27 juin 2026
CLIM’ ET CHÂTIMENTS par Claude Semal
En cette fin de mois de juin, sur les petites routes du Périgord Vert, je piétine régulièrement derrière les charrettes chancelantes des tracteurs qui rentrent les foins. Une image que, dans ma petite tête de Nordiste, j’associais plutôt aux belles fins d’après-midi du mois d’août.
Et il faisait plus de 35° hier à Bruxelles – battant ainsi, pour le troisième jour consécutif, le précédent record de chaleur de 1976.
Une période caniculaire particulièrement longue et intense qui transforme les classes en étuves, les wagons en fours micro-onde, les entrepôts en bouilloire thermique, les hôpitaux en antichambres de l’enfer et les chambres des homes en sauna pour vieux.
Une pensée solidaire, avant toute chose, à celles et ceux qui doivent continuer à travailler dans cette fournaise, et à celles et ceux que la chaleur et leur condition a piégé dans des espaces clos, confinés et mal isolés.
Et à qui les gouvernements belges et français, communiant dans la même impréparation et la même insouciance, n’ont que ce même judicieux conseil à communiquer : « buvez de l’eau et restez à l’ombre ». Témoignant ainsi de la même impuissance à guérir le mal qu’ils ont mise à conjurer son apparition.

Screenshot
La Bouillotte d’Or du cynisme et de l’irresponsabilité à Théo Francken, le Ministre N-Va de la Défense, enfermé dans son déni climato-sceptique « à la flamande », qui s’est illico fendu de ce guilleret petit Tweet (que je traduis de façon un peu plus littéraire que Google Translate) : « Deux jours de chaleur, et on va tous mourir ? Ces journalistes, ils les trouvent où ? Profitez en direct du beau temps ! Et bientôt : photos de la piscine, Stella fraîche et BBQ ». Elle n’est pas belle, la vie ? Un problème climatique ? Quel problème climatique ?
C’est le visage souriant du déni climatique : anecdotiser la situation, en nous la jouant « Les Bronzés à la Plage » – avec des Stella dans la glacière.
À noter que sur Facebook, un internaute farceur a répliqué d’une bien rafraichissante façon : en publiant l’adresse privée de Francken, et en nous donnant rendez-vous… dans sa piscine ! Une façon de rappeler aux bourgeois qui nous gouvernent que non, tout le monde ne « dispose » pas d’une piscine pour faire plouf dans l’eau entre deux mergez pur porc.
L’autre visage du déni climatique, celui qui nous tire salement la gueule, c’est celui qui range la canicule dans le tiroir des catastrophes naturelles – à côté des tremblements de terre, météores célestes et autres soubresauts compulsifs de la planète. Ici, on n’en gomme pas nécessairement le côté pénible ou tragique.
Dans les médias on peut même l’amplifier, le « catastropher ». Aucune importance, puisqu’on nie toute responsabilité dans son irruption et dans son traitement. Dans son émission « Quotidien » sur Canal +, Yann Barthès a ainsi pu déclarer : « Nous avons tous chaud, Bernard Arnaud, un ministre et votre voisin du dessus ». Tous de malheureux petits humains transpirant ensemble sous le joug d’une malédiction commune – les pauvres comme les milliardaires (1).
Or tout, dans cette histoire, est éminemment politique. Son origine, d’abord.
Cela fait des dizaines d’années que des scientifiques nous alertent sur les conséquences catastrophiques de l’industrialisation massive de la planète sur l’écosystème, sur la survie de millions d’espèces animales, et bien entendu sur l’évolution du climat. Le GIEC le fait systématiquement depuis 1988. Problème : changer radicalement d’orientation, ce qui serait nécessaire pour pallier à cette catastrophe annoncée, entre frontalement en contradiction avec le logiciel même du capitalisme. Ce dernier ne se soucie en effet pas de l’intérêt du plus grand nombre, mais du taux de profit de ses actionnaires. Affirmer cela n’est pas un biais « idéologique » : c’est un constat factuel. Et donc, toutes les alertes du GIEC sont restées lettres mortes, puisque pour l’écrasante majorité des dirigeants mondiaux, la survie du capitalisme semble absurdement plus importante que la survie même de la planète.
Quant à l’extrême-droite, complètement à côté de ses pompes (à chaleur) sur la question climatique, elle accusait en 2007 le GIEC de « vouloir instaurer une dictature écologique planétaire » (LePen père), comme elle réclame aujourd’hui « un plan clim’ pour la France ». Ça, c’est de la réflexion ! Branche la planète sur l’AirCo, et le problème sera réglé !

Rapprochez-vous pour sentir la fraîcheur du ventilateur !
Car dans le traitement des effets concrets de la canicule, tout est également politique. Contrairement à ce qu’a affirmé Yann Barthès dans son émission « Quotidien », nous sommes profondément inégaux face au thermomètre.
« La canicule amplifie les disparités sociales. Les plus pauvres en paient le prix fort. 37% des ménages les plus modestes subissent une chaleur excessive dans leur logement, c’est deux fois plus que les ménages les plus aisés », note « L’Insoumission ».
Si vous avez du pognon, il y a cent « solutions ». L’Airco dans les WC et des brumisateurs au jardin sous les Camélias du Japon. Il fait trop chaud ce week-end ? Bernard Arnaud peut enfiler son jet pour aller se rafraichir les roubignolles en Laponie. Ou plus prosaïquement, dans l’une de ses cent quarante piscines. Mais vous ? Mais celles et ceux qui sont bloqués dans l’étuve de leurs postes de travail ou de leurs habitations mal isolées ?
Voici quelques mesures « progressistes » d’urgence qui, à court et moyen terme, devraient répondre partiellement mais concrètement aux problèmes posés par des températures caniculaires.
Elles concernent l’aménagement du territoire et des bâtiments, le droit du travail et parfois même de simples mesures administratives :
– libre accès aux lieux climatisés et rafraichissants, comme les piscines publiques, les cinémas et les musées ;
– droit de retrait pour les travailleurs et les travailleuses soumis à de trop fortes chaleurs sur leurs lieux de travail ;
– congé parental pour permettre aux parents de s’occuper de ses enfants en cas de fermeture « technique » des écoles ;
– réquisition des logements vides pour les sans-abris ;
– plantations d’arbres le long des façades surexposées au soleil ;
– installation temporaires de « jeux d’eau » pour les enfants et de « fontaines de rue » pour les passants ;
– isolation massive des « bouilloires thermiques » dans les logements privés et rénovation thermique de tous les bâtiments publics.
Claude Semal, le 25 juin 2026.
Nota Bene : ci-dessous, quelques vidéos pour alimenter le débat et la réflexion.
L’émission de Médiapart sur la canicule :
https://www.mediapart.fr/journal/politique/230626/les-gens-suffoquent-l-etat-nous-ignore
Le meeting en immersion de Mélenchon sur l’eau lors de la présidentielle de 2021 :
L’émission “Rhinocéros” (Blast) :
Les propositions des Insoumis :
https://linsoumission.fr/2026/06/25/canicule-propositions-lfi-urgence/


No Comments