C’EST (VRAIMENT) VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles

MARCINELLE DANS « L’ENFER D’UNE MINE BELGE » par Hugues Le Paige (sur son blog et dans l’Asympto)

Septante ans après la catastrophe de Marcinelle, on a rendu hommage ce 8 août aux 262 mineurs (dont 136 Italiens) (1) qui y ont trouvé la mort. Mais cette célébration oublie de rappeler les conditions de travail dantesques qui étaient imposées aux travailleurs. Ce n’est pas le hasard ou un concours de circonstances qui a fait 262 victimes. La « catastrophe » était inscrite dans les règles d’un système — capitaliste pour ne pas le nommer — dont la course au profit a toujours prévalu sur la sécurité des mineurs astreints à des conditions de travail héritées du XIXe siècle.

En son temps, un homme avait décrit et dénoncé ce fonctionnement. Le militant pacifiste Jean Van Lierde (1926-2006) refusait le service militaire et se battait pour la reconnaissance du statut d’objecteur de conscience. En 1952, après la prison et de nombreuses arrestations, il entre au charbonnage du Bois du Cazier comme mineur de fond en lieu et place du service militaire. Jean van Lierde indique bien le sens de son combat. II a accepté cette proposition (deux ans à la mine) parce qu’elle préfigure officieusement le service civil. Mais il dit aussitôt qu’il se place « dans l’optique d’un syndicalisme de combat et d’une lutte contre la guerre ». L’anticapitalisme et le pacifisme sont inséparables.
Jean Van Lierde a raconté son expérience dans une brochure (2) : « Six mois dans l’enfer d’une mine belge » (3). Il précise : « En écrivant ces pages, j’ai conscience de remplir un devoir élémentaire et nécessaire de solidarité profonde avec les dizaines de milliers de camarades qui continuent à souffrir quotidiennement dans ce sordide enfer des fosses. » Jean va en effet écrire un texte fondateur et hélas anticipateur sur son expérience dans les charbonnages. « Six mois dans l’enfer d’une mine belge » (4) est le récit de sa vie dans le Charbonnage du Bois du Cazier, quatre ans avant la catastrophe de Marcinelle. C’est un cri, c’est Zola !

Il dénonce avec la force de l’indignation les conditions de travail qui ne pouvaient que conduire au drame. Les travailleurs italiens littéralement projetés à plus de 1000 mètres de profondeur sans la moindre formation, les « porions » qui harcèlent les hommes engagés dans des veines oppressantes et irrespirables, l’absence de toute règle de sécurité, les chevaux torturés et les hommes brutalisés, les corps broyés et ensevelis sous les roches, les blessés forcés de reprendre le travail par des médecins au service des patrons, les menaces et les coups des contremaîtres, les salaires diminués de 4/5 pour production insuffisante. La description que fait Van Lierde de l’enfer des mines explique à elle seule l’allongement quotidien des victimes des charbonnages du Borinage.
Mais l’objecteur s’en prend aussi aux abus de pouvoir des patrons et des gouvernants, à l’hypocrisie de la presse et de la monarchie. Il évoque ceux qui viennent rendre hommage aux victimes des catastrophes minières : « les ministres prenaient l’air grave de circonstance en arrivant à l’endroit du cataclysme, juste après avoir terminé (…) un discours traditionnellement magistral sur l’impérieuse nécessité d’un accroissement de la production et l’impossibilité d’augmenter les salaires. Puis, un jeune monarque flanqué de ses tuteurs nobles venait redire aux pauvres combien la Couronne suintait de douleur à ces instants, combien le Palais était accablé ! Que ne l’est-il chaque jour de l’année où suent les prolos ? (…) Comment, en effet, ne pas dénoncer cette sadique hypocrisie de la presse et des pouvoirs, toujours à l’affût du sensationnel pour se mettre des auréoles de charité, mais bafouant jour après jour la justice et les revendications du peuple exploité par l’économie capitaliste et colonialiste ? »

Quel souffle ! Van Lierde harangue, bouscule, dénonce « la féodalité des potentats de l’or noir ». Il met aussi en garde contre « le réarmement — on est en pleine guerre froide — qui favorise outrancièrement la mise au pas des syndicats ». Contre la course sans fin à la productivité et au profit, il appelle à l’union des travailleurs chrétiens et socialistes. Ce qui sera aussi une constante de ses combats.
Un peu plus de 70 ans après sa première parution, ce texte reste un témoignage indispensable sur l’enfer des mines. Mais il résonne encore avec force aujourd’hui.
La course effrénée au profit a pris d’autres visages, mais elle demeure d’une violence qui justifie toujours la radicalité des propos de Jean Van Lierde. Et face au militarisme renaissant, sa parole pacifiste demeure d’une portée vitale, lui qui disait : « De l’occupation étrangère on peut toujours se libérer. Des cimetières collectifs, personne ne ressuscite jamais ».

(1) La catastrophe mettra aussi en évidence les conditions de l’immigration italienne après la Deuxième Guerre mondiale. Une immigration organisée et conçue comme un pur et simple marché : des hommes contre du charbon.
(2) La Brochure est disponible sur le site de « Agir pour la Paix » : https://agirpourlapaix.be/ressources/
(3) Six mois, car après ce laps de temps Jean Van Lierde, qui a déjà été l’objet de trois préavis comme « agitateur », sera définitivement mis à l’index des charbonnages belges. Il sera comme il l’écrit ironiquement « le seul mineur de fond chômeur durant la bataille du charbon ».

LE PAIN ET LE MONDE par Mousse Ouriaghli (sur FB)

Je vais chercher mon pain dans une petite boulangerie de Saint-Gilles.
Il y a un homme derrière le comptoir que je vois régulièrement.
On ne se connaît pas vraiment, mais suffisamment pour se reconnaître.
Salam alikoum !
Alikoum salam !
Et puis, presque toujours :
Et la famille, ça va ?
C’est important, ça.
Chez nous, on ne demande pas seulement comment toi, tu vas.
On demande comment va la famille.
Comme si, quelque part, on était encore plusieurs dans la même personne.
Avec lui, d’habitude, on parle de spiritualité. Du temps qui passe, de Dieu, de l’âme, de la vieillesse… Des choses comme ça.
Et puis il y a son pain.
Moi, j’aime particulièrement son petit pain plat, le khobz de makla. Il le fait cuire sur la fonte, avec un peu d’huile d’olive.
Ce n’est pas un grand pain de boulangerie moderne avec un nom compliqué.
C’est simple.
Et pourtant, il le fait avec quelque chose.
Je ne sais pas quoi.
De l’habitude, certainement.
Du savoir-faire.
Et peut-être un peu d’amour aussi.
Aujourd’hui, il me sert et il me dit :
Tu as vu ce qui se passe à Bruxelles ?
Je lui dis oui.
Il ne plaisante pas.
Ça devient inquiétant, hein…
On parle quelques secondes des fusillades, des quartiers, de cette violence qui semble revenir régulièrement.
Puis il regarde dehors.
Les gens veulent juste rentrer chez eux, tu sais.
Cette phrase-là me touche.
Parce qu’elle est simple.
Personne ne demande grand-chose, finalement.
Rentrer chez soi.
Retrouver sa famille.
Manger.
Dormir.
Se réveiller.
Recommencer.
Et puis, tout doucement, il change de sujet.
Mais moi, il y a autre chose que je ne comprends pas.
Je le regarde.
Quoi ?
Il prend une baguette.
On est combien sur cette terre ?
Beaucoup.
Voilà. Beaucoup.
Il sourit.
Et pourtant, quelques personnes arrivent toujours à nous faire peur.
Il réfléchit.
On a créé les gouvernements. Les banques. L’argent. Les institutions. Les règles…
Il me regarde.
Tout ça, c’est nous.
Puis il ajoute :
Et maintenant, on se comporte comme si tout ça existait sans nous.
Il cherche un mot.
Comme si c’était devenu… plus grand que l’être humain.
Je lui dis :
Peut-être que c’est ça, le pouvoir.
Il réfléchit.
Oui.
Puis :
Ou peut-être que le pouvoir, c’est quand tu fais croire à quelqu’un qu’il est petit.
Il continue à servir les clients.
Une dame demande une baguette bien cuite.
Il lui donne celle qu’elle préfère.
Puis il revient vers moi.
Même l’Arizona…
Il sourit.
Ils sont quelques-uns autour d’une table. Ils parlent pendant des heures. Et nous, après, on regarde ce qui arrive.
Il hausse les épaules.
Moi, parfois, je ne comprends rien à la politique.
Puis il ajoute :
Mais je comprends une chose.
Quoi ?
Il me montre son pain. Ça, au moins, je sais comment le faire.
Je souris.
Et tu le fais bien.
Je sais.
Il éclate de rire.
Ça, c’est pas de la politique !
Je ris aussi.
Puis il prend mon « khobz de markla », encore chaud, et le glisse dans le sac.
Et je pense à cette chose étrange :
Pendant que les hommes construisent des systèmes gigantesques, pendant qu’ils discutent du pouvoir, de l’argent, des frontières et de l’avenir…
Lui, il fait simplement du pain.
De la farine.
De l’eau.
Un peu d’huile.
Une plaque de fonte.
Et ses mains.
Et peut-être que c’est ça qui me plaît chez lui.
Il ne prétend pas avoir compris le monde.
Il essaie simplement de rendre un peu meilleur ce qui passe entre ses mains.
Un pain.
Un sourire.
Une conversation.
Une question.
Un peu de chaleur.
Je prends mon sac.
À bientôt.
Inchallah.
Je fais quelques pas.
Puis je l’entends derrière moi :
Hé !
Je me retourne.
Demain, je te garde un bon morceau de « khobz de makla ».
Pourquoi ?
Il sourit.
Parce que tu vas encore venir me parler de tes grandes questions.
Je ris;)
Et je repars.
Avec mon pain sous le bras.
Et cette petite phrase dans la tête :
Nous avons peut-être créé un monde tellement compliqué que nous avons oublié quelque chose de très simple : c’est nous qui l’avons créé.
Et peut-être que retrouver notre pouvoir ne commencerait pas forcément dans un parlement.
Peut-être que ça commencerait beaucoup plus modestement.
Par le fait de se regarder à nouveau.
De se parler.
De se demander :
« Et la famille, ça va ? »
Puis de faire, chacun à notre endroit, quelque chose avec un peu d’amour.
Même un morceau de pain.

Un publication de Trump. « le grand président de l’histoire des USA ». Ce mec est complètement cinglé et hors sol.

RTBF, RTL ET « NOTRE ARGENT » par Bernard Hennebert (sur FB)

RTBF : toujours ce bête et faux argument. Aujourd’hui, encore un zigoto écrit : ce qu’a fait la RTBF est honteux, car c’est avec notre argent.
MA RÉPONSE : Alors, voici une réponse, une fois pour toute à votre bêtise.
Je vais même faire un post sur le sujet sur mon mur pour mes 4.991 amis.
C’est tout aussi le cas avec RTL et autres privés car c’est vous qui payez. Mais oui.
À cause de ces chaînes et le prix de leur publicité, vous payez beaucoup plus cher les produits que vous achetez en super marché ou via internet !
Donc, la population paie, et pour la RTBF, et pour nos chaînes privées.
Comprenez-vous ainsi la bêtise de votre argument que les moutons bêlent depuis que les services publics existent. Et nous, on doit lire ou écouter cela. C’est fatiguant.
Prenez donc votre imagination (vous n’êtes pas un robot) pour trouver des arguments plus passionnants. Et, une fois pour toutes, mettez cette stupidité à la poubelle.

LE MONDE N’EST PAS AMÉRICAIN par Mohamad Safa (sur X-Twitter)

C’est le lac Ontario. C’est le golfe du Mexique. Le Groenland n’est pas à vendre. Le Canada n’est pas un État américain. Gaza n’est pas une affaire immobilière. Le détroit d’Ormuz n’est pas une eau américaine. L’île de Sazan, Albanie, n’est pas à vendre.
Le monde n’est pas américain.

Screenshot

LÉA SALAMÉ « UNE FÉMINISTE APAISÉE » ? par Julien Traddaïu (sur FB)

Lire ici et là des publications qui présentent son retrait du 20 Heures comme une sorte de scandale féministe est une forme de récupération des combats féministes assez insupportable. De qui parle-t-on exactement ? D’une caissière ? D’une ouvrière ? D’une employée précaire sommée d’abandonner son salaire, sa fonction et toute autonomie professionnelle pour accompagner l’ambition de son conjoint ? Non.
On parle de Léa Salamé, une des personnalités les plus installées, les plus visibles et les mieux payées de l’audiovisuel public français. Elle ne part pas « sans rien ».
Elle se met en retrait du 20h, temporairement, mais conserve « Quelle époque ! », qui reprend le 19 septembre. Des émissions événementielles, hors séquence électorale, pourraient également lui être confiées. Ce n’est donc ni une disparition de l’antenne ni une expulsion du service public, mais bien une réorganisation de ses fonctions.
Dire cela ne consiste pas à nier les inégalités structurelles qui frappent les femmes dans le monde du travail. Elles existent, et elles prennent notamment la forme de carrières freinées, de temps partiels imposés, de renoncements professionnels au profit du conjoint, de pénalités liées à la maternité et de précarité. Mais justement, ce combat mérite mieux qu’une transposition mécanique à une situation qui ne lui correspond pas.

Une question d’éthique ?

La question du genre n’est pas le semble-t-il, ici, la plus intéressante. Si l’on se place sur le terrain de l’éthique journalistique, il me semble assez normal qu’une présentatrice ou un présentateur du principal journal télévisé (de surcroît public) ne puisse pas continuer à incarner cette émission lorsque son ou sa partenaire mène une campagne présidentielle.
Pendant de long mois à venir, le JT devra traiter de la candidature de Raphaël Glucksmann : ses propositions, ses meetings, ses polémiques, ses adversaires, ses sondages, ses alliances. Les interviews politiques et les sujets électoraux y seront donc omniprésents. Même si Léa Salamé était parfaitement capable d’exercer son métier avec rigueur (ce qui est discutable pour d’autres raison d’ailleurs, et personne ne devrait supposer qu’elle pense comme son compagnon) le problème resterait celui de l’apparence légitime d’un conflit d’intérêts et de la confiance du public.
C’est d’ailleurs ce qu’elle invoque : une « déontologie stricte » destinée à protéger la rédaction de France Télévisions. Elle avait pris cet engagement dès son arrivée au 20 Heures et s’était déjà mise en retrait pendant les campagnes européennes de 2019 et 2024.

Une décision assumée ?

Continuer à discuter des règles déontologiques, demander qu’elles soient cohérentes et identiques pour tous les journalistes, interroger la concentration de la visibilité et du pouvoir dans les mains de quelques vedettes de l’audiovisuel reste intéressant. Mais on ne gagne rien à fabriquer une victime passive là où se trouve une professionnelle disposant d’un capital social, économique et médiatique exceptionnel.
Et si nous profitions plutôt de cette séquence pour poser les d’autres questions ?
Les règles de prévention des conflits d’intérêts sont-elles réellement les mêmes pour tous les médias, tous les journalistes et tous les propriétaires de médias ?
Pourquoi le débat se focalise-t-il sur la vie conjugale d’une présentatrice, plutôt que sur les dépendances économiques et politiques structurelles de l’information ?
Quelles garanties existent pour les journalistes qui, eux et elles, ne disposent pas de la sécurité financière, de la notoriété ou de la capacité de négociation de Léa Salamé ?
Pourquoi l’hyperpersonnalisation du service public conduit-elle à faire dépendre l’incarnation du journal le plus regardé d’une seule figure ?
Et surtout : pourquoi appelle-t-on « féminisme » le fait de nier à une femme le droit de prendre elle-même une décision professionnelle, au nom d’une règle éthique qui s’appliquerait tout autant à un homme ?
Une féministe « apaisée » ?

CQFD par Pierre Eyben (sur FB)

Tout mon soutien à l’humoriste Pierre Scheurette
Son visuel a surtout eu le tort de mettre le doigt là où ça fait mal. Et voir certains médias, qui passent leur temps à distribuer critiques et leçons, répondre par une plainte plutôt que par le débat ne fait que renforcer le sentiment grandissant qu’ils sont moins attachés au pluralisme qu’ils ne le prétendent. Quand la critique dérange à ce point, c’est parfois qu’elle touche juste.
Cette indignation est d’autant plus surprenante quand on voit le silence de beaucoup de ces mêmes acteurs face aux attaques répétées du MR contre la RTBF. Depuis des années, le service public est accusé de partialité dès qu’il réalise un travail journalistique qui déplaît à certains responsables politiques. On se souviendra du président du MR injuriant et menaçant une journaliste de la RTBF au téléphone. Défendre la liberté de la presse, ce n’est pas seulement protéger les médias dont on partage la ligne éditoriale, c’est accepter le pluralisme et le droit à la critique pour tous.
À force de vouloir faire taire la contestation ou délégitimer les voix discordantes, certains finissent surtout par confirmer la proximité idéologique qui leur est reprochée. (Sans même parler de 21News qui directement financé par le milliardaire d’extrême-droite Vincent Bolloré)
Le pluralisme, c’est quand plusieurs opinions peuvent s’exprimer. La propagande, c’est quand les mêmes éléments de langage tournent en boucle. Ce visuel pose une question simple : qui informe encore, et qui fait campagne ? J’ai envie d’écrire avec cette plainte : CQFD !

LES MILLIARDAIRES SONT NUISIBLES par Manon Aubry (sur X Twitter)

Apathie persiste et signe. Ou comment transformer une critique de la concentration extrême des richesses en accusation de « fascisme » pour éviter de répondre sur le fond. Je n’ai évidemment appelé à éradiquer personne. J’ai expliqué pourquoi les milliardaires sont nuisibles à la société en tant que classe économique : captation des richesses, concentration du pouvoir, influence sur les médias et la démocratie, évasion fiscale. Ce que je veux faire disparaître, ce ne sont pas des êtres humains. C’est un système qui permet à quelques-uns d’accumuler des milliards pendant que des millions de personnes comptent chaque euro. Et oui : dans la société que nous voulons construire, il n’y aura plus de milliardaires.
Non parce qu’on les aura « éradiqués », mais parce qu’il ne sera plus possible de le devenir ni de le rester, car nous aurons décidé collectivement et démocratiquement que l’accaparement des richesses et les inégalités ne sont plus ni possibles, ni souhaitables. Comparer cela au fascisme et suggérer que 1 500 personnes (il y en avait même bien plus) applaudissant un discours sur la redistribution seraient « prêtes à la violence » en dit finalement davantage sur votre outrance que sur mes propos.

« MEUTE » et « JOURNALISME » par Petrus Borel

Intéressante « note de blog » sur Médiapart sur le livre « La Meute » :
https://blogs.mediapart.fr/petrus-borel/blog/260826/la-meute-lfi-et-jean-luc-melenchon-au-prisme-du-journalisme-contemporain

QUI SUPPRIME LES REPAS GRATUITS ? par Tony Demonte (sur FB)

Le cynisme de Élisabeth Degryse dans « Jeudi en prime » : le sabrage du gouvernement Wallonie-Bruxelles dans les budgets pour des repas gratuits dans les écoles constituerait une opportunité pour les communes de supprimer leurs propres aides pour les repas gratuits !
Non Madame. Les communes n’ont pas supprimé les repas gratuits par opportunisme suite à votre austérité. Les communes ont dû supprimer ces programmes à cause de l’étranglement budgétaire des communes imposé par vos gouvernements wallon et francophone.

Watteau : un « petit maître »

UN PETIT MAITRE QUI NE VOYAIT PAS SA GRANDEUR par Luc Honorez (sur FB)

Un mot peut faire très mal. Quand on en agglomère deux ou trois du même genre, ces mots deviennent des maux même si celui qui les a écrits ne se rend pas compte qu’ils sont écorchants et saigneront longtemps dans les plaies qu’ils ont engendrées.
J’avais appris que Pierre Granier-Deferre tournait un film dans la campagne bruxelloise avec Piccoli et Melvil Poupaud.
J’écrivis une “brève” pour que mes lecteurs soient au courant, soulignant sympathiquement, du moins je le croyais, que ce cinéaste était un “petit maître du ciné français”.
Arrivé sur le tournage, le visage naturellement tourmenté et chagrin, Deferre me serra mollement la main, le réalisateur me dit : “Alors, on vient s’entretenir avec un petit maître?“, me dit-il l’air encore plus tracassé que d’habitude.
Je lui répondis que c’était un compliment. On qualifie, en peinture, Watteau de “petit maître”, c’est-à-dire constant dans un art soigné avec application. Ma justification (sincère) ne toucha pas son âme mais sembla lui peser encore plus sur l’estomac !
Je lui rappelai qu’il était un des meilleurs adaptateurs des romans noirs de Simenon. Que son film “Le train” donna deux rôles superbes à Romy Schneider et Jean-Louis Trintignant, que Signoret et Delon furent rarement aussi bons que dans la “Veuve Couderc.
“Du travail soigné qui touche l’émotion d’une masse de spectateurs heureux de ne pas subir l’emphase d’une mise en scène mais d’être plongé dans une phase qu’il pourrait connaître lui-même”, le rassurais-je.
Piccoli n’était pas loin de nous et intervint : “Le journaliste a raison, tu tournes des films sensibles sans effets comme si les faits racontés t’étaient arrivés. Tu es un artisan sincère. Tu ne te gonfles pas du col. Et le public t’aime, cher “petit maître”.
Un pâle sourire éclaira l’ombre d’un sourire sur la figure sévère du cinéaste. Il grommela pourtant encore : “Petit maître ! Petit maître ! Sans être Julien Duvivier, je mérite une autre définition que celle-là “.
Puis, il me remercia. Me félicita d’avoir trouvé un ton et une empathie qui le respectaient.
La nuit tombait. “L’Etoile du Nord”, une réalisation de Pierre G.-D. avec Philippe Noiret et Simone Signoret, regarda dans nos yeux et fut heureux qu’ils soient apaisés. La nuit même, la femme de Granier-Deferre décéda.
Je crois que cet homme n’était pas fait pour le bonheur. Un petit moment de joie avait fait s’écrouler en avalanche les compliments que nous lui avions faits. Granier-Deferre, tu vis au pays des cameramen fantômes.
Lorsqu’ils te croisent, ils te saluent : « Tu fus toujours épatant. Tes films vivent toujours. Souris de la bouche aux oreilles, vingt dieux ! »

« L’ÂGE MÛR » : GRAVE ET DRÔLE par Katel Fréson (sur FB)

“Disons que j’essaie de construire des bâtiments qui tiennent et où les gens puissent être heureux…” Tout réussit à Ludovic. Architecte bruxellois, il construit sa vie sans se poser de questions. Quand il dépanne sa compagne en gardant ses filles quelques jours, il doit adapter son rythme de grand gamin à la vie familiale. Il tisse alors avec la petite fille et la jeune adolescente une complicité précieuse. Lorsque sa compagne le quitte, ce sont surtout ses filles qui lui manquent… Dans son premier long-métrage, “L’âge mûr”, Jean-Benoit Ugeux croque ses personnages avec tendresse et beaucoup d’humour. S’entourant d’amis comédiens talentueux, Catherine Salée, Ruth Becquart, Laurent Capelluto et Anne-Pascale Clairembourg notamment, il assume un film très belge, tourné exclusivement à Bruxelles. Sur le ton d’une comédie douce-amère, Ugeux, qui signe la réalisation et endosse le rôle principal, met le doigt sur des thèmes qui font mouche : la famille recomposée, l’héritage de ce que nous laissons à la génération suivante …
C’est profond et décalé, grave et drôle ! Avec une scène de porte blindée et une autre sur un vélo électrique savoureuses ! A découvrir en salles sans tarder ! Merci à Anne-Florence et au cinéma « L’Écran » à Ath pour cette avant-première et le débat riche avec le réalisateur

DÉBAT MEDEF / PRÉSIDENTIELLE 2027 (par deux journalistes de Blast sur Youtube). Abonnez-vous !

MUESLI par Boulette Polpetto (sur X-Twitter)

Ce matin, j’ai dit : « chéri, on a oublié de reprendre du muesli ! »
➤ Philippe m’a répondu de travailler « un peu plus » pour payer mon muesli (75h, jusqu’à 75 ans)
➤ Glucksmann m’a traité d’agent de Xi Jinping (ça sortait un peu de nulle part, j’ai pas compris)
➤ Attal a sifflé entre ses dents que c’était de la faute « des amis de M. Mélenchon » qui ont refusé de voter son plan muesli lorsqu’il était à Matignon
➤ Le Pen a déclaré qu’en économisant sur l’immigration on aurait davantage de muesli pour les Français
➤ Retailleau a proposé de dissoudre le droit du travail, les cotisations sociales, les accords de Genève, la SPA et d’abroger la DDHC et l’abolition des privilèges pour redynamiser notre production de muesli
➤ Tondelier m’a rappelé : « pas de muesli sur une planète brûlée »
➤ Mélenchon a partagé son muesli

PETER THIEL OU L’OBSSESSION DIVAGANTE DE L’ANTECHRIST (par Rudy Demotte sur FB)

Il y a quelque chose d’assez fascinant pour le libre-exaministe et l’agnostique que je suis à voir Peter Thiel chercher l’Antéchrist chez le pape, les écologistes, les partisans de la régulation de l’intelligence artificielle ou les institutions internationales.
Fascinant, parce qu’il dispose d’un miroir.
J’ai déjà beaucoup écrit ici sur Peter Thiel, Palantir, la surveillance numérique, le Dark Enlightenment et cette étrange famille idéologique qui s’est installée dans les marges de la Silicon Valley avant de progresser vers le centre du pouvoir américain. Thiel n’est plus seulement un milliardaire libertarien amateur de théologie. Il est l’un des hommes qui ont contribué à fabriquer politiquement l’actuel vice-président des États-Unis.
J. D. Vance a travaillé dans son univers professionnel. Thiel l’a soutenu, conseillé, introduit dans ses réseaux et a versé des millions de dollars pour permettre son ascension politique. Dire que Vance est son filleul politique n’est donc pas une simple formule.

Et voilà qui rend les histoires d’Antéchrist beaucoup moins folkloriques.
Car Thiel se situe précisément au point de rencontre de deux traditions qui semblaient autrefois difficiles à marier.
D’un côté, le libertarianisme : moins d’État, moins de règles, moins d’impôts, moins d’obstacles opposés au capital et à la technologie.
De l’autre, une pensée réactionnaire beaucoup plus autoritaire, celle du Dark Enlightenment, associée notamment à Curtis Yarvin et Nick Land, pour laquelle la démocratie libérale, l’égalité politique et une bonne partie de l’héritage humaniste des Lumières seraient devenus des obstacles à l’efficacité des sociétés.
Le mariage paraît étrange ? Eh bien non, il l’est moins qu’on ne le croit.
Car si la démocratie est inefficace, si l’égalité est une fiction, si les citoyens comprennent mal la complexité du monde et si l’État ne doit surtout pas entraver ceux qui innovent et accumulent du capital, une conclusion finit assez naturellement par apparaître : peut-être vaut-il mieux que les meilleurs dirigent.
Et, par une coïncidence dont l’histoire sociale offre quelques précédents, les « meilleurs » ressemblent beaucoup aux milliardaires qui défendent cette théorie.

L’ancien idéal démocratique voulait que le pouvoir économique fût soumis à des règles décidées collectivement. Le nouveau rêve inverse la proposition : puisque ceux qui maîtrisent le capital et la technologie sauraient mieux où va le monde, pourquoi devraient-ils encore se soumettre aux lenteurs, aux scrupules et aux limites imposées par les autres ?
Peter Thiel avait d’ailleurs écrit dès 2009 qu’il ne croyait plus que liberté et démocratie fussent compatibles. Quand on lit ça, indéniablement cela aide aussi à comprendre pourquoi la pensée sociale des papes l’irrite tellement.

François, dans « Laudato si », rappelait une idée terriblement subversive pour certains milliardaires : la propriété, la technique et l’économie ne possèdent pas leur propre morale. Elles doivent être jugées à partir de leurs conséquences humaines et environnementales.
Léon XIV va aujourd’hui dans la même direction lorsqu’il affirme que l’intelligence artificielle doit rester soumise à une conception de la dignité humaine.
Autrement dit : tout ce qui est techniquement possible n’est pas humainement souhaitable.
Et surtout : la puissance doit rencontrer une limite. Un crime pour Thiel.
C’est exactement là que commence le problème de Thiel.
Son Antéchrist contemporain n’est pas le savant fou qui détruit la planète.
C’est celui qui veut l’empêcher de poursuivre ses expériences.

Greta Thunberg peut donc en devenir une ombre. Les spécialistes des risques de l’IA également. Les institutions internationales, la Cour pénale internationale, Bruxelles, les partisans du multilatéralisme aussi. Et Léon XIV finit par être accusé de « travailler pour les communistes chinois » parce que ses appels à réguler l’IA pourraient ralentir davantage les États-Unis que Pékin.
Remarquez au passage, la parenté de pensée avec Trump.
À première vue, cette démonologie est extravagante. Mais prenez le temps de la réflexion car en seconde lecture, elle est d’une remarquable cohérence.
Chez Thiel, le Mal ressemble étonnamment souvent à ce qui impose une limite à la puissance. Et c’est ici que le miroir devient embarrassant.

Car l’homme qui redoute un pouvoir mondial capable de surveiller les individus au nom de leur sécurité a cofondé Palantir. L’homme qui craint une concentration excessive de puissance technologique participe à l’une des plus extraordinaires concentrations privées de puissance informationnelle de notre époque.
L’homme-là même qui redoute les élites universelles capables de décider pour les peuples appartient précisément à une élite économique transnationale qui estime volontiers que les peuples décident assez mal.
Cet homme qui voit partout le danger d’un pouvoir prétendant savoir ce qui est bon pour l’humanité appartient enfin à un courant intellectuel convaincu qu’une aristocratie technologique saurait probablement mieux gouverner que la démocratie.

Cela ne prouve évidemment pas que Peter Thiel soit l’Antéchrist.
Je préfère le préciser. Je remarque que le deuxième degré est parfois mal compris.
Mais cela pose une question beaucoup plus intéressante. Et si la véritable bataille n’opposait pas la liberté à l’Antéchrist, mais deux conceptions de la liberté ?
L’une considère qu’être libre suppose des institutions, des contre-pouvoirs, des droits communs et des limites imposées à ceux qui deviennent trop puissants. Et puis l’autre, qui considère de plus en plus que la liberté consiste précisément à débarrasser les puissants de ces limites.
Dans la première, la démocratie protège l’homme contre la domination mais pour la seconde, la démocratie devient même l’obstacle.
C’est alors que la vieille théologie réactionnaire retrouve une étonnante utilité politique. Celui qui réglemente contre l’intérêt des oligarques éclairés du capitalisme n’est plus un adversaire avec lequel on discute. Il devient l’ennemi, celui qui menace la civilisation.
Puis, dans cette divagation, celui derrière lequel se profile l’Antéchrist.
René Girard, dont Thiel fut l’élève, avait pourtant passé une bonne partie de sa vie à montrer comment les sociétés en crise fabriquent leurs ennemis, concentrent leurs peurs sur eux et finissent par croire qu’en les éliminant elles se sauveront elles-mêmes.

Son élève semble avoir retenu la première moitié de la leçon.
Il cherche maintenant les coupables. Et ils sont si nombreux.
Le pape. Les écologistes. Les régulateurs. Les institutions internationales. Ceux qui mettent des limites. Ceux qui parlent encore d’universel.
Et peut-être est-ce finalement cela qui me trouble le plus.
Peter Thiel cherche partout l’Antéchrist.
Mais dans une pensée obsédée par les dangers d’une puissance sans limites, il semble rarement envisager que le visage qu’il cherche puisse apparaître de son propre côté du miroir. Les enfants ont des mots simples qui traduisent mieux que de longs discours :” c’est celui qui dit qui est”. Parole d’enfant, disais-je ?

Lisez mon article bien plus complet avec sources et citations. Il est passionnant.
« Peter Thiel ou la politique à l’âge de l’Antéchrist ».

https://notesfrombetween.substack.com/p/peter-thiel-ou-la-politique-a-lage

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