C’EST (VRAIMENT) VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles

TATAYET par Jean-Claude Raskin (sur FB)

A Michel, mon ami.
Tu sais, quand je t’ai connu, tu étais introverti.
Terriblement.
Ton père, ta mère, ton frère, tes sœurs.
Et toi.
Toi, tu existais peu.
Mais t’avais tant de choses à dire.
Tant de choses à exprimer.
Tant de rancunes et de rancœurs.
Et d’amour aussi.
Parce que, globalement, tu aimais les gens.
Et tu avais aussi envie de les envoyer promener.
De leur dire tout ce que tu avais sur le cœur.
Leur dire que tu les aimais et leur dire qu’ils étaient cons.
Et parfois, les deux en même temps.
Parce que les gens, ils sont comme nous.
Ils peuvent être cons et ils peuvent être aimables et aimants.
Et aussi aimer.
Ou avoir besoin de l’être.
Voilà 51 ans qu’on se connaît.
51 ans. Ce sont des noces d’or.
Mais ce n’est pas comme ça qu’on les appelle en amitié.
51 ans d’amitié, suite à une petite annonce.
Hé oui, Tinder et les réseaux sociaux n’existaient pas encore.
Tu cherchais un comédien pour t’accompagner dans une pièce de théâtre que tu avais écrite.
Ce fut le coup de foudre.
Et ça a duré 51 ans.
Peu de couples peuvent en dire autant.

C’était du théâtre pour enfants.
Et très vite, nous nous sommes rendus compte que les enfants, c’était nous ! Et que nous le resterions toujours.
Et ce n’est pas le vieux Tatayet qui nous contredira.
Et tu te rappelles Tatayet, quand tu as commencé sur mon épaule vu que tu n’avais pas encore de jambes ?
Tu m’as d’ailleurs pissé dans le dos.
Ça ne faisait rire que le public.
Parce qu’à l’époque, on a écumé tous les bars, les cabarets, les gouters de pensionnés, les music-halls, les concours de chansons ou d’humour et on les gagnait tous au grand dam de ceux qui nous disaient que c’était de l’humour et pas de la chanson et des autres qui nous disaient que c’était de la chanson et pas de l’humour.
Notre duo à fait le tour de la Wallonie en Belgique et un beau jour, ou peut-être une nuit, tu es venu me trouver pour me dire :
« Jean-Claude, je vais à Paris. Tu viens avec moi ? »
J’ai répondu non.
J’ai choisi de préserver notre duo d’amitié et celui-ci ne s’est jamais démenti.
J’étais là pour ton premier Olympia.
Je te revois, en ’85, dans ce bus parisien quand tu m’as annoncé, tout gêné, que tu allais être papa.
Je me souviens de nos traversées de Paris – sans Gabin et Bourvil – à refaire le monde du spectacle et de l’humour.
Je me souviens de nos fous-rires qui, quand ils s’arrêtaient, nous avaient fait oublié pourquoi ils avaient commencé.
Et on repartait de plus belle.
Je me souviens de nos engueulades improvisées devant des gens qui croyaient assister à une scène de ménage et qui ne comprenaient pas nos fous-rires quand on voyait leurs têtes.
Je me souviens des feux d’artifices improvisés dans les Ardennes quand tu m’invitais à la dernière minute et que je lâchais tout pour te rejoindre, je me souviens …
Je ne vais pas passer 51 ans à évoquer ces souvenirs qui sont à nous et que nous nous raconterons de nouveau, dans quelque temps quand je t’aurai rejoint, parce que, si ça à duré 51 ans, il n’y a aucune raison que ça s’arrête, simplement parce que tu as choisi, pour une fois de te mettre en boite plutôt que d’y mettre Tatayet.
A bientôt mon vieux pote.

LA BONNE IMAGE par Gilbert Laffaille (sur FB)

La “une” de Paris-Match montrant le chef de l’état chevauchant fièrement un jet-ski est abondamment commentée. À juste titre. Car, à l’évidence, cette photo n’est pas un cliché volé par des paparazzi. Elle est mise en scène. Après la “une” de Nico et Carla les pieds dans l’eau, Match a décidément voulu frapper fort cet été. La semaine prochaine, les Balkany au concours du plus beau bracelet du Lavandou ?
Le service de communication de l’Élysée, la rédaction de Paris-Match, et Bernard Arnault, propriétaire du magazine, ont-ils voulu montrer une image dynamique du président ?
Veut-on sous-entendre que ce n’est pas Marine Le Pen qui pourrait en faire autant ? Ni François Hollande ? Ni ce gringalet d’Attal ? Glucksmann peut-être ? Tiens, ça tombe bien, sa photo est aussi à la une.
Veut-on, à l’image d’un Milei brandissant une tronçonneuse, ou d’un Poutine torse nu à cheval, montrer que le président vroum-vroum est un vrai chef ? Pas comme ce patapouf de Trump qui s’endort en conseil des ministres ?
Veut-on envoyer un message fort (“ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas”) en montrant que ce ne sont pas la faune et la flore d’un site protégé qui vont arrêter le Génie de Brégançon et que ce n’est pas parce que le pays brûle qu’il faut se priver de polluer un peu plus ?
Veut-on simplement signifier : “Bande de gueux, je fais ce que je veux et je vous emmerde, vous ne me méritez pas et bientôt vous me regretterez !” ?
Quoi qu’il en soit, le message est passé et il restera dans les livres d’Histoire, un peu comme la brioche de Marie-Antoinette. Voilà assurément un président qui sait se faire aimer et qui a le don de faire le bon geste au bon moment.

ON DÉMÉNAGE par la Cie Lubat / Uzeste Musical (sur FB)

Suite à l’arrêté préfectoral paru le 4 août 2026 et l’arrêté municipal en date du 5 août 2026 la tenue de la 49e Hestejada de las arts qui devait se dérouler du 17 au 22 août est interdite dans le village d’Uzeste.
Cette décision est brutale. À quelques jours de l’Hestejada, l’ordre est donné de barricader Uzeste : qu’aucune vie n’y soit possible, aucune rencontre, aucune socialité sinon celles des cérémonies catholiques. Au-delà d’Uzeste comment garantir, dans les années et les décennies à venir, le droit fondamental des presque 654 000 hommes et femmes (plus d’un.e girondin.e sur trois !) vivant dans les 159 communes à majorité forestière visées dans l’arrêté préfectoral, à s’épanouir par un accès de proximité aux cultures, à l’art, à la réflexion, à la critique, aux débats, aux rencontres…
Un arrêté préfectoral qui interdit de façon générale toute manifestation culturelle dans les “espaces exposés des communes à dominante forestière” définis de façon très large et un arrêté municipal qui interdit de façon générale “tout rassemblement et toute manifestation sur tout le domaine public du territoire d’Uzeste” ne sont pas de nature et ne seront jamais de nature à garantir ce droit.
Le village est-il dépossédé d’une partie de lui-même. Ce n’est malheureusement pas la première fois en 49 ans ! Une cancel culture préfectorale ?
Il ne faut pas se tromper : derrière l’argument « rationnel » de la sécurité se dessine une politique. Quand L’État sait toujours ce qu’il faut faire, indifférent à ce qui vient d’en bas ? Le peuple est à ses yeux irresponsable, ignorant ?
Ces dernières semaines ont été éprouvantes dans la fumée des feux et l’inquiétude pour les terres voisines. Nous avons fait de nombreuses propositions, bien conscients qu’il fallait adapter l’Hestejada. Il semblerait qu’aucune n’ait été réellement étudiée. Par exemple nous avons proposé un protocole de sécurité renforcé pour une « hestejada » raccourcie. En 2022, déjà nous avions adapté cette manifestivité culturelle, renforcé la sécurité et tout c’était bien passé, à l’image de 49 ans d’hestejada sans aucun problème.
C’est non. Non à un village vivant. Non au droit de se rassembler sans se ressembler, non à l’expérimentation. Non à la danse, au chant, à la musique, au théâtre, à la littérature, aux débats et au cinéma. Non à ce que l’on parle des forêts qui brûlent et de Gaza.
Le travail des artistes n’est pas apprécié à sa juste nécessité. Aujourd’hui pire que jamais les événements culturels doivent être touristiquement paramétrés, les œuvres doivent se vendre et les paroles se taire !
Nous sommes persuadés et convaincus que le partage de l’art, de la pensée, de la culture, de nos expériences est vital pour qu’une société nouvelle démocratique, aussi urgente que nécessaire, advienne. Nous commençons, nous continuons, nous insistons.
Comme vous y allez, Mesdames et Messieurs les élues de la commune d’Uzeste dans le choix de votre affirmation un tantinet autoritaire, dans votre communiqué : « Annulation du 49e festival d’Uzeste ». Si vous avez lu le programme Manifestif vous aurez pu constater qu’il s’agit d’une Hestejada de las arts -et non pas d’un festival- car par respect de l’histoire de notre monde rural nous tenons à faire perdurer nos ressources culturelles occitanes.
Vous pouvez certes interdire la tenue de la manifestivité sur le territoire public de la commune, mais il n’est pas de votre ressort de décider d’une annulation.
S’agissant de cette 49e Hestejada 2026, reconfigurée pour l’occasion, elle continuera de plus belle ailleurs… faisant ainsi honneur à sa propre histoire en Sud Gironde. Ne vous inquiétez pas pour nous !? nous saurons poursuivre ce chemin, d’aujourd’hui un demi-siècle, et nous saurons quoiqu’il arrive organiser en toute valeur artistique libre nos actions d’Éducation populaire et de création transartistique en milieu rural… notamment en regard des subventionnements publics qui leur sont allouées… économies locales qui en découlent comprises. Et colossale tristesse de devoir quitter Uzeste ! La canicule n’en finit pas de commencer !
Ce n’est qu’un début, continuons-le quand même ! Uzeste Musical

49ème hestejada de las arts :
Bazas 19 août
Saint Macaire 20, 21 et 22 août

IRONIE par MEHDI HASAN (sur X Twitter) : « Voici l’ironie : Trump est le fils d’une immigrante, petit-fils d’un immigrant, marié à une immigrante… 2 des 3 épouses étaient des immigrantes — prouvant une fois de plus que les immigrants feront les boulots que même les Américains ne veulent pas faire. »

RENAUD À CHARLEROI (1977) par Michel Barbier (sur FB)

Je publie cette archive avec une dédicace spéciale pour Bernard Hennebert et Marc Keiser. En janvier 1977, Renaud a passé une semaine à Charleroi, à l’initiative de Jean-Claude Durieu, l’animateur du Coup de Fusil (maison de jeunes emblématique de Charleroi dans les années 70), Jean-Claude qui nous a malheureusement quittés en 2016.
Renaud avait déjà sorti son premier album, L’hexagone , et il était donc venu roder ses nouvelles chansons, celles qui allaient assurer sa notoriété : Laisse béton, Je suis une bande de jeunes, Germaine…Elles ne sortiront qu ‘en octobre 77 sur son deuxième album.
Sur la petite scène du Coup de Fusil, il était accompagné à l’accordéon par Gilou qui était aussi l’accordéoniste de Pierre Perret. À l’époque, je possédais un matériel son d’assez bonne qualité et Jean-Claude m’avait demandé d’assurer la sono des quatre concerts de Renaud, dont un à la salle de la Régence à Marcinelle, suivi d’un bal populaire, avec Marc Keiser à l’accordéon.
Le lendemain soir, j’ai participé avec Renaud à un débat sur la chanson française, animé par Bernard Hennebert. Jacques Vassal était annoncé, mais je ne suis pas certain qu’il ait été présent. (Je me trompe peut-être, Bernard doit s’en souvenir…) Quant à Céleste le Berger, programmé deux fois en première partie de Renaud, je ne sais pas ce qu’il est devenu. Son tour de chant n’était pas inoubliable sur le plan musical, mais tellement loufoque, inventif et déjanté que j’étais à l’époque un de ses fans inconditionnels.
Un mot sur l’affiche. Elle est de Christian Vagenhende qui nous a quittés lui aussi, plusieurs années avant Jean-Claude. Christian, c’est lui qui a réalisé la fresque du clown cycliste volant qu’on voit, sur la gauche, à l’arrière du Palais des beaux-Arts quand on roule sur le R9 de Charleroi. Il avait créé pour les affiches du Coup de Fusil ce personnage fétiche, barbu, chevelu, souvent mal habillé, que nous avions baptisé Tocsin Médard. Pour l’occasion, Tocsin avait fait son chic et posait, sous la casquette d’un titi parisien, à côté d’un réverbère. La légende prétend que, un peu avant la venue de Renaud, un soir, à la fermeture du Coup de Fusil, une petite équipe a pris la route de Paris et est allée coller une seule et unique affiche sur une colonne Morris, juste devant le domicile de Renaud. Ce qui l’aurait, paraît-il, vraiment épaté, lui qui n’avait sans doute jamais entendu parler de Charleroi avant ce séjour mémorable (pour nous) de janvier 1977.

https://www.mediapart.fr/journal/international/140826/une-nouvelle-affaire-trump-le-scandale-des-diamants-belges

PERSONNE NE VIENT DE NULLE PAR par Mousse Ouriaghli (sur FB)

Je l’ai rencontré place Bethléem.
Un homme d’une soixantaine d’années, assis sur un banc.
Pas spécialement vieux. Pas spécialement remarquable non plus.
Et pourtant, il avait quelque chose dans le regard.
Vous savez, ce regard qu’ont certains hommes qui ont beaucoup vécu sans forcément beaucoup parler.
On a commencé à discuter.
Du quartier. De la vie…
Et puis, à un moment, il m’a dit :
Moi, je suis italien.
Je lui ai demandé :
Vous êtes arrivé quand ?
Il a souri.
Moi, je suis né ici. C’est mon père qui est arrivé.
Quand ?
1946.
Il a prononcé cette date simplement.
1946.
Mais derrière ces quatre chiffres, il y avait toute une vie.
Son père était arrivé d’Italie après la guerre.
Il était venu travailler dans les mines.
Il ne connaissait personne ici.
Il ne parlait presque pas français. Il avait une petite valise.
Et puis voilà… il est descendu dans la mine.
Il s’arrête.
Vous savez ce que c’est, une mine ?
Je lui dis que non.
Il me répond :
C’est un endroit où les hommes descendent dans le noir pour permettre aux autres de vivre à la lumière.
Cette phrase m’a arrêté.
Il continue.
Mon père travaillait avec des Italiens. Des Polonais. Des Espagnols. Des Grecs. Puis sont arrivés les Marocains, les Turcs… Il y avait des hommes de partout.
Il sourit.
On ne parlait pas tous la même langue.
Mais quand tu es au fond d’un puits, tu apprends vite une chose : la peur, elle, n’a pas besoin de traduction.
Silence.
Puis il reprend :
Mon père est remonté.
Il regarde ses mains.
Mais pas tous ses copains.
Il me parle des accidents.
De la poussière.
Des poumons qui se remplissaient de cette saleté.
De la silicose qui arrivait parfois des années après.
Des familles qui attendaient.
Des hommes qui avaient donné leur santé à un pays qui n’était pas encore tout à fait le leur.
Et pourtant, dit-il, c’est devenu leur pays aussi.
Il me regarde.
C’est ça que les gens oublient.
Il ne parle pas avec colère.
Il parle avec une sorte de tristesse tranquille.
Aujourd’hui, j’entends parfois des gens dire : « Les étrangers… les étrangers… »
Il hausse les épaules.
Mais mon père aussi était un étranger.
Il sourit.
Et moi, je suis né ici.
Il se tourne vers moi.
Alors je suis quoi ?
Je ne réponds pas.
Il poursuit :
Tu sais ce que je pense ?
Non.
La Belgique, c’est un tricot.
Je souris.
Un tricot ?
Oui. Un grand tricot. Mal fait parfois. Avec des nœuds, des fils qui dépassent, des trous aussi… mais un tricot quand même.
Et là, il commence à compter sur ses doigts.
Il y a eu les Belges d’avant. Puis les Polonais. Les Italiens. Les Espagnols. Les Grecs. Les Marocains. Les Turcs. Et puis tous les autres.
Il me regarde.
Et tu sais quoi ? Mes enfants sont encore un autre fil.
Il rit doucement
Et leurs enfants seront encore un autre fil.
Il se lève lentement.
Puis il me dit :
Alors quand quelqu’un me dit : « Moi, je suis belge », je lui réponds : « Moi aussi. Mais ne crois pas que tu as fabriqué le tricot tout seul. »
Cette phrase me fait sourire.
Mais lui ne sourit plus.
Parce qu’avant nous, il y en avait d’autres.
Il regarde autour de lui.
Et avant eux aussi.
Il prend une respiration.
Depuis la nuit des temps, les hommes bougent. Ils partent. Ils arrivent. Ils fuient. Ils cherchent. Ils aiment. Ils travaillent. Ils se mélangent. Ils font des enfants. Ils transmettent une chanson, une recette, un mot, une histoire…
Il pose une main sur son cœur.
Et puis un jour, quelqu’un arrive et dit : « Moi, je suis d’ici. Toi, tu es d’ailleurs. »
Il secoue la tête.
Mais d’ailleurs… par rapport à quoi ?
Il me regarde une dernière fois.
On vient tous de quelque part.
Puis il s’en va.
Je reste seul sur le banc.
Et je repense à son père.
À cette petite valise.
À l’Italie qu’il avait laissée derrière lui.
À la Belgique qu’il ne connaissait pas encore.
À cette mine où il est descendu avec d’autres hommes venus d’ailleurs.
Et je pense à tous les fils de toutes les couleurs qui, depuis des milliers d’années, se croisent sans jamais demander la permission à l’Histoire.
Peut-être que l’humanité est cela.
Un immense tricot commencé bien avant nous.
Avec des fils qui viennent d’Afrique, d’Asie, d’Europe, du Moyen-Orient, d’Amérique…
Des fils qui se rencontrent.
Qui s’emmêlent.
Qui parfois se déchirent.
Mais qui recommencent toujours à se nouer.
Nous passons notre temps à vouloir savoir quel fil était là avant l’autre.
Alors qu’au fond, aucun fil ne fait un tissu à lui tout seul.
Et peut-être que notre plus grande erreur est de croire que nos différences nous séparent.
Parce que depuis la nuit des temps, elles font exactement le contraire.
Elles nous relient.
L’homme de la place Bethléem avait raison.
La Belgique est un tricot.
L’humanité aussi.
Et nous sommes tous, sans exception, un petit bout du même fil.

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