21 septembre 2026
BOIRE LOCAL, BOIRE SOCIAL par José Parades
Multinationales dans nos festivals, nos fêtes de quartier, nos meetings : ça suffit – arrêtez de banaliser l’alcool et le sucre, buvons local, pas de profit pour les multinationales.
Chaque année, la même scène se répète. De la Place Anneessens à Bruxelles jusqu’au festival à Ostende, dans de nombreux événements organisés par des partis de gauche, on retrouve dans les mêmes stands les mêmes multinationales : des boissons sucrées et de la bière vendues par des entreprises qui ne paient presque pas d’impôts en Belgique – au détriment de nos travailleur·euses, de nos producteur·rices locaux·ales, de nos services publics et des générations qui viendront après nous.
Le local n’est pas un supplément d’âme, il implique des choix sociaux et politiques mais aussi et surtout des questions de santé publique qu’on ne peut plus balayer d’un revers de main. L’Organisation mondiale de la Santé est claire : il n’existe pas de seuil de consommation de bière et d’alcool sans risque, et la consommation excessive de sucre est elle aussi un danger reconnu. Dans ces festivals, la bière coule à flots, tout comme les boissons sucrées qu’on retrouve si souvent sur ces mêmes stand et ce lors d’une journée qui devrait être une fête, pas une exposition à des produits dangereux pour la santé.
Nous ne portons pas cette réflexion seul·es. Elle naît de rencontres, de discussions parfois vives, souvent chargées d’émotion, avec des syndicalistes et des militant·es associatifs·ives qui vivent ces contradictions au quotidien. C’est là que se construit une conscience collective et écologique, que l’on confronte nos expériences, et que l’on comprend que nos choix de consommation sont aussi des choix politiques.
Changer un contrat de parrainage demande du courage. C’est justement ce courage politique que nous demandons. Car ce n’est pas d’abord aux citoyen·nes de changer leurs habitudes, mais bien aux organisateur·rices de changer leurs choix. Comment dénoncer la puissance des multinationales dans les discours et, le lendemain, leur offrir nos meetings, nos festivals, nos stands et notre public ? À la Place Anneessens comme à Ostende, deux organisations politiques de gauche différentes ont mis, chacune à leur stand, des produits de multinationales. Nous ne demandons pas aux partis de gauche d’être parfaits. Nous leur demandons d’être cohérents.
Si nous défendons les travailleur·euses, faisons travailler en priorité celles et ceux qui vivent de leur travail ici. Si nous défendons le local, faisons vivre les entreprises, commerces et coopératives d’ici. Si nous défendons l’environnement, changeons réellement nos pratiques sur le terrain, pas seulement dans les discours. Si nous défendons les services publics, exigeons une fiscalité juste.
Nous demandons des engagements clairs et vérifiables :
la fin des contrats d’exclusivité avec les multinationales dans les événements populaires ;
une priorité réelle aux producteur·rices, brasseries, commerces et coopératives locales ;
la publication des contrats de parrainage, des montants versés et des contreparties accordées ;
des critères sociaux, fiscaux et environnementaux obligatoires pour bénéficier de subsides publics ;
de l’eau potable gratuite et accessible, avec de véritables fontaines à filtres à charbon ;
la généralisation des gobelets réutilisables et une réduction réelle des déchets.
Ce ne sont pas de simples recommandations, ce sont des revendications politiques. Lorsqu’une commune, une Région ou une institution soutiennent financièrement un événement, elles ont le devoir d’exiger des contreparties. L’argent public ne doit pas servir à financer indirectement la publicité des multinationales.
Le capitalisme ne s’arrête pas à la porte d’un festival : il entre par les contrats, les logos, les habitudes qu’on finit par trouver normales. Nous voulons pouvoir choisir quel modèle de société nous soutenons – local, écologique et politique. Nous voulons des événements qui appartiennent réellement à la population, des lieux de rencontre, de culture, de solidarité et d’émancipation – pas des vitrines du capitalisme.
Un festival peut vivre sans multinationale. Un meeting peut vivre sans parrain capitaliste. Il suffit d’un choix politique.
Ça suffit. Moins de multinationales, plus de local, plus d’écologie, plus de transparence, plus de justice fiscale. Que les grandes fortunes et les multinationales paient enfin leur juste part en Belgique. Buvons local, organisons-nous, et reprenons nos espaces populaires.
José Parades
– Fondateur de l’Union Bruxelloise des SDF, l’un des fondateurs du Front Commun SDF, militant CGSP-ALR-FGTB depuis 1991


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