31 décembre 2025
C’EST VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles
Quelques textes, vannes, réactions, vidéos, réflexions et poèmes glanés sur les « rézozozios »
« LES BARONNES » par Marie-Claire Decraecker (sur FB)
Il a de cela seize ans, je rentrais à 3h30′ du matin pour aller au travail 4 heures plus tard après avoir reconduit Nabil ben Yadir, Monir Ait Hamou et Mourad Zeguendi, respectivement réalisateur et acteurs du film “les barons” que ma fille, alors responsable du ciné-club de l’U-Mons, avait décidé de programmer en leur présence. Un succès retentissant de mémoire de profs.
Seize ans plus tard, c’est au Plaza-art que je découvre “Les Baronnes” du même Nabil ben Yadir en compagnie de ma fille. Si son humour redoutable n’a pas pris une ride, le ton est devenu plus profond, plus critique aussi, même s’il nous est servi avec légèreté et poésie pour ne pas nous prendre de front. Quel courage Nabil, de fouiller ainsi dans les fondements de ta propre culture avec ta maman et tous ceux qui ont embarqué dans l’aventure. Quel chemin parcouru depuis les barons !
Si, par Hamlet, vous vous êtes approprié un pan immense de la culture anglo-saxonne, qu’en est-il de nous ? Sommes-nous en mesure de vous assurer que nous avons été sensibles à la voix de l’immense et libertaire Amal El Atrache ?
Tu le vois, Nabil, ma fille et moi, sommes des fidèles et comme ta maman et toi, nous savons : “qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark” et… que ça nous débecte !
NDLR : J’ai vu hier le beau film de Nabil Ben Yadir et de Mokhtaria Badaoui (sa maman !). Un OVNI cinématographique, poétique, féministe et multiculturel. Très « belge », et très personnel. J’ai beaucoup aimé (Claude Semal).
MEURTRE À… par Bruno Ruiz (sur FB)
Au cœur des alpages, un berger est assassiné avec la lance qui appartenait à Grégoire de la Hure, huguenot du XVIème siècle enterré dans la crypte du Donjon de Bellegarde.
On soupçonne d’abord l’arrière arrière petite nièce de Grégoire qui, mariée avec le frère du commissaire Mathilde de Rouvignac à qui on a confié l’enquête, est très vite innocentée. Mathilde, doit faire équipe avec Gérôme De la Fournaise devenu juge d’instruction. Or Matilde et Gérôme furent amant dans leur adolescence et se séparèrent dans des conditions mystérieuses. Gérôme pourtant n’a jamais cessé de l’aimer bien qu’homosexuel vivant avec un lieutenant de louvèterie chargé de réguler le gypaète barbu, la salamandre de Lanza et le mulot alpestre. Tout au long de l’enquête, ils ne cesseront de se faire la gueule mais comme le descendant de Grégoire de la Hure en voulait à Gaston, le neveu du garde champêtre de Chamoisan la Gargouille de Saint Antoine, c’est lui qui au final aura maquillé son crime pour faire accuser l’oncle de la sœur de Mathilde, qui ne voulait pas lui céder ses parcelles du Domaine de la Plantajule car il refusait que la terre de ses ancêtres ne devienne une station de sport d’hiver.
Voilà. C’est ce soir sur France 3. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas trop vous dévoiler l’histoire. En plus, il faut que vous le regardiez pour voir si vous ne l’avez pas déjà vu. (Un petit indice cependant : sachez que ce n’est pas le fils de l’oncle de l’arrière tante du garde champêtre qui est le meurtrier, il faut chercher plutôt du côté du voisin de la sœur de Mathilde dont l’alibi avec le neveu de l’oncle du patron des Rouvignac ne tient plus du moment que Gaston ne peut plus faire semblant d’être muet.) Mais chut…
DÉCÈS DU CHANTEUR FRANÇAIS PIERRE DELORME
UNE CAPITULATION POLITIQUE ? par Julien Truddaïu (sur FB)
L’interview de Paul Magnette dans Le Soir d’aujourd’hui marque un tournant troublant dans l’opposition du PS à la loi chômage.
En affirmant que « jamais le chômage ne reviendra à durée illimitée, c’est impossible », le président du PS ne se contente pas de reconnaître une défaite mais valide le cadre idéologique de la droite et abandonne au passage 180 000 personnes à une précarité programmée.
Pourquoi cette annonce, pourquoi maintenant ?
Paul Magnette choisit de normaliser l’une des attaques les plus brutales jamais menées contre la sécurité sociale belge à l’heure où le PS remonte dans les sondages. Loin d’être un aveux d’impuissance, cela sonne comme une stratégie de repositionnement. Le PS veut apparaître comme un parti « responsable » (aux yeux de qui ?) capable de critiquer l’exécution d’une réforme tout en en acceptant le principe
Refus de proposer une véritable alternative ?
Paul Magnette invoque une double impossibilité, politique et juridique. Sur le plan politique, il affirme qu’« aucune formation politique n’accepterait aujourd’hui de détricoter la réforme ». Pourtant, le PS lui-même a participé en 2020 à la formation d’un gouvernement fédéral sous De Croo, gouvernement dont l’accord ne prévoyait justement pas cette limitation (alors même qu’il en était déjà question !). Le président du PS oublie que les négociations peuvent aussi contenir des lignes rouges. Il l’a montré magistralement à Bruxelles dans un climat plus que tendu.
Sur le plan juridique, Paul Magnette soutient que « tous les gens qui ont perdu leurs droits, on ne pourra pas les leur rendre ». Or, le principe de réversibilité des lois est au cœur même du fonctionnement démocratique. Ce qui a été voté peut être abrogé.
Comment le PS peut-il aujourd’hui se présenter en défenseur des chômeurs alors qu’une fois encore il renonce et abdique en normalisant un discours fataliste de droite ?
L’échec de la logique punitive est démontré :
– Toutes les études convergent : sanctionner les chômeurs ne les aide pas à retrouver un emploi.
– Le problème n’est pas l’« inactivité volontaire » fantasmée par la droite mais le manque structurel d’emplois de qualité.
– En Belgique, on compte plus de 500 000 demandeurs d’emploi pour environ 180 000 postes vacants. En Wallonie, seuls 33% des offres d’emploi sont des CDI. Comment prétendre résoudre ce déséquilibre par la suppression des allocations ?
– Le problème n’est pas la volonté des chômeurs et chômeuses, mais l’impossibilité de sortir durablement de la précarité dans un marché du travail dominé par l’intérim et les contrats précaires.
Le transfert de charge vers les CPAS est une bombe à retardement :
– La réforme De Wever prévoit d’exclure entre 180 000 et 320 000 personnes à terme. Le gouvernement fédéral a promis 300 millions d’euros de compensation pour 2026-2027, mais les coûts réels sont estimés à 1 milliard d’euros, laissant un trou de 600 millions à la charge des communes.
– seuls environ 50% des exclus du chômage pourront bénéficier du RIS, dont le montant sera souvent inférieur aux allocations de chômage qu’ils percevaient. L’autre moitié basculera dans une précarité absolue, sans aucun filet de sécurité.
Pragmatisme ?
L’interview de Paul Magnette illustre une dérive plus large, celle d’une social-démocratie qui, confrontée à l’offensive idéologique néolibérale, préfère se replier sur des positions « défensives » plutôt que de proposer un projet émancipateur alternatif.
En acceptant le cadre de la « responsabilité budgétaire », de l’« activation » et de la « lutte contre les abus », Paul Magnette valide les présupposés de ses adversaires politiques. Il cesse de défendre l’idée même que le chômage est un risque social qui doit être couvert collectivement, sans limite de durée, parce que le droit à la sécurité sociale est un droit fondamental.
Voulons-nous une société où perdre son emploi ne signifie pas perdre sa dignité ?
L’histoire montre que les conquêtes sociales ne sont jamais « réalistes » au moment où elles sont portées. Elles le deviennent parce que des forces politiques et sociales se battent pour les imposer. En renonçant aujourd’hui, Paul Magnette ne fait pas preuve de réalisme, il produit lui-même l’impossibilité qu’il prétend constater.
BONNE CHANCE par Jean-Pierre Froidebise (sur FB)LES TOUJOURS INTÉRESSANTES CHRONIQUES DE SÉBASTIEN FONTENELLE SUR LE SITE D’INFO « BLAST » (ABONNEZ-VOUS!)
COMBATTRE LA LAIDEUR DU MONDE par David Lallemand Pesleux (sur FB)
Personne ne m’avait dit que BB c’était l’aïeule de Charlie Kirk. Je découvre qu’il existe désormais une catégorie de personnes qui peut « dire du mal » toute sa vie, jusqu’à tenir les propos racistes, xénophobes, homophobes, transphobes, sexistes, … les plus ignobles et être condamnée pour ça en justice, et qui, en trépassant, deviendrait intouchable. Sous prétexte que de rappeler simplement les excès de langage, qui sont en réalité des délits, de ces personnes mortes ajouterait « de la laideur » à un monde qui n’a pas besoin de ça. Des gens que j’estime vraiment disent ça. Ils s’en foutent que je les tienne en estime mais pas moi. Donc ça ne change rien. Je ne suis pas d’accord, les gars. Du tout. On n’ajoute pas de la laideur au monde quand on n’a pas la mémoire courte sur les fachos et les salauds, quel que soit leur genre. Non. On rappelle à tout le monde que la laideur du monde existe. Qu’elle est partout. Qu’elle nous menace tous les jours. Sous ses plus beaux atours. Et qu’on peut s’associer, se rassembler, coopérer, agir ensemble pour la combattre et faire mieux que ces raclures qui passent à la postérité des internettes sous prétexte qu’ils ou elles aimaient bien les chats. C’est secouer notre mémoire et questionner le système qui permet qu’on puisse être infect de son vivant et mériter qu’on glorifie votre dépouille parce que vous auriez fait des films ou que vous auriez des enfants. C’est rappeler simplement que l’image et le réel sont différents. C’est faire œuvre utile pour les générations qui suivent de ne pas garder que les bons chapitres dans un livre ou censurer certains ouvrages qui questionneraient ou ne répondraient pas à une bienséance que ces gens ont piétinée toute leur vie. Je n’ai pas l’intention de cracher sur leur linceul ou de crever les pneus de leur corbillard. Ou même de me réjouir de leur m0rt. Mais je considère comme un devoir de mémoire de dire tout de suite quels monstres iels pouvaient être même sacrés. Les icônes, ce n’est pas ça. Ce n’est pas l’affirmation violente et sans nuance de son statut d’oppresseur protégé ou de sa vision rétrécie à son plus simple objet de la femme. Non. Le sacré est ailleurs que dans l’immonde visage du rejet de l’autre, quelle qu’en soit la beauté ravageuse des traits dans sa jeunesse (qui semble absoudre toutes ses outrances), ou l’affirmation hypocrite de sa foi. Et peut-être que d’enfin les dénoncer m0rts nous aidera à les dénoncer mieux et justement vivants. BB. Bye Biatche. Rest.

MAUVAISE ANNÉE par Ariane Dierickx Petit (sur FB)
J’aimerais garder au moins l’espoir…
Cela fait plus de 25 ans que je me suis engagée dans les luttes contre les inégalités. D’abord pour faire progresser les droits des femmes, puis depuis douze ans en faveur des personnes sans chez-soi.
Ces dernières années, dans chacun de ces secteurs, on avait réussi à faire bouger les lignes. Dans l’un, à libérer la parole, à mettre en place des dispositifs d’aide aux victimes de violences et obtenir quelques avancées, notamment législatives. Dans l’autre, à passer d’une logique de gestion du sans-abrisme à celle de la sortie de rue, à faire entendre aussi que perdre son logement n’est pas un échec personnel mais le manquement collectif d’une société qui fait le choix d’une certaine répartition des richesses. Que se loger est un droit, pas un produit d’investissement. On avançait. Trop lentement, parfois selon la très frustrante logique des deux pas en avant un pas en arrière, parfois plus en surface qu’en profondeur. Mais on avançait.
C’est terminé.
Les annonces de coupes budgétaires tombent les unes après les autres. En préparant le budget 2026 de « L’Ilot / Sortir du sans-abrisme », le constat est brutal : nous ne pourrons pas maintenir toutes nos actions.
Pour la première fois depuis que j’ai l’honneur de diriger cette belle association, nous allons devoir supprimer certains services rendus aux publics qui font appel à nous. Nous allons devoir “choisir” qui accompagner. Qui accueillir. Qui laisser de côté.
Se poser cette question quand on lutte contre l’exclusion, c’est insupportable.
Je sais que ce monde est aujourd’hui conduit par des discours caricaturaux, qui jouent sur les peurs et sur des clichés permettant de justifier certains choix politiques supposés mieux gérer notre société. Mais ce ne sont pas des clichés qui viennent frapper à nos portes. Ce sont des femmes, des hommes et de plus en plus d’enfants.
Pour la première fois en 25 ans, j’aborde l’année nouvelle avec beaucoup moins d’optimisme.
Depuis des années déjà, nous anticipons le fait qu’on ne peut plus compter uniquement sur l’argent public. Même s’il y a une légitimité totale à attendre que nos impôts servent à soutenir les personnes les plus exclues. D’autant plus quand ces exclusions sont la conséquence des politiques qui sont menées ou qui ne le sont pas.
Depuis des années, les actions portées par l’ensemble des équipes de L’Ilot reposent en grande partie sur la générosité de personnes et organisations privées qui sont elles-mêmes de plus en plus sollicitées, par toutes les causes – sans doute plus légitimes les unes que les autres.
Mais dans notre secteur et dans un contexte d’aggravation de la pauvreté, même avec la meilleure volonté du monde, comment espérer faire plus ou mieux avec moins, face à des personnes de plus en plus nombreuses qui n’ont plus rien ?
En ce début d’année, je sais que je dois puiser, comme tout le monde, dans ce qui peut nous motiver à aborder 2026 de façon un peu plus positive. Et je dois reconnaître que je cale.
Alors si l’espoir est en berne, il reste la motivation. Cette motivation, je la trouve en regardant les équipes de L’Ilot qui se démènent sur le terrain. Celles avec qui nous préparons le pire. Ces collègues fantastiques que j’ai vus pleurer tant de fois. Parce qu’on est humains et qu’on ne peut pas toujours être là avec le sourire. Parce que parfois on ne peut pas, et on ne doit sans doute pas, tout supporter.
Ces femmes et ces hommes, engagés comme jamais, qui sont parfois eux-mêmes au bord des précarités que nous accueillons, sont pourtant capables de donner le meilleur de ce que nous pouvons attendre de nos humanités. En transformant notre indignation face à l’évolution cynique de ce monde en force de solidarité, pour ne pas abandonner l’ambition de ne laisser personne de côté.
UNE URGENCE par Amnesty International /France (sur X-Twitter)
31 déc. 2025. Israël vient d’interdire à Gaza 37 ONG (Organisations Non Gouvernementales) qui apportent une aide vitale à la population palestinienne dont Médecins sans Frontière, Médecins du Monde et OXFAM. C’est une stratégie de punition collective, une violation du droit international. Le monde doit agir. Chaque heure d’inaction coûte des vies.

JOURNAL D’UN INDÉPENDANT par Alain Raviart (sur FB).
On va rire. Georges-Louis Bouchez a écrit ceci ce jour : « Quand on fait quelque chose, on provoque des critiques chez trois catégories de personnes: celles qui voudraient faire la même chose mais ne le peuvent pas; celle qui voudraient faire le contraire et surtout celles qui ne font rien. » (George Patton). Je réponds donc ceci sur son mur à Bouchez : “Il y en a une quatrième : ceux qui entreprennent et qui sont victimes de ce “quand on fait quelque chose”. Reprendre les citations des autres est généralement l’arme à blanc des peu de culture. Ils sont incapables d’écrire et de créer une phrase. D’ailleurs, les phrases à emporter devraient aussi passer à 12% de TVA.” Belle journée !
IL N’Y A PLUS DE « MARCHÉ DE L’EMPLOI » par Benoit De Vos Dumont (sur FB)
Les récentes déclarations du Président du PS sont inquiétantes.
Reconnaître qu’aucun parti ne voudra jamais revenir sur les décisions de l’Arizona a le mérite de l’honnêteté. Mais elle ne trace aucun horizon pour les milliers de personnes, brutalement exclues d’un système assuranciel, pour les précipiter dans un système de protection solidaire qui ne devrait être réservé qu’aux plus démunis d’entre nous.
On attend plutôt des politiques une réflexion plus profonde et plus inspirante sur l’évolution inéluctable du marché de l’emploi qui connaît, depuis des décennies, une transformation radicale.
En cause la mécanisation, la délocalisation et surtout l’informatisation, la robotisation la digitalisation des outils de production . Et les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle.
On aura beau chercher à “activer” les demandeurs d’emploi. Poursuivre les malades de longue durée. Traquer les fraudeurs. On ne sortira pas de l’équation insoluble : il n’y a pas assez d’emplois pour tout le monde. Et il n’y a aucune raison de croire que la situation changera à l’avenir.
Faute de pouvoir capter un pourcentage des revenus de cette transformation radicale auprès des entreprises et des capitaines d’industries qui en profitent éhontément, notre système économique patine. Moins d’emplois c’est moins de cotisations sociales. Moins de cotisations sociales c’est moins d’argent dans les caisses de l’État. Et c’est la solidarité qui, à son tour, patine…
Fin 2024, il y avait 174.000 offres d’emploi. Pour plus de 300.000 chômeurs. Auxquels le gouvernement vient de rajouter 100.000 malades de longue durée qu’il veut remettre dans le marché de l’emploi. Qui n’existe plus.
Tenter de faire croire qu’on va aujourd’hui recréer suffisamment d’emplois pour tous est aussi dégueulasse que de prétendre qu’il suffit de se bouger le cul pour en trouver.
Il faut oser dire qu’il n’y a pas de problème « d’emploi » : il y a un problème économique majeur. Il faut retrouver l’argent perdu dans la disparition des cotisations sociales.
Et un problème ontologique. Il faut que chacun.e puisse disposer d’un temps de “travail “. Une activité, même partielle, même ponctuelle qui donne du sens à la vie.
Retrouver de l’enthousiasme et de la dignité. Participer à l’essor du monde. Faire en sorte que le temps libre, qui est et sera de plus en plus important, ne soit pas que du temps vide. Plus que l’emploi, la culture, la solidarité, l’art, le sport pourraient être demain le ciment de nos échanges et de notre solidarité. Les deux problèmes, économique et ontologique, sont bien réels. Personne ne peut dire qu’il en a la clef. Mais on devient certain d’une seule chose: aucun des deux ne peut espérer être résolu par l’emploi.
LE DÉSIR D’APOCALYPSE par Bruno Ruiz (sur FB)
Depuis quelques années, on assiste à un phénomène que l’on pourrait nommer « le désir d’Apocalypse ». Comme si tout conduisait à la destruction de la Terre, à la fin de l’Histoire, de la politique, de la démocratie, de la république, des valeurs fondamentales ; comme si tout nous précipitait malgré nous vers l’inéluctable. Nous serions au bord d’une guerre planétaire, d’un fascisme proliférant inévitable, une humanité plongée dans les ténèbres d’un entonnoir mortifère et dantesque. Cela serait la conséquence d’un capitalisme que rien ni personne ne pourrait arrêter, dépasser, entraînant l’extinction des espèces, de la nature et, bien entendu, n’ayons pas peur des mots du cosmos lui-même. On n’arrive pas bien à savoir si cela viendrait de la surpopulation ou de la dépopulation.
En vérité, cette façon de percevoir l’avenir – cette théorie très partagée – a un but qui semble bien dessiné et utile à ceux qui détiennent le vrai pouvoir, celui de l’argent. C’est vrai : à quoi bon agir puisque tout est désormais irréversible ? A quoi bon se battre contre le capitalisme puisque rien de vraiment probant pourrait le remplacer, tant le désastre est déjà bien avancé ? A quoi bon défendre la planète puisque on est incapable de prendre de vraies et grandes mesures ? A quoi bon se battre contre le fameux « mur d’argent » puisque rien ne peut le déplacer ? A quoi bon perdre son temps à nuancer son jugement puisque tout est égal, que tout revient au même ? A quoi bon rêver d’un autre monde puisque de toute façon, un monde nouveau est impossible à faire naître dans les conditions actuelles ? A quoi bon penser, analyser puisque cela ne sert à rien, que tout est voué à l’échec, au néant, à la disparition, au grand vide intersidéral ?
Cela est tellement facile de voir les choses de cette façon. On se tient chaud dans la chute libre, y a rien à faire, qu’à attendre la fin, que tout saute. À la fin des années 1970, le mouvement punk avait trouver la formule imparable : no future. Une vision suicidaire du monde au nom de la lucidité de ceux qui avait tout compris sans vraiment l’analyser, mettant fin au savoir, à tout ce qui pouvait exister encore. Puisqu’on était incapable de régler les problèmes c’est qu’il n’y en avait pas. Et si il n’y en avait pas, a quoi bon en chercher ? Et ainsi de suite. Il suffisait alors de jouir et de profiter de l’immobilisme général, se jetant à corps perdu dans les paradis artificiels et tout ce qui pouvait s’apparenter à une fuite du réel. Laisser faire était un combat. Beaucoup confondirent – à tort – le mouvement Punk avec l’Anarchisme, mêlant et déformant dans des tambouilles obscures et conceptuelles tout ce qui pouvait avoir l’illusion de la non pensée.
Est-ce un signe des temps ? Toujours est-il qu’on en est encore là aujourd’hui. Dans ce refus de la nuance, ce dégoût de la pensée rationnelle, ce mépris des combats perdus d’avance, ce désespoir jeté en pâture aux nouveaux religieux qui profitent de l’aubaine pour récupérer la crédulité des peuples désemparés. On préfère lire entre les lignes avant de lire ce qui est écrit, on préfère détourner au lieu d’analyser, le hors sujet devient une habitude de pensée, et le réel devient suspect dans chaque information.
Que dire et que faire face à ce constat ? Comment affronter les questions de nos enfants, de nos petits enfants ? Comment – non pas les armer – mais plutôt les outiller ?
J’essaie de prendre patience et de ne rien céder. Et ce qui me rassure un peu, c’est de savoir que si nous ne sommes pas très nombreux à faire la même chose, je ne suis pas seul.
C’est déjà ça.
L’OEIL DE MOUMOU. LA TOUJOURS INTÉRESSANTE ÉMISSION DE CRITIQUE DES MÉDIAS DE MOURAD GUICHARD (abonnez-vous !)
LA MISSION DE L’ARTISTE… par Jean-Pierre Froidebise (sur FB)
Douze ans que je republie ce texte en le modifiant légèrement, car je ne pense pas avoir fait mieux depuis.
Embellir le monde, élever l’esprit,
rendre le goût de la vie à ceux qui l’ont perdu,
cultiver et répandre le sentiment d’entraide, de partage et de fraternité, voilà ce que je pense être la mission de l’artiste.
Nul besoin d’être un génie pour ce faire, chacun peut toucher et agir à son niveau, nul besoin de gloire ou de fortune, laissons-la aux faussaires et aux montreurs d’ours, dont la seule préoccupation est de s’enrichir en divertissant.
Quelle prétention, me direz-vous. Mais il n’y a rien de prétentieux là-dedans, il s’agit juste de savoir ce que l’on est, ce que l’on vise et de s’y tenir, ce qui n’est guère évident vu l’ampleur du travail à fournir pour affiner son art et son âme en même temps, en s’apercevant chaque jour jusqu’au dernier qu’on aurait pu mieux faire, et être meilleur en toute chose.
On entre en art comme on entre en religion, on doit renoncer à toute forme de sécurité et souvent de confort minimum, les vies familiales ou simplement communes sont difficiles et mouvementées, et si le succès apparaît à un moment donné, il n’est qu’une étape sur la route et ne changera pas la donne de celui qui sait ce qu’il fait, et ce qu’il cherche en lui-même.
Je ne souhaite donc le succès à aucun artiste ( rires ), mais souhaite à tous une patience et une persévérance à toute épreuve, c’est la seule chose dont vous ayez réellement besoin.
Excellente année, que 2026 soit ce que vous en ferez !
États Unis :
VOTRE INTIMITÉ COMME PRIX DU PASSAGE par Rudy Demotte (sur FB)
Quand le « bon sens » numérique fait le lit du fascisme naissant.
Ou comment les USA deviennent détestables.
Ce qui se met en place aujourd’hui aux frontières étasuniennes n’est ni une innovation technique parmi d’autres, ni un simple durcissement des contrôles que l’on pourrait attribuer aux inquiétudes d’un monde instable. C’est une mise à nu, au sens le plus littéral, mais déplacée : non plus exercée sur le corps visible, mais sur ce qui, désormais, tient lieu d’identité réelle – nos données, nos relations, notre mémoire numérique, parfois accumulée sur une décennie entière comme on empile des archives en se persuadant qu’elles ne serviront jamais qu’à soi.
Ces derniers mois, des ressortissants canadiens, français et européens ont été refoulés à l’entrée des États-Unis après la fouille de leurs appareils numériques, leurs téléphones et ordinateurs devenant soudain des pièces à conviction.
Et ce n’était là que le début. Le dispositif se met en place. Le pire, plus systématique et plus intrusif, est encore à venir.

Le Rio Grande : une frontière « physique » avec le Mexique
Je préfère le dire clairement, sans détour inutile : nous ne sommes pas face à une mesure exceptionnelle appelée à disparaître avec un changement d’administration.
Les textes publiés fin 2025 par les autorités américaines, notamment au Federal Register, décrivent au contraire l’installation patiente d’un nouveau mode de gouvernement des individus, dans lequel l’entrée sur un territoire ne dépend plus seulement du respect des règles, mais de l’acceptation préalable d’être rendu lisible, interprétable, exploitable.
On me dira que ce type de contrôles existait déjà, parfois depuis des années. C’est vrai, en partie. Mais ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas l’existence du contrôle, c’est son changement de nature : il ne s’agit plus d’un regard ponctuel, mais d’une agrégation systématique, automatisée, cumulative, qui transforme des fragments de vie en profil durable.
La frontière ne contrôle plus, elle dissèque
Pendant longtemps, franchir une frontière consistait à prouver que l’on existait juridiquement : un passeport, parfois un visa, et cette fiction commode selon laquelle l’État se contentait de vérifier une identité sans prétendre comprendre une vie. Cette époque, avec son illusion de neutralité administrative, appartient désormais à l’histoire.
Ce que les autorités américaines assument aujourd’hui, et que Reuters, l’Associated Press ou le Washington Post ont documenté sans complaisance, relève d’une logique bien plus intrusive : il ne s’agit plus d’identifier une personne, mais de la qualifier, d’anticiper ses comportements, d’évaluer ses affinités, de mesurer sa compatibilité avec un ordre sécuritaire donné. La frontière cesse d’être une ligne géographique ; elle devient un processus étiré dans le temps, qui commence parfois dix ans avant le départ et se prolonge bien après l’arrivée, dans des systèmes auxquels l’individu n’aura jamais accès.
La parole, première dépouille
La première couche que l’on retire est celle de l’expression.
Les voyageurs sont désormais tenus de déclarer les réseaux sociaux utilisés au cours des cinq dernières années, exigence confirmée par la Customs and Border Protection et commentée avec inquiétude dans la presse américaine.
Cinq années de paroles écrites, souvent à la hâte, parfois avec ironie, parfois sous le coup de l’émotion, produites dans l’illusion de la spontanéité, deviennent ainsi des éléments d’appréciation frontalière. Ce qui était encouragé hier – s’exprimer, participer, réagir – se transforme en matière à suspicion. La frontière ne s’intéresse plus à ce que vous êtes, mais à ce que vous avez laissé apparaître, à ce que vous avez cru pouvoir dire sans conséquence.
Dix ans d’e-mails : l’archéologie d’une existence
Viennent ensuite les adresses e-mail, toutes celles utilisées au cours des dix dernières années, comme le précisent les documents réglementaires analysés par Reuters. Il ne s’agit pas de lire des correspondances, assure-t-on, mais de disposer des points d’accès d’une vie entière. Une adresse e-mail est un pivot : elle relie des services, des affiliations, des engagements professionnels, intellectuels ou militants. En livrer la liste, c’est permettre la reconstitution d’un parcours avec une précision parfois plus implacable que la mémoire humaine.
Les numéros de téléphone, exigés sur cinq ans, complètent ce dispositif avec une efficacité presque chirurgicale. Ici, ce n’est plus le contenu qui importe, mais la relation : qui appelle qui, à quelle fréquence, dans quels cercles. Le lien social devient une structure exploitable. L’intime, un graphe.
La famille aspirée dans la procédure
Le basculement véritable intervient lorsque la fouille cesse d’être individuelle. Les textes prévoient la collecte d’informations détaillées sur les parents, les enfants, les frères et sœurs : noms, dates et lieux de naissance, adresses, parfois coordonnées. Comme l’a relevé Le Monde, l’individu devient ainsi le dépositaire administratif de la vie privée de ses proches, lesquels n’ont pourtant rien sollicité et rien consenti.
La frontière devient relationnelle. Elle ne juge plus des personnes isolées, mais ausculte des constellations entières.
Le corps comme dernier verrou
Lorsque les données ne suffisent plus, le corps est convoqué : photographie du visage, empreintes digitales, reconnaissance de l’iris, et désormais l’ADN à l’horizon des données mobilisables, comme l’indiquent les documents stratégiques du Department of Homeland Security. L’identité juridique est jugée insuffisante ; le corps devient le dernier mot de passe, la preuve qui ne se discute pas.
Je note, non sans une ironie sombre, que ce corps autrefois sanctuarisé par le droit devient ici un simple identifiant technique. On ne vous touche pas. On vous scanne.
Le téléphone, frontière que l’on porte sur soi
Tout cela s’opère sans cris, sans uniformes, sans violence apparente. Le téléphone devient le poste-frontière que l’on transporte dans sa poche : application officielle, selfie, géolocalisation ponctuelle, preuve numérique de sortie du territoire. La mise à nu devient fluide, presque aimable.
Ce n’est pas une hypothèse. Wired, l’Associated Press et Le Monde ont documenté l’augmentation continue des fouilles de téléphones et d’ordinateurs portables par la CBP, rappelant que, pour les non-citoyens, le refus de coopérer peut entraîner rétention prolongée ou refoulement. J’avais moi-même consacré un billet à ces voyageurs bloqués à la frontière, confrontés à une fouille silencieuse de leur vie numérique. Ce n’était pas une anomalie. C’était un signal.
Certains imaginent qu’il suffirait d’entrer sans téléphone, ou avec un appareil vierge. C’est une illusion rassurante. La frontière contemporaine ne commence pas dans la poche, mais bien avant, dans l’ensemble des traces déjà produites, recoupées, stockées, souvent à notre insu.
Une puissance qui se rend détestable
Il faut le dire sans détour : à force de transformer l’entrée sur son territoire en épreuve intrusive, les États-Unis sont en train de se rendre détestables. Non pas au sens idéologique – quoique …–, mais au sens sensible, presque corporel.
Voyager vers l’Amérique devient pour beaucoup une expérience anxiogène, soupçonneuse, dissuasive, comme l’ont relevé Reuters et l’Associated Press à propos des effets sur le tourisme, les universités et les échanges intellectuels.
La situation est encore plus délicate pour celles et ceux qui n’ont pas le luxe du choix : chercheurs, salariés, artistes, cadres, contraints de se déplacer pour travailler. Leur “consentement” à l’exposition de leur vie numérique est souvent moins un choix qu’une condition implicite de l’emploi.
Des établissements académiques américains conseillent désormais à leurs invités étrangers de voyager avec des téléphones dédiés, presque vides, comme on le ferait pour entrer dans un régime dont on connaît trop bien les excès. Ce simple fait dit beaucoup. Une puissance qui oblige ceux qu’elle accueille à se dépouiller de leur intimité entame ce que l’on appelait autrefois son soft power. Elle n’attire plus. Elle inquiète. Elle ne fascine plus. Elle dissuade.
Palantir, ou l’industrie de la transparence forcée
Cette mise à nu ne devient politiquement opérante que parce qu’existent des outils capables de l’agréger, de la croiser, de la transformer en décisions. Palantir est l’un des acteurs centraux de cette architecture, comme l’ont rappelé à de nombreuses reprises le New York Times et Le Monde.
J’ai déjà écrit sur Palantir, sur son idéologie foncièrement antidémocratique, sur ses connexions politiques, sur sa manière de transformer le réel en profils, en risques, en scénarios prédictifs. Palantir ne se contente pas d’assister la décision ; elle façonne la manière même dont les États regardent les individus, en substituant au citoyen une entité calculable, anticipable, classable.
Les frontières ne sont jamais des dispositifs isolés. Ailleurs, ces mêmes architectures de données ont déjà été utilisées dans des contextes militaires ou sécuritaires extrêmes, où la classification algorithmique a servi non plus à filtrer des entrées, mais à désigner des cibles. Ce sont des laboratoires du pire, qu’il serait dangereux de considérer comme des exceptions lointaines.
Son directeur général, Alex Karp, l’a affirmé publiquement : rendre les États plus efficaces que leurs adversaires implique parfois de faire peur aux ennemis et de les tuer à l’aide des technologies développées. Dans cette vision du monde, la mort n’est ni un scandale ni une rupture morale ; elle devient une variable admissible.
L’Europe, et la France comme symptôme
Il serait confortable de croire que cette logique ne concerne que les États-Unis. L’Europe, pourtant, s’y inscrit déjà, à pas feutrés. La France en offre un exemple limpide : en reconduisant récemment un contrat liant la DGSI à Palantir, comme l’ont confirmé Le Monde et Challenges, elle a accepté de déléguer une part décisive de son intelligence sécuritaire à une entreprise américaine dont les dirigeants revendiquent une vision du monde où la démocratie apparaît comme une contrainte, parfois tolérée, jamais centrale.
La circulation transatlantique des données, y compris parmi les plus sensibles, a déjà été acceptée dans d’autres contextes récents, au nom de l’urgence ou de l’efficacité. Il serait naïf de croire que les frontières numériques respectent davantage la souveraineté que les frontières physiques.
Ce choix n’est pas un accident. Il révèle une fragilité intellectuelle profonde, cette croyance persistante que l’on peut importer des outils sans importer la vision du monde qui les a produits, comme si la technologie était neutre, comme si les algorithmes ne portaient pas en eux une manière de trier le vivant.
Quand le « bon sens » numérique fait le lit du fascisme naissant
Employer le mot fascisme n’est pas ici une description de régime, mais un signal d’alarme. Ce qui se joue n’est pas encore une idéologie assumée, mais une fascisation lente, procédurale, portée par des outils présentés comme raisonnables, efficaces, presque neutres.
C’est ici que se dévoile la mécanique la plus inquiétante de notre époque. On nous répète que la sécurité exige des données, que la technologie est neutre, que ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont rien à cacher. Ces phrases paraissent raisonnables. Elles sont même devenues familières. Mais c’est précisément parce qu’elles semblent évidentes qu’elles sont dangereuses.
À force d’être martelé, le « bon sens » cesse d’être discuté ; il devient une injonction. Il fabrique une docilité nouvelle, fondée non sur la peur immédiate, mais sur l’acceptation progressive de l’inacceptable. Ce n’est plus la contrainte qui domine, mais le consentement organisé.
Le fascisme qui naît de ce terrain n’a rien de spectaculaire. Il ne réclame ni cris ni uniformes. Il avance à bas bruit, porté par des procédures, des tableaux de bord, des algorithmes. Il ne dit pas obéis. Il dit optimise. Il ne dit pas soumets-toi. Il dit sois transparent.
Ce qui vient
Ce qui se dessine n’est pas un État brutal à l’ancienne. C’est plus propre. Plus silencieux. Plus redoutable. Un État qui n’interdit pas, mais qui observe ; qui ne censure pas, mais qui classe ; qui ne contraint pas, mais qui exige l’exposition totale.
La frontière ne sépare plus des territoires. Elle trie des existences. Elle n’est plus un seuil, mais une table d’examen où l’on ausculte des vies entières, où l’on soupèse des relations, où l’on interprète des silences.
Il n’y aura pas de scène finale. Pas de moment spectaculaire.
Seulement cette habitude qui s’installe, presque poliment : se mettre à nu pour passer, livrer sa vie pour circuler, offrir ses données pour être toléré.
Et lorsque l’on cherchera à comprendre comment les libertés ont cessé de tenir, on constatera sans doute ceci : elles n’ont pas été arrachées.
Elles ont été rendues, puis dissoutes dans la transparence devenue norme, dans l’acide sournois de l’indifférence coupable.
Rudy
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