LES RENTIERS DE LA RÉPUBLIQUE par Abbas Fahdel

La coalition des rentiers de la République.
Depuis des mois, un étrange front commun s’est constitué en France. Une coalition improbable, presque grotesque si elle n’était pas aussi révélatrice : l’extrême droite, la droite traditionnelle, l’extrême centre macroniste et une certaine gauche mondaine, tiède et confortable. Tous soudain unis dans une même obsession : abattre La France insoumise.
Cette convergence devrait alerter n’importe quel esprit lucide. Car quand des forces politiques qui prétendent s’opposer sur tout se découvrent une cause commune, ce n’est jamais par hasard. C’est qu’il s’agit de défendre un ordre. Un ordre social, économique et médiatique que certains refusent de voir remis en question.

L’extrême droite attaque La France insoumise parce qu’elle combat le racisme institutionnel et refuse la hiérarchie entre les vies. La droite classique la combat parce qu’elle ose remettre en cause les privilèges économiques et les dogmes néolibéraux. L’extrême centre la déteste parce qu’elle brise la fiction d’un consensus technocratique où la politique serait réduite à la gestion comptable des inégalités.
Mais le spectacle le plus navrant vient peut-être de cette gauche mondaine, salonarde, installée dans les plateaux télé et les tribunes confortables. Cette gauche qui a remplacé la lutte sociale par des postures élégantes. Cette gauche qui parle de justice mais tremble dès qu’elle risque de fâcher les puissants. Cette gauche caviar qui, pour conserver ses invitations et ses chroniques, préfère se joindre à la meute plutôt que de défendre ceux qui contestent réellement l’ordre établi.

Ainsi se forme ce bloc paradoxal : les héritiers de la réaction, les gardiens du capital, les gestionnaires technocratiques et les moralistes de plateau. Tous ensemble pour tenter de délégitimer une force politique qui, qu’on l’approuve ou non, a le tort impardonnable de remettre la conflictualité sociale au centre du débat.
Car le véritable scandale n’est pas l’existence de La France insoumise. Le scandale est la panique qu’elle provoque chez ceux qui se sont habitués à une démocratie anesthésiée, où l’alternance ne change rien et où les choix fondamentaux sont déjà décidés ailleurs. Quand l’extrême droite, la droite, l’extrême centre et une partie de la gauche se retrouvent dans la même croisade, ce n’est plus une opposition politique. C’est un réflexe de système. Et l’histoire montre que ces réflexes apparaissent toujours lorsque l’ordre établi commence à sentir que quelque chose pourrait réellement vaciller.

Abbas Fahdel, cinéaste.

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