13 janvier 2026
Au Rideau de Bruxelles UN DUO FRATERNEL AVEC SHIN DO par Françoise Nice
« Sauvage est celui qui se sauve », un duo fraternel avec Shin Do.
Shin Do, un frère déjà né quelque part en Corée du sud, atterrit petit garçon en 1966 dans une famille du Brabant wallon. Il est l’un des deux frères, et il y eut aussi une autre fille, un peu plus grande, adoptée elle aussi par les parents de Veronika Mabardi. Deux filles deux garçons, quatre qui ne se distinguent pas par les yeux bridés de l’un, les pas bridés de l’autre, mais par des traits de caractère, les sages et les pas sages. Une famille, quoi.
Années d’enfance dans le Brabant wallon, le père est à demi égyptien, la mère de Veronika Marbardi est flamande. Shin Do est arrivé de loin, avec derrière lui un vide, un début de vie dont nul ne sait rien, sauf lui, pas grand-chose non plus, mais qui dira plus tard à Veronika, qu’il lui arrivait de rêver de sa mère biologique. Shin Do, passerelle entre deux continents, deux univers ne trouvera pas sa place. Il sera renvoyé de l’école, il est artiste, il peint et fait de la céramique et parfois casse tout ce qu’il a créé. Chipote avec la came. Un accident de voiture met fin à sa vie en mars 1997. Il avait 31 ans.
Publié avec des illustrations aux éditions Esperluète, « Sauvage est celui qui se sauve » a été primé en 2022 par l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique. Et voilà que l’on (re)découvre ce récit et son autrice Veronika Mabardi, dans l’adaptation théâtrale et la mise en scène d’Antoine Laubin et la Cie De Facto.
Chaleur, douceur du plateau : assise dans un fauteuil une comédienne chaque soir différente, – samedi dernier c’était l’excellente Anne-Marie Loop – vient lire le prologue. Elle fait entrer le public dans les souvenirs et dans le temps de celle qui les écrit. Sur le plateau se trouve un fronton de bois sur lequel il est écrit : « Ici le temps n’existe pas ». Deux comédiennes, Caroline Berliner et Anaïs Moray portent superbement toute cette histoire, au passé comme au présent de l’écriture. Une troisième artiste, la plasticienne Sabine Durand est assise derrière une grande table, et peint et dessine. Ses tracés sont projetés sous le fronton, et cette performance élargit l’univers et le tempo du récit. Notre mémoire, quand elle retravaille les matériaux du passé, rassemble, soulève, malaxe, recouvre ou révèle des émotions, des secrets, des détails qui peut-être nous ont échappé. Ce n’est pas seulement mental. Silence et questionnement ponctuent l’écriture. Shin Do était plasticien, et son visage apparaîtra au fusain, et pas seulement, Shin Do apporta une forêt écrit Veronika Mabardi.

Interview d’Antoine et Veronika à BX1
Dans l’espace du livre de souvenirs qui s’écrit peu à peu sur la scène, les deux comédiennes et la plasticienne font ressentir la démarche où, par la force sensible de son écriture, Veronika Mabardi a cherché et retrouvé son frère, celui qui lui avait dit « ne fais pas semblant qu’il n’y a pas eu de joie ». Il percevait sa vie comme une erreur, mais il avait écarté l’hypothèse du suicide.
Venu de loin, Shin Do est reparti trop tôt vers un autre lointain. Et l’autrice, le metteur en scène Antoine Laubin, les trois comédiennes et peintre racontent cette histoire avec les va- et-viens entre joie et tristesse, avec ces aller-retours entre le passé et le présent, où l’écrivante attend que les mots fassent surgir du sens, de nouvelles significations du trop bref passage de son frère sur terre.
Au Rideau à Bruxelles ce soir-là, la scène est un havre affectueux, chaleureux, où montent avec pudeur et tendresse des voix et des images qui donnent aussi envie d’aller lire l’œuvre originelle. Au sortir de la salle, on peut découvrir dans le théâtre l’exposition des dessins de Shin Do.
Françoise Nice (sur sa page FB et dans l’Asympto, avec l’aimable autorisation de l’autrice)
Au Théâtre @lerideau à Bruxelles jusqu’au 24 janvier, « Sauvage est celui qui se sauve » de Veronika Mabardi (Editions Esperluète). (Photos Alice Piemme)


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