C’EST (VRAIMENT) VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles

BAIGNADES par Julien Truddaïu (sur FB)

La chaleur intense de l’après-midi caniculaire était encore présente malgré leur arrivée tardive près de la rivière. Il gara la voiture sur le petit parking qui surplombait le plan d’eau préféré des enfants. Ils descendaient du véhicule pour ouvrir le coffre et prendre l’ensemble du nécessaire de baignade (épuisette, sceau, masque, tuba), quand soudain.
« Dites, ne laissez rien en vue dans votre voiture hein ! Il y a des Roms qui tournent depuis tout à l’heure ».
Il releva la tête. C’était un petit homme nerveux, la quarantaine, le visage aussi rond que le corps, une fine moustache. Le gars s’était approché d’un air complice.
« Des quoi ?
– Ben des Roms ! Ils tournent depuis tout à l’heure pour repérer les voitures. Ils brisent des vitres pour voler les affaires ! »
Le gars enchaînait ses phrases toujours aussi nerveusement et d’un air entendu, sur un ton amical.
En présence des enfants quelques peu hébétés par ce qu’ils venaient d’entendre, il opta pour la méthode douce.
« Et quoi ? C’est écrit sur leur front ? »
Le gars ne paru pas comprendre.
« C’est écrit que leur front leur nationalité et leur statut de voleurs ? »
Le petit homme rond compris l’objection en reculant un peu, il enchaîna toujours d’un air entendu :
« ha mais écoutez, je les connaît bien, je suis en vacances mais je suis flic, j’en vois tous les jours des comme eu ! Après vous faites comme vous voulez hein ! J’ai déjà appelé les collègues pour qu’il vérifie leur plaques, j’ai repéré leur voiture ».
À peine avait-il fini sa phrase qu’un véhicule de la police municipale débarquait. Le type se retourna vers ses « collègues ». Il se précipita vers eux en faisant des grands gestes.
Quand ils arrivèrent enfin près de la rivière en contrebas, il aperçut en effet deux familles à la langue probablement roumaine. Les papas et mamans jouaient gaiement dans l’eau, trahissant le plaisir de se rafraîchir dans cet endroit assez majestueux.
Quand il refermèrent le coffre avant de repartir quelques heures plus tard, le flic en vacances avait disparu. Sa haine et sa bêtise rodait encore dans le secteur.

MON POÈME COMMUNISTE par Bruno Ruiz (sur FB)

Je ne sais pas pourquoi je me suis souvenu ce matin du militant de la CGT, Pierre Maître, assassiné à Reims devant son usine par un commando du SAC, le 5 juin 1977.
J’étais alors militant au PCF. Nous avions rendez-vous pour une réunion de cellule chez un vieil artisan que j’aimais beaucoup, Pierre C. Des initiales prédestinées. Pour vous le situer, Pierre C. avait cotisé juste après guerre pour que la section offre une bicyclette à Joseph Staline à l’occasion de son anniversaire.
– Tu ne peux pas comprendre, mon petit.
Non. En effet. Le petit ne comprenait pas grand chose…
Ce jour-là, Pierre C. nous dit :
– Il faut absolument marquer le coup sur cette histoire épouvantable de Reims. On tractera sur le marché dimanche prochain. Qui veut se charger d’écrire le tract ?
Comme personne ne répondait, je me proposai.
C’était pour moi la première fois que je faisais cela. Une telle responsabilité ! Inutile de dire que j’étais loin de prendre la chose à la légère.
Je commençais par m’informer sur les circonstances de l’assassinat, sur la vie du militant, j’essayais de contextualiser politiquement l’évènement, etc. Au bout d’une ou deux heures je trouvais cela d’une platitude qui n’était pas à la hauteur de l’évènement. Je me dis :« Tu devrais écrire un poème. Au fond, c’est ce que tu réussis le moins mal. »
A cette époque, j’étais en plein délire structuraliste. Je lisais Deguy, Du Bouchet, des poètes qui affectionnaient la typoscénie, c’est à dire la spatialité du texte sur la page. L’écartement des mots remplaçait ou prolongeait la ponctuation. Aujourd’hui, j’ai plutôt tendance à prendre cela pour une afféterie poétique mais à l’époque c’était très tendance. Je mis donc mon stencil dans le rouleau de ma machine à écrire car c’est de cette façon qu’il fallait s’y prendre pour tirer les tracts sur la Gestener de la section.
L’idée me vint assez vite. Je laisserai tout le haut du stencil en blanc et juste en bas j’écrirai seulement deux phrases : « Cette nuit, des nervis du Capital ont assassiné Pierre Maître. » et juste au-dessous : « Ce matin j’ai déposé une rose rouge sur mon journal. » J’étais assez fier de moi.
Le lendemain, je me rends chez Pierre C. et je lui montre mon stencil. Il le lit rapidement et me dit :
– C’est très bien mon petit. Tu as bien fait de laisser de la place au-dessus. Ça va nous permettre d’y ajouter un bulletin d’adhésion.
Un grand moment de solitude. Je ne sais pas aujourd’hui si les voies de la poésie moderne sont impénétrables, mais j’appris ce jour-là qu’elles étaient terriblement impénétrées…
Je quittais le PCF l’année suivante mais pour d’autres raisons..

EN SOUVENIR D’HASSAN IQUIOUSSEN par Laurence Dudek (sur FB)

Je pense souvent à Hassan Iquioussen, un homme honnête et généreux que j’ai tant aimé écouter du Maroc quand j’y vivais car son accent de Denain me rappelait mon enfance dans le Pas-de-Calais, son bon sens et sa bienveillance envers les jeunes, les enfants et les femmes ainsi que sa pédagogie hors pair m’enchantaient. Quand je l’écoutais alors que je vivais loin de mon pays, je me sentais revenue chez moi.
Quand je pense à lui aujourd’hui, qui a été exilé de force comme un paria et livré aux causetoujournalistes, et qui doit tant manquer à sa communauté, j’enrage encore.
C’est l’une des plus violentes agressions racistes et démonstration islamophobe que l’Etat ait faite en notre nom. Déchoir un homme de tous ses droits en quelques jours, sans procès ni procédure indépendante, sans avoir apporté aucune preuve de la moindre illégalité ni la plus petite irrégularité ni même quoi que ce soit de répréhensible, c’est quelque chose qui marquera l’histoire de mon pays la France.
Je reposte l’article que j’avais écrit ici en 2023, quand cette affaire montée de toutes pièces a sali l’honneur de la France et, par là même, de tous les français.
Hassan Iquioussen, qui n’a à ce jour commis pire faute que celle de déplaire à Gérald Darmanin, puisqu’à cette heure absolument rien de juridiquement condamnable ne peut lui être reproché, d’ailleurs il n’est poursuivi par aucune justice, ni française ni belge, est toujours en centre de rétention en Belgique depuis plus d’un mois, en attente d’être expulsé vers le Maroc où il n’a personne et n’a jamais résidé.
Cet homme de 58 ans né en France et y ayant toujours vécu sans interruption à été choisi par le ministère de l’intérieur comme bouc émissaire de la politique répressive de l’Etat, pour servir d’exemple et de faire valoir à la sa toute puissance et, selon les propres dire du ministre, parce que l’islam est un problème en France (et que Marine Lepen serait trop molle sur le sujet).
Les musulmans de France sont donc prévenus, un français “de souche” (une bûche) peut sans perdre une dent tenir des propos racistes et être condamné à plusieurs reprises pour cela, tout en continuant à être reçu et reconnu par les médias, et même se présenter à des élections, mais un français (les péripéties de la nationalité d’Hassan Iquioussen sont purement administratives) musulman ne peut, lui, avoir exprimé dans toute sa vie (en remontant jusque 20 ans en arrière) aucune opinion qui déplaise au Prince et ce même si aucune d’entre elles n’a jamais pu être considérée comme illégale et qu’il n’a de ce fait jamais été mis en examen, contrairement à une dizaine de ministres du gouvernement actuel.
Dans un pays où des gens qui partent en vacances en avion vers une dictature ensoleillée ou une autre ferment les yeux sur un homme menotté et bâillonné à l’arrière qui lui y retourne contre son gré, au nom de ce que ces gens laissent faire (ou font faire, selon pour qui ils votent… ou pas), pas d’amour, pas d’empathie, pas de solidarité.
J’exprime ici toute la mienne à Hassan Iquioussen, sa famille, ses proches, ses voisins – qui, musulmans ou pas, ont tous témoigné de leur attachement à cet homme humble et bon qu’ils connaissent depuis toujours, au point que même les médias islamophobes (pléonasme) n’ont jamais réussi à produire le moindre reportage à charge dont Villardiere et consorts ont le secret.
Je préviens les personnes qui pourraient être tentées d’écrire ici en commentaire quoi que ce soit qui justifie ou minimise le traitement de Hassan Iquioussen au prétexte de ses opinions (réelles ou supposées) que je leur ferais moi-même expérimenter l’expulsion (de ma page) en guise de mise en œuvre de l’arbitraire qu’elles trouvent acceptable pour les autres.
LD
PS: si l’un.e de vous a des nouvelles récentes d’Hassan Iquioussen, je serais contente de savoir s’il va bien.

ORANGE CAROTTE GINGEMBRE par Mousse Ouriaghli (sur FB)

Un jus orange-carotte-gingembre et les mystères de la vie
Ce matin, je me suis fait un petit plaisir;)) Un vrai petit luxe : un jus orange-carotte-gingembre à 5,50 euros à la Villa, ce petit café aux allures de guinguette au cœur du parc de Forest.
Je me suis posé, j’ai regardé les gens passer, et puis, comme souvent, mes pensées sont parties un peu plus loin.
Je me suis mis à réfléchir à toutes ces personnes que l’on croise dans une vie. Des rencontres parfois inattendues, dans une rue, dans un café, sur un banc…
Des gens qui entrent dans notre histoire sans prévenir et qui, pour un moment ou pour longtemps, y laissent une trace.
Et puis j’ai repensé à Lacan et à cette phrase étrange mais magnifique : « Aimer, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. »
Au début, on se dit : mais qu’est-ce que ça veut dire ? Donner ce qu’on n’a pas ? Lacan avait-il lui aussi bu un jus orange-carotte-gingembre avant de nous lancer cette énigme ?
Mais peut-être qu’il voulait simplement dire qu’aimer, c’est offrir une part de soi sans jamais posséder l’autre. Donner une présence, une écoute, un sourire… tout en acceptant que l’autre reste libre.
Car parfois, la plus grande absence n’est pas celle de la mort. C’est celle d’une personne qui est encore quelque part dans ce monde, mais qui n’est plus dans notre vie.
Alors je regarde mon verre vide et je me dis que la vie est peut-être faite de ces petits instants.
Des rencontres qui passent, des regards qui restent, des présences que l’on ne peut pas retenir mais que l’on peut remercier d’avoir connues.
Peut-être que vivre, c’est apprendre à aimer sans enfermer, à rencontrer sans posséder et à accueillir les petits miracles du quotidien.
Finalement, ce jus à 5,50 euros avait peut-être un goût bien plus grand .
Le goût de la vie.

Vu et corrigé par « Jo dessins de presse »

PARIS-MATCH par Sylvain Grandserre (X Twitter)

Sarkozy : – 28/12/2024, condamnation définitive (scandale Bismuth) – 26/11/2025, condamnation définitive (affaire Bygmalion) – 13/05/2026, 7 ans de prison, 300.000 € d’amende et 5 ans d’inéligibilité requis (dossier libyen) – 22/07/2026, une de Paris Match. La France mafieuse.

 

 

 

 

 

 

PARCE QU’À PRONONCER VOS NOMS SONT DIFFICILES (X TWITTER)

Q : Le président Trump dit que vous détestez les Juifs, le NRSC utilise votre nom complet, rappelant Barack Hussein Obama, et Trump dit que vous êtes plein de merde.
El-Sayed : Quand on n’a pas d’idées, tout ce qu’on a, c’est la haine. Mon nom n’est pas responsable de la hausse des prix de l’essence. Mon nom n’est pas la raison pour laquelle nous sommes engagés dans une guerre illégale. Mon nom n’est pas la raison pour laquelle vous ne pouvez pas vous payer des soins de santé, un loyer ou une assurance. Si le meilleur qu’ils aient à offrir, c’est de pointer du doigt mon nom et de dire qu’ils ne savent pas le prononcer, alors nous allons bien nous amuser au cours des 13 prochaines semaines.

de VILLEPIN SUR ATTAL : QUAND LA DROITE PARLE DE LA DROITE (sur X Twitter)

L’attalisme est donc un autoritarisme subversif et surexcité.

Voilà ce que l’on apprend dans son entretien en une du JDD – drôle de choix estival pour livrer son programme sur des sujets aussi importants que la justice, la sécurité ou l’immigration quand on connaît les options politiques de ce média. L’attalisme est donc au droit constitutionnel ce que la musculation est à l’athlétisme.

Subversif d’abord, parce qu’il ne croit pas aux règles. Quand certains veulent aller à 50, ou d’autres à 80 (Édouard Philippe aura compris le clin d’œil amical), lui jure qu’il ira à 140. Il nous promet de ne pas respecter les limitations de vitesse. Ce n’est pas anecdotique mais un mépris fondamental des codes. Il veut nous libérer du code de la route (qui sauve des milliers de vies chaque année) comme il voudrait nous libérer du droit international qui ne sert que les méchants ou du droit du travail qui empêche paraît-il le droit au travail. Autoritarisme car ces propositions ouvrent à une pratique très verticale d’une présidence de la République déjà profondément désaxée par dix ans de macronisme. En cela il est bien le premier et peut être le dernier de ses apôtres.
Des référendums à choix multiples ? On ne sait trop ce qu’il faut entendre par là, mais cela semble dessiner le renoncement au fait majoritaire. Un président pourra gouverner sans Parlement en s’appuyant sur une minorité solide dans le pays, s’imposant à la majorité. Il y a là une certaine créativité !

Un « spoils system » à la française ?

Politiser encore davantage la haute administration alors que la fonction publique, à tous les niveaux, est ce qui tient encore le pays ensemble avec les services publics ? Quelle tentation d’apprenti sorcier. D’autant que le système américain et les nominations de Donald Trump sont un éclatant gage de succès. Le Président de la République française pratique d’ailleurs lui aussi le jeu des dépouilles au sens strict depuis un an avec des nominations de complicité à la Cour des comptes, à la Banque de France ou comme Défenseur des droits. On en voudrait donc encore plus ?

100000 fonctionnaires en moins, c’est le vestige d’un sarkozo-macronisme historique. Le plaisir de répéter avec dévotion des politiques qui n’ont pas marché mais qui ont, il est vrai, rapporté des voix. Immature et même surexcité enfin parce que ces mesures bricolées laissent dubitatif sur bien des points. C’est un fantasme d’étudiant en droit constitutionnel qui, plein de ressentiment envers la complexité, se rêve Premier consul.

Le « silence vaut accord » automatique au bout de deux mois ? Une fausse bonne idée typique qui va conduire l’administration à dire non tout de suite et à tout, de crainte d’être submergée par des récriminations ultérieures.
350 députés ? Je comprends le désir de réduire une assemblée bruyante mais il faut mesurer qu’en retaillant ainsi les circonscriptions on va favoriser inévitablement les grands centres urbains. Les populations rurales, elles, n’auront quasiment plus de députés en propre. Est-ce vraiment cela une juste représentation nationale ? Avec ce système au moins deux départements n’auraient plus de député et dans les dix ans neuf peut-être.
Gouverner et réformer sont des tâches longues, complexes et graves. Cela demande du respect pour la loi, du respect pour l’expérience et du respect pour la démocratie.

Dominique de Villepin

ORDURE par Sylvain Gandserre (sur X Twitter)

Constatons la stratégie dégueulasse d’Attal, minable bourgeois qui a passé son existence dans trois arrondissements parisiens avant d’accéder au pouvoir. Et le voilà qui s’intéresse à la question des Gens du voyage en les stigmatisant pour relancer sa compagne moribonde. Quelle ordure.

PAIN SEC par Attac France (sur X Twitter)

Pour les macronistes, les pompiers sont des héros, les soignants sont des héros, les enseignants sont des héros… mais ils sont tous mis au pain sec et à l’eau depuis 9 ans pour payer les cadeaux fiscaux aux plus riches

À ELON MUSK par Marine Tondelier (sur FB)

Parce que j’ai osé dire que si X continue à ne pas respecter la loi européenne, il faudra le sanctionner.
Et pendant les élections, fermer ce réseau social pourrait être nécessaire, pour se protéger des ingérences.
Parce que Elon Musk soutient officiellement Marine Le Pen et met l’algorithme de sa plateforme au service des idées d’extrême droite. Voici donc ma réponse :
« Cher Elon Musk, Je suis la candidate française à l’élection présidentielle que vous souhaitez “faire taire pour trahison envers la France” (Ça n’a même pas de sens…). La France n’a pas à recevoir de leçons de patriotisme d’un milliardaire étranger qui estime pouvoir décider quels responsables politiques européens doivent être réduits au silence. La démocratie n’est pas à vendre. Pas même à l’homme le plus riche du monde. Je préfère être accusée de défendre la démocratie que d’essayer de l’acheter. »

RAPPELLE-TOI BARBARA (Arrêt sur Image et Hors-Série)

https://www.arretsurimages.net/articles/concert-interrompu-de-barbara-butch-un-emballement-mediatique-hors-normes-1-2

https://www.hors-serie.net/rappelle-toi-barbara/

 

QUELLE OPÉRATION ? par Laurent Miltgen-Delinchamp (sur X Twitter)

Personne n’a vu la grande opération russe contre Attal. Viginum l’a détectée. L’entourage d’Attal l’a confirmée. L’AFP, Le Parisien, Franceinfo et le reste ont relayé. Matriochka, encore. Faux logos de médias français, accusations inventées (Parkinson, père mort d’overdose, guerre aux femmes musulmanes, indulgence pour les squatteurs). Confiance élevée. Objectif : déstabiliser le candidat à huit mois du premier tour. Et pourtant.
Je scrolle X depuis ce matin. Rien. Aucune de ces vidéos n’est apparue dans mon fil, ni dans ceux de gens qui passent leur journée ici. Les chiffres officiels parlent de “quelques milliers de vues” ou de 100 à 200 000 vues “en grande partie artificielles”. Autrement dit : des bots qui se parlent entre eux, puis des comptes jetables qui taguent des fact-checkers pour qu’ils réagissent.
C’est la troisième fois en quelques jours. Philippe, Glucksmann, Attal. Même scénario, mêmes communiqués, mêmes formulations. À chaque fois l’opération “reste peu visible”. À chaque fois les médias la rendent très visible. On est donc face à une ingérence numérique tellement discrète qu’elle n’existe quasiment pas dans l’espace public réel, mais tellement grave qu’elle justifie une communication politique immédiate. Question simple, sans filtre idéologique : Qui, ici, a réellement croisé l’un de ces contenus avant que les communiqués officiels ne les signalent ? Pas “j’ai vu l’article de l’AFP”. Le contenu original. La fausse vidéo. Le faux reportage.
Si la réponse majoritaire est “personne”, alors on n’a pas une opération de déstabilisation massive. On a un outil de communication politique qui fonctionne à merveille : annoncer qu’on est attaqué par la Russie confère instantanément un statut de victime sérieuse et de défenseur de la démocratie. La Russie fait de la désinformation. C’est un fait. Les réseaux de bots existent. Matriochka aussi. Mais une campagne qui n’atteint presque personne et qui sert surtout à alimenter les filières médiatiques et les narratives de campagne mérite d’être regardée avec un minimum de distance. Sinon on finit par confondre la détection technique d’un réseau de bots et la réalité de l’influence politique. Alors : qui a vu quelque chose ?

LA ZINNEKE PARADE par Mirko Popovitch

LES SUPERFLUS par Xavier Löwhenthal

Lutte des classes ? Marxisme ? Nous sommes pour eux superflus.
Marx écrivait dans un monde où le capital avait besoin de nous. C’était là toute notre force : il fallait des bras à l’usine, des clients pour acheter, et assez de paix sociale pour que la machine tourne. D’où le compromis (pas un cadeau, pas même une concession : arraché, et accordé parce que nous comptions).
Nous étions encore nécessaires au fonctionnement de la machine et nous étions dangereux. Deux excellentes raisons de nous payer.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus ni nécessaire, ni dangereux:
Nécessaires ? La valorisation passe ailleurs : rente, immobilier, brevets, données, dette souveraine… Le capital a trouvé mieux que le travail vivant. Il encaisse sans produire, il produit sans nous, il extrait sans nous, il exploite sans nous.
Le loyer ne fait pas grève. L’algorithme ne demande pas d’augmentation. Le titre de dette ne tombe pas malade en novembre. Le reste, il l’a délocalisé, automatisé, ubérisé. Nous ne sommes plus une armée de réserve. Nous sommes un stock dormant, et le stock dormant, en comptabilité, ça se chiffre en dépense, ça se déprécie, ça se pilonne.
Dangereux ? Syndicats assiégés, grève criminalisée, services minimum, solidarité découpée en concurrence de survivants.
Les pauvres surveillant et haïssent les pauvres pendant que la fortune se vote elle-même des dérogations. Le sommet de la radicalité, aujourd’hui, c’est réclamer un capitalisme un peu moins désagréable, en s’excusant du dérangement.
L’équation est limpide : ils n’ont plus besoin de nous, ils n’ont plus peur de nous. Démanteler l’État social n’est donc ni une lubie ni une bourde. C’est la résiliation d’un abonnement dont ils n’ont plus l’usage.
Reste le mot « inutile ». Est utile ce qui rapporte, et vite. Le soin, l’attention, le voisinage, la phrase répétée à un enfant, la présence auprès d’un mourant, le beau, le sens : hors colonne. Ils ne détruisent pas cela par cruauté. Ils ne le voient même pas. Leurs brillants comptables ne savent pas où placer ça dans un tableur. De toute manière, nos sensibilités ne valent rien.
Une bibliothèque de quartier, c’est un coût. Un vieux, une charge. Un chômeur, un malade ? Un fraudeur qui s’ignore. Ils ont sous les yeux tout ce qui rend une société habitable, et ils calculent un déficit. Puis ils s’étonnent que la croissance soit à zéro.
Alors ils coupent. Et comme ce qu’ils suppriment ne se mesurait pas, la perte ne se mesurera pas davantage : invisible dans leurs tableaux, écrasante dans nos vies. Ils appelleront ça un assainissement, et souriront devant les caméras.
La règle, c’est désormais : paye-toi ta vie, ou crève.
Alors non, la lutte des classes n’est pas morte. Elle est devenue à sens unique, et ils la gagnent d’autant plus vite que nous avons cessé de la livrer. Nous n’avons plus rien à leur vendre, plus rien à leur demander, et plus rien à perdre. Il ne nous reste qu’une chose à redevenir : impayables.

SACRÉ PATOCHE par Sophie Tlk

Et si tu essayais de combler la vacuité de ton existence autrement qu’en m’insultant publiquement ? Mais c’est l’occasion pour moi, mon cher Patou, de républier ce texte que tu as commenté mais certainement pas lu. Mon erreur fût peut-être de l’illustrer avec une photo de moi lisant “Grève générale” de Jack London… alors on va changer cela et te mettre à l’honneur Patrick.
Appel au calme dans ta gueule.
Si il n’y avait pas eu la colère, le feu, les rébellions et nos soulèvements, jamais nous n’aurions conquis un seul droit ou un semblant de justice. Révolution française, commune de Paris, suffragettes, lutte contre l’esclavage. Ceux qui condamnent aujourd’hui l’expression de la colère populaire – voitures brûlées, vitrines cassées, pillages de magasins servant le Capital – sont les mêmes qui oublient bien trop vite que c’est l’institution policière qui a le doigt posé sur la gachette et l’État bourgeois qui presse la détente. Une caste prête à mutiler et tuer plutôt que perdre un seul de ses privilèges.
Si le meurtre de Nahel n’était que le crime d’un seul homme alors il n’y aurait pas eu Zineb, Cedric, Steve, Zyed, Bouna, Lamine… 861 morts entre 1977 et 2022. C’est bien l’institution policière qui est une machine à broyer du manifestant et tuer ceux qui ne sont pas assez “blancs” à son goût. C’est le mépris de classe et le racisme systémique qui ont oté la vie d’une femme de 80 ans qui fermait ses volets, d’un jeune homme qui fêtait la musique, d’un père qui cuisinait. Il n’y a pas de “bavure” ou d’erreur, il n’y a là que le bras armé d’une caste prête à toutes les bassesses pour gagner une guerre des classes.

Quelle hypocrisie de nous demander aujourd’hui de nous calmer face aux meurtres d’une police en roue libre. Mais ils savent que ces appels au calme ne sont que foutaises ! Cela permet au pouvoir de détourner l’attention des masses vers “les sauvages” et les “barbares”. C’est bien pratique de cibler les conséquences sans ne jamais mentionner les causes. Je m’adresse à vous grands défenseurs du calme et de la sérénité : face aux centaines de meurtres de sang froid d’une institution étatique qui n’a jamais formulé le moindre remord, qui n’a jamais cessé de perpétuer ses délits et ses crimes, il faudrait que nous restions calmes en vous expliquant poliment l’objet de notre tristesse et de notre colère… Non ! Je vous insulterais bien là tout de suite, mais votre égo froissé ne retiendrait alors que mon langage ordurier et ainsi vous auriez une bonne excuse pour ne pas débattre du fond de ce texte.
On va cesser de se mentir. Ceux qui condamnent davantage les conséquences plutôt que les causes, ceux qui s’offusquent d’une poubelle ou d’une bagnole en feu et s’empressent d’oublier un adolescent abattu de sang froid : ces personnes ne sont pas du côté de la justice. L’ignorance du racisme systémique, de la violence d’État, de l’accaparement des richesses par une minorité, font d’eux des complices d’un système assassin et inégalitaire. Mais aujourd’hui je leur adresse un message : Sortez de votre confort car demain cela pourrait être vous ou l’un de vos proches sous les coups et les balles d’une institution enragée. Lisez “la domination policière” de Mathieu Rigouste. Lisez “Rester barbare” de Louisa Yousfi. Lisez Günther Anders, Emma Goldman, Louise Michel, Frédéric Lordon… Rencontrez les familles de ceux assassinés par l’État. Ouvrez les yeux sur ceux qui les ont perdus en manifestation. Et après être sorti de votre ignorance : ne gardez plus jamais votre calme.
Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur (qu’il faudra entretenir) sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions matérielles nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est: un produit, un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité, son esprit critique est bon socialement, ce qui risquerait de l’éveiller doit être combattu, ridiculisé, étouffé… Toute doctrine remettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels.” Günther Anders

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