08 avril 2026
MON JOURNAL DU LIBAN (VI) : GUERRE CONTRE L’HUMANITÉ par le cinéaste Abbas Fahdel
Abbas Fahdel, cinéaste franco-irakien, habite avec sa famille à Nabatieh, dans le sud du Liban (1). Il a dû fuir depuis la guerre et l’invasion israélienne, comme des centaines de milliers d’autres habitants du Liban. C’est un formidable réalisateur, mais également un fin analyste de la situation politique en France et dans le monde. Depuis l’offensive d’Israël au Liban, Abbas publie quotidiennement des informations et des témoignages sur sa page FB.
En solidarité avec Abbas et le peuple libanais, je les publie ici chaque semaine dans l’Asympto. Je ne suis pas croyant. Je ne crois ni en dieu ni au diable.
Mais je prie pour que lui et sa famille sortent vivants de cette épreuve (C.S.)
3 avril.
Dans la famille Ballouk, en plus du père peintre, il y a Nour Ballouk, artiste peintre et galeriste que vous connaissez déjà, et sa sœur cadette, Kawther Ballouk, créatrice d’un univers singulier dans lequel elle déploie une iconographie à la fois fragile et indomptable, où la douceur des traits masque à peine la densité d’une mémoire en lutte. Son univers visuel, faussement naïf, emprunte aux contes et aux icônes populaires pour dire l’indicible : l’exil, la perte, mais aussi la résistance et l’obstination à revenir.
Les visages féminins, aux yeux étirés et aux joues rosées, portent une tristesse silencieuse. Une larme, parfois, suffit à fissurer l’équilibre de la composition. Mais cette tristesse n’est jamais une capitulation. Elle est mémoire. Elle est veille. À leurs côtés, les oiseaux — colombes ou messagers — ne sont pas de simples symboles de paix : ils deviennent les gardiens d’une promesse, celle d’un retour inévitable. La phrase « nous reviendrons », inscrite sur le corps même du personnage, agit comme une déclaration charnelle, presque sacrée.
Dans l’œuvre où deux figures se serrent autour d’une clé, l’image atteint une intensité particulière. Cette clé, surdimensionnée, dorée, est bien plus qu’un objet : elle est l’archive vivante des maisons abandonnées, des villages désertés, des portes fermées mais jamais oubliées. Elle évoque ces départs forcés où l’on emporte avec soi non pas ses biens, mais le droit d’y revenir. Les petites maisons disséminées dans les robes, enracinées dans des veines sombres comme des racines, disent que la terre n’est pas perdue : elle circule encore dans les corps.
Le noir profond des vêtements contraste avec les touches de rouge et de blanc, rappelant à la fois le deuil et la vie persistante. Le rouge n’est pas ici une simple couleur : il est blessure, mais aussi battement. Il est ce qui continue de pulser malgré tout.
Ce qui frappe dans le travail de Kawther Ballouk, c’est cette capacité à transformer la résistance en langage intime. Loin des représentations héroïques ou martiales, elle choisit la retenue, l’allusion, une tendresse presque enfantine. Et pourtant, rien n’est faible dans ces images. Tout y est détermination.
Ces tableaux ne crient pas. Ils murmurent. Mais ce murmure est tenace. Il traverse les générations, comme une comptine grave que l’on se transmet en silence : Nous reviendrons.
5 avril.
La voix de la France : de l’indépendance gaullienne au renoncement macronien
Il y a, dans la posture française face à Israël depuis la guerre à Gaza, bien plus qu’une contradiction : une faute politique, historique et morale. Une ligne de conduite fondée sur le double langage, où l’on condamne sans contraindre, où l’on déplore sans rompre, où l’on invoque le droit international tout en préservant, en coulisses, les circuits de la guerre. Sous l’impulsion d’Emmanuel Macron et de ses ministres, la France n’a pas simplement hésité : elle s’est installée dans une politique du verbe creux qui masque mal la continuité des intérêts matériels.
Car il faut appeler les choses par leur nom : affirmer qu’aucune arme n’est vendue à Israël relève moins de la précision juridique que de l’artifice politique. Derrière cette formule se cache une réalité autrement plus dérangeante : celle d’un commerce fragmenté, dissimulé dans les interstices de la mondialisation militaire. Composants, technologies duales, sous-systèmes — autant d’éléments qui, une fois intégrés, participent pleinement à l’économie de la destruction. Ce que des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent depuis des années, la France feint de l’ignorer : on peut alimenter une guerre sans jamais livrer officiellement « une arme ». C’est là toute la perversité du système, et toute la lâcheté de ceux qui s’y abritent.

La famille Nahle
Lorsque Emmanuel Macron rappelle, en octobre 2024, qu’appeler à un cessez-le-feu devrait logiquement conduire à cesser les livraisons d’armes, il ne formule pas un principe : il signe un aveu. Celui d’une incohérence assumée, d’un cynisme devenu doctrine. Et l’ironie veut que ce soit Tel Aviv qui, en annonçant mettre fin aux achats d’armement français, dévoile cette vérité que Paris s’acharnait à maquiller. Car ce geste israélien agit comme un miroir brutal : il révèle non seulement l’existence de ces échanges, mais aussi l’insignifiance stratégique à laquelle la France s’est elle-même condamnée.
En prétendant ménager toutes les positions, la France s’est exclue de toutes. Elle a voulu être à la fois partenaire économique, conscience morale et médiatrice diplomatique ; elle n’est plus rien de tout cela. Elle a troqué l’héritage d’indépendance gaullienne contre un suivisme hésitant, incapable même d’assumer son propre alignement.
Cette faillite apparaît avec encore plus de netteté dans la position française face aux frappes conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Là encore, Paris a choisi la posture la plus confortable — et la plus inconsistante : appeler à la « retenue », dénoncer une « escalade dangereuse », tout en se déclarant prêt à protéger ses alliés et ses intérêts dans la région. Autrement dit : condamner l’incendie tout en se tenant prêt à en sécuriser le périmètre. La France ne s’oppose pas frontalement à ces frappes, elle ne les qualifie pas juridiquement, elle n’en tire aucune conséquence politique concrète ; elle se contente d’accompagner, à distance, une logique de guerre qu’elle prétend pourtant redouter.
Pire encore, cette ambiguïté s’est traduite dans les faits par une politique à géométrie variable : Paris peut, ponctuellement, refuser certaines facilités logistiques — comme l’usage de son espace aérien dans des cas précis — tout en continuant à coopérer militairement avec les États-Unis et leurs alliés dans la région. Ce « en même temps » stratégique n’est pas une ligne : c’est une fuite. Une manière de donner des gages symboliques à l’opinion publique sans jamais rompre avec les alliances structurantes.
Car il faut mesurer la rupture historique. La France qui, jadis, prétendait porter une voix singulière au Proche-Orient — capable de reconnaître les peuples, de s’opposer aux logiques de bloc, de faire primer le droit sur la force — s’est dissoute dans une diplomatie d’accompagnement. Face à la dévastation de Gaza, face à l’extension des frappes sur le Lebanon, face enfin à l’embrasement régional impliquant l’Iran, elle ne fait plus que commenter ce qu’elle n’a plus la volonté d’empêcher. Elle parle de « désescalade » pendant que ses alliés bombardent. Elle invoque le droit international tout en tolérant qu’il soit méthodiquement piétiné.
Dans le même temps, d’autres États européens, comme l’Espagne, assument des positions claires. Ils refusent des survols, limitent leur coopération, appellent à des sanctions. La France, elle, oscille, temporise, amortit — et, ce faisant, abdique. Elle neutralise sa propre parole, réduite à une liturgie diplomatique sans effet. Condamner des « excès » sans nommer les politiques qui les produisent, c’est déjà s’en rendre complice.
Le cas du Liban est particulièrement révélateur. Paris avait fixé une ligne rouge : toute violation majeure de sa souveraineté appellerait une réaction. Or, face aux incursions israéliennes, la réponse est restée limitée à des déclarations sans effet. En diplomatie, ce type de décalage est lourd de conséquences : il signale que les engagements ne sont pas suivis d’actes, que les lignes rouges peuvent être franchies sans coût réel. À terme, cela ne produit pas seulement de l’impuissance, mais une forme d’humiliation.
Au fond, ce qui se joue ici n’est pas seulement une politique étrangère mal calibrée. C’est une défaillance morale. Peut-on encore se prétendre défenseur du droit international lorsque l’on en contourne les exigences dès qu’elles entravent des intérêts économiques ? Peut-on invoquer la paix tout en sécurisant les alliances militaires qui alimentent la guerre ? Peut-on, enfin, se réclamer d’une certaine idée de la France tout en acceptant qu’elle devienne un acteur secondaire, sans voix propre, dans les crises majeures de son temps ?
En érigeant le « en même temps » en doctrine diplomatique, Emmanuel Macron a cru pouvoir concilier l’inconciliable. Mais l’histoire, elle, ne compose pas avec les ambiguïtés. Elle les révèle, puis les sanctionne. Et la sanction, ici, est implacable : à force de vouloir ménager tous les camps, la France a perdu sa cohérence, son crédit, et jusqu’à la possibilité d’être prise au sérieux. Elle n’est plus qu’un témoin embarrassé d’un monde qu’elle n’influence plus — et dont, pourtant, elle continue de prétendre incarner la conscience.

Dérisoire résistance de la vie, un BBQ à Beyrouth sous les bombes
5 avril.
La famille Nahle a fui les bombardements israéliens sur Kfartabnit, dans le sud du Liban, et s’est réfugiée à Kfarhelta. Mais là encore, les frappes israéliennes les ont rattrapés, exterminant toute la famille.
Comme à Gaza, les bombes israéliennes ne font aucune distinction : femmes, enfants, vieillards — tous sont délibérément ciblés.
Pendant ce temps, les chancelleries occidentales, qui se disent protectrices du Liban, détournent le regard. Elles multiplient déclarations creuses et diplomatie de façade, tout en maintenant leurs liens militaires et économiques avec les auteurs de ces crimes. L’impunité et le silence complice tuent autant que les bombes.
5 avril.
Encore une famille libanaise anéantie par les frappes israéliennes : Khayriya Baalbaki, son mari et leur fils ont été tués lors du bombardement de leur maison à Aïn Baal, un village du sud du Liban.
Comme tant d’autres civils au Liban et à Gaza, ils ont payé le prix d’une guerre menée par une armée génocidaire, pour laquelle femmes, enfants et vieillards constituent des cibles.
5 avril.
Alors que le ciel est constamment occupé par les avions israéliens, un habitant de Beyrouth s’amuse à faire semblant de réguler le trafic aérien — ultime ironie d’un espace sans protection, où les intrusions et les frappes israéliennes sont devenues presque une routine.
5 avril.
Malgré les frappes israéliennes, qui ne cessent jamais, dans la banlieue sud de Beyrouth, la vie s’obstine, dans des foyers qui demeurent vivants, où l’on n’oublie pas les grillades du dimanche.
6 avril.
Sous un ciel d’un bleu pur, tout semble, à première vue, respirer la tranquillité. Les toits aux tuiles rouges, les façades claires baignées de soleil, la mer au loin — autant de signes d’une vie paisible. Et pourtant, quelque chose résiste à cette vision.
Les nuages s’élèvent en masses épaisses, gonflées, d’un blanc éclatant. Dans un autre contexte, on y verrait des formes douces, des paysages imaginaires, des promesses d’été. Mais ici, leur verticalité brutale, leur expansion presque violente dans le ciel rappellent autre chose. Ils ressemblent à ces colonnes de fumée qui surgissent après une déflagration, à ces champignons qui montent trop vite, trop haut, comme si le ciel lui-même était frappé.
Ce n’est pas que les nuages aient changé. C’est le regard qui les traverse.
Quand la guerre s’installe dans les esprits, elle infiltre tout — même ce qui devrait en être exempt. Le ciel n’est plus seulement un espace ouvert : il devient une surface d’attente, une zone de menace potentielle. Chaque forme inhabituelle, chaque masse qui s’élève peut évoquer une menace ou une crainte. Ainsi, même dans la lumière la plus éclatante, quelque chose demeure altéré. La beauté du paysage ne disparaît pas, mais elle est traversée par une mémoire. Les nuages continuent de flotter, indifférents, mais, pour celui qui regarde, ils portent désormais une ambiguïté : entre douceur et fracas.
Et c’est peut-être cela, le plus troublant — non pas que la guerre détruise seulement ce qui est visible, mais qu’elle transforme aussi la manière de voir, de sorte que même les nuages cessent d’être simplement des nuages.
7 avril.
Terre de résistance
Il existe une différence fondamentale entre le soldat qui avance sur une terre pour l’occuper et le résistant qui s’y maintient pour ne pas en être arraché.
Le soldat voit le territoire comme un objectif à maîtriser, une carte à quadriller, une zone à sécuriser. Sa puissance de feu et sa supériorité technologique sont réelles, mais sa force dépend de lignes d’approvisionnement, d’ordres venus d’ailleurs, d’une compréhension abstraite d’un sol qu’il ne connaît pas.
En face, le résistant n’a pas l’avantage des armes ni celui du nombre. Il n’est pas porté par des calculs stratégiques froids, mais par quelque chose de plus dense, de plus intime : un lien charnel à la terre. Il ne combat pas pour étendre un contrôle, mais pour empêcher l’effacement. Sa maison n’est pas un point sur une carte — c’est une mémoire vivante. Son chemin n’est pas une route militaire — c’est celui qu’ont emprunté ses parents, et leurs parents avant eux.

Une famille décimée (voir 5 avril)
Au Sud-Liban, cette réalité se répète : la terre n’est pas seulement un décor, elle est une identité. Les oliviers ne sont pas de simples arbres ; ils sont des archives silencieuses. Les collines, les pierres, les sentiers portent des noms, des histoires, des voix. Celui qui les défend ne les regarde pas de l’extérieur : il en fait partie.
C’est là que réside une force que les commentateurs ne capturent pas. Car on peut mesurer des arsenaux, mais pas une détermination. On peut compter des machines de guerre, mais pas un attachement.
L’histoire l’a déjà montré lors des précédentes invasions ou tentatives d’invasion du Sud-Liban : une puissance israélienne, sûre de sa supériorité matérielle, s’est heurtée à des résistants pour qui chaque oliveraie, chaque village était une part d’eux-mêmes. Ce n’est pas une simple opposition militaire ; c’est une confrontation entre deux rapports au monde.
Cela ne signifie pas que le résistant est invincible, ni que la terre protège toujours sans coût. Sa faiblesse est évidente : manque de moyens, vulnérabilité, pertes souvent lourdes. Mais ce qu’il possède est d’une autre nature : une continuité. Il peut tomber, mais d’autres se lèvent, parce que ce qu’il défend ne disparaît pas avec lui.
Le soldat d’occupation peut avancer, prendre, contrôler — mais il lui manque ce qui transforme un lieu en évidence intérieure. Il est présent, mais pas enraciné.
Et c’est peut-être là que se joue, au-delà des batailles visibles, quelque chose de plus profond : la différence entre être sur une terre… et être de cette terre.
Alors, dans ces paysages du Sud-Liban, il ne s’agit pas seulement d’un affrontement. C’est une fidélité qui s’exprime. Une fidélité à ce qui a été transmis sans bruit : une langue, un parfum, une lumière au coucher du soleil, un arbre planté par un aïeul. Une fidélité qui ne se proclame pas toujours, mais qui persiste. Car la terre, lorsqu’elle est aimée ainsi, ne devient pas simplement un territoire à défendre — elle devient une promesse à tenir.
8 avril .
L’accord de cessez-le-feu de deux semaines annoncé dans la nuit entre l’Iran et les États-Unis confirme un déplacement du centre de gravité dans la région du Golfe et du Moyen-Orient. L’Iran en sort avec un avantage stratégique : il a résisté à la pression américaine sans céder sur l’essentiel. Son programme nucléaire reste actif, dans une logique proche du Joint Comprehensive Plan of Action, son programme balistique demeure hors négociation, et son ancrage régional n’a pas été démantelé. Surtout, il a réussi à transformer la contrainte en levier : au lieu d’être isolé, il impose désormais un cadre de discussion où il est traité comme un acteur incontournable. La désescalade qu’il accepte est conditionnelle, réversible et monnayable.
En face, les États-Unis se trouvent dans une position de gestion de crise, et non plus de domination. Ils n’imposent plus leurs conditions. La politique de pression maximale pratiquée par Donald Trump s’est révélée, dans les faits, insuffisante pour faire plier Téhéran. Ce qui se dessine est une perte d’influence : Washington ne parvient plus à dicter seul les règles du jeu régional.
Les pays du Golfe, eux, jouent une partition plus pragmatique. Des acteurs comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou le Qatar cherchent avant tout la stabilité. Ils savent désormais qu’ils ne peuvent plus miser entièrement sur une protection américaine perçue comme incertaine et vont vraisemblablement diversifier leurs alliances tout en évitant toute escalade avec l’Iran. Leur position traduit une réalité nouvelle : le parapluie sécuritaire américain n’est plus absolu ni exclusif.
Dans ce contexte, un autre élément apparaît clairement : aucun des objectifs de guerre affichés pour justifier l’escalade n’a été atteint par les États-Unis et Israël. Ni le recul décisif du programme nucléaire iranien, ni l’affaiblissement durable de son influence régionale, ni l’établissement d’un nouvel ordre sécuritaire à leur avantage. Au contraire, la séquence actuelle tend à entériner un équilibre contraint, où l’Iran conserve et renforce ses leviers essentiels.
Au final, le rapport de force se rééquilibre. L’Iran consolide sa position et gagne en légitimité stratégique, les États-Unis reculent sans dominer, les pays du Golfe s’adaptent en diversifiant leurs marges de manœuvre, et l’idée d’une hégémonie américaine capable d’imposer seule ses conditions s’érode fortement.
Il reste cependant deux inconnues : Donald Trump avait déjà, à deux reprises, trahi les négociations avec l’Iran après avoir fait semblant de les respecter ; et Benjamin Netanyahu, dont la survie politique et judiciaire dépend de l’état de guerre permanente, va sans doute chercher à saboter cet accord. D’ailleurs, son armée continue de frapper le Liban alors que l’accord de cessez-le-feu inclut ce pays.
8 avril.
La première fois que Julia Boutros a chanté cet hymne à la résistance du Sud-Liban, c’était après l’invasion israélienne de 1982. Depuis, à chaque nouvelle incursion israélienne, la chanson résonne à nouveau dans les consciences.
Musique : Ziad Yatrous, Paroles : Nabil Abou Abdo
Le soleil de la justice s’est éteint, et l’aube est devenue crépuscule.
Le cœur de l’Orient s’est brisé, et les chemins se sont fermés.
Nous refusons de mourir, dites-leur que nous resterons.
Ta terre, tes maisons, et ton peuple qui souffre,
Tout cela nous appartient, ô Sud, ô mon bien-aimé Sud.
Tous, ô Sud, t’ont vendu des paroles,
Et la justice est crucifiée, la paix saigne.
Que nous importent les guerres,
Nous resterons ici, même si le monde entier disparaît,
Et pas un grain de ta terre ne manquera, ô Sud.
N’aie pas peur, ô Sud, de la trahison du temps,
Des malheurs des guerres, et de la douleur de la privation.
Malgré tout ce qui est arrivé,
Cette maison restera la nôtre, et l’arbre du laurier reviendra,
Fleurir de dignité sur ta terre, ô Sud.
Nous refusons de mourir, dites-leur que nous resterons.
Ta terre, tes maisons, et ton peuple qui souffre,
Tout cela nous appartient, ô Sud, ô mon bien-aimé Sud.
8 avril.
Pour saborder l’accord de cessez-le-feu conclu entre l’Iran et les États-Unis, l’armée israélienne a déclenché plus de 135 frappes sur des dizaines de localités libanaises, dont la capitale Beyrouth. On évoque déjà plus de 150 morts — un bilan provisoire qui ne tient pas compte des nombreuses victimes encore ensevelies sous les décombres. Les frappes ont notamment visé :
Beyrouth et la banlieue sud :
• Bir Hassan (بئر حسن) – Rahab (الرحاب)
• Hayy al-Sellom (حي السلم)
• Manara (المنارة) – (appartement)
• Aïn el-Mreissé (عين المريسة)
• Corniche Mazraa (كورنيش المزرعة)
• Msaytbeh (مصيطبة)
• Basta (البسطة) – (appartement)
• Choueifat (الشويفات)
• Aramoun (عرمون) – al-Bayader (البيادر)
• Kfayfoun (كيفون)
• Aïn el-Tiné (عين التينة) – (appartement)
• Bchamoun (بشامون) – (quartier des écoles)
Sud du Liban :
• Bint Jbeil (بنت جبيل)
• Kfar Sir (كفرصير)
• Kfour (الكفور)
• Harouf (حاروف)
• Jbaa (جباع)
• Aïn Qana (عين قانا)
• Zebdine (زبدين)
• Charqiyeh (الشرقية)
• Doueir (الدوير)
• Kfar Jouz (كفرجوز)
• Kfar Remmane (كفررمان)
• Jibchit (جبشيت)
• Habbouch (حبوش)
• Jbaa (جباع)
• Qsaybeh (القصيبة)
• Sir el-Gharbiyeh (صير الغربية)
• Haret Saïda (حارة صيدا)
• Sarafand (الصرفند)
• Deir ez-Zahrani (دير الزهراني)
• Tyr (صور)
• Khirbet Selm (خربة سلم)
• Ansar (انصار)
• Charqiyeh (الشرقية)
• Zefta (زفتا)
• Saïda (صيدا)
• Houmine el-Tahta (حومين التحتا)
• Jouaya (جويا)
• Bissariyeh (بيسارية)
• Ansar (انصار)
• Deir Kanoun en-Nahr (دير قانون النهر)
Baalbek et la Békaa :
• Douris (دورس)
• Chmistar (شمسطار)
• Hermel (الهرمل)
• Kark (الكرك)
• Plaine de Tarya (سهل طاريا)
8 avril 2026 — Liban
La Direction générale de la Défense civile annonce, selon les données disponibles auprès de ses centres répartis sur le territoire libanais, que le bilan des dernières attaques israéliennes se répartit comme suit :
Beyrouth 92 martyrs et 742 blessés
Banlieue sud de Beyrouth 61 martyrs et 200 blessés
Baalbek 18 martyrs et 28 blessés
Hermel 9 martyrs et 6 blessés
Nabatiyé 28 martyrs et 59 blessés
Caza de Aley : 17 martyrs et 6 blessés
Saïda : 12 martyrs et 56 blessés
Tyr. : 17 martyrs et 68 blessés
Bilan total : 254 martyrs et 1 165 blessés.
Face à ce bilan accablant, le silence des chancelleries occidentales, pourtant si promptes à se revendiquer « amies du Liban », apparaît plus assourdissant que jamais. Réduites à des formules diplomatiques sans portée, leurs réactions peinent à masquer l’écart grandissant entre les principes qu’elles affichent et l’inaction qui prévaut. Pendant ce temps, les frappes israéliennes se poursuivent, et avec elles, l’érosion de toute crédibilité morale et politique.
9 avril.
Plus de 300 civils tués et plus de 1 500 blessés par les frappes israéliennes sur le Liban hier. Des quartiers pulvérisés, des familles entières ensevelies sous les décombres.
Après Gaza, transformée en champ de ruines à ciel ouvert, c’est désormais le Liban qui subit la fureur de l’armée israélienne. Une armée génocidaire qui ne se contente plus de cibler, mais qui écrase indistinctement, frappe sans retenue et tue sans rendre de comptes.
Ce qui rend cette violence encore plus insupportable, ce n’est pas seulement son ampleur, mais l’impunité totale dont elle bénéficie. Derrière chaque missile largué sur une maison libanaise, il y a l’ombre protectrice des États-Unis, qui continuent d’armer, de financer et de couvrir diplomatiquement Israël. Il y a aussi les déclarations creuses des chancelleries européennes, qui appellent à la « retenue » tout en refusant la moindre sanction et en bloquant toute tentative de condamnation réelle.
Cette hypocrisie n’est plus tenable. Elle révèle une hiérarchie des vies : certaines mériteraient la protection du droit international, d’autres peuvent être sacrifiées sans conséquence, reléguées au rang de dommages collatéraux acceptables.
À force d’ignorer ou de relativiser l’horreur, les puissances occidentales ne sont plus de simples spectatrices : elles deviennent co-auteurs et complices de crimes de guerre et d’un désastre humain dont les conséquences dépasseront largement les frontières du Liban et de la Palestine.
10 avril.
Guerre contre l’humanité
Dans la ville de Nabatieh, au Sud-Liban, vidée de ses habitants sous la contrainte — là où la population a été sommée de fuir sous la menace des bombardements — se déploie une scène qui en dit long sur l’ignominie des méthodes de l’armée israélienne.
Pour débusquer les habitants qui, malgré tout, sont restés cachés chez eux, l’armée israélienne recourt à un moyen aussi immoral que pervers : des drones diffusent des voix imitant notamment celles de vieilles femmes en détresse, appelant à l’aide.
Imaginez la scène : dans des rues désertées, entre des maisons éventrées et des silences lourds, surgit soudain un cri fragile, une supplication. Une voix qui convoque ce qu’il y a de plus immédiat chez l’être humain : le réflexe de porter secours, l’impossibilité morale d’ignorer une personne vulnérable. Mais ici, cette voix n’est pas réelle. Elle est fabriquée, instrumentalisée, transformée en appât.
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Avec ce procédé, l’armée israélienne franchit un pas supplémentaire dans ses pratiques criminelles. Il ne s’agit plus seulement de surveiller, de frapper ou de contrôler un territoire. Il s’agit de manipuler les instincts humains les plus élémentaires pour piéger ceux qui y répondent. La compassion devient une faille à exploiter, l’humanité un levier tactique.
Il existe, dans toute guerre, des limites tacites — non écrites, mais qui subsistent comme des repères. Franchir ces seuils, c’est entrer dans une logique où tout devient permis, y compris la simulation de la vulnérabilité pour mieux attirer ceux qui y répondent. Ce n’est plus simplement combattre un adversaire, c’est piéger des civils dans ce qu’ils ont de plus humain.
À Nabatieh, ce ne sont pas seulement les maisons qui sont visées : c’est aussi une part du lien humain qui est prise pour cible. Et lorsque même la voix d’une vieille femme en détresse peut devenir un piège, une arme, alors ce n’est plus seulement la guerre qui parle — c’est une forme de dégradation plus profonde, qui touche à l’idée même d’humanité.
Abbas Fahdel, sur sa page FB (et dans l’Asympto par solidarité)
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Abbas_Fahdel


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