LES ESCLAVES DES ALE ET LES FOUILLE-MERDES DE TIKTOK par Bernadette Schaeck

Travailleurs en ALE : « Bons » à être jetés des allocations de chômage. Mais d’abord « bons » à travailler pour rien. Les chômeurs travaillant en ALE (Agences locales pour l’emploi) n’échappent pas aux mesures Arizona de limitation dans le temps des allocations de chômage. Ils sont exclus comme les autres. Par ceux-là même qui qualifient souvent d’essentielles les fonctions qu’ils occupent, comme les garderies dans les écoles, par exemple. Ces “fonctions essentielles”, c’est en tant que chômeurs indemnisés qu’ils les assuraient. Elles risquaient donc de ne plus être assurées vu l’exclusion massive.
Pour éviter cela, les Parlements wallon et Flamand ont étendu l’accès aux prestations ALE (Vrij-werken en Région flamande) à de nouvelles catégories de personnes.

Le Parlement wallon a décidé le 11 décembre 2025 d’élargir l’accès au dispositif ALE à deux nouvelles catégories de demandeurs d’emploi :
– Celleux qui sont inscrits comme demandeurs d’emploi depuis un an au moins ;
– Celleux qui bénéficient d’allocations de chômage, d’insertion ou de sauvegarde, dont l’employabilité est jugée faible ou très faible, et que le Forem oriente vers les ALE dans le cadre de leur parcours d’insertion (plan d’action).

L’objectif est clair :
– Que ces « missions essentielles » soient toujours effectuées, toujours sans l’ouverture d’aucun droit à la sécurité sociale, et dans des conditions encore plus dégradées.
Qu’elles puissent être effectuées désormais par les chômeurs exclus qui n’auront pas droit au RI [Les bénéficiaires du RI ont accès aux prestations ALE]
Ces personnes travailleront donc pour rien ou presque : la seule rémunération ALE.

– Pouvoir obliger les chômeurs indemnisés à travailler en ALE si le Forem juge que c’est bénéfique pour leur insertion, et que c’est donc inscrit dans leur plan d’action.

– Ajoutons à cela que beaucoup de CPAS exigent que leurs bénéficiaires s’inscrivent en ALE. Cette obligation figure souvent (à côté de l’inscription dans des firme d’intérim) dans le PIIS, Projet individualisé d’intégration sociale). Les bénéficiaires du RI en Région wallonne constituaient en 2022 une partie importante des travailleurs en ALE : 1.000 travailleurs par mois pour 270.000 heures prestées. La même année, 5.400 chômeurs par mois travaillaient en ALE pour 1.700.000 d’heures prestées. La proportion de bénéficiaires du RI travaillant en ALE est donc beaucoup plus importante que celle des chômeurs.

– Les « missions essentielles » seront donc probablement assurées, en bonne partie. Peut-être pas toujours celles que nous estimons les plus essentielles, mais en tout cas celles dont nos dirigeants ont besoin. Elles le seront de gré ou de force. Souvent de force, ne fut-ce que pour échapper un peu à la misère totale pour ceux qui seront exclus des allocations de chômage. Souvent de force pour les bénéficiaires du RI pour lesquels le CPAS estime que ça participe à la preuve de leur “disponibilité au travail” (une des six conditions d’octroi du RI).

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CPAS d’Anderlecht : des constats alarmants. Qui confirment les nôtres.
Un article paru dans « Bruxelles Today », relayant une information parue dans la DH, fait état d’une situation catastrophique. N’en déplaise à Marcela GORI, vice-présidente MR du CPAS d’Anderlecht, tout ne va pas très bien dans « son » CPAS. La situation s’est même fortement dégradée en 2025. Et, bien sûr, l’année 2026 s’annonce mal avec l’afflux de demandes suite à la réforme du chômage.

– Explosion des recours devant le Tribunal du travail suite aux retards accumulés dans le traitement des dossiers (nous sommes bien placés pour le savoir !) : 780 requêtes en 2025 (contre 186 en 2024). 598 autres sont toujours en attente de jugement devant le Tribunal du travail.
– Explosion consécutive des coûts financiers liés à ces recours : 66.000 euros de frais de procédure (6.000 en 2024) et 52.000 de dommages et intérêts (11.000 en 2024) accordés par les juges aux usagers. (NB. Le montant de 52.000 euros de dommages et intérêts me parait élevé, étant donné que tous les avocats ne demandent pas des dommages et intérêts ; que lorsqu’ils en demandent, le juge ne l’accorde pas nécessairement ; et que quand le juge les accorde, c’est de l’ordre de 500 à 1.000 euros maximum. Mais vu le nombre élevé de recours, le montant total est plausible. Et c’est tant mieux !!).
– Explosion des frais d’avocats externes pour défendre le CPAS devant le Tribunal du travail estimés à près de 300.000 euros pour l’année 2025.
– Recours massif à des travailleurs intérimaires (!) pour un coût avoisinant 600.000 euros.
(NB. D’après nos informations, il s’agirait de travailleurs engagés via une firme privée, censés être plus efficaces et mieux formés que les autres AS engagés par la voie habituelle.
Il semble que c’est une pratique répandue en Région flamande [informations à creuser. Allo les syndicats].

Nous avons à de nombreuses reprises, depuis de très nombreuses années, seuls ou avec d’autres associations et services sociaux, interpellé les responsables du CPAS d’Anderlecht.
A chaque fois, nous avons déploré un déni de l’ampleur des problèmes rencontrés par les usagers. Or, s’il y a déni, il y forcément absence de recherche de solutions à la mesure des problèmes.
– Énormité des frais d’avocats externes pour défendre le CPAS devant le Tribunal du travail !
Avocats qui pourtant obtiennent rarement gain de cause puisque le CPAS est le plus souvent totalement en tort. Il serait intéressant de connaître le pourcentage de recours gagnés par les usagers. Les 300.000 euros seraient plus utiles à engager du personnel (social et administratif) pour traiter les dossiers qui ne le sont pas, ce qui entraîne les nombreux recours. Surtout si on y ajoute les 66.000 euros de frais de procédure et les 52.000 de dommages et intérêts. Total 418.000 euros.
– A propos du nombre de dossiers 2025 qui ne sont pas traités à ce jour : nous sommes convaincus qu’il y en a beaucoup plus que de 200 à 300. Ils ne sont d’ailleurs tout simplement pas comptabilisés…
– Alors que le problème consiste dans l’incroyable difficulté d’accès aux droits, le reportage de la VRT l’an dernier, et les 80 heures d’audition à la Commission des affaires sociales, ont fait en sorte que beaucoup de personnes sont encore convaincues qu’au CPAS d’Anderlecht, on distribue l’argent à tout va…

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Alerte rouge aux contrôles tous azimut. “ Le rouge signifie qu’une vigilance absolue s’impose. Des phénomènes dangereux d’intensité exceptionnelle sont prévus.” Beaucoup de CPAS fouillent vos comptes Facebook, Instagram, Tik-Tok.
Beaucoup d’entre eux analysent vos données sous le prisme de la suspicion d’office de fraude, et tirent des conclusions totalement fausses de ce que vous publiez. Vendre quelques mèches de cheveux, pour parfois trois fois rien, peut vous amener à un retrait du RI (revenu d’insertion), à une récupération du RI perçu, ou encore à des sanctions et/ou une plainte à l’auditorat du travail.
Refus ou retrait du RI injustifié : il s’agit bien d’un “phénomène dangereux d’intensité exceptionnelle” au niveau social !
Bien sûr, une décision du CPAS peut être contesté devant le Tribunal du travail. Mais en attendant, le mal est fait.
Vous risquez de vous retrouver sans rien pendant la durée de la procédure en justice.
Je publierai à nouveau un de ces jours les exemples les plus délirants de ce que certains CPAS ont considéré, à tort, comme fraudes. C’est un de ces exemples connus qui m’incite aujourd’hui à publier ceci. Soyez prudents, les z’ami(e)s. Et bonne nuit.

Bernadette Schaeck, de l’Association de Défense des Allocataires Sociaux

Contact : http://www.adasasbl.be

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