UN ANNIVERSAIRE À FÊTER EN 2026 ! par Bernard Hennebert

Pour écouter l’article de Bernard lu par Jean-Marie Chazeau, cliquez sur le lien ci-dessous :

Le 3 février 2006, le « Code de respect des usagers culturels » était adopté par le gouvernement de la Communauté française (qu’on nommera par la suite Fédération Wallonie Bruxelles), grâce à l’appui de la ministre de la culture Fadila Laanan, de son cabinet et du ministère de la Communauté française de Belgique alors dirigé par Henri Ingberg, son Secrétaire général.
Ce dernier commentait ainsi cette initiative: « Le rapport à l’usager culturel est un véritable enjeu. Jusqu’à présent, l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a là distorsion par rapport à une amplification des pratiques de loisirs par la collectivité. »

« 365 jours » en 2026

Roland de Bodt a consacré trois publications à cette question

Ce 3 février 2026, le vingtième anniversaire de cette « pratique » culturelle ne sera pas fêté… malgré les efforts de l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) (1). Cependant tout ne semble pas perdu !
Le 30 décembre 2025, le cabinet d’Élisabeth Degryse (Les Engagés), l’actuelle ministre de la culture, a répondu ainsi aux très nombreux courriels envoyés par la L.U.C. en 2025 : « Heureusement, nous ne sommes pas encore en 2026. Heureusement, 2026 compte 365 jours, ce qui laisse le temps, notamment, aux célébrations. Le 30 septembre dernier, vous avez été reçu et écouté. Nous avons bien pris note de l’importance du Code des usagers culturels et de l’anniversaire qui se profile ».

Ce Code détaille quinze droits des usagers culturels que doivent observer plus de quatre mille organisateurs aidés par la Fédération Wallonie Bruxelles : bibliothèques, festivals d’été, salles de spectacles, musées, cinémas, maisons de la culture, etc. En cas de non-respect d’un de ces droits, les sanctions peuvent aller jusqu’à la suspension temporaire d’une partie ou de la totalité de la subvention accordée (ceci, qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre) (2).

En 2006, le ministère envoya des affiches à tous les organisateurs culturels subsidiés

Fêter pour réveiller

Pourquoi « fêter » ce vingtième anniversaire ? Parce que l’AGC (Administration Générale de la Culture, notre « Minsitère de la Culture ») n’a pas fêté le dixième anniversaire…
Et n’a guère communiqué sur ce Code auprès du public depuis plus d’une quinzaine d’années.
En fait, aujourd’hui, très peu d’usagers connaissent ces quinze droits, et ne cherchent donc pas à les faire respecter. La plupart des organisateurs sont hélas dans le même cas. En fait, bien peu d’entre eux appliquent l’obligation du point 1 du Code : « AFFICHER LE PRÉSENT CODE EN ÉVIDENCE, à l’entrée et à la sortie de tous les lieux où (l’organisateur) accueille les usagers. Celui-ci doit être lisible et accessible par tous les usagers (conseil : format A3 minimum) ».

Si quelques organisateurs respectent cette obligation d’affichage en 2026, c’est en partie parce que la L.U.C. a déposé plainte elle-même, de façon symbolique, pour leur non application de ce point 1 pendant des années: les musées de la ville de Liège, le Théâtre National ou le cinéma Le Palace à Bruxelles. Ce dernier a eu droit d’ailleurs à deux plaintes complémentaires. La deuxième parce que son affichage mis en place après la plainte initiale était critiquable : une petite feuille A4 qui rendait impossible la lecture des différents points du Code, d’autant plus qu’elle était placée au bas de la porte d’entrée principale du cinéma. Gare au mal de dos, attention aux spectateurs qui entrent et sortent… et besoin d’une loupe. Le but n’est pas que cela soit affiché, mais que cela soit lu, ce qui est bien différent.
Il y a près de vingt ans, l’AGC avait elle-même réalisé, imprimé et envoyé à chaque organisateur des lots d’affiches avec le texte détaillé des quinze droits.

À la L.U.C., les deux récents Administrateurs généraux de l’AGC, successivement Freddy Cabaraux et Jeanne Brunfaut, ont clairement indiqué qu’ils avaient l’intention de ne plus imprimer, ni d’envoyer les affiches car « Il n’est pas opportun de débloquer un budget qui ne serait, dès lors, pas consacré aux politiques de création» (et c’est donc à chacun de ces si nombreux organisateurs de prendre de le temps se débrouiller par eux-mêmes ).
La L.U.C. a réagi en ironisant : il faut débaptiser le ministère de la culture. Sa nouvelle appellation serait celle d’un ministère des artistes et des organisateurs.

Le « détricotage » de ces droits du public a atteint son sommet lorsque la L.U.C. a réussi à prouver auprès de la ministre de la culture précédente, Bénédicte Linard (ECOLO), que l’AGC ne traitait pas certaines plaintes qui lui étaient envoyées, et pourtant à la bonne adresse, et parfois même en envoi recommandé. Donc, la proposition de célébrer un vingtième anniversaire est un moyen pour compenser tant d’années de silence … et de bévues.
En 2023, l’hebdo Moustique avait consacré trois pages à son enquête sur le Code des Usagers Culturels.
Son titre: « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait ? » (3).

Six partis disent pourtant « oui »

L’esprit et la lettre : le cinéma Le Palace « affiche » les droits… en s’arrangeant pour qu’ils ne soient pas lus !

La L.U.C. avait demandé à six partis démocratiques de se positionner à ce sujet durant la campagne pour les dernière élections du 9 juin 2024. ECOLO, DéFI, Les Engagés, le MR, le PS et le PTB avaient marqué leur accord par écrit sur le point suivant: « Notre parti s’engage durant la prochaine législature à soutenir l’organisation festive du 20ème anniversaire du « Code des Usagers Culturels » par l’AGC, en veillant à ce que celui-ci soit adapté et élargi à l’évolution des pratiques économiques du monde culturel durant ces deux dernières décennies. Cette tâche coordonnée par l’AGC devra se réaliser avec la collaboration de représentants et d’experts des usagers culturels ».

En plus, plusieurs de ces partis avaient complété ce positionnement. Côté majorité au pouvoir actuellement, le MR n’a pas proposé de remarques plus précises. Les Engagés, le parti de l’actuelle ministre de la culture, ont ajouté : « Les Engagés partagent la volonté de profiter du 20e anniversaire pour mener une réflexion autour de l’évolution du contenu du Code des usagers culturels, en collaboration avec l’ « Observatoire des politiques culturelles », et pour en faire la promotion auprès des opérateurs concernés ».

Vous trouverez l’ensemble des réponses des différents partis à toutes nos questions en note (4).

Que la ministre sorte du bois

Non subsidiée, la L.U.C. a joué son rôle de lanceur d’alerte dans ce dossier. Pour elle, c’est désormais au cabinet d’Élisabeth Degryse de concrétiser son engagement pris, et cela avant la fin 2026.
Elle a rappelé au Cabinet ces deux éléments complémentaires:

1 : Lors d’un long entretien avec la L.U.C. qui s’est déroulé le 21 octobre 2024, Jeanne Brunfaut, l’Administratrice générale du ministère de la culture (AGC), a indiqué que l’AGC n’avait pas l’intention de fêter ce 20ème anniversaire du Code. À croire que, au-delà des belles paroles, l’AGC ne s’intéresse pas beaucoup aux droits du public culturel !
De plus, au cours de cet entretien, il a été confirmé que les inspecteurs du ministère de la culture ne devaient pas vérifier si le Code était appliqué (et même pas donc son point 1).

2 : Le projet des Engagés de collaborer avec l’« Observatoire des politiques culturelles » est prometteur, car cette asbl a publié en 2018 trois numéros de sa revue « Repères » (numéros 8, 9 et 10) consacrés entièrement au thème « Libertés culturelles & droits des usagers ». Ils ont publié une enquête de son directeur de recherche, Roland de Bodt, sur le contenu du « Code de respect des usagers culturels », avec de multiples propositions pour le faire évoluer et l’actualiser. Ces trois revues sont téléchargeables (5).

À quoi cela sert-il ?

Le Musée de la Boverie à Liège indique à l’accueil la listes des oeuvres qui ne sont pas exposées.

Des plaintes, il y en a eu. Pas très nombreuses, vu l’absence de médiatisation du Code.
Certaines ont un intérêt bien concret, que la L.U.C. a découvert quand des usagers les lui ont transmises. En voici quelques-unes, qui ne sont sans doute que le sommet de l’iceberg.

A : Plusieurs plaintes ont été adressées, avec des résultats, à des musées qui pratiquent « la gratuité du premier dimanche du mois ». Cet avantage «pour tous» n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de cette possibilité pour pouvoir choisir entre un jour payant ou un jour gratuit.

B : La réduction pour les seniors est progressivement passée dans certains lieux d’un âge unique (les « plus de 60 ans ») aux « plus de 65 ans », (et même aux « plus de 67 ans » pendant plusieurs années chez BOZAR, à Bruxelles).
Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par l’organisateur dans les tarifications. Ce n’était pas le cas ni dans un cinéma, ni dans un musée. Des plaintes sur ce point ont permis à ces deux lieux de mieux détailler leurs tarifications.

C : Une plainte a été adressée à un théâtre qui proposait une pièce où des comédiens fumaient sur scène, ce qui peut importuner physiquement une partie du public. Que dit la législation belge ? Il est interdit de fumer dans les lieux couverts. Cela devrait donc être, en terme de santé publique, aussi le cas des salles de spectacles – mais une dérogation a été accordée par le Ministère des affaires économiques au niveau fédéral afin que des comédiens puissent pratiquer cet acte sur scène, à condition que le public en soit préalablement informé.
Une maison de la culture prise en défaut a tenu compte de la plainte et s’est empressé d’indiquer sur son site, quelques jours avant l’événement : « Nous vous signalons que les interprètes fument sur scène pendant la représentation ».

D : Dans tel lieu culturel, il est permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence. L’acteur culturel a été interpellé et a répondu qu’il allait tenir compte de ladite plainte avec ces mots : « C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer ».

Bernard Hennebert

1 : L’auteur du présent article est le Président de la L.U.C.

2 : Voici le texte de ces quinze droits : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=2572079553b7042061108dc113245b057db3f07c&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/2025-06-codeusagers-FR.pdf

3 : L’article de « Moustique » :
https://www.moustique.be/notre-selection/2023/05/06/les-usagers-culturels-ont-des-droits-quel-est-ce-code-que-personne-ne-connait-XHRKCYPVYBA2HEXYDJZGLYKS6Y/

4 : Voici l’ensemble des réponses des différents partis à nos autres questions :
https://la-luc.blogspot.com/search?q=élection

5 : Ces trois revues sont téléchargeables : https://opc.cfwb.be/fileadmin/sites/opc/uploads/documents/Publications_OPC/Reperes/Reperes_N__8_BD.pdf

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