14 janvier 2026
UN CARNAGE SOCIAL « EN DOUCE » par Bernadette Schaeck
Chômeurs en fin de droit pour leurs allocations : « fin de droit », mais toujours plus d’obligations ? Des chômeurs en fin de droit qui ont introduit une demande de RI (revenu d’intégration) au CPAS sont quand même convoqués au Forem dans le cadre de l’activation de leur recherche active d’emploi. Comme si rien ne s’était passé depuis la décision de retrait du droit aux allocations de chômage !
Ils sont aussi convoqués au service d’insertion du CPAS. Avec une double contractualisation au Forem et au CPAS ? Avec des exigences cumulatives sinon contradictoires ? Certains CPAS ont des exigences pires que celles du Forem.
Un exemple que j’espère être exceptionnel :
B., âgée de plus de 60 ans, doit fournir 20 preuves de recherche active d’emploi par mois; elle doit aussi s’inscrire dans au moins 3 firmes d’intérim; sans compter qu’elle doit fournir les extraits de compte complets des 3 derniers mois !
Une mesure particulièrement cynique, concerne les chômeurs qui prestent en ALE (Agence locale pour l’emploi). Ils et elles n’obtiennent pas de dispense à l’exclusion du droit aux allocations de chômage. S’ils ne peuvent pas bénéficier du RI (revenu d’intégration), ils ne pourront plus prester en ALE. Mais la Région wallonne et la Région flamande ont pris des mesures provisoires autorisant les personnes ne percevant ni RI ni Allocations de chômage de continuer à “travailler” en ALE. Parce que les missions qu’ils accomplissent sont “essentielles.”
C’était déjà scandaleux de faire travailler sans statut, sans contrat, avec un défraiement horaire de misère, en complément d’une allocation, mais l’autoriser après avoir supprimé tout droit à un revenu, et en le justifiant parce qu’il s’agit de missions essentielles, c’est à gerber !
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Chômeurs en fin de droit convoqués par le Forem :
Avec la mention qu’une absence non justifiée par un motif valable pourrait avoir des conséquences sur l’ouverture ou le maintien des droits aux allocations de chômage, d’insertion ou de sauvegarde.
Assez gonflé d’envoyer cela à des personnes qui viennent tout juste d’être exclues du droit aux allocations, alors même qu’elles avaient respecté le plan d’actions du Forem.
L’Arizona a justifié sa décision de limiter les allocations de chômage et d’insertion dans le temps en bonne partie par le fait que les CPAS seraient mieux outillés que les services régionaux de l’emploi (Forem, Actiris, VDAB et ADG) pour accompagner les personnes dans leur recherche d’emploi. Clarinval l’a claironné sur toutes les ondes.
Des chômeurs en fin de droit au 1er janvier et ayant introduit une demande de RI au CPAS sont pourtant convoqués par le Forem pour le suivi de leur plan d’action.
Avant même qu’une décision d’octroi – ou de refus – du RI soit prise par le CPAS.
Avant même qu’ils aient été convoqués par le service d’insertion du CPAS.
Avant même, donc, que le CPAS ait « trié » les chômeurs en fin de droit et décidé qui il envoie au Forem et qui il « accompagne » lui-même. C’est pourtant ce que prévoit la loi. Avant même que le CPAS ait fait signer un PIIS (projet individualisé d’intégration sociale).
Le PIIS reprendra-t-il tel quel le plan d’action du Forem ? Y aura-t-il double contractualisation, au CPAS et au Forem ? Affaire à suivre !
Cette usine à gaz ne créera pas un seul emploi…
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La Cour Constitutionnelle n’a pas suspendu la limitation dans le temps des allocations de chômage et d’insertion. Il faudra analyser en détail les motivations de cette décision.
Je crains qu’il n’y ait pas beaucoup plus de chances que la même Cour Constitutionnelle annule la décision du gouvernement.
L’issue du recours en annulation, qui sera examiné après celui en suspension (et qui est perdu) est incertaine. Reste(ra) à faire tout ce qu’il faudra faire pour défendre et améliorer les droits des un.es et des autres.
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Prise en compte obligatoire des revenus des cohabitants : ces salauds ont fait passer la mesure en douce par arrêté royal !
L’arrêté royal a été publié ce 16 janvier. Prise en compte obligatoire des revenus des parents et enfants majeurs cohabitants, des beaux-parents et beaux- enfants, des gendres et belles filles, des grands parents. Une mesure d’appauvrissement des plus extrêmes ! Un carnage social annoncé. Je suis très en colère (1).
Dresser les travailleurs contre les allocataires sociaux : ça continue, y compris avec cet arrêté royal du 16 janvier sur la prise en compte des revenus des cohabitants pour le calcul du montant du RI. Le même jour que la publication de l’arrêté royal au Moniteur (16 janvier), le SPP Intégration sociale a publié une longue circulaire explicative.
En préambule, les deux ministres (Vandenbroucke, Affaires sociales, et Van Bossuyt, Intégration sociale), indiquent :
” Des montants parfois très élevés ont été versés, dépassant largement l’objectif du revenu d’intégration. L’aide sociale doit venir en aide aux personnes dans le besoin, mais le système doit également rester équitable et tenable. Nous supprimons les failles, car il n’est pas acceptable que les personnes qui ne travaillent pas soient mieux loties financièrement que celles qui donnent le meilleur d’elles-mêmes sur le marché du travail.” Salauds tous les deux, et tout leur gouvernement avec.
Les travailleurs qui cohabitent avec des demandeurs de RI seront directement et gravement impactés par cette nouvelle mesure.
Ils devront prendre en charge toute la “tribu” : parents, enfants majeurs, grands-parents, petits-enfants, beaux-parents, gendres et belles-filles…
Tout ça pour qu’ils aient 500 euros de plus par mois ?
Ou 500 euros, et plus que ça, de moins ?
On pointe à juste titre la responsabilité des Engagés qui, par cette mesure, généralise le statut cohabitant à la partie la plus pauvre de la population.
On pointe moins souvent la responsabilité de Vooruit (ex SP-A). Vandenbroucke est ministre des affaires sociales, en charge de la lutte contre la pauvreté. Et c’est à ce titre qu’il a signé l’arrêté royal et la circulaire. Au nom de la lutte contre la pauvreté !!
Bernadette Schaeck, de l’Association de Défense des Allocataires Sociaux
contact : www.adasasbl.be
(1) Commentaire sur la page FB de Bernadette : (Stéphanie Ancart) Donc en gros si mon fils majeur travaille, je peux dire adieu à mon ris chef de ménage et c’est lui qui devra payer les serviettes hygiéniques de sa petite sœur de 15 ans et le neuropsy de son frère autiste de 17 ans??? Je dois mettre mon gamin de 22 ans dehors pour pouvoir continuer à assumer mes autres enfants “dignement” ?
(Bernadette) : C’est exactement ça.
[NB. Facebook m’ennuie – le terme est poli – depuis deux semaines. Je n’ai pas eu accès à mon compte ni à Messenger. Cela semble être rétabli.]


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