20 janvier 2026
MANQUER DE TOUT par Bernadette Schaeck
Conduire son enfant à pied à l’école – pas très proche – par manque de moyens pour payer les transports en commun. Et ce depuis plusieurs mois. Ne pas être en mesure de donner une collation à son enfant pour midi, par manque de moyens pour acheter le nécessaire, même le plus “basique”. Et envisager, en conséquence, de ne plus le conduire à l’école (ce qu’elle n’a pas fait, mais d’autres oui).
Être privée bientôt d’abonnement téléphonique.
Sans compter les rappels des fournisseurs d’énergie, qui menacent, avec de plus en plus d’insistance, de couper l’approvisionnement.
Être sur ses gardes dès demain lundi 19 janvier matin, parce que son propriétaire la menace – très sérieusement et après nombre de propos agressifs sinon franchement violents – de l’expulser du logement dont elle n’a pas payé le loyer depuis 4 mois par manque de moyens financiers pour le faire. Elle risque, en rentrant de l’école demain où elle aura conduit son enfant à pied, de constater que les serrures sont changées ou bloquées, et que ses affaires sont sur le trottoir. Tout ça, pourquoi ?
Parce que la prolongation du revenu d’intégration (RI) n’a pas été effectuée au 1er septembre 2025. Alors qu’elle remplit toutes les conditions d’octroi, et que tous les documents ont été rentrés. Mais il n’y a plus d’AS (Assistant Social) pour traiter le dossier.
Nous avons pallié quelque peu – avec nos peu de moyens – à l’absence totale de prise de responsabilité du service public qu’est ce CPAS. Ce (trop) peu a permis qu’elle ne sombre pas dans le total désespoir. Mais p….., combien de personnes vivent-elles cela dans la totale solitude ? Dans la totale absence de soutien personnel, familial, associatif, syndical, juridique ?
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Manquer de tout [épisode 2]
Il a introduit une demande de RI (Revenu d’intégration, l’allocation du CPAS) le 26 août 2025. Une première visite à domicile annoncée ne s’est pas faite. Sans qu’il en ait été prévenu. Une deuxième visite à domicile annoncée ne s’est pas faite. Sans qu’il en ait été prévenu. Il a été informé plus tard que l’AS (Assistant Social) était malade. Une troisième visite à domicile annoncée s’est effectuée le 10 octobre.
Tous les documents ont été remis au CPAS, à plusieurs reprises. Nous avons envoyé un courrier au CPAS, plus deux rappels. Il a reçu un mail de son AS l’informant que le Comité avait examiné son dossier à deux reprises. Et que ce Comité aurait pris une décision de refus. Dont l’AS elle-même ignorerait la raison. Il n’a jamais reçu de décision (ni de refus ni d’octroi). S’étant rendu sur place, le service d’accueil lui a fixé un rendez-vous ce 19 janvier 2026. Il s’y est rendu. Après 50 minutes d’attente, il a appris que l’AS était absente, sans aucune explication, et sans qu’un autre rendez-vous lui soit fixé. Il est étudiant. Il manque de tout depuis plusieurs mois.
Ce CPAS a investi dans des “mesures de sécurité.” Style agents Securitas.
Il fait régulièrement appel aux “forces de l’ordre”. La police. Les flics, quoi. Qui plus d’une fois ont estimé que “l’ordre” n’est pas menacé par les personnes qui tentent de défendre leurs droits, et ont obtenu qu’un rendez-vous soit fixé aux “fauteurs de trouble.”
Lui n’avait pas fait “de scandale”. Ce n’est pas son genre, dit-il.
Avec ou sans “carnage” (voir un de mes post précédents), il est bien difficile de faire valoir ses droits. Celle qui avait fait un carnage se retrouve elle aussi sans droits. Ce sera peut-être l’épisode 3. Il va falloir instaurer un “carnage” collectif pour faire respecter les droits.
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Refus du RI à une chômeuse de 62 ans en fin de droit. Ce sera donc la première – et avec certitude pas la dernière – décision de refus pour laquelle notre accompagnement est sollicité. Motif du refus pris par le CPAS mi janvier : elle a un ami “qui n’a qu’à” la prendre à sa charge, et se domicilier chez elle. Il travaille et est domicilié à l’étranger. Ils n’ont jamais vécu ensemble. C’est d’ailleurs totalement impossible qu’ils le fassent pour des raisons pratiques.
Pas l’ombre d’une preuve de cohabitation avec ce que ça suppose légalement. Une décision non motivée, en fait. Elle est en panique totale. Rien pour payer le loyer de février. Perspectives de factures qui arriveront en février, et de soins médicaux indispensables. A la violence de l’exclusion des allocations de chômage, succède la violence du CPAS. Elle sera donc la première personne que nous défendrons contre cette violence.
Il y en aura d’autres.
par Bernadette Schaeck (de l’Association de Défense des Allocataires Sociaux)
Contact : http://www.adasasbl.be
(illustration : un tableau de Fernand Pelez)


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