16 juin 2026
« IDÉES SOMBRES ». PLEURER. SURVIVRE. JUSQU’OÙ ? par Bernadette Schaeck
D’exclusion en exclusion, jusqu’à « l’exclusion finale » ?
Elle a été exclue des indemnités de maladie par la mutualité, et “remise au travail”.
Comme dans beaucoup de cas, ça signifie retour au chômage, non pas à l’emploi.
Elle a été exclue du chômage au 1er avril suite aux mesures décidées par le gouvernement Arizona.
Elle a tellement pleuré, n’a plus fait que pleurer, me dit-elle, suite à la décision de l’ONEM de l’exclure. Ne sachant plus du tout comment elle pourrait envisager la suite que prendrait sa vie. Elle qui est dépressive depuis longtemps, et qui, au départ, avait été reconnue inapte au travail justement en raison de cette dépression profonde.
Elle a introduit une demande de RI (Revenu d’Insertion) au CPAS.
S’inquiétant de ne pas recevoir de réponse du CPAS à sa demande, je tente de savoir quand elle a introduit la demande, et si elle a reçu un accusé de réception. Elle a introduit la demande via CPASonline. Elle a reçu un accusé de réception de cette demande par le CPAS qui lui demandait de se présenter avant le 5 juin. Je m’en rends compte en lisant l’accusé de réception.
Elle ne l’avait pas lu, au travers de ses larmes, sans doute, entre autres ?
Elle le découvre quand je le lui dis. Je lui conseille de se présenter à nouveau au CPAS et d’expliquer pourquoi elle ne s’est pas présentée au rendez-vous, qu’elle n’avait pas lu cela, et de demander une autre date de rendez-vous. Refus pur et simple.
Une décision de refus du RI aurait déjà été prise par le Comité spécial de l’aide sociale.
Qui ne lui a pourtant pas été notifiée. Elle doit donc introduire une nouvelle demande. Elle l’a fait. Mais elle risque de perdre le droit au RI entre la date de la première et de la deuxième demande. Deux mois et demi sans revenu de survie ! Décision aussi illégale qu’antisociale de la part de ce CPAS qui, lui, laisse des personnes sans aucun revenu pendant de nombreux mois ! De nombreux chômeurs en fin de droit sont en train de vivre dans les CPAS des expériences extrêmement traumatisantes qui s’ajoutent à la violence des mesures du gouvernement Arizona. (1)
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« Survivre à des idées sombres »
Elle a perçu récemment 7 mois d’arriérés de RI. Elle a vécu un accouchement sous césarienne extrêmement difficile faisant suite à une grossesse à risques. Ça n’a pas été un motif suffisant aux yeux du CPAS pour qu’il dégage une solution d’urgence en désignant une AS (Assistante Sociale) titulaire – le précédent ayant quitté le navire – pour effectuer la prolongation du RI. Il a fallu :
– Quatre courriers de l’Adas.
– Des mesures d’urgence trouvées pour éviter le pire quand elle a contacté l’Adas, en fonction de nos moyens très limités.
– Un recours au Tribunal du travail en référé.
Après tout cela, elle a enfin perçu les 7 mois d’arriérés de RI, 4 mois après l’accouchement.
Voilà un enfant dont on pourra dire qu’il est né dans l’extrême pauvreté ! Elle nous adresse un mail de remerciement et à son avocate. « Je vous remercie, vous et l’avocate pour votre présence et votre écoute pendant toute cette période très, très, difficile de ma vie. Grâce à vous, j’ai survécu à des idées sombres et des journées difficiles que j’ai eus ces 7 derniers mois. » « Survivre à des idées sombres » !
D’autres personnes nous l’expriment plus directement ces dernières semaines et ces derniers mois : elles évoquent des idées suicidaires. Comme cette mère de famille qui a vécu l’an dernier une situation similaire : rester sans RI pendant 6 mois.
Elle nous dit ne pouvoir imaginer revivre pareille situation cette année. Or, elle est à nouveau sans AS titulaire et elle n’a pas perçu le RI depuis avril.
Elle craint de revivre la même situation que l’an dernier. Elle nous écrit et en même temps au CPAS : « Mais cette fois ci vous allez entendre une mère qui s’est suicidée. Car je ne pourrais pas revivre cela. J’ai vraiment souffert ! Si je le fais, mes enfants seront seuls dans des centres. Personne de ma famille les prendra en charge si je venais à mettre fin à mes jours. Alors je tente encore de les sauver. » On en est là, dans ce CPAS particulier. Mais des usagers (demandeurs ou bénéficiaires) de beaucoup d’autres CPAS nous font aussi part d’ « idées sombres ». Trop souvent. C’est révélateur.
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C’est humiliant ! Et comment ! (épisode 2. Il est exclu des allocations de chômage à partir du 1er avril. Il a introduit une demande de RI (revenu d’intégration). Le CPAS exige qu’il traduise son fils en justice devant le Tribunal de la famille pour exiger le paiement d’une contribution alimentaire. Le CPAS n’a strictement rien examiné des répercussions que cela peut avoir sur les relations père/fils (ce que stipule pourtant la loi DIS Droit à l’intégration sociale). Le CPAS n’a à aucun moment envisagé de ne pas lui imposer cela alors que la loi stipule que le recours aux débiteurs alimentaires est facultatif. Le CPAS ne l’a pas averti qu’un courrier était envoyé à son fils.
Son fils a reçu un courrier l’intimant à payer une contribution alimentaire à son père de près de 800 euros. Aucune demande du fils pour que le CPAS renonce à cette obligation ou à tout le moins qu’il en diminue le montant n’est prise en compte par le CPAS.
L’obligation de recourir à l’aide financière des parents ou enfants est un solide frein à faire valoir son droit au RI et/ou à parvenir à l’obtenir. Cela n’est à ce jour (à ma connaissance) pas documenté par des analyses, mais nous le constatons régulièrement et depuis longtemps. Ca n’a d’ailleurs rien d’étonnant. (Re)créer du lien social est le leitmotiv des politiques de tous poils. Ceux-là mêmes qui s’ingénient à détruire les relations familiales au nom de la “prédominance de la solidarité familiale sur la solidarité étatique”.
Histoire de ne pas dire qu’il s’agit en réalité d’une attaque de plus contre la sécurité sociale et la protection sociale !
Bernadette Schaeck de l’Association de Défense des Allocataires Sociaux
Contact : info@adasasbl.be
(1) Anaïs Mondeville – Buehin (sur FB) : Si t’es pas apte au travail pour cause de dépression, t’es pas apte aux démarches administratives nécessaires à la recherche d’emploi ou d’allocations. Les troubles cognitifs conséquents de la dépression, la mémoire et mémoire procédurale en tête, sont pourtant avérés. Gérer l’administratif c’est une galère sans nom dans cet état.


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