Interview de Laurence Dudek : REVOLUTION DANS LA PSYCHOPÉDAGOGIE

J’ai croisé Laurence Dudek il y a plus d’une trentaine d’année, dans le sillage du spectacle “Odes à ma douche”, qui avait à l’époque pas mal tourné en France et nous avions sympathisé après le spectacle.
J’ai retrouvé Laurence vingt-cinq ans plus tard à travers un de ses livres, “Parents bienveillants, enfants éveillés”, dans lequel elle détaille sa méthode “d’Education Efficace”.
Nous cherchions alors de l’aide et des conseils pour apprendre notre difficile “métier de parents”. Celui qu’on n’apprend jamais à l’école. De son côté, Laurence Dudek venait de se réinstaller en France, après avoir vécu et travaillé pendant une quinzaine d’années au Maroc.
J’ai déjà présenté son travail dans l’Asymptomatique en 2021, et je vous renvoie donc à cette fort intéressante interview (2).

À l’époque, j’avais bien entendu lu son livre, mais j’avais aussi pu apprécier concrètement ses qualités thérapeutiques. En trois “séances”, elle nous avait aidé à débloquer une situation familiale douloureuse, et qui semblait jusque-là inexpugnable.
Je ne l’en remercierai jamais assez.
Laurence me semble avoir cette compétence thérapeutique rare, quasi “chamanique”, qui est sans doute la somme d’une pensée théorique bien charpentée, d’une grande empathie vis-à-vis des personnes, d’une forte capacité d’analyse des situations, d’une longue pratique de “guidance” des famille et des enfants.
Cette définition la fera peut-être tiquer, car son objectif n’est vraiment pas de placer sa patientèle dans une situation de dépendance psychologique (comme cela se passe souvent dans les interminables “cures psychanalytiques”), mais au contraire, de partager avec elle des outils d’analyse qui devraient permettre de s’en passer (ce qu’elle nomme “les clés” d’une éducation efficace).

La démarche de Laurence Dudek est je crois profondément politique.
Proche du mouvement “La France Insoumise”, comme du mouvement féministe, de la pensée “décoloniale” et du militantisme “Sourd”, son objectif n’est pas de “dresser” les petits humains à “s’adapter” à une société patriarcale, raciste, “validiste”, inégalitaire et productiviste. Mais au contraire, d’en faire des êtres libres et créatifs, capables de tisser autour d’eux des liens de bienveillance et de solidarité.
Pour ce faire, elle utilise notamment les études contemporaines sur le fonctionnement du cerveau humain (comme la PNL – la “programmation neurolinguistique”), certaines observations anthropologiques plus anciennes (comme le comportement “naturel” des petits primates) et quelques outils thérapeutiques dédiés (comme l’Hypnose Ericksonienne). Et elle fait surtout confiance à la valeur de l’exemple et aux incroyables capacités “naturelles” d’apprentissage du cerveau humain.

En ce sens, comme Monsieur Jourdain faisait sans le savoir “de la prose” dans “Le Bourgeois Gentilhomme” de Molière, nous faisons tous de l’Education Efficace sans le savoir dans nos familles. Dans un domaine particulier, du moins : celui de l’apprentissage de la langue.
Tous les petits humains apprennent en effet naturellement à parler, et s’approprient donc un vocabulaire et une grammaire, souvent très complexes, sans prof et sans école !
Et s’ielles ont la chance de naître dans une famille trilingue, comme les filles de mon ami Pelos, elles sauront même à huit ans parler “sans effort” trois langues: le français, le néerlandais et le catalan ! Avec, en plus, des notions d’anglais et d’espagnol !
Au lieu de se faire chier pendant douze ans à l’école pour “apprendre le flamand”, comme beaucoup de petits francophones bruxellois, sans même arriver à la fin de leurs études à baragouiner cette langue vivante ! “Magique”, non ?

Si j’ai eu envie de “remettre le couvert”, et de proposer un second volet à son interview de 2021, c’est que Laurence Dudek a mis sur pied depuis un an un “groupe de paroles” sur Facebook qui révolutionne à mon sens la pratique même de son métier.
En “échange” d’une “cotisation de soutien” de cinq euros par mois, une sorte de “mutualisation” des coûts et des savoirs, ce groupe permet aux parents d’exposer chacun·e des problèmes concrets, et de recevoir, à chaque fois, une réponse individualisée de Laurence – avec des pistes de solutions.
Une façon de tirer parti de toutes ces expériences partagées, qui entrent nécessairement en résonnance avec les problèmes que nous rencontrons nous-mêmes.
Le résultat est, à mon humble avis, assez bluffant, et d’une rare qualité humaine et psychopédagogique.

Si vous êtes vous-mêmes parents ou en situation de devoir “éduquer” un enfant, si vous avez des questions personnelles y compris en dehors de la parentalité, je vous invite donc vraiment à découvrir la chose (nulle obligation de vous “engager” dans le temps : si l’expérience vous déçoit, vous pourrez toujours l’interrompre quand vous voulez).
Et je m’adresse ici particulièrement aux papas, car à ma grande honte (?), nous ne sommes actuellement dans ce groupe que… quatre hommes pour plus de cinq cents femmes !
Précision : il ne s’agit pas de “donner son avis” sur ce qui arrive aux autres, mais de témoigner sur ce qui nous arrive à nous-mêmes.
Adeptes du “mansplaining” (3), il va falloir trouver un autre terrain de jeu pour “mecspliquer” le monde. Vous constaterez d’ailleurs vite qu’il n’y a qu’une seule thérapeute dans ce groupe… et que c’est Laurence Dudek elle-même ;-).

Claude Semal, le 23 octobre 2023.

Claude : Bonjour Laurence. Explique-nous le principe du fonctionnement de ce “groupe de paroles”.

Laurence : Créer un tel groupe “fermé”, accessible seulement en s’y inscrivant, en contrepartie d’une cotisation mensuelle, est une opportunité proposée par Facebook. J’ai trouvé ça super, parce que cela me permet d’avoir un cadre sécurisé, où la circulation de la parole peut répondre aux règles que j’ai fixées. C’est important, car comme les gens viennent parfois y déposer des choses assez lourdes, il ne faut pas qu’ils s’y sentent jugés.
Jusqu’au premier novembre, cette cotisation est de cinq euros par mois, et elle n’augmentera pas postérieurement pour ceux qui s’inscrivent avant cette date.

Claude : Cela me semble un bon argument pour s’y inscrire immédiatement (rire).

Laurence : Pour celleux qui s’inscrivent après le 1er novembre, cette cotisation passera à 11 euros (c’est Facebook qui fixe le montant de ces “tranches” de “cotisation”, pas moi).
Mais ce n’est pas un “tarif” en échange d’un “service”.
Si c’était cela, comme tout ce genre de trucs sur Internet, cela coûterait la peau des fesses, genre 80 ou 100 balles la séance d’hypnose en ligne. Mais moi, ce n’est pas ça que je veux.
Cette cotisation, c’est une sorte de “sponsoring”, une façon de financer cet espace commun, qui, si nous sommes assez nombreuses, sera plein de contenus magnifiques en mutualisant cet outil. Je me permets de parler au féminin, parce que toi compris, il y a actuellement quatre hommes dans le groupe.

Claude : Quoi !!! Mais quelle horreur (rire). Comment est-ce possible ?

Laurence : Les gens entrent souvent dans le groupe avec une énigme à résoudre en matière d’éducation, et cela, ce sont souvent les mères qui s’en préoccupent. Et elles n’ont pas toutes les moyens de mettre 85 euros dans une consultation de thérapie – qui est le tarif que je propose pour ce genre de prestation.
Parfois, ce n’est pas une question d’argent, mais un truc plus pratique : pour prendre un rendez-vous avec moi, il faut au moins s’y prendre cinq semaines à l’avance, être disponible au moment du rendez-vous, et puis là en ce moment, je ne prends plus de “nouveaux” patients.
Le groupe FB, lui, est ouvert 24h sur 24. Je mets entre un et cinq jour pour répondre à toutes les questions, cela permet à chacune d’être beaucoup plus réactive. Et je suis très présente sur le groupe, en moyenne 27 heures par semaine.

Claude : C’est dingue. Cela fait un très gros mi-temps.

Laurence : Oui, et j’ai dû parallèlement réduire mes consultations privées en conséquence. C’est pour cela aussi que j’augmente la cotisation mensuelle à 11 euros, parce que depuis que j’anime ce groupe, mes revenus ont mécaniquement baissé de 40%. Or je veux être dans l’éducation populaire et la démocratisation des soins, pas dans le sacrifice de mes propres besoins. Donc voilà.

Claude : Cette forme de “thérapie” collective et sociale, qui utilise des outils curatifs ciblés, se distingue assez nettement de la psychanalyse “classique”, ce tête-à-tête hebdomadaire, ou bi-hebdomadaire, qui peut durer pendant des années, et vis-à-vis de laquelle tu es je crois assez critique. En quoi ta démarche s’en distingue-t-elle ?

Laurence : La psychanalyse s’intéresse à la question du “pourquoi”, qui est une question infinie. C’est une question qui rapporte gros, tu peux la poser chez le psy deux fois par semaine, mais cela ne résout pas ton problème.
La relation privilégiée que tu établis avec le psy te réconforte peut-être, mais pour moi, il faut le dire clairement, ce n’est pas du “soin”. C’est une… “pratique culturelle”, avec le décorum qui va autour, le divan, tout ça, souvent très dogmatique et pleine de croyances, que l’on sait aujourd’hui parfois fausses.
Je cite souvent le complexe d’Oedipe, parce que c’est la plus énorme de toutes les escroqueries qu’on ait inventées, un machin qui est sorti tout droit de l’imagination de Freud, sexiste, ethnocentré, mais qui en fait “n’existe” pas.
Ce que je fais – ce que nous faisons – n’a rien à voir avec ça, et on ne devrait même pas en parler car cela n’est pas comparable.
Mais ce qui me pose vraiment problème, c’est la mainmise de la psychanalyse (qui n’a aucune obligation de résultats) sur la psychologie clinique universitaire (qui doit pourtant “soigner” de vraies douleurs). En France, du moins.
Car il y a plein d’autres endroits dans le monde où on a balancé ça depuis longtemps, et où les neurosciences sont venues un peu recadrer tout ça.
Dans les nouveaux outils thérapeutiques, il y a d’autres choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord non plus. Les “comportementalistes”, par exemple, ne tiennent absolument pas compte de la finalité “politique” des choses, de ce à quoi l’éducation va finalement servir dans la société où on vit.
Le bâton est tordu dans un sens, ils le retordent dans un autre. Mais dans quel but ?
Tu as encore un mec qui vient de sortir un bouquin qui cartonne, et qui explique que c’est “très efficace” de punir les enfants, de les mettre “à l’écart”, le “time-out” et tout ça.

Mais je m’en fous, moi, même si “ça marche”, parce que cela aura d’autres effets délétères, apprendre à soumettre, à se soumettre, à punir, à dominer, à écraser les plus petits, les plus faibles, et que le monde étant ce qu’il est, précisément à cause de ces “valeurs-là”, je me refuse politiquement à les utiliser.

Ma propre méthode et ma propre pratique de l’Education Efficace s’inspirent largement des travaux de gens comme Rogers, Rosenberg, etc…, pour qui la relation et la non-violence sont au centre du projet éducatif. Mais elle s’inspire aussi de ma formation en Hypnose Ericksonienne et en d’autres techniques comme la PNL (la programmation neurolinguistique qui est une modélisation des structures de l’expérience humaine).
Bandler et Grinder, les “pères” de la PNL, ont observé tout ce qui “fonctionnait” comme thérapies, chez des thérapeutes “efficaces”, mais aussi, et c’est important, chez des gens “qui n’allaient pas chez le psy” et qui résolvaient leurs problèmes eux-mêmes. Dans le monde, il y a tout de même une majorité de gens qui font comme ça.

Claude : Ils vont au café et ils boivent des bières (rires).

Laurence (en riant): Exactement. Et ils échangent aussi des conversations, et ils changent leur manière d’être et de faire.

Claude : Si j’ai bien compris, la PNL, c’est une autre approche du trauma, ou de l’image négative qu’on a de soi-même. C’est effacer ces traces traumatiques et “reprogrammer” le cerveau pour qu’il ne reste pas bloqué sur ces images-là.

Laurence : Oui. Car un autre gros problème que je vois avec la psychanalyse, c’est qu’elle induit arbitrairement des modèles et des grilles de lecture. Tu vois ensuite tout à travers ce biais-là, et cela réduit fortement ton propre champ d’expérience et d’observation. Je vois très souvent cela dans les témoignages sur le groupe : “Il faut dire que, quand il était petit, il avait une nounou qui était comme ceci et qui faisait cela…”, et il y a tout un déroulé “explicatif” derrière.
Et moi je leur dis : “Vous êtes en train d’interpréter le problème, et l’interprétation du problème vous empêche de voir le problème“.
C’est vraiment le drame de la psychanalyse, mais aussi de la psychologie, c’est de donner des interprétations, et donc de fermer l’observation. Et tu vas ensuite mouliner à vide sur ce que tu crois avoir compris – et c’est pour ça que c’est inefficace.
L’Education Efficace, c’est une méthode (je suis très didactique), grâce à laquelle j’essaye de partager des “clés” : des outils, des techniques et des modèles, pour que les gens restent dans l’observation.
On observe ce qui se fait, ce qui se dit, le contexte. Et à partir de là, on exprime un objectif de changement. Mais pour aller de ce point-ci à ce point-là, on ne se pose pas la question du “pourquoi?”.
On se pose la question du “pour quoi” : “comment faire”, “que faire” et “à quoi ça sert”.

Claude : Tu es née et tu vis dans un milieu populaire, et tu as souvent fréquenté “la gauche de la gauche”. Comme fais-tu le joint entre ce que tu appelles ta “conscience de classe” et ton travail de thérapeute ?

Laurence : D’abord, j’adopte une attitude d’accueil thérapeutique “basse”.
Je ne suis pas une grande carafe pleine de savoir, et vous n’êtes pas des verres vides qu’il me faudrait remplir. Ou même : vous êtes malades, je sais ce que vous avez, et je vais vous soigner. Ca, c’est une attitude de prestataires de services, celle que l’on apprend dans toutes les universités.

Claude : C’est un peu paradoxal, ce que tu dis, parce que cette position du thérapeute “qui sait”, je t’ai déjà vu taper sur la table pour la revendiquer haut et fort.

Laurence : Jamais dans la relation thérapeutique.

Claude : Ah ! oui, d’accord.

Laurence : Socialement, je suis parfois amenée à le faire – notamment quand certains, dans le cadre d’une polémique, remettent publiquement en cause mes compétences professionnelles. Là, je les envoie balader.
Et comme je me sers aussi de ma page publique pour dénoncer la maltraitance infantile, je n’ai pas que des amis. Là, d’accord, je suis dans la bagarre.
Mais ce n’est jamais le cas dans mon groupe. Jamais, jamais !
Là, je suis uniquement dans une relation thérapeutique, qui par définition est bienveillante.
Même s’il peut m’arriver d’être en désaccord avec la personne qui parle, je n’en fais pas état.
Je pars du principe qu’il n’y a pas qu’un seul chemin de vie possible, qu’il y en a d’autres culturellement respectables.
Prends l’exemple de la politesse.

Des livres traduits et diffusés jusqu’en Chine !

Dans certaines familles, c’est important, la politesse, dire bonjour, dire merci, “respecter les adultes”.
Moi je m’en fous un peu, de la “politesse”, mais j’ai intégré cette demande dans notre travail. Je l’ai simplement reformulée, et je propose d’avoir pour objectif commun de “respecter tout le monde”. Les gens sont d’accord, en général.
Tu arrives au même objectif – parce que si tu respectes “tout le monde”, tu respectes aussi “les adultes” – mais cela n’a pas le même contenu idéologique. C’est passé par la grille de ma “conscience de classe”. Et ce que tu transmets finalement à l’enfant, ce n’est plus la révérence et l’obéissance, mais le respect et l’équité. Apprendre à respecter, mais aussi à être respecté.

Claude: La société étant structurée par des rapports de domination, de soumission, d’exploitation, tu veux encourager une éducation qui permette de détricoter ces rapports de forces, plutôt que de les reproduire mécaniquement. Pour en faire des êtres libres, et capables aussi de libérer les autres. Est-ce que j’ai bien compris ?

Laurence : Oui, bien sûr, mais par rapport à notre première interview, ce qui a changé, c’est l’existence de ce groupe de support. Tu sais, moi je viens de l’éducation populaire et de l’animation sociale. J’ai une formation initiale de psychopédagogue et de psychothérapeute (du temps où il existait une formation de psychothérapeute, ce qui n’est plus le cas maintenant, j’ai longuement écrit sur ce sujet).
Pourtant, dans mon parcours professionnel, la première chose que j’ai faite avec ces qualifications, c’est de diriger un établissement sanitaire et social (en obtenant le diplôme ad hoc de directrice pour ça) et en accordant déjà une grande importance à l’accès aux soins : ce poste combinait les deux.
J’exerce “en libéral” depuis bientôt vingt ans, mais avant ça, j’avais donc travaillé dix ans dans le social, en équipe pluridisciplinaire, et (encore avant) 5 ans dans le socio-culturel : au sein du Collectif Organum, des gens qui vivaient ensemble et faisaient du spectacle de rue, une troupe cousine de “Royal de Luxe”, disons une version « friche industrielle » : ils sont toulousains d’origine (avant d’être devenus nantais), nous étions lillois…
Tout ça me fait dire que mon port d’attache, le sérail d’où je viens, c’est l’éducation populaire, ce n’est pas la « prestation de services » en psychopédagogie ou en psychothérapie. Pour moi, ce groupe, c’est en quelque sorte une boucle qui se referme et différentes parties de ma vie qui se réarticulent.
Par ailleurs, j’ai aussi créé un label « Education Efficace de Laurence Dudek » : je labellise des professionnels qui suivent un an de formation avec moi. Il y a douze places tous les ans, et c’est la troisième année : je veux que cela reste « artisanal », on se passe le relais de la main à la main, et les personnes évoluent à vue d’œil : à l’intérieur de la formation d’abord, dans leurs pratiques professionnelles ensuite.

Claude : Parmi les outils thérapeutiques que tu utilises, il y en a d’assez spectaculaires qui sont des séances d’hypnoses thématiques. Je croyais que l’hypnose était lié à l’interaction entre deux personnes dans le même espace-temps, comme sur les scènes de music-hall ; mais là, ce sont des vidéos que tu as préenregistrées.

Laurence : Ce lien existe néanmoins. Je dialogue préalablement avec les personnes concernées, et je les oriente vers l’une ou l’autre thématiques. Ces vidéos ne sont d’ailleurs disponibles que sur le groupe de support et ce n’est pas du “self-service” – même si en cherchant un peu, on peut les trouver soi-même. C’est la continuité, par d’autres moyens, d’un lien thérapeutique préalable. Il y en a onze pour le moment pour les adultes et six pour les enfants. Les séances font entre 40′ et une heure. Il y a 10 / 15 minutes de “pré hypno”, je parle aux gens, et après, je leur fais fermer les yeux, “voilà nous sommes là toutes les deux”, je mets tout au féminin, tu sais, les hommes sont si peu nombreux dans le groupe, je ne vais pas sacrifier au masculin universel, et voilà, à la fin des vidéos, tu vas voir, il y a des centaines de commentaires, et je réponds moi-même aux gens.
Mais ce n’est pas une vidéo balancée sur Youtube ou un centre de documentation open bar.
C’est un dialogue qui se construit avec les membres du groupe, et qui, à un moment, passe aussi par cette étape-là.

Claude : Je ne sais pas combien nous sommes exactement sur le “groupe” pour le moment, mais est-ce que ce suivi personnalisé ne pose pas un problème d’échelle ?

Laurence : Là, nous sommes cinq cents personnes…

Claude : 500 personnes, et nous sommes quatre mecs ? C’est incroyable, cette histoire ! Ca me troue le cul.

Laurence : Oui (rire). Ca leur fait peur, je ne sais pas.

Claude : Je trouve ça complètement dingue. Purée, “l’éducation partagée”, il y a encore du boulot !

Laurence : Je crois que les hommes ont plus de mal à exposer publiquement (devant des femmes) leurs besoins. Sur ces 500 personnes, il y en a 400 qui sont simplement observatrices et une centaine qui “postent” ou commentent régulièrement les publications, c’est un roulement : les nouvelles viennent poster leurs énigmes et ensuite elles restent parce qu’on y est bien ensemble et aussi parce qu’elles soutiennent mon travail.

Claude : Quels sont les retours de ces séances d’hypnose ?

Certains outils de communication sont ciblés pour les enfants

Laurence : Cela varie, mais c’est parfois très spectaculaire. Aujourd’hui, j’ai parlé à une dame à qui j’avais prescrit une séance contre les insomnies et les angoisses du soir il y a trois semaines. Elles est insomniaque depuis qu’elle a sept ans, et là, depuis trois semaines, elle dort comme un bébé (rire de Claude). C’est tellement génial. Je suis tellement pleine de gratitude de participer à ces changements dans la vie des gens.
Elle a raconté sur ma page : “La première fois que j’ai fait la séance, je m’entendais ronfler mais je savais que je ne dormais pas, et quand la séance s’est terminée, j’ai posé mes écouteurs, et je me suis endormie jusqu’au lendemain matin, cela ne m’était jamais arrivé. Même chose le lendemain. Au bout de trois jours, je n’ai plus dû regarder la vidéo, et depuis, je dors tous les soirs comme un bébé”.
C’est pour ça que l’hypnose est tellement populaire. Quand ça marche (et ça marche !), les résultats sont souvent très rapides et très spectaculaires. C’est un outil puissant, et comme tous les outils puissants, cela doit se manier avec précaution !

Claude : Pour reparler politique, c’est très efficace parce que tu l’utilises avec bienveillance. Mais entre les mains d’un “thérapeute” pervers, cela peut devenir un terrible outil de manipulation et de domination.

Laurence : Mais je suis persuadée que ces techniques sont régulièrement utilisées dans les journaux parlés et télévisés. Ces images horribles qui tournent en boucle sur les chaînes d’infos continues provoquent un état de sidération (un état de conscience modifiée donc) et nous empêchent littéralement de penser, pour nous ramener à des états bruts comme la peur, la colère et la prostration afin soit de nous faire avaler de la pub en créant des besoins, soit d’induire des croyances sur nous-mêmes, sur les autres, sur le monde… la doxa.
Les gens que j’accompagne, en Education Efficace ou en psychothérapie, je leur propose essentiellement d’apprendre à changer leur point de vue sur les choses et de maîtriser leur dialogue interne. C’est vraiment ça le plus important. Regarde comment tu te positionnes, face à quelqu’un qui fait quelque chose qui te déplaît. Regarde comment tu vas le voir.
Observe ce qui se passe en toi si tu penses : “Ce gamin se fout vraiment de ma gueule, vraiment, il exagère, cela fait dix fois que je lui dis, et pourtant il continue”. Ou si tu te dis : “Là, vraiment, il ne peut pas. Je lui ai déjà dit plein de fois, mais il n’arrive vraiment pas à le faire. Il a besoin de moi. Qu’est-ce que je pourrais faire pour l’aider?”. L’émotion qui monte, ton attitude corporelle, ce que tu vas lui dire, tout va changer. Et pourtant, cela ne dépend que de toi, et de la façon dont tu auras toi-même orchestré ce petit dialogue intérieur.

Propos recueillis par Claude Semal le 19 octobre 2023

Contact du groupe sur Facebook : https://www.facebook.com/groups/2070211656748745

(1) https://www.fnac.com/a10290475/Laurence-Dudek-Parents-bienveillants-enfants-eveilles-Les-10-cles-de-l-education-efficace
(2) Interview de Laurence Dudek BIENVEILLANTE DANS UN MONDE DE BRUTES
(3) Cette expression anglaise, judicieusement traduite en français par “mecsplique”, caractérise la tendance très fréquente qu’ont les hommes à vouloir “expliquer” le monde aux femmes, y compris quand ils n’ont aucune compétence particulières en la matière. Une économiste m’avait ainsi raconté cette scène absurde où un vieux crétin imbu de sa personne tentait de lui “expliquer” le livre qu’elle avait elle-même écrit – sans s’arrêter visiblement à ce dernier détail.

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