25 mai 2026
C’EST (VRAIMENT) VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles
Réflexions, blagues, poèmes et vidéos glanés sur « les rézozozios ».
NULS EN GÉOGRAPHIE par Sophie Tlk (sur FB)
Les néofascistes sont-ils nuls en géographie ?
Les néofascistes avaient déjà leur propre interprétation de l’Histoire, “leur roman national” comme par exemple : “Pétain a sauvé des juifs”, “les bienfaits de la colonisation” ou “la France éternelle”. Mais voilà qu’aujourd’hui ils veulent aussi redessiner la carte du monde. Entre Bardella qui confond l’Iran et l’Irak, Alice Cordier qui situe l’Afghanistan au Maghreb, ou Trump qui confond Albanie et Arménie : qu’est-ce que cela nous dit de l’extrême-droite ?
L’extrême-droite est un parti autocentré. Aux USA, la culture patriotique est un frein à la curiosité. Prenons l’exemple de Donald Trump : il a qualifié la Belgique de « belle ville », le Népal surnommé « Nipple » (téton, en anglais), il a placé l’Alaska et la Finlande en Russie. C’est précisément ici que le slogan “America first” (l’Amérique d’abord) prend tout son sens : un désintérêt pour le reste du monde. Quant aux relations internationales des USA avec les autres pays, elles ne sont pensées qu’à travers le prisme des intérêts économiques et politiques de la nation. Ainsi Trump remettra au goût du jour la doctrine Monroe pour justifier son intervention au Venezuela. Il l’agrémentera d’un document aux relents nationalistes pondu par son administration qui redéfinit la “Stratégie de sécurité nationale” des Etats-Unis : une mainmise des USA sur LES AMÉRIQUES et ses ressources… ici, le pétrole vénézuélien. Il n’a pas besoin de situer le Venezuela sur une carte, d’autres le font pour lui.
Imprégnée par le racisme, l’islamophobie et une nostalgie du colonialisme, l’extrême-droite française multiplie les amalgames, la stigmatisation, l’essentialisation des populations dites “arabes et musulmanes”. Ainsi, quand Alice Cordier nous parle de ces pays où “le viol est légal”, elle n’a que faire de l’emplacement géographique de l’Afghanistan sur une carte, ce qu’elle veut dire à ses fans c’est : “les arabes et les musulmans violent, après ils immigrent chez nous, ils violent des femmes blanches, tous les violeurs sont des immigrés donc l’immigration est un danger”. Pim pam poum, elle peut donc déplacer l’Afghanistan au Magheb, à 6500 bornes. À deux doigts de nous dire : ” les immigrés de loin là-bas… en Musulmanie”.
Quand Bardella, lors d’un discours, devant une foule extatique, confond Iran et Irak, ses électeurs n’ont que faire de cette erreur. Le candidat du Rassemblement national leur parle des prix du carburant ou pour reprendre son expression “du pétrole qui explose”. Son discours est simpliste, populiste : “ce sont les français les plus modestes qui paient la facture”, dit-il. Voilà l’unique phrase entendue par ses partisans. On en revient aux préoccupations autocentrées de ce parti : peu importe les crimes des USA dans cette région du globe, peu importe le nom du pays (loin là-bas en “Musulmanie” encore et toujours), le nombre de victimes, ce qui compte dans cette guerre, c’est l’impact sur le portefeuille de ses électeurs souchiens.
Mais au fond Bardella se fiche complètement que les plus modestes “paient la facture”. Lors d’une interview sur BFM fin avril, il volera au secours de TotalEnergies qui a realisé 5,8 milliards d’euros de bénéfice depuis le début de la guerre en IraN. À l’instar de la Macronie, Bardella s’oppose à une taxation des bénéfices exceptionnels et refuse le blocage des prix. Tout comme Alice Cordier n’a que faire que le viol soit légal dans certains pays et se fiche des victimes de violences sexistes et sexuelles, elle qui a soutenu jusqu’au bout Morandini. Son unique but étant de faire croire que la majorité des violeurs sont des migrants/étrangers, allant à contresens des statistiques du gouvernement : “Près de 9 victimes sur 10 connaissent l’agresseur, 34 % étaient des membres de la famille (50 % de (ex-)partenaires ; 50 % d’autres membres de la famille). Enfin, 64 % des agresseurs étaient des personnes non apparentées telles que des amis, des collègues ou des connaissances”.
Alors les néofascistes sont-ils nuls en géographie ? Probablement, mais ceci est secondaire dans l’idéologie d’extrême-droite puisqu’ils nourrissent un désintérêt profond pour le sort des populations hors de leur nation. Comme nous l’avons vu tout au long de ce billet, les autres pays du monde leur servent uniquement de prétexte pour alimenter soit un discours raciste, ultrasécuritaire et belliciste, soit pour rallier les foules autour d’un discours populiste en vue d’une élection. Ne vous y trompez pas, ces erreurs géographiques ne feront pas perdre une seule voix à l’extrême-droite, les électeurs n’ayant que faire du niveau d’érudition de leurs représentants ou idoles. Après, libre à eux d’être pris pour des idiots.
KARAOKÉ par Bruno Ruiz (sur FB)
J’adore le karaoké. C’est devenu une institution à la maison surtout depuis que j’ai une petite fille. Franchement, à quel moment de ma vie aurais-je eu l’occasion de chanter en dansant sur une chanson de Taylor Swift à 73 ans ? A écouter et chanter toutes ces chansons, de toutes générations confondues, je me rends compte que certaines d’entre elles possèdent une vertu incroyable, une énergie que l’on ne perçoit pas de prime abord. Une ferveur habite certaines, d’autres, aucune. C’est assez mystérieux. Cela ne dépend pas forcément de la qualité de l’écriture, ni du tempo, ni du style, ni même de la mélodie. C’est tout ça et c’est autre chose ; de plus difficile à percevoir. Certaines chansons qui, manifestement, ont été composées pour obtenir cet engouement, ne fonctionnent pas. Elles demeurent poussives. N’entraînent que faiblement. D’autres, contre toute attente sur des enfants de dix ans, font merveille : « Emmenez-moi » de Charles Aznavour par exemple. C’est irrésistible. Ou « Porque te vas » de Jeanette. Une merveille.
Vous me direz que cela dépend un peu de notre état de fatigue ; du moment où on décide de les écouter ou de les chanter. Je crois surtout que cela vient d’une magie plus profonde, d’un miracle entre le corps et le son.
De quoi parle-t-on vraiment quand on parle de « qualité » d’une chanson ? Qu’attend-on d’elle ? Où s’insinue la poésie ? La notion de ringardise n’a aucune prise sur un enfant de dix ans. C’est un concept d’intello. On adhère à des paroles qui n’ont au fond qu’un interêt secondaire, qui appartiennent à des vies qui ne sont pas les nôtres. L’univers décrit dans les chansons de Jul par exemple est complètement exotique par rapport à ce que vit ma petite fille. La drogue, les meufs, les flics, le bling-bling, à bien y regarder, ce n’est que le quotidien d’une très faible minorité d’ado. Comme si toute la jeunesse vivait dans les cités ! Le quotidien d’une grande majorité en est à des années lumières. Il y a pourtant une acceptation générationnelle, un désir d’appartenance à une communauté sensible qui deviendra sans doute nostalgie quand elle aura quarante ans. Cela semble dans l’ordre des choses.
Mais il y a parfois des nostalgies qui n’ont pas d’âge. Elles fonctionnent sur tous et à toutes les époques. Même chez ceux qui ne connaissent pas un mot d’Italien.
L’ENSEIGNEMENT IKEA par Renaud Maes (sur FB)
La Suède avait un système d’enseignement très efficace. Championne des classements internationaux, elle était marquée notamment par une égalité des performances entre élèves exceptionnelle.
Ce système d’enseignement public reposait sur un modèle porté initialement par les socio-démocrates suédois, avec une attention particulière à l’émancipation des femmes.
Et puis patatras! La droite est arrivée au pouvoir et a entrepris de grandes réformes, basées sur ses marottes habituelles. Il fallait restaurer la discipline, réhabiliter la place du maître, revenir au goût de l’effort et donc à plus d’évaluations, de classements et de sélections (y compris donner la “liberté de choix” via la suppression de la régulation des inscriptions scolaires et donner “l’autonomie de gestion” aux directions notamment en termes de sélection des élèves), restaurer un enseignement plus “classique” fondé sur les contenus resserrés des matières “fondamentales” (langue, maths) et moins créatives ou critiques. Le résultat ? La Suède a dévissé dans les classements internationaux. En 10 ans à peine, les performances des élèves ont chuté, les enseignant•es aiment de moins en moins leur travail, les inégalités en termes d’acquis se sont creusées.
Et la droite conservatrice a là encore trouvé un moyen d’imposer ses marottes : tout ça c’est la faute aux immigrés dans les classes et aussi aux enseignants qui sont fainéants et qu’il faut faire travailler plus. Et réforme après réforme, le système suédois s’effondre littéralement.
En Belgique francophone, on part déjà avec un système hautement inégalitaire et très peu efficace. Et Valérie Glatigny impose le même agenda politique néoconservateur, à grand renfort de discours de “bon sens” complètement déconnectés.
Et bien sûr, notre système d’enseignement va s’enfoncer largement…
L’ECOLE BRÛLE ? par Léon Michaux (sur FB)
Le monde enseignant se révolte face aux mesures décrétées par Mme Glatigny et chacun y va de son avis. Les avis, ça ne coûtent rien. Ce qui compte ce sont les faits, la réalité, la vérité. Si d’aventure j’étais d’avis que 2 et 2 font 5, je n’en resterais pas moins ou un gros imbécile ou un fieffé menteur, liberté d’expression ou pas. Les faits donc. En prenant un peu de recul et sans discuter du fond, ce qui me frappe c’est l’absence de concertation avec les enseignants et leurs représentants syndicaux. C’est gros comme une maison et à l’image des différentes majorités au niveau fédéral ou régional : les ingénieurs décident et les péquenots s’exécutent. Cette forme de mépris si commune à ceux qui nous gouvernent appliquée à l’enseignement, ça nous donne le rouge à lèvres de Glatigny ou la houppette de Jeholet qui déclare en public que ” dans les écoles aujourd’hui, on apprend à remplir une demande d’inscription au syndicat ou au chômage.” Ce mépris de cabinettard professionnel, les enseignants n’en veulent plus. C’est fini. Game over, On ne vous demande pas grand-chose. Juste : rentrez chez vous. Et surtout : taisez-vous. Poliment exprimé.
Interview non complaisante et passionnante de Manuel Bompard, coordinateur de LFI, dans l’émission « Au Poste » du journaliste David Dufresne :
RÉPONSE À ALAIN GERLACHE par Zakia Khattabi Abtoy (sur FB)

Je me permets de reproduire ici le post de Alain Gerlache pour y réagir (sans polémiquer)
À force de tout ramener à une humanité abstraite et indifférenciée, on finit parfois par invisibiliser les rapports de domination bien réels qui traversent nos sociétés.
Ajouter un “H” à LGBTQIA+ au nom de l’inclusion universelle procède de cette logique. Cela peut sembler généreux. Mais ce n’est pas ainsi que fonctionnent les luttes pour l’égalité. Les mouvements féministes n’ont jamais été construits contre les hommes. Les luttes antiracistes ne sont pas dirigées contre les personnes blanches. Et les combats LGBTQIA+ ne visent pas à exclure les hétérosexuels. Ils existent parce que certaines personnes subissent, structurellement, des discriminations, des violences, des inégalités d’accès aux droits et à la dignité.
La majorité hétérosexuelle n’est pas discriminée en tant qu’hétérosexuelle. Elle ne risque pas davantage d’être agressée dans l’espace public, rejetée par sa famille, harcelée à l’école ou discriminée à l’embauche à cause de son orientation. Prétendre qu’il faudrait désormais “inclure” la majorité dans l’acronyme qui désigne précisément celles et ceux qui ont historiquement dû lutter pour exister revient à déplacer le centre de gravité du débat.
Bien sûr que les droits humains sont universels. Bien sûr que l’égalité concerne tout le monde. Mais l’universalité ne signifie pas l’aveuglement. Elle impose au contraire de regarder lucidement les inégalités réelles pour y répondre de manière juste. Car traiter de façon identique des situations profondément inégales ne produit pas l’égalité : cela perpétue les déséquilibres existants.
Les politiques émancipatrices ne consistent pas à diluer les combats spécifiques dans un grand récit consensuel où tout le monde serait pareillement concerné. Elles consistent à reconnaître les réalités vécues, les vulnérabilités particulières et les discriminations systémiques pour garantir à chacune et chacun un accès effectif aux mêmes droits.
L’ÉTÉ SERA TERRIBLE par Clémence Guetté (sur X Twitter)
Vous avez très chaud ? Sachez que ça ne va pas s’arranger. L’été sera terrible.
Il faut des mesures d’urgence pour cette vague de chaleur, et les suivantes. Ce que nous voulons :
– Encadrement du tarif du ticket d’entrée au cinéma
– Gratuité de l’entrée au musée
– Gratuité de l’accès aux piscines publiques
– Protéger les travailleurs, en établissant des seuils de température pour la santé humaine au travail
– Installer la climatisation dans les hôpitaux, les Ehpad, et les écoles
– Accorder aux parents des congés rémunérés pour garder leurs enfants si les écoles sont fermées à cause de la chaleur
– Bloquer le prix de l’eau en bouteille
– Déclarer les canicules comme des catastrophes naturelles, pour protéger les agriculteurs
En bref, voilà ce que nous ferions maintenant, tout de suite, pour vous aider et vous protéger face au moment que nous vivons. Mais à la place, nous avons Lecornu.
Pour améliorer la situation à long terme, il faut aussi agir maintenant : lutter contre les bouilloires thermiques par la rénovation du logement et des bâtiments publics, et végétaliser les villes.
Le “Canard Réfractaire” sur Jean Moulin et Gilles Lellouche, et sur les déclarations de candidature de Glucksmann et Attal:
QUAND LA MAISON-BLANCHE ÉCRIT : « NOUS VOUS TROUVERONS ET NOUS VOUS TUERONS » par Rudy Demotte (sur sa page FB)
Quand la guerre culturelle devient affaire d’État.
Le 6 mai 2026, la Maison-Blanche a publié sa nouvelle stratégie de contre-terrorisme. Seize pages, signées par Donald Trump. Le préambule se termine par une phrase que j’ai dû relire plusieurs fois, ne serait-ce que pour vérifier que je ne lisais pas un faux : « Si vous blessez des Américains, ou si vous le planifiez, nous vous trouverons et nous vous tuerons ».
Dans la lettre du texte, la phrase vise des terroristes. C’est entendu. Mais elle figure dans un document d’État. Pas dans un meeting. Pas dans une vidéo de campagne. Dans une stratégie officielle de contre-terrorisme, signée du président des États-Unis. Ce qui me trouble presque autant que la phrase elle-même, c’est la vitesse avec laquelle nous apprenons collectivement à ne plus être sidérés.
CE QUI ENTOURE LA PHRASE
Le problème n’est pas seulement cette formule spectaculaire. Il est dans le périmètre qu’elle dessine. La stratégie identifie trois catégories prioritaires de menaces : les « narcoterroristes et gangs transnationaux », les « terroristes islamistes traditionnels », et les « extrémistes violents de gauche, y compris les anarchistes et les antifascistes ». Le texte évoque aussi la « neutralisation » rapide de groupes qualifiés d’« anti-américains » ou liés à des « idéologies transgenres extrêmes ».
Quand la Maison-Blanche promet de trouver et de tuer ceux qui menacent les Américains, la vraie question devient simple : qui exactement ? Le Brennan Center for Justice, centre juridique américain de défense des libertés constitutionnelles, a publié plusieurs analyses sur le caractère extensible des formulations du mémorandum présidentiel NSPM-7, signé par Donald Trump le 25 septembre 2025. Ce mémorandum charge plusieurs agences fédérales de poursuivre les entités impliquées dans des « actes de violence politique ». L’ACLU a souligné à quel point les notions de « terrorisme » et de « violence politique » sont sensibles aux manipulations idéologiques. Des organisations antifascistes, certains mouvements pour les droits civiques, des associations défendant les personnes transgenres, des fondations comme Open Society pourraient se retrouver absorbées dans une définition de plus en plus floue de « l’ennemi intérieur ».
Aucun État démocratique ne peut renoncer à lutter contre des groupes violents. Ce n’est pas la question. La question apparaît quand des catégories culturelles ou idéologiques entrent dans des dispositifs de sécurité nationale pensés à l’origine pour le terrorisme intérieur.
UNE COMMUNAUTÉ DE PENSÉE
Je me suis toujours senti nourri par les philosophes des Lumières. Montesquieu, Locke, Voltaire. Cette grille de lecture m’avait été enseignée par Hervé Hasquin, historien belge, ancien recteur de l’Université libre de Bruxelles et figure majeure de la pensée libérale francophone. Ce qu’ils avaient compris, c’est qu’aucune société libre ne survit sans un minimum de tolérance organisée, de séparation des pouvoirs, de reconnaissance mutuelle entre citoyens qui ne pensent pas la même chose. L’effort des Lumières consistait à sortir l’Europe des guerres de religion et des logiques d’excommunication politique. Accepter qu’un adversaire puisse demeurer un membre légitime de la communauté politique constituait presque une révolution anthropologique.
C’est cette conquête fragile qui se fissure aujourd’hui aux États-Unis.
GRAMSCI À L’ENVERS
Antonio Gramsci, philosophe et militant communiste italien, avait compris qu’un pouvoir durable ne gouverne pas uniquement par les institutions ou la contrainte. Il gouverne aussi en façonnant ce qui paraît normal, légitime, intuitif dans l’esprit collectif. L’hégémonie culturelle désignait précisément cette capacité à imposer une vision du monde au point qu’elle cesse d’apparaître comme idéologique.
Certaines droites contemporaines de guerre culturelle ont parfaitement intégré cette logique. Mais en la retournant. Leur objectif n’est plus seulement de convaincre. Il consiste à redéfinir les catégories mentales à travers lesquelles une société interprète ses propres tensions. « Woke ». « Anti-américain ». « Traître ». « Cosmopolite ». « Ennemi intérieur ». Ces mots ne décrivent plus. Ils désignent. Ils trient. Ils déplacent la frontière symbolique entre ceux qui appartiennent encore au corps national et ceux qui commencent à devenir suspects.
LE DÉSACCORD DEVENU TRAHISON
Umberto Eco observait que dans certaines formes de fascisme diffus, le désaccord finit toujours par être interprété comme une trahison. Je ne crois pas que les États-Unis reproduisent mécaniquement les années 1930. Les époques ne reviennent jamais avec le même visage. Mais certains réflexes réapparaissent avec une familiarité troublante. La désignation d’ennemis intérieurs mouvants. La confusion entre critique et sabotage, entre opposition et déloyauté nationale. Quand Donald Trump qualifie certains reportages critiques sur l’Iran de « virtual treason », il ne produit pas une outrance supplémentaire destinée à flatter son électorat. Il déplace une frontière. La presse critique cesse d’être un contre-pouvoir légitime pour devenir une aide potentielle à l’ennemi.
LES HÉRÉTIQUES DU CAMP
Le phénomène devient plus révélateur encore lorsqu’il touche les anciens fidèles. Tucker Carlson, ancien animateur vedette de Fox News, n’est évidemment pas devenu progressiste. Marjorie Taylor Greene, parlementaire républicaine classée parmi les voix les plus radicales du mouvement MAGA, n’a rien d’une centriste modérée. Et pourtant. Leurs réserves sur la politique iranienne de Donald Trump ont suffi à déclencher contre eux la mécanique de suspicion interne du mouvement. Sebastian Gorka, conseiller de Trump pour le contre-terrorisme, est allé jusqu’à suggérer que Carlson n’était plus un « véritable conservateur ».
Les mouvements fondés sur la fidélité émotionnelle au chef produisent presque toujours leurs propres hérétiques. L’ancien allié, qui connaît les récits et les affects du groupe, devient parfois plus inquiétant que l’adversaire historique.
LE RÉTRÉCISSEMENT DU MONDE COMMUN
Jürgen Habermas rappelait que la démocratie suppose un espace public dans lequel des adversaires demeurent mutuellement légitimes. C’est cela qui se fragilise. Quand certaines opinions cessent d’être combattues pour devenir suspectes par nature, quand le langage de la sécurité nationale absorbe celui du conflit culturel, quand l’opposition est décrite non comme une contradiction démocratique mais comme une menace intérieure, quelque chose du monde commun se rétrécit.
C’est sans doute cela qui m’inquiète le plus. Pas seulement Trump lui-même. Pas seulement ses outrances. L’accoutumance générale. Le fait que des mots autrefois inimaginables dans un document officiel américain deviennent un bruit de fond auquel plus personne ne prête attention.
ILS SONT VENUS CHERCHER LES AUTRES
L’Europe connaît pourtant cette mécanique. Martin Niemöller, pasteur protestant allemand emprisonné par les nazis, l’avait résumée après la catastrophe du XXe siècle : ils sont venus chercher les communistes, puis les syndicalistes, puis les juifs, et lorsque mon tour est venu, il ne restait plus personne pour protester.
La leçon n’est pas que l’histoire recommencerait à l’identique. Mais certaines structures humaines demeurent étrangement stables. Les exclusions progressent par catégories successives. On commence par considérer que la cible du moment est excessive, ridicule ou détestable. Puis on s’habitue au déplacement général du langage politique. Et un jour, parfois trop tard, on découvre que la dignité des autres constituait aussi notre propre protection.
—> CE QUI RESTE
Je ne voudrais pas refermer ce texte sur la seule note d’inquiétude. Voir le mécanisme, c’est déjà ne pas y être entièrement pris.
La guerre culturelle est devenue affaire d’État. Ce qui était hier rhétorique de plateau, panique fabriquée sur les chaînes câblées, s’écrit aujourd’hui noir sur blanc dans des documents officiels signés du président des États-Unis. Le passage est lourd. Il marque un seuil. Mais un seuil peut aussi se franchir dans l’autre sens.
Il existe encore, aux États-Unis comme en Europe, des juges, des journalistes, des chercheurs, des avocats, des associations qui font leur travail. Le Brennan Center publie ses analyses. L’ACLU dépose ses recours. Une partie de la presse continue de poser les questions qu’on ne veut pas qu’elle pose. Des élus républicains eux-mêmes, parfois, refusent de suivre. Et chaque citoyen qui s’aperçoit que le vocabulaire politique a changé sous ses pieds est déjà, à sa manière, en train de résister.
Les démocraties ne sont pas seulement des institutions. Elles sont aussi cette habitude lente de continuer à se parler entre adversaires. Cette habitude peut se perdre. Mais elle peut aussi se réapprendre.
Le piège le plus subtil de ces guerres culturelles consiste peut-être à nous obliger à penser à l’intérieur de leurs catégories — à réagir sans cesse à leurs paniques, à leurs ennemis désignés, à leurs mots. Refuser ce cadrage n’est pas un luxe intellectuel. Quand la guerre culturelle devient affaire d’État, le refuser devient un acte politique.
Car le danger n’est pas seulement qu’un président américain signe un document qui se conclut par « We Will Find You and We Will Kill You ». Le danger est qu’une société entière finisse par ne plus entendre la violence historique de ces mots. Et la première manière de refuser cela, c’est d’avoir encore l’oreille pour les écouter.
Avis, donc, à la droite attachée aux libertés et à l’humanisme, en France, en Belgique ou ailleurs dans le monde.
Signé:
Rudy, homme de gauche, attaché à la tolérance


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