JOURS DE CONGÉ (LETTRE OUVERTE À BAYROU) par Joel Ronez (sur FB)

Cher François,
cher Premier ministre,
Comme entrée en matière, je commence par des souvenirs. Pour une raison qui m’échappe, en 2007 tu étais apparu comme une alternative à Sarkozy. Tu avais fait un hold-up à la présidentielle en arrivant troisième avec 18% des voix. Tu avais déjà réussi à entourlouper tout le monde, en faisant croire que tu étais moins pire qu’un autre. Mais moi je n’avais pas voté pour toi, car je me rappelais que le 13 janvier 1994 j’étais monté de Bordeaux à Paris pour défiler contre ton projet de déplafonner les aides pour l’école privée. Déjà ton péché mignon. On était 600 000 dans les rues à refuser ton projet de loi, qui fût censuré par le Conseil constitutionnel.

C’est peu dire que ta nomination comme premier ministre a suscité une grande indifférence chez moi. Je m’en fous de toi, comme de ceux qui étaient avant, et ceux qui arriveront après. Je n’attends rien de ces gouvernements. Je me morfonds en expédiant les affaires courantes. Comme beaucoup d’autres, j’essaie de vivoter dans ma communauté pendant que toi et tes semblables ruinez le monde, en faisant croire que c’est notre faute.
Mais cette fois-ci, François, tu as fini par faire le pas de trop, avec ton histoire de suppression de jours fériés. Je vais essayer de te dire en quelques mots pourquoi ça m’emmerde, pour ne pas trop perdre mon temps.

Ça va te surprendre, mais je suis patron. Oh, pas de ceux que tu fréquentes dans les dîners, juste celui d’une petite boîte de 12 personnes, qui trime depuis 10 ans en ne te devant rien. Ça va te re-surprendre, mais je n’en ai pas besoin de ces jours travaillés. Les salariés travaillent comme des dingues toute l’année, on s’est organisé pour que ça marche à peu près bien, et jusqu’ici on s’en sort. Pourquoi veux-tu les faire venir deux jours de plus par an ? Et surtout pourquoi veux tu qu’ils travaillent gratuitement, alors qu’ils paient déjà des impôts, des charges sociales et de la TVA ? Dans quel esprit malade prétend on revaloriser le travail en commençant par ne pas le payer ?
Le seul résultat tangible, c’est que cela va nous coûter 3000 balles, et rien nous rapporter, ni à moi, ni aux salariés.

La vérité, mon François, c’est que dans ta famille politique, on a jamais pu comprendre la notion de partage (de la richesse, de la ressource, du temps de travail…). Vous vivez comme des frustrés à promouvoir une valeur doloriste du labeur, tout en faisant profiter de vos largesses un tout petit nombre de rentiers.
Alors je te le dis tout net, mon François : c’est mort. On ne travaillera jamais le 8 mai et le lundi de Pâques. On sera férié tout le temps, à perpétuité, et je le mettrai dans l’accord d’entreprise noir sur blanc. On ne viendra jamais travailler. On fera la grasse mat en vous maudissant.
Comme tu me fais un peu pitié, mon François, et que j’ai pas le temps car je dois aller pousser des wagonnets au fond de la mine pour financer ta gabegie, je te fais ici une liste de 8 raisons pour lesquelles ton projet est non seulement idiot, mais irréaliste.

1/ Inégalité : la taxe ne concerne que les salariés du privé, et les jours travaillés ne concernent que les salariés privés et publics. S’il y a un effort à faire, pourquoi ne demande pas aussi aux professions libérales ? Ça serait rigolo d’obliger les dentistes et les dermatos à travailler le 8 mai, tiens…
2/ Inefficacité : cela devrait rapporter 4 milliards d’euros. Autant dire une goutte d’eau. Tout ça pour ça ? Si tu cherches des recettes, va voir du coté des aides de l’état aux entreprises privées, il parait que même le Parlement après 6 mois d’enquête ne sait pas si c’est 60 ou 180 milliards d’euros… (source : https://www.lemonde.fr/…/aides-publiques-aux…)
3/ Effets de bord : je suis loin d’être un fan du tourisme, mais s’il y a un secteur économique que l’on ne peut pas délocaliser en Chine, c’est bien celui-là… As-tu interrogé les professionnels de la filière sur le manque à gagner (pour eux et pour la perception de recettes fiscales et sociales)?
4/ Les exceptions : Il paraît que les alsaciens ont gueulé car ils ont peur pour leur deux jours fériés spéciaux. Tu vas faire comment avec eux?
5/ Symbole : Quelle bonne idée de supprimer le jour de la victoire contre les nazis. Ça fera moins de bourrage de crâne à faire quand leurs amis du RN seront revenus au pouvoir.
6/ Symbole, encore : ce vieux truc de la droite qui entretient le mythe que si le pays va mal, c’est qu’on ne travaille pas assez. La réalité c’est qu’on a pas besoin de plus de travail, mais simplement de plus de pognon. On travaille déjà beaucoup trop, et on continue à s’appauvrir, pendant que tes amis font des cadeaux fiscaux aux héritiers. Une idée simple, c’est cadeau, que même les économistes libéraux valident : taxer l’héritage, mais pas le travail.
7/ Contradiction : on veut revaloriser le travail, mais on commence par ne pas le payer, et le taxer. Cherche l’erreur, mon François.
8/ Gabegie : ce vieux truc de la droite qui consiste à dépenser le pognon n’importe comment, puis à demander aux peuple de travailler pour rembourser.

J’ai la flemme d’aller plus loin. J’ai surtout le sentiment que pour aller plus loin, il faudrait que ça soit sans vous. Jusque là je vous tolérais car j’avais peur des autres, les populistes et les fachos. Mais aujourd’hui, vous ne valez pas mieux qu’eux. Vous remettez en cause l’état de droit, nos loisirs, nos symboles, et vous précipitez ceux qui hésitent encore vers les idées simplistes. Toi et tes camarades, tous sans exception, vous me faites honte mon François. Mais je te promets que le 8 mai, je fermerai ma boîte à double tour, je resterai bien tranquille chez moi, et je paierai la plus grosse tournée de l’année à tous mes voisins en attendant de le faire sur la tombe de tes idées mortifères.
Bisous, et attention à ton cholestérol.

Joël (sur FB)

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