. L’objectif n’était plus d’imposer un rapport de force par les armes, mais par la pression économique, culturelle et politique.
Pourtant, là encore, la réaction de nombreux gouvernements occidentaux a révélé une contradiction troublante. Alors même qu’ils affirmaient défendre la liberté d’expression, le droit à la protestation pacifique et l’action citoyenne non violente, certains ont cherché à criminaliser ou à restreindre ces campagnes. Des militants ont été poursuivis en justice, des associations stigmatisées, des événements annulés, des artistes et des universitaires soumis à des pressions. Autrement dit, lorsque les Palestiniens recouraient aux armes, ils étaient condamnés comme violents ; lorsqu’ils choisissaient la négociation, ils voyaient leurs espoirs d’État s’éloigner ; lorsqu’ils se tournaient vers le boycott et l’action non violente, ils étaient accusés d’illégitimité ou de discrimination.
Cette succession de refus soulève une question fondamentale : quelle forme de résistance est jugée acceptable lorsqu’un peuple vit sous occupation et se voit privé de son droit à l’autodétermination ? Si la lutte armée est rejetée, si les négociations n’aboutissent pas, et si la mobilisation pacifique est à son tour combattue, alors le message implicite envoyé aux opprimés est qu’aucune forme de résistance ne sera jamais considérée comme légitime.
L’histoire enseigne pourtant que les droits ne sont presque jamais accordés spontanément. Les mouvements anticoloniaux, les luttes pour les droits civiques et les combats contre l’apartheid ont tous été dénoncés à leur époque avant d’être largement réhabilités par la mémoire collective. Les figures aujourd’hui célébrées furent souvent, hier, qualifiées d’agitateurs, d’extrémistes ou de terroristes.
La question palestinienne ne pose donc pas seulement un problème géopolitique. Elle constitue aussi un test moral pour les sociétés qui prétendent défendre le droit international, les droits humains et l’égalité des peuples. La cohérence exige que les principes proclamés soient appliqués de manière universelle, et non selon l’identité de ceux qui souffrent ou de ceux qui exercent la force.
Car lorsque la violence est condamnée mais que la justice est indéfiniment différée, lorsque la négociation est encouragée mais que ses promesses ne sont jamais tenues, lorsque l’action non violente est à son tour réprimée, ce n’est pas seulement un peuple qui est trahi. C’est l’idée même qu’un ordre international fondé sur le droit puisse offrir une issue aux conflits.
11 juin. Le corps de la jeune Maryam Mansour a été dégagé des ruines de la maison familiale à Jouaya, dans le Sud-Liban, cinq jours après qu’une frappe israélienne eut visé le domicile. Outre Maryam, la frappe a également emporté ses deux parents.
9 juin. Sur les collines du Sud-Liban, dans les villes du littoral, au-dessus des maisons, des vergers et des routes, le ciel continue de s’ouvrir sous les explosions. Une colonne de fumée, puis une autre, puis une autre encore. Des champignons de poussière surgissent au-dessus des quartiers habités. Des nuages gris s’élèvent vers le ciel comme autant de témoignages que personne ne veut entendre.
Les voix qui parlent sans cesse de droit international et de « stabilité régionale » deviennent soudain muettes lorsque les avions israéliens traversent les frontières et frappent villes et villages.
Voilà le véritable visage du cessez-le-feu : non pas le silence des armes, mais le silence du monde devant les armes.
9 juin. « Vivre signifie être partisan. Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence, c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté ; ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. »
— Antonio Gramsci
Il y a dans le monde ceux qui parlent, et ceux qui se taisent. Ceux qui lèvent la voix, prennent position, même au risque de déplaire. Et puis ceux qui regardent ailleurs, qui s’abritent derrière la prudence, la complexité ou le confort personnel.
Gramsci avait raison : l’indifférence n’est pas neutre. Elle est une force négative, un vide où s’engouffrent la violence, l’inégalité et le mépris. Elle est un choix, souvent déguisé en prudence, parfois maquillé en sagesse, mais toujours lourd de conséquences.
Face à la guerre, à l’occupation, à l’exploitation, à la misère fabriquée, au racisme ou au génocide, il n’existe pas de terrain neutre. Se taire, c’est laisser faire. Le silence ne suspend pas la réalité ; il profite simplement à celui qui détient déjà la force. Lorsqu’un peuple est écrasé, lorsqu’une injustice devient systémique, ne pas choisir revient à laisser le plus fort imposer sa loi.
Prendre la parole ne garantit aucune victoire. Un mot ne stoppe pas un char, un texte ne désarme pas une armée, une publication ne renverse pas un système. Mais parler demeure essentiel. C’est refuser que le mensonge règne seul. C’est affirmer que les victimes existent, qu’elles ont des noms, des visages, une histoire. C’est empêcher que leur souffrance soit engloutie dans l’indifférence générale.
Les grandes catastrophes humaines ne sont pas seulement le produit de la cruauté de quelques-uns. Elles sont aussi rendues possibles par la résignation du plus grand nombre. Les tyrans, les colonisateurs, les criminels de guerre et les exploiteurs profitent toujours de la « neutralité » de ceux qui sont convaincus qu’il vaut mieux ne pas s’en mêler.
Certains expliquent qu’il faut attendre davantage d’informations, considérer tous les points de vue, éviter les jugements hâtifs. Pendant ce temps, les bombes tombent, les droits disparaissent et les victimes s’accumulent.
Aucun ordre injuste ne se maintient sans le concours silencieux de ceux qui refusent de s’opposer, d’agir ou simplement de réagir.
Prendre la parole, ce n’est pas toujours changer le monde. C’est dire que l’on voit, que l’on comprend, que l’on refuse. C’est un acte de solidarité avec les opprimés et une forme de résistance face aux puissants.
À ceux qui s’engagent, ne serait-ce que par une phrase ou un regard chargé de sens : vous maintenez la dignité vivante. À ceux qui se taisent, par commodité ou par lâcheté : votre silence n’est pas discret, il est complice. Nous n’avons pas besoin de héros, mais de consciences. Et une conscience qui se tait n’est plus qu’un meuble dans la pièce.
8 juin. Zahi Khalil Fattouni et son épouse, Nazira Mohammad Hammadi, ont été tués par une frappe de drone israélien alors qu’ils se dirigeaient vers le village d’Alsouaneh, au Sud-Liban. Leurs noms s’ajoutent à la longue liste des civils libanais tués par la machine de guerre israélienne.
8 juin. Beaucoup de choses ont été dites et écrites au sujet de la polémique entourant le boycott de la participation de Nadav Lapid au FID Marseille. Parmi les nombreuses réactions, il est peut-être utile de revenir à ce que l’intéressé lui-même a déclaré dans un entretien accordé au journal Le Monde : « Évidemment que la question du boycott culturel est légitime… »
Concernant les artistes qui refusent de partager l’affiche du festival avec lui, le cinéaste affirme qu’il « refuse de considérer ces gens comme [s]es ennemis » : « Je veux croire qu’ils ne sont pas antisémites, mais qu’au fond de leur comportement, il y a surtout de l’impuissance, de la colère et une immense frustration face à l’inaction politique autour de Gaza. Le véritable enjeu, ce sont des sanctions politiques réelles contre l’État israélien, auxquelles je suis favorable depuis des années. »
7 JUIN. Il existe aujourd’hui une figure devenue familière dans l’espace médiatique : celle de l’indignation sélective. Elle s’exprime avec vigueur et passion lorsqu’il s’agit de dénoncer les appels au boycott de cinéastes israéliens. Liberté artistique, neutralité de la culture, refus de la “punition collective” : tout un vocabulaire mobilisé avec constance et assurance.
Mais cette même voix, si prompte à s’élever contre toute forme de boycott, devient soudain silencieuse — ou extrêmement prudente — lorsqu’il s’agit d’évoquer ce qui nourrit pourtant les appels au boycott : le génocide à Gaza et les violations du droit humanitaire international en Cisjordanie.
On condamne avec force les conséquences symboliques d’un conflit — le boycott culturel — tout en évitant soigneusement de nommer les causes qui les produisent. On s’indigne de la réponse, mais pas du contexte qui la rend politiquement et moralement possible. Autrement dit : on traite le symptôme comme un scandale majeur, mais on relègue la cause au second plan, voire au silence.
Cette dissociation trahit une hiérarchie implicite des indignations. Les actes de contestation deviennent visibles, discutés, parfois même disqualifiés moralement. Mais les faits qui les provoquent — pourtant documentés et dénoncés par de nombreuses instances internationales et ONG — disparaissent du centre du débat. Le résultat est une inversion troublante : la réaction est jugée plus scandaleuse que la situation qui l’a engendrée.
C’est là que se révèle une forme d’hypocrisie structurelle. Non pas forcément dans un mensonge explicite, mais dans une sélection systématique des objets de l’indignation. Certains choisissent de défendre la “neutralité culturelle” avec une rigueur absolue, tout en restant silencieux face à des violences massives qui, précisément, alimentent les tensions culturelles et politiques qu’ils prétendent vouloir désamorcer.
Ainsi se construit un déséquilibre moral : on exige que la culture reste au-dessus du conflit, mais on accepte que le conflit lui-même soit relégué hors du champ de l’indignation. On défend les artistes contre le boycott, sans jamais interroger sérieusement ce qui pousse des artistes, des intellectuels ou des mouvements entiers à le réclamer. Au final, ce décalage produit une impression persistante : celle d’une morale appliquée à l’envers, où l’on protège avec zèle les conséquences symboliques d’une réalité, tout en évitant de regarder cette réalité en face.
7 JUIN. Abou Ali Kamel Salman, un septuagénaire originaire du village de Ma’araké, au Sud-Liban, a échappé de peu à une frappe israélienne alors qu’il distribuait du pain aux habitants restés dans leur village malgré les bombardements.
Après être descendu de son véhicule pour remettre un paquet de pain à l’une des familles, son véhicule a été pris pour cible quelques instants plus tard par un drone israélien. Il a ainsi survécu de justesse à cette attaque alors qu’il accomplissait une mission humanitaire aussi simple qu’essentielle : apporter du pain aux habitants qui continuent de faire preuve de résilience et d’attachement à leur terre.
6 juin. Une frappe israélienne a visé un véhicule de l’armée libanaise au Sud-Liban, tuant trois militaires : le général de brigade Wassam Sabra, le capitaine Élie Khoury et le soldat Hassan Ghazal.
Cette attaque intervient alors même qu’Israël répète, sur toutes les tribunes diplomatiques, qu’il n’aurait aucun différend avec le Liban, son gouvernement ou son armée, mais uniquement avec le Hezbollah. Une affirmation qui apparaît aujourd’hui pour ce qu’elle est : un discours démenti par les faits.
Car lorsque des officiers et des soldats de l’armée libanaise sont pris pour cible et tués dans l’exercice de leurs fonctions, ce n’est pas le Hezbollah qui est visé. C’est l’institution militaire nationale. C’est l’État libanais lui-même.
L’agression survient, de surcroît, à un moment où le gouvernement libanais multiplie les signes de bonne volonté et de coopération dans les négociations menées sous l’égide américaine. Alors que Beyrouth adopte une attitude d’une extrême docilité, Israël répond par les missiles.
Cette frappe constitue donc bien davantage qu’un simple incident militaire. Elle est un message politique. Elle rappelle que, malgré les déclarations rassurantes destinées aux chancelleries occidentales, Israël continue de considérer le Liban comme un terrain d’intervention où sa force peut s’exercer sans limite ni conséquence.
6 juin. Allemagne : l’art de se placer toujours du mauvais côté de l’Histoire
Après avoir commis un génocide au XXᵉ siècle, l’Allemagne n’a rien trouvé de mieux que de soutenir un nouveau génocide au XXIᵉ siècle. Et elle en paie désormais le prix, moralement et politiquement.
Après des décennies de présence au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membre non permanent, l’Allemagne a subi un revers diplomatique humiliant en échouant à obtenir sa réélection face au Portugal et à l’Autriche.
Ce résultat est le reflet d’un discrédit moral grandissant. Partout dans le monde, les gouvernements qui continuent de soutenir Israël voient leur crédibilité s’éroder. On ne peut prétendre défendre le droit international tout en fermant les yeux lorsqu’il est bafoué par Israël. On ne peut invoquer les droits humains comme principe universel et les traiter comme une variable d’ajustement lorsqu’il s’agit des Palestiniens.
L’Allemagne, en raison de son histoire, affirme souvent avoir une responsabilité particulière envers Israël. Mais aucune responsabilité historique ne peut justifier le silence face à l’injustice ni la complicité avec un État coupable de génocide. La mémoire des crimes du passé ne devrait jamais servir à excuser ceux du présent. Tirer les leçons de l’Histoire, ce n’est pas accorder une immunité morale à un État ; c’est refuser, partout et pour tous, la logique de l’oppression, de la dépossession et de la violence exercée contre les populations civiles.
Partout dans le monde émerge une conscience morale qui transcende les frontières, les religions et les appartenances idéologiques. Une conscience qui refuse qu’un peuple soit massacré et privé de ses droits fondamentaux. Une conscience qui rejette la loi du plus fort et exige l’application des mêmes principes à tous les États, sans exception.
L’époque où les puissances occidentales pouvaient imposer leur récit sans être contestées touche à sa fin. Les peuples observent, jugent et se souviennent. Ils distinguent ceux qui défendent le droit de ceux qui l’instrumentalisent. Ils savent qui s’est élevé contre les massacres et les crimes de guerre et qui a choisi la complaisance, l’indifférence ou la complicité.
La question palestinienne est devenue un test moral et politique mondial. Chaque gouvernement est désormais confronté à un choix simple : soutenir la justice ou cautionner l’impunité.
L’Histoire finit toujours par rendre son verdict. Et ceux qui auront soutenu l’oppression, l’apartheid et les crimes commis contre un peuple lorsqu’ils avaient le pouvoir de s’y opposer découvriront qu’aucune puissance, aucune alliance et aucune raison d’État ne suffisent à effacer la responsabilité morale de leurs choix.


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