France ET SI C’ÉTAIT L’HEURE DE MÉLENCHON ? par Claude Semal

Moins de quatre mois avant les élections municipales en France, la situation politique continue à se décanter à toute vitesse dans l’hexagone. « Les lignes bougent », comme on dit – annonciatrices de prochains bouleversements politiques majeurs.
En voici quelques exemples.

1. Mardi 9 décembre, à treize voix près, le gouvernement Lecornu a réussi à faire adopter le budget de la Sécurité Sociale par l’Assemblée Nationale grâce aux voix cumulées des Macronistes et du Parti Socialiste (et à l’abstention d’une partie des écologistes). Ce qui nourrit le procès en « trahison » du Parti Socialiste, qui a visiblement abandonné la ligne de « front populaire » avec la France Insoumise (qui avait fait élire ses députés en 2024) pour s’investir dans la recomposition politique d’un « bloc centriste » avec les Macronistes.
Une vidéo particulièrement cruelle tourne actuellement à ce sujet sur les réseaux sociaux, où Olivier Faure déclarait il y a moins d’un an à une tribune : « nous ne serons jamais les supplétifs de la Macronie ». Ben, si. D’une façon ou d’une autre, ce retournement de veste et ce choix stratégique se traduiront certainement dans les urnes.

2. La Commission Parlementaire sur « les liens entre partis politiques et islamistes » avait été conçue par le LR Laurent Wauquiez comme un « piège », une machine de guerre pour discréditer et démolir la « France Insoumise ». Avec un sens aigü de l’aïkido politique, l’audition publique de Jean-Luc Mélenchon, le jour de la St Nicolas, retransmise en direct pendant une heure trente par quatre chaînes de télévision, a brillamment renvoyé ce boomerang à son auteur. Absolument tous les commentateurs lui ont accordé la victoire par KO – en soulignant sa maîtrise du dossier, sa capacité d’analyse et son art oratoire.
Ce n’est pas moi qui vais dire le contraire ici. Mais l’essentiel n’est pas là.
L’essentiel, c’est que les plus hauts responsables de la police et du renseignement sont venus témoigner de l’absence totale de lien entre « la France Insoumise » et les « islamistes » – contrairement à ce que répètent en boucle les éditocrates des milliardaires sur certaines prétendues « chaînes d’information ». Par contre, il a été évoqué l’influence des Émirats Arabes Unis et du Qatar sur certains secteurs du gouvernement et de la droite française. Sans même parler du financement de la campagne de Sarkozy par la Lybie de Kadhafi. Héhé.

3. À rebours de la ligne « nationale » de Fabien Roussel (anti-mélenchoniste primaire, secondaire et tertiaire), un accord politique a été conclu pour les municipales entre le PCF et la France Insoumise dans le département de la Seine Saint Denis. Les deux organisations mèneront campagne ensemble dans plusieurs villes du département en se répartissant les têtes de liste – ce qui devrait conduire à la conquête ou au maintien de plusieurs mairies. Par contre, cela a provoqué de très fortes tensions au sein même du PCF (lire ici le témoignage de la directrice de la « Fête de l’Huma » dans l’Asympto) (1).

4. Marine Tondelier, elle-même candidate à la « primaire de la gauche » pour l’élection présidentielle au nom des écologistes, déclarait cette semaine à la chaîne « Public Sénat » qu’un ou une candidat·e commun·e de « la gauche » « arriverait mécaniquement au second tour ». Je n’en crois pas un mot.
Je pense au contraire qu’à côté des candidatures probables de Mélenchon, Glucksmann et Roussel (qui ne participent pas à ce processus), une telle candidature « unitaire » aurait même du mal à franchir les 5 %.

5. La prestation catastrophique de Glucksmann lors du débat avec Zemmour, au terme d’une émission qui avait pourtant été conçue « à sa main », a fragilisé le camp de ses partisans. « Gluglu » y est apparu hésitant et imprécis, sans véritable programme ni équipe. Refuser toute alliance avec la France Insoumise n’est visiblement pas suffisant pour créer une dynamique électorale ou pour légitimer un candidat crédible au centre gauche / centre droit.

6. La droite française est toujours balkanisée entre diverses écuries présidentielles, sans qu’aucune ne semble pouvoir s’imposer « naturellement » aux autres. Retailleau, Attal, Darmanin, Edouard Philippe, Bayrou, Lecornu, … et j’en oublie probablement, toutes sont en concurrence et aucune ne semble vouloir renoncer. Face au Rassemblement National, cela fera mécaniquement baisser le seuil d’accès au second tour.

7. Pour les élections présidentielles, le Rassemblement National est cité largement en tête par tous les sondages, mais les candidatures de Le Pen et Bardella sont fortement fragilisées par les procédures judiciaires en cours (Marine le Pen elle-même est d’ailleurs actuellement inéligible). En outre, Bardella apparait de plus en plus comme une coquille vide à la sauce Tic-toc, un étudiant médiocre sans aucune expérience professionnelle, un sourire de jeune premier raciste sans aucune épaisseur intellectuelle, politique, économique ou diplomatique. Marine Le Pen l’avait précisément choisi pour cette transparence – et s’assurant ainsi qu’il ne lui ferait pas d’ombre. Mais a-t-il l’envergure pour monter en première ligne, dans une élection aussi personnalisée et exigeante que la présidentielle française ? J’en doute fortement. (3)

8. Les meetings de lancement de campagne de la France Insoumise pour les municipales ont chaque fois rassemblé localement plusieurs centaines de personnes. Dans les villes populaires où Mélenchon avait régulièrement dépassé les 30 ou 40% des voix, cette dynamique électorale devrait logiquement se solder par la conquête de plusieurs dizaines de mairies. Car c’est la première fois que la France Insoumise mène une campagne nationale à l’échelon des municipales. Partant de pas grand-chose, elle ne peut faire que progresser. Ce gain sera nécessairement perçu comme une victoire – en lui donnant de plus une certaine assise locale pour la prochaine élection présidentielle.

9. Certains éditorialistes et « politistes » commencent donc à évoquer la perspective d’un second tour Mélenchon / Rassemblement National (… même si c’est surtout pour nous « convaincre » de ne PAS voter Méluche au premier tour !).
Dans ce cas, tous les sondages donnent en effet Le Pen ou Bardella largement gagnants (mais 23 sondages sur 23 donnaient aussi le Rassemblement National en tête aux législatives de 2024… et c’est finalement la gauche qui l’a emporté – grâce notamment à la mobilisation des quartiers populaires impulsée précisément par la France Insoumise).
Le site « Hors-série.net », créé en 2014 dans la mouvance « d’Arrêt sur Image », vient même de publier un article au titre retentissant : « Pourquoi Mélenchon va gagner en 2027 » (2). Pour le moment, cet article me semble encore relever de ce qu’on appelle pudiquement « l’optimisme de la volonté » – mais l’auteur, Manuel Cervera-Marzal, y aligne quelques arguments solides et documentés qu’on serait bien sot de ne pas prendre en compte.
Allez le lire : vous (re)découvrirez par la même occasion ce site d’information « anticapitaliste, écologique et féministe ». Chiche ?

Claude Semal, le 13 décembre 2025

(1)  C’EST VOUS QUI LE DITES par toi, vous, elles et eux

(2)  https://www.hors-serie.net/melechon-2027-la-victoire-a-portee-de-main/

(3) EXEMPLE DE SES LIMITES INTELLECTUELLES : https://youtube.com/shorts/iyti4YVpSak?si=Fvo4zU3TA9PlIr4c

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