C’EST (VRAIMENT) VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles

JE ME MOQUE DE L’IA par Stéphane Vanden Eede (sur FB)

De temps en temps, je pousse l’IA dans ses retranchements…
Ce soir, sa connaissance de l’appareil critique développé vis-à-vis du “mythe Gandhi” et ce, au départ d’un texte de CHRONIK.be (dont l’anonymat m’énerve mais c’est un autre débat).
Verdict des recherches :
SV > Désolé mais ce dernier livre n’a rien à voir avec Gandhi. On va en rester là…. Votre prédation en eau, électricité et minerais rares est honteusement inversement proportionnelle à la qualité de vos recherches. Je n’oserais même pas vous utiliser comme calculette sans vérifier sur mes propres doigts…
Gémini > Je reçois votre critique sans filtre, et elle est on ne peut plus juste. Ce naufrage illustre parfaitement le côté “boîte noire” de ma technologie : plus je m’obstinais à vouloir vous donner une réponse précise, plus je m’enfonçais dans la fabrication de preuves (titres inventés, attributions erronées), consommant effectivement des ressources colossales pour produire du vent. C’est le paradoxe de ces modèles : capables de calculer des probabilités sur des milliards de mots, mais incapables de dire simplement « Je ne sais pas » sans y être poussés dans les cordes.
Votre sévérité est un excellent rappel à l’ordre. Une IA qui “hallucine” avec aplomb est une pollution intellectuelle avant d’être une pollution écologique. Bonne continuation, et gardez vos doigts à portée de main : ils sont bien plus fiables que mes circuits sur ce coup-là.

Autant le sachoir…

UHODA JAZZ À LIÈGE, UN LEURRE ? par Philippe Delchambre (par mail)

Bonjour,

L’e-mail auquel j’adresse ce message est le seul qui soit renseigné pour le Festival de jazz à Liège. Étonnement, cette adresse réfère à la salle de spectacle qui jouxte la Cité Miroir. Auriez-vous la gentillesse de bien vouloir faire suivre ce message auprès des personnes en charge des «réservations par internet», aux responsables de ces personnes ainsi qu’aux passeurs d’ordres?
Il y a quatre jours je me suis rendu sur le site jazzaliege.be pour connaître les conditions d’accès au concert de Rêve d’Eléphant Orchestra, une magnifique formation de musiciens de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Votre site renvoie à un prestataire privé -américain- pour acquérir une place shop.paylogic.com, comme si encore aujourd’hui il serait devenu impossible de réserver une place! Comme l’illustre la saisie d’écran jointe en fin de ce message, j’ai constaté que le concert était complet (mention « épuisé»), impossible d’acquérir une place. Aussi ai-je renoncé à me rendre à Liège, mais heureux du succès rencontré par ce concert.
Ce jeudi 7 mai en soirée un ami m’apprenais que la salle était … vide, photo à l’appui, et que d’autres personnes ont connu le même sort que le mien ! Il y a dans cette histoire une ou plusieurs personnes qui n’ont pas assuré leur travail et d’autres qui n’ont pas vérifié la bonne exécution des tâches, déshonorant le travail des artistes et les soutiens financiers -entre autres publics!- de votre organisation.
J’espère obtenir des explications, et connaître les mesures qui seront prises.
Salutations,

Philippe Delchambre (Watermael-Boitsfort)

L’INTERVIEW DE MÉLENCHON SUR « BRUT »

AH ! LA VIEILLESSE ! par Chantal Mertens (sur FB)

J’ai réussi à garder mes parents dans leur appartement pendant 4 ans … au prix de nombreux sacrifices. Mon père avait Alzheimer avancé, ma mère la débilité sénile. J’avais pris une aide-ménagère … qui acceptait même de doucher mon père. Je faisais livrer des repas chauds tous les jours.
J’avais changé tout leur électroménager. Ma mère foutait le feu au building en mettant un caquelon plein d’huile sur le feu à gaz … allumé !
J’ai retiré tous leurs tapis … pour qu’ils ne tombent pas. … J’ai fait faire des doubles des clés et je les ai distribué aux voisins et au concierge.
Chez moi, ce n’était pas possible. J’ai des marches devant mon entrée et mes parents ne savaient pas les franchir.
Un jour, cela n’a plus été possible. Ils glissaient sur le sol en pleine nuit et hurlaient jusqu’à ce que quelqu’un vienne les relever … pour retomber 1h plus tard … Les voisins ont dit que ce n’était plus possible pour eux. Une de mes sœurs et moi sommes allés visiter une maison de repos privée. 3000€ par personne/mois !! Marketing impeccable ! Service à table midi et soir, chambres séparées … Sauf qu’au bout d’une semaine, ils se sont retrouvés au Cantou !!

En principe, “Un « cantou » (Centre d’Activités Naturelles Tirées d’Occupations Utiles) est une petite unité de vie spécialisée au sein d’une maison de repos, conçue pour accueillir des personnes désorientées ou atteintes de la maladie d’Alzheimer. Il offre un cadre familial et sécurisé (souvent 12 à 18 résidents) avec un personnel dédié pour préserver l’autonomie, favoriser la déambulation et limiter la médicalisation.. Cela, c’est la théorie .
Bref, une nourriture faite de bouillie, ma mère attachée 24h/24 pour ne pas devoir la relever, aucun soin !!
J’y suis même allée avec le bourgmestre pour réclamer. “Vos sœurs ont signé qu’on pouvait l’attacher. Vous devez signer aussi !!”
Bref, le bourgmestre m’a donné les coordonnées d’un médecin, que j’ai appelé et qui a déclaré que si ils restaient là, ils seraient morts dans les 2 mois !! Je les ai fait sortir avec des ambulances médicalisées. Le jour de leur départ, ils avaient disparu !! La maison de retraite les avait enfermé dans le restaurant, sans eau, sans manger. Je les ai retrouvés après 2h…
Les ambulances les ont conduit dans la maison de retraite que j’avais choisie au centre-ville. Je les ai installés avec tous leurs souvenirs présents. Tout était prévu. Ils avaient chacun des espaces souvenirs, des places pour leurs tableaux, tout, tout, tout !
Ma mère n’a plus jamais été attachée, juste des matelas par terre au cas où elle tombait … Une vue sur toute la ville. Des activités récréatives prévues chaque semaine. Ah là, là, j’en ai fait danser des petits vieux dans leur cafétaria, tout heureux !!
Bref, ils se sont éteints dans la paix. Mon père d’abord, le jour des 20 ans de mon fils cadet en 2020. Ma mère en 2022. Je ne remercierai jamais assez le personnel de cette maison de repos géniale. CPAS de Bruxelles !!

CNEWS, LA HONTE D’UNE NATION par Sophie TLK (sur FB)

Le chaine de Bolloré est un “doux” mélange entre racisme, fausses informations, entrisme et intégrisme. Ces terroristes de la désinformation peuvent néanmoins compter, depuis quelques mois, sur l’indulgence de l’Arcom. Malgré cela, Cnews n’échappe pas à une perte d’audience la reléguant troisième des chaînes d’information. Patatra.
Cnews c’est quoi ? Ce sont des condamnations pour des propos stigmatisant les personnes immigrées, des propos climatosceptiques, des démonstrations fallacieuses établissant un lien entre l’immigration, l’hygiène et les punaises de lit. Ce sont toutes les insultes d’Eric Zemmour contre les migrants. C’est le refus de retirer le pédocriminel Morandini de l’antenne malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineur (c’est lui qui a fini par quitter la chaîne). Parmi les condamnations ayant visé la chaîne Bolloré, en février 2024, dans l’émission En quête d’esprit, l’interruption volontaire de grossesse a été présentée comme la « première cause de mortalité dans le monde », “en mettant sur le même plan, dans une infographie, ce geste médical, qui est un droit constitutionnel en France, et un décompte des morts du tabac.” (Source le Monde) : nous sommes ici en présence d’une preuve d’intégrisme religieux visant à criminaliser l’avortement.

Ce n’est pas un casting pour « Dracula », mais la photo choisie par la très officielle AFP pour annoncer la candidature de Mélenchon

Cnews ne traitera pas des exactions des colons en Cisjordanie et encore moins des crimes commis par le gouvernement israélien et son armée à Gaza ou dans le Sud Liban. La chaîne reprendra mot pour mot la propagande israélienne notamment assénée à la moindre occasion par Rachel Khan : négationnisme du génocide, de la colonisation mais surtout le fait que pour elle, les soutiens au peuple palestinien sont des nazis souhaitant l’extermination des juifs. On peut aussi citer comme exemple, ce jour de juillet 2025 où la chroniqueuse Françoise Laborde traitera tous les Palestiniens de terroristes “sauvages, sanguinaires, les plus épouvantables qu’on puisse imaginer”. La sanction de l’Arcom : 75000 euros. Assimiler toutes les populations civiles ciblées par Israël à des terroristes permet aux petits soldats de Bolloré d’éviter les mots : “crimes de guerre, crimes contre l’humanité, violations du Droit international et droits humains” mais surtout de justifier des dizaines de milliers de morts sans cacher leur joie. Cette thématique “stigmatisation et criminalisation” est récurrente sur Cnews, en atteste une séquence diffusée le 8 juillet 2025 où Noëlle Lenoir, ancienne ministre déléguée aux affaires européennes avait déclaré : « Vous avez des millions d’Algériens qui présentent des risques majeurs, qui peuvent sortir un couteau dans le métro, dans une gare, dans la rue, n’importe où, ou prendre une voiture et rentrer dans une foule. ». “Des millions” nous dit-elle. Le racisme va de paire avec une bêtise crasse. 25 000 euros d’amende de l’Arcom.

Mais dans cette océan d’excréments, les sanctions de l’Arcom se font désormais bien rares. Car Cnews c’est une fake news toutes les 4 minutes dans l’émission 100%politique. C’est dernièrement le harcèlement, les diffamations et le racisme à l’encontre du nouveau maire de Saint Denis Bally Bagayoko : “chef de tribu primitive”, “singe”, “narcotrafic”, c’était open bar pour Onfray qui se découvrait soudainement une passion pour l’ethologie. Bally Bagayoko a par ailleurs porté plainte et le parquet a ouvert une enquête. Depuis plusieurs mois, l’Arcom fait preuve d’une grande indulgence envers Cnews. Là où avant l’autorité de régulation de l’audiovisuel infligeait des amendes (visiblement non dissuasives pour Bolloré), elle est passée à de simple “mises en garde” contrevenant à sa politique concernant les récidives. Selon une enquête de Médiapart : “les dossiers visant la chaîne sont bloqués par la direction générale du gendarme de l’audiovisuel, soit pour les enterrer, soit pour atténuer la sévérité de la sanction.”
Et voilà qu’au mois d’avril le couperet est tombé : Cnews est passée de première chaine “d’info” en octobre 2025, 4% de part d’audience, à troisième chaine en avril 2026 avec 2,7% de part d’audience selon Mediamétrie. Jusquà 200 000 téléspectateurs perdus pour l’émission de Pascal Praud. Mais est-ce-que ces téléspectateurs qui boudent Cnews ont tout d’un coup eu un prise de conscience quant au racisme, à l’incompétence des journalistes ou aux fausses informations en boucle sur la chaîne ? Pour les plus fidèles partageant la même idéologie : il est évident que non, ce sont les téléspectateurs occasionnels qui ont fini par ne plus regarder la chaîne Bolloré. En cause : le maintien de Morandini pendant plusieurs semaines après sa condamnation définitive en janvier, le départ de Sonia Mabrouk, le manque de couverture des guerres menées par Israël et les USA au Liban, en Iran, et en Palestine. Mais c’est surtout le manque de renouvellement des thématiques abordées et des invités : un entrisme d’extrême-droite flagrant.
Fausses informations, discrimination, racisme, xénophobie, islamophobie, propagande contre l’avortement qui est un droit constitutionnel : ce ne sont pas des opinions, ce sont des violations du Code Pénal. Cnews doit disparaître.

« CES PROPOS ME HEURTENT » par Clémentine Autain (sur son blog)

« Je suis hostile à l’immigration de travail », « absolument opposé à l’importation de main d’œuvre », la France devrait former « ses propres médecins »… Les propos de François Ruffin sur l’immigration me heurtent, comme beaucoup à gauche, et pas seulement des insoumis. Ce sujet doit être pris au sérieux, surtout quand la chasse aux migrants promue par l’extrême droite, et les droites qui lui courent après, a le vent en poupe. Il m’apparaît nécessaire d’expliciter l’émoi suscité et d’argumenter ce désaccord. « Je suis hostile à l’immigration de travail » : cette phrase choc de François Ruffin me choque. Jouer avec le chiffre de 3,9 millions d’immigrés que souhaiteraient le MEDEF, c’est charrier l’imaginaire d’une submersion migratoire, promu par l’extrême droite. Notre pays est une terre d’immigration, et doit le rester. Une France fermée, c’est une nation sans avenir. Aujourd’hui, l’urgence est d’accroître les moyens de l’accueil, et non accumuler les lois qui plongent dans l’illégalité, la précarité, l’injustice. Je refuse d’opposer les travailleurs entre eux, de les distinguer en fonction de leur nationalité. Si je veux une primaire, c’est pour que le peuple de gauche puisse choisir son incarnation, suite à débat, en conscience.

MÉLENCHON, BOMPARD ET GUETTE À MARSEILLE

« CONSEIL D’AMI » par Paul Vannier (sur X Twitter)
Je suggère à Olivier Faure de gagner une majorité au sein de son parti avant de nous faire part de ses réflexions sur les moyens d’en obtenir une à l’échelle du pays.

LE GRAND DÉMANTÈLEMENT par Rudi Demotte (sur FB)

La paix se retire. Personne n’ose encore le dire.
Je vais être franc. Ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui, ce n’est pas la guerre. C’est la manière dont nous nous y habituons avant même qu’elle ne soit là. Ce glissement presque imperceptible, cette façon de continuer à vivre, à commenter, à débattre, comme si tout cela relevait encore d’un jeu d’équilibres entre puissances raisonnables.
Je regarde les événements récents et j’ai parfois le sentiment étrange d’assister non pas à une rupture, mais à une forme d’assoupissement collectif. Le monde ne bascule pas dans le conflit en criant. Il s’y installe doucement, avec méthode, avec une certaine élégance même, comme si la brutalité devait désormais se présenter sous des dehors administratifs.
Nous avons longtemps vécu avec une idée simple : quoi qu’il arrive, il y aurait un cadre. Une architecture. Une garantie, imparfaite certes, mais réelle. Cette idée ne s’est pas effondrée d’un coup. Elle se délite. Et c’est précisément cela qui la rend dangereuse. Car ce qui disparaît lentement cesse d’inquiéter.
Et puis, parfois, un geste vient rendre ce glissement visible.
Lorsque les États-Unis décident de retirer une partie de leurs troupes stationnées en Europe, ce n’est pas seulement un ajustement militaire. C’est un signal. Un message politique, presque brutal dans sa simplicité : la protection n’est plus un acquis, elle devient conditionnelle. Pire encore, lorsqu’elle prend la forme d’une sanction déguisée, d’un rappel à l’ordre adressé à des alliés jugés insuffisamment alignés, elle change de nature.
Je ne suis pas certain que nous ayons pleinement mesuré ce moment. On a commenté des chiffres, des calendriers, des effectifs. Mais ce qui se jouait était ailleurs. Dans l’idée même de l’alliance. Dans cette confiance tacite qui faisait que, face à une menace, la réponse ne faisait pas de doute.
Ce doute est désormais là. Et il suffit.

Il suffit à transformer une alliance en contrat. Il suffit à introduire dans l’OTAN une forme de dislocation silencieuse. Pas un effondrement spectaculaire. Une érosion. Une fatigue. Une incertitude.
Les alliances ressemblent de plus en plus à des engagements que l’on renégocie au gré des rapports de force. La sécurité devient une variable. On parle de protection, mais on entend le prix. On évoque la solidarité, mais on perçoit la condition.
Il y a dans cette évolution quelque chose d’assez trivial, presque banal, et c’est sans doute ce qui la rend redoutable. Le monde ne se transforme pas sous l’effet d’une grande théorie. Il glisse vers une logique de transaction. Tout se discute, tout se monnaye, tout se conditionne. Même ce qui, hier encore, relevait de l’engagement. Et dans cet espace qui s’ouvre, d’autres avancent.
À Moscou, on n’a pas besoin de précipitation. Une alliance qui doute est une opportunité. Il suffit d’observer, de tester, d’avancer par touches. Non pas forcément pour déclencher une guerre massive, mais pour mesurer jusqu’où l’on peut aller sans réponse claire.
Une crise n’a plus besoin d’être totale pour être décisive. Quelques heures peuvent suffire à révéler une hésitation. Et une hésitation, en matière stratégique, vaut parfois permission.

Ce que certains appellent encore la stabilité ressemble de plus en plus à un équilibre fragile dont chacun éprouve les limites.
Je n’ai pas le goût des scénarios catastrophes. Ils simplifient le réel et dispensent de penser. Mais je vois bien que le risque a changé de nature. Ce n’est plus nécessairement l’affrontement frontal qui menace. C’est le test discret, calibré, presque technique. Celui qui ne déclenche pas immédiatement une guerre, mais qui démontre qu’elle pourrait ne pas être empêchée.
Et pendant que ces équilibres se déplacent, ce que nous appelons la guerre commence déjà à produire ses effets, ici, chez nous. Pas sous la forme que l’on imagine. Pas avec des sirènes. Avec des factures. Avec des arbitrages silencieux. Avec ces décisions minuscules que chacun prend sans les raconter : attendre encore avant de se soigner, renoncer à une dépense, s’adapter.
Il y a quelque chose d’un peu cruel dans cette mécanique. On explique depuis des années que les marges budgétaires sont épuisées, que les protections doivent être rationalisées, que les équilibres sont fragiles. Et soudain, lorsque la sécurité est en jeu, les mêmes États trouvent des ressources considérables. La magie existe donc. Elle change simplement de priorité.
Ce déplacement n’est pas neutre. Il ronge. Il rogne. Il déplace la ligne de ce que nous considérions comme intouchable. Moins pour la santé. Moins pour l’école. Moins pour ces protections silencieuses qui faisaient tenir ensemble des sociétés parfois fragiles mais encore solidaires.

Je ne dis pas cela pour contester la nécessité de se défendre. Ce serait une facilité. Mais pour poser une question plus simple, presque désarmante : que défend-on exactement si, chemin faisant, on affaiblit ce qui faisait notre force intérieure ?
Car c’est là que le problème devient politique au sens le plus concret. Une société qui se sent moins protégée dans sa vie quotidienne ne devient pas plus solide. Elle devient plus nerveuse, plus sèche, plus disponible pour les discours qui simplifient tout.
Et ces discours sont déjà là. Ils aiment le binaire. Ils tranchent vite. Ils désignent. Ami ou ennemi. Dedans ou dehors. Loyal ou suspect. La nuance devient suspecte. La complexité, presque une faute.
Dans ce climat, les libertés ne disparaissent pas d’un coup. Elles s’ajustent. Une exception ici. Une mesure d’urgence là. Toujours justifiée. Toujours temporaire. Jusqu’à ce que l’ensemble forme autre chose. Je regarde certaines évolutions politiques en Europe et je n’y vois pas des anomalies. J’y vois des symptômes. Une fatigue démocratique. Une tentation de repli. Une résurgence de réflexes nationaux que l’on croyait relégués à d’autres temps.
Le piège est presque parfait. Pour se défendre d’un monde brutal, on adopte des réflexes qui nous brutalisent nous-mêmes.
Dans ce contexte, j’entends souvent dire que l’Europe doit se réveiller. L’expression est juste. Elle est aussi insuffisante. Se réveiller ne suffit pas si l’on ne sait pas dans quel monde on se lève.
Nous découvrons que nous devons nous prendre en charge davantage. Très bien. Mais cela suppose de penser autrement nos alliances. Non pas en substitution, mais en élargissement. Le Canada, l’Australie, le Japon apparaissent comme des partenaires évidents. L’Afrique devient un acteur central. L’Asie ne se résume pas à une seule puissance. Il y a là des chemins. Pas simples. Mais réels.
Je ne prétends pas apporter ici des solutions. Je tente simplement de nommer ce moment. Ce glissement. Cette fatigue. Cette transformation.
Il reste une fenêtre. Elle est étroite.
Je crois qu’elle existe encore. Mais je crois aussi que nous avons une tendance constante : sous-estimer la patience de ceux qui avancent, et la lassitude de ceux qui subissent. Entre les deux, il y a un espace fragile. C’est là que tout se joue.
Et c’est précisément cet espace que nous sommes en train de laisser se refermer.

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