C’EST (VRAIMENT) VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles

RANDONNÉE « TOUR DU BEAUFORTAIN » par Claire Kuneben (sur FB)

Pendant que le feu prenait un peu partout, dans les plaines et les Fagnes (mais nous l’ignorions, dépourvus de réseau), nous avons randonné six jours dans les Alpes, d’Arêches à Beaufort, en passant par les crêtes et un petit morceau du tour du Mont-Blanc. Impossible, comme d’autres fois, de vous tenir un journal en ligne car j’écrivais juste dans un petit carnet, chaque jour.
Nous sommes arrivés à Arêches le 12, pour démarrer nos six jours de rando. Je rends hommage à la France et sa gastronomie car le petit hôtel où nous nous sommes posés avant de grimper nous a régalés. Et puis, nous nous sommes… chargés ! 14 kilos pour Gaëtan (avec son sac rouge plein, il paraît plus grand), 8 kilos pour moi… ça ira ça ira ça ira (on verra). Bon dans tout ça, plus de trois litres d’eau par personne, plus on boira plus on s’allégera !
Col du Pré-Refuge de la Coire, par le col du Couvercle ! Dix kilomètres, 1000 mètres de dénivelé (assez doux) et une chaleur de four en bas, qui diminue sous les épicéas. Montée dans les alpages jusqu’au Refuge de la Coire où on loge dans la cabane à cochons (l’ancienne porcherie) dans un petit dortoir de quatre personnes. Mais des dortoirs, il y en a plus d’un ! Et du bivouac ! Et des groupes qui dorment dans un hangar plus haut ! De douche, par contre, juste une. J’attends à côté d’un chinois qui vit en France et ne connaît de la Belgique que Charleroi. On a beau avoir du temps d’attente pour parler, je n’arriverai pas à comprendre pourquoi il ne connaît de notre pays que Charleroi. Il dit qu’il a trouvé la ville moyennement jolie. Je ris. Au refuge, ils sont débordés, il manque un peu de pain, de taboulé, de tout. Je compense avec des pâtes de fruits survitaminées, elles me sauveront plus d’une fois.

Le lendemain, étape vers le Plan Mya, par le col du Coin. Pas mal de kilomètres en plus et quasi autant de dénivelé. Les guides prévoient plus de 5 heures, j’en mets deux de plus. Plus les pauses. Le haut du col du Coin est une vraie saloperie, en gravillons. Plus difficile encore en descente. Mais en haut, la vue est à 360 degrés, et autour il y a… des marmottes ! Vue sur le Mont-Blanc, le seul encore enneigé (pour combien de temps? Il n’y a plus de neige nulle part !) Au refuge, il y a une seule grande pièce où tout le monde dort et mange. On doit être une trentaine. Dont un groupe de koweïtiennes toutes jeunes, avec une guide. On cuisine ici au bois, dans la même pièce. Il y a une roue de fromage plus grande qu’une roue de voiture sur la table. Plein de monde arrive après nous, pour bivouaquer, mais il y a un énorme orage, ils sont tous trempés. Ce sont des gens du coin, ils sont montés ici pour camper au frais parce qu’il fait mourant dans la vallée, et ils sont contents qu’il pleuve, même s’ils n’arrivent pas à planter la tente. Ils nous racontent l’histoire du refuge, dans la même famille depuis des générations…

Le 15, je me lève avant tout le monde, sauf la guide qui fait du yoga sur la terrasse dans la brume de six heures. Départ pour la plus grosse étape : Col de la Croix du Bonhomme (sur le parcours du tour du Mont-Blanc) puis descente jusqu’au Refuge des Prés. On monte très lentement mais sans souci, pendant plus de quatre heures. Et on marche sur une très longue crête, je vous mettrai des photos, c’est sublime.
Puis voici le col de la Sauce, celui qui croise le tour du Mont-Blanc. Tout va bien, même s’il y a beaucoup de monde. On va partager le sentier qui suit avec le TMB, on voudrait faire la suite vite pour retrouver la tranquillité, mais ce n’est pas du tout ça qui va se passer. Nom d’une crotte de… marmotte ! Le descriptif fourni par notre guide est erroné, il y a presque deux heures de plus à faire encore, et donc nous allons croiser les marcheurs bigarrés pendant encore des kilomètres, sur des pierriers difficiles. Il y a un nombre incroyable d’asiatiques. Ils ont des parapluies/sols (?) de toutes les couleurs (!) et portent des sortes de combinaisons de plongée pour se protéger du soleil, on ne voit que leurs yeux sous le caoutchouc, c’est hallucinant !
On croise deux jeunes marcheuses égarées avec des toutes petites gourdes qui n’ont plus à boire (on leur passe un demi-litre). Il y a aussi cette folle qui cherche où elle va pouvoir boire un coup : elle doit confondre le Mont-Blanc et les Champs Élysées. Imperturbable, je dis « Bonjour » à tout le monde, comme on le fait en montagne. Ça oblige au moins 300 chinois à me répondre, avec leur accent émergeant de dessous leurs masques de science-fiction. Au col suivant (celui oublié par le descriptif), on constate qu’il reste encore…deux heures à marcher ! En descente, on croise des gens qui démarrent la montée (à seize heures), l’air égaré : je me demande ce qu’ils vont devenir. Enfin, au bas de la vallée, le sentier qui mène au refuge est effondré, il nous faut encore descendre et remonter. Je marche comme une geisha, je dois faire du un demi kilomètre/heure. Dix heures après être partis, nous voilà au Refuge des Prés. Joli, récent, avec une literie sympa, de petits dortoirs de quatre et des douches chaudes. On n’a pas eu d’orage. J’ai marché beaucoup plus que je ne le fais d’habitude, mais tout va bien. Le Mont-Blanc, ça, c’est fait !

Le 16, confiants, on prend la direction du Col de la Fenêtre, mais cette montée-ci est malheureusement au soleil … et il y a les dix heures de marche d’hier ! Lentement, mais certainement, on arrive au petit col qui encadre le Mont, comme… une fenêtre. Je vous mettrai la photo, c’est extraordinaire. Il y a beaucoup moins de monde, mais surtout des randonneurs avec des chiens, dont certains font du portage, c’est sympa. Je me dis que voilà, j’ai « fait » tous les cols ! Cet après-midi et demain, c’est de la descente. J’admire le Mont-Blanc. Les paysages. La descente est casse-pattes, mais c’est de la descente ! Et soudain… impossible d’avancer ! Je me dis que ça ne va pas durer, on se pose un peu, mais impossible de repartir, rien ne va plus ! Je deviens confuse, je me dis que je ne saurai pas marcher demain, ni plus jamais de ma vie. Je psychote. J’essaie de boire plus, je mange des pâtes de fruit vitaminées, rien n’y fait ! Il nous faut au moins regagner un endroit accessible. Pour ça, il reste une heure de marche, mais impossible de bouger ! Gaëtan vide la moitié de mon sac à dos dans le sien. Enfin, il attache tout mon barda au-dessus du sien : avec ça il mesure deux mètres. J’arrive enfin à redémarrer. Après deux heures et cinq pauses au moins, on arrive à un restaurant d’altitude, où Gaëtan me force à commander un plat chaud, de l’Orangina, de la glace. Et ça va mieux. Mes pensées paranoïaques disparaissent. On attend un long moment pour se remettre en route . Et (le pauvre !), il garde tout mon barda, il doit bien être à 20 kilos.

Soudain, une très grosse pluie de grêles. Et pas d’abri. On met les couvre-sacs, on se ratatine en boule par terre pour éviter les grêlons, je protège mes genoux avec le porte-carte (parce que je randonne en short) et on se donne un temps limite pour repartir. Après vingt minutes, on se lève de notre mare, et on repart en goutant. Progressivement, le soleil revient et le vent nous sèche. Arrivée au refuge de la Croix de pierre, super sympa. On a un lit de deux personnes .Et il y a même une douche, contrairement à ce qui était annoncé. OK elle est froide, mais moi, je m’en fous : je ne me lave pas ! (Enfin pas maintenant.) Gaëtan me couvre avec deux grosses couvertures… et je m’endors ! Après la sieste, je revis, je trouve l’énergie pour me laver. C’est mieux pour les autres, je crois. On nous dit que c’est la fin de saison, déjà, alors ici, il y a très peu de monde. On discute avec des bretons. Ils ont la moitié de notre âge et marchent deux fois plus vite que nous. Enfin que moi. Enfin surtout aujourd’hui.

Le lendemain, le 17, c’est déjà le dernier jour. Je reprends mon portage normal. Pour une descente de 1000 mètre de dénivelé parmi les troupeaux de vaches, sur de l’alpage, puis dans les conifères. Le descriptif du Beaufortain est extraordinaire : « Tournez à gauche aux Épicéas » (Il n’y a que ça, des épicéas!).
Heureusement, je sais lire une carte. Descente longue et très, très, pentue sur le hameau de Hauteluce, où nous attrapons la navette pour Beaufort-sur-Doron. On y arrive en même temps qu’une pluie dantesque. Tous les randonneurs descendus après nous sont couverts de pluie et de boue, l’étroit sentier a du se transformer en toboggan géant. A Beaufort, on apprend qu’un col vient de fermer, deux refuges sur le Mont-Blanc aussi, les alpinistes sont évacués.
C’était le Beaufortain, six jours d’aventures plus sportives que je ne l’aurais cru, dans des paysages magnifiques, sous une météo inquiétante… Je vous poste des photos demain, des images des paysages et des refuges et puis du Mont-Blanc… tant qu’il l’est encore !

CARTE POSTALE par Véro Marit (sur FB).

Ce matin au marché de Sartène, la boite à lettres est derrière mon banc, un jeune couple, une carte postale à la main, perplexe. Le gars dit:” Attends je vais appeler ma mère. Maman, c’est moi, voilà j’ai la carte mais comment on fait ? D’un côté l’adresse ok , faut écrire Madame en entier ? l’adresse mais y’a pas place… Puis à côté on écrit, on écrit quoi ? Je ris, ils me confirment c’est la première fois qu ils envoient une carte postale, C’est pour ma grand-mère de 89 ans elle va être surprise et contente !”

J’AI VU L’ÉTÉ par Jean-Pierre Froidebise

J’ai vu l’été
Un court instant
J’ai vu l’été
Comme je vous vois
Comme je vouvoie l’hiver
Qui me tutoie déjà
Les saisons perdent
Leurs bonnes manières
Le savoir-vivre élémentaire
Des jolis printemps d’autrefois
Qu’est-ce qu’un poème
Me direz-vous
Face à toute cette misère
Ma foi…
C’est une particule
De temps perdu
Transformée en inoxydable
Qui de ce fait même ne l’est plus
Pour qui suspendra cet instant
Le figera dans sa substance
Qui n’est rien d’autre que du vent
Qui jamais n’en soufflera mot
Par cet étrange subterfuge
Cet élément insaisissable
Se fixe au tournant d’une page
Et lorsque vient le dernier mot
Il n’est plus perdu
Pour personne

SI TOUT SE PASSE COMME PRÉVU, TOUT ÇA NE CHANGERA RIEN par Edgar Szoc

Le plus grand incendie jamais enregistré en Belgique, des évacuations, des pompiers allemands, des statuts Facebook et des hectares que j’ai arrêté de compter : l’heure est grave, mais ça ne changera rien.
Élise Boutié a soutenu à l’EHESS une thèse en anthropologie intitulée  “La maison brûle : cultiver le déni du changement climatique après un mégafeu en Californie du Nord” (2024). Son terrain : Paradise, une ville rayée de la carte le 8 novembre 2018 par le Camp Fire (85 morts, plus de 19 000 bâtiments détruits et 62 000 hectares incinérés).
Si une catastrophe devait produire une prise de conscience, c’était celle-là.
Boutié observe l’inverse. Dès novembre 2019, au premier anniversaire, elle voit se mettre en place un dispositif (qu’elle qualifie de “déni cultivé”) destiné à organiser l’oubli du 8 novembre et à relativiser sa portée.
Il ne s’agit pas d’ignorance, ni de bêtise, ni de climatoscepticisme militant.
Le déni n’est pas une absence d’activité – c’est une activité intense.
On reconstruit, on commémore, on remercie, on raconte. Et c’est précisément ce travail-là qui permet de continuer à habiter un territoire devenu invivable sans jamais avoir à questionner les fondements de ce choix.

Sa thèse suit trois fils : la maison, la forêt, l’église évangélique – ce qu’elle décrit comme la colonne vertébrale du modèle socio-politique états-unien.
La maison, parce qu’elle n’est pas qu’un abri : c’est un patrimoine, un statut et une biographie. La reconstruire à l’identique – avec l’appui des assurances et des pouvoirs publics – restaure une continuité (et rend impensable la seule question qui vaille : faut-il continuer à habiter là, et comme ça ?).
La forêt, parce qu’elle est perçue comme une nature originelle, extérieure à la société – ce qui permet de lire l’incendie comme une fatalité naturelle plutôt que comme le produit de décisions d’aménagement.
L’église, parce qu’elle offre un cadre moral qui absorbe le choc sans le politiser : l’épreuve, la foi, l’entraide communautaire comme réponse suffisante.
Nous n’avons pas d’église évangélique. Nous avons mieux : le récit héroïque. Les pompiers admirables – et ils le sont. Les agriculteurs qui montent avec leurs tonnes à eau. Les habitants qui distribuent du café toute la nuit. Le Roi qui remercie.
Tout cela est vrai. Tout cela est beau. Et tout cela est aussi, fonctionnellement, ce qui va clore l’événement.
Voici ce qui va se passer. On va chercher l’origine du feu : un mégot, un barbecue, un imprudent. On va individualiser la cause. On va débattre du matériel : faut-il des Canadair belges, des drones ? On votera peut-être deux-trois trucs. Et puis, surtout, on célébrera la résilience.
La force de Boutié, c’est qu’elle refuse de moraliser.
Les gens de Paradise ne sont pas des imbéciles. Leur déni a une cohérence interne : il tient ensemble des contradictions devenues intenables.
L’incendie des Fagnes ne produira pas de conscience ni de changement politique, pas plus qu’aucune catastrophe.
J’écris ceci pour avoir tort. Je prévois pour ne pas devoir voir.
Mais je sais ceci : aucune flamme ne sera jamais assez éclairante pour orienter l’avenir. Il paraît que la civilisation a commencé quand l’homme s’est emparé du feu. Elle ne survivra que si le mouvement social s’empare de l’incendie.

NB : Arrêtez d’appeler à la démission du gouvernement wallon.
Il doit d’abord rentrer de vacances.

TRANSPORTS EN COMMUN EN F35 par Maco Meo. Voilà dix jours, DIX JOURS, que notre trajet La Louvière – Bruxelles, soit 50 kilomètres, nous prend quasi 3 heures par jour (l’aller-retour). Sans aucune garantie de pouvoir monter dans le train à la gare de correspondance – Braine-Le-Comte. Ce matin, une fois de plus, des navetteur.euse.s sont resté.e.s sur le quai. Et dans le train, nous voyagions debout. Convaincue que le meilleur moyen de bouger aujourd’hui et demain, c’est avec les transports communs, je suis, comme tout le monde, épuisée par cette situation. D’autant que ces 3 heures sont évidemment arrachées à notre temps de vie privée et qu’on en arrive à remercier nos “patrons compréhensifs” face aux éventuels retards causés par la situation. Réinvestir dans les services publics est une urgence absolue, à moins que nos décideurs politiques ont l’idée de nous transporter au boulot à bord de leurs F35 qui puent la merde.

ÉTONNANT par Daniel Schneidermann

Dans le “scandale” Bagayoko-Haziza-Canard, Aphatie rétrograde bruyamment, sans présenter aucune excuse. Tout un art. (Bloqué par lui, je ne peux partager ce texte magistral. Étonnant, non?)

Michelle Tirone sur Bally Bagayoko

SUR LES HAINEUX par Goldbaum of Krakow (Gauche Gaza) (sur X Twitter)

Mini thread sur les haineux du judaïsme : Je ne suis pas là pour faire l’avocat des juifs. Je n’ai pas envie de centrer les horreurs qui se produisent en Palestine sur les juifs, sur nous.
Mais je vois que pas mal de gens pourtant intelligents et sensibles ont complètement vrillé en accusant le judaïsme d’être une « religion raciste, de pédophiles supremacistes, etc… ».
C’est complètement con. Bien sûr, si tu prends des bouts de texte ici et là écrits y’a 2000 ans dans un contexte complètement différent, bah oui tu vas pouvoir appuyer ta thèse.
Sauf que d’autres liront d’autres passages et d’autres préceptes du judaïsme comme le Tikun Olam (entre autres). Les mouvements de libération des Noirs Américains dans les années 50 et les compagnons de route de Mandela blancs en Afrique du Sud étaient majoritairement juifs. Et leur soif de justice était au nom de leur judéité.
Faut arrêter les conneries Par ailleurs nous vivons des temps de fascisation accélérée. Malheureusement les juifs pour tout un tas de raisons n’échappent à cette dynamique. Calmez vos esprits. On ne remplace pas la haine par encore plus de haine.

DE QUOI JE SUIS FIER par Jean-Claude Englebert-Cohen (sur FB)

À 58 ans, soit très loin déjà dans la seconde partie de ma vie, se pose la question de savoir de quoi je suis fier.
Fondamentalement, de pas grand-chose en vérité. Les études, la carrière professionnelle et politique, franchement, ça peut aller au bac directement.
Mes enfants, évidemment, qui sont pour moi toujours une source d’émerveillement mais aussi de curiosité.
J’ai entendu un jour que les feux de forêt font revenir à la surface des graines oubliées, enfouies dans le sol, et qui, à la faveur du feu, se diffusent dans l’air et donnent quelque chose qui semble impossible. Mes enfants, c’est ça. J’ai renoncé à tenter de comprendre d’où leur vient leur intelligence et leur sensibilité.
En tout cas, ce n’est pas génétique, c’est sûr.
Bref. Je suis leur papa, et ça c’est une source intarissable de fierté.
Sinon, j’ai découvert François Béranger en 1977. J’avais neuf ans. Il y a donc bientôt 50 ans. Il n’a jamais été populaire. Ses musiques et sa voix ont toujours été discutables. Mais dès que je l’ai découvert cet homme, je l’ai aimé comme un fou. J’ai eu le privilège d’échanger par mail avec lui peu avant sa disparition.
Je pense souvent à ses chansons. Quelquefois, je les écoute. Et ce que je trouve totalement dingue, c’est que la plupart de ces, ses, chansons, j’ai toujours l’impression qu’il les a écrites la semaine dernière pour parler de ce qu’on vit.
D’aimer François Béranger. je suis fier, de l’avoir aimé depuis si longtemps, je suis fier.

“Les Moineaux” au BOZAR (avec Eric Drabs, Frank Wuyts et Pierre Jacqmin) (sur Youtube)

LUTTE DE CLASSES ET JARDINAGE par William Donni (FB)

Ce n’est pas le jardinage en tant que pratique qui est visé, mais son instrumentalisation comme substitut à l’action politique. Planter des tomates dans son jardin ou cultiver un potager partagé, c’est très bien pour soi-même ou à l’échelle locale. Mais face à l’accaparement des terres par l’agrobusiness, à la destruction de la biodiversité par les multinationales et à l’inaction des gouvernements, le jardinage n’est pas un projet politique à la hauteur du désastre.
Réduire l’écologie à un “retour au vivant” individuel sans s’attaquer à ceux qui possèdent et politique à grande échelle, c’est laisser le capitalisme poursuivre son œuvre en paix pendant qu’on s’occupe de nos potagers.
La lutte contre les inégalités et l’action directe pour le climat ne sont pas ennemies du jardinage : elles sont la condition sine qua non pour qu’il nous reste une terre cultivable demain. Ne confondons pas la résistance systémique avec un passe-temps individuel, aussi vertueux soit-il.

LE BRUIT D’UN SILENCE par Mousse Ouriaghli

Il y a quelques jours, quelqu’un me racontait une drôle d’histoire.
Un appel manqué, provenant d’un numéro sans nom.
Il ne rappelle pas tout de suite. Il envoie simplement :
« Bonjour, qui est-ce ? »
Puis, quelques heures plus tard, en regardant la photo WhatsApp associée au numéro, quelque chose lui revient.
Il se dit qu’il connaît peut-être cette personne.
Alors ça commence à travailler.
Il cherche dans sa mémoire. Peut-être que le numéro a été supprimé. Peut-être qu’il a changé de téléphone depuis. Peut-être qu’il n’a simplement pas reconnu le numéro tout de suite.
Et puis la curiosité prend le relais.
Il aurait pu rappeler directement.
Mais il ne l’a pas fait.
Pourquoi ?
Peut-être par prudence.
Peut-être par timidité.
Peut-être simplement parce qu’un appel peut parfois réveiller des choses qu’on croyait endormies.
Alors il envoie un deuxième message :
« Je crois t’avoir reconnue sur WhatsApp. Si c’est bien toi, j’espère que tu vas bien. Et si c’était une erreur, ce n’est pas grave. »
Puis il attend.
Le message est lu.
Mais aucune réponse.
Et là commence le véritable problème.
Ce n’est plus la personne qui parle, c’est l’imagination.
Pourquoi ne répond-elle pas ?
Est-ce une erreur ?
Est-ce vraiment elle ?
A-t-elle hésité ?
Est-elle gênée ?
Avait-elle simplement envie de prendre des nouvelles ?
Et voilà comment un simple appel manqué peut devenir une petite histoire dans la tête.
On regarde son téléphone.
On repose le téléphone.
Puis on le reprend quelques minutes plus tard.
Et l’on se demande presque si l’on est en train de devenir fou.
Mais peut-être pas.
Peut-être sommes-nous simplement devenus des êtres qui supportent de moins en moins de ne pas savoir.
Nous voulons des réponses immédiatement.
Une explication.
Une confirmation.
Un signe.
Même un simple « désolé, je me suis trompé de numéro » nous rassurerait.
Parce que le silence, lui, laisse trop de place à l’imagination.
Et quand la vie est parfois un peu trop calme, quand les rencontres se font rares, quand il ne se passe pas grand-chose de nouveau, le moindre événement peut prendre une dimension énorme.
Un appel devient une possibilité.
Une possibilité devient une attente.
Et une attente peut devenir une obsession.
Alors il se demande :
Est-ce vraiment quelqu’un qui lui manque ?
Ou est-ce simplement cette sensation d’avoir le cœur qui bat ?Car il y a des périodes dans la vie où l’on ne cherche pas forcément quelqu’un.
On cherche quelque chose qui nous réveille.
Une rencontre. Une conversation. Un voyage. Une musique. Un regard.
Quelque chose qui nous rappelle que nous sommes encore capables d’être surpris.
Mais peut-être faut-il apprendre à ne pas transformer chaque petit signe en destin.
Un appel peut être une erreur.
Un silence peut être simplement un silence.
Et quelqu’un qui ne répond pas n’est pas nécessairement en train de nous rejeter.
Il est peut-être simplement ailleurs, dans sa propre vie, avec ses propres préoccupations.
C’est difficile à accepter parce que nous aimerions que le monde nous réponde à la vitesse de nos émotions.
Mais le monde ne fonctionne pas comme ça.
Et il se demande :
Est-ce que le reste du monde fonctionne aussi comme ça ?
Est-ce que nous sommes tous devant nos écrans à attendre une réponse qui ne vient pas ?
Est-ce que nous sommes tous en train d’interpréter les silences des autres ?
Est-ce que nous sommes tous devenus un peu prisonniers de ces petites lumières qui s’allument sur nos téléphones et qui peuvent, en quelques secondes, changer notre humeur ?
Peut-être avons-nous inventé des moyens extraordinaires de communiquer, mais que nous avons oublié d’apprendre à attendre.
Attendre sans inventer.
Attendre sans se dévaloriser.
Attendre sans fabriquer toute une histoire.
Surtout, accepter que certaines choses restent sans réponse.
Au fond, nous avons peut-être tous besoin de sentir que nous comptons pour quelqu’un.
Ce besoin-là n’a rien de honteux.
Il est profondément humain.
Alors aujourd’hui, laissons peut-être un peu les téléphones tranquilles.
Le soleil est là.
Il y a des terrasses, des cafés, des amis, de la musique, des promenades, des discussions qui ne passent pas par WhatsApp…
Et toutes ces petites choses qui existent encore sans notification.
Profitons-en.
Parce qu’au fond, le plus important n’est peut-être pas de savoir pourquoi quelqu’un nous a appelé.
C’est de savoir ce que nous allons faire de notre propre vie pendant que nous attendons.
Beau dimanche à toutes et à tous. Profitez du soleil, des belles terrasses, des vacances pour ceux qui y sont… et surtout, profitez de la vraie vie.

BOUCHEZ ET LES FAGNES par Julien Truddaïu (sur FB)

Incendie dans les fagnes : Bouchez en mode « football panique ».
Un post de repli après une sortie ratée ?
Le 16 août 2026, alors que l’incendie des Hautes-Fagnes ravageait encore des centaines d’hectares, le président du MR avait publié une première réaction indécente, refusant tout lien avec le dérèglement climatique en attribuant la catastrophe à « des individus qui, soit volontairement, soit par négligence, ont démarré ce feu », réclamant des « sanctions exemplaires ». L’immense majorité des réactions évoquaient toutes une « brutalité » du dérèglement climatique et le manque de moyens des pompiers.

Hier soir, Monsieur Bouchez s’est fendu d’un post plus long et beaucoup plus défensif, publié dans la foulée alors que le débat public s’intensifiait sur l’impréparation de la Belgique face à ces événements climatiques. Il porte toutes les marques d’une réponse de crise à la polémique déclenchée par cette première déclaration désinvolte.

1. La classe politique et la presse salissent tout
Cette entrée en matière agressive, qui vise indistinctement « la classe politique » et « la presse », est une stratégie classique de retournement victimaire.
Plutôt que de répondre sur le fond aux critiques concernant sa négation du lien climatique, Monsieur Bouchez déplace le débat vers une dénonciation générale du système médiatique et politique. Un procédé de diversion qui évite toute réponse précise aux reproches adressés à sa réaction du 16 août.

2. l’opposition donne des leçons mais n’a pas fait mieux auparavant !
Bouchez amalgame au passage deux dossiers sans lien direct : les inondations de 2021 et un projet d’hydrobase évoqué par deux pilotes dans un article de presse unique, sans confirmation contradictoire de l’administration wallonne.
Sur les inondations, le rapport basé sur le système européen EFAS montre que des alertes avaient bien été émises dès le 10-12 juillet 2021, mais la défaillance identifiée concernait la chaîne de gestion opérationnelle de crise (SPW, IRM, gouverneurs), pas un positionnement politique sur la politique climatique de long terme. Réduire cinq ans de politique climatique wallonne à une décision d’infrastructure aéronautique contestée par deux témoins est un raisonnement fallacieux et une tentative de diversion.

3. La presse, encore et toujours la presse !
Encore une fois le président du MR accuse la presse de savoir « mieux que tout le monde » (on appréciera la humble formule).
Cette accusation évite soigneusement de citer une seule critique concrète formulée contre lui, ce qui est révélateur d’une défense qui ne répond à aucune accusation précise.

4. « On veut taper sur les énergies fossiles mais on réclamait des chèques essence il y a quelques jours »
Bouchez est un expert en utilisation du « on » collectif jamais identifié, sans nommer un seul parti ou responsable ayant tenu ces deux positions simultanément. Un procédé rhétorique qui prête à des adversaires anonymes une incohérence commode alors que les demandes de chèques mazout ou de gel des prix à la pompe et les appels à sortir des fossiles répondent à des échelles de temps et des publics différents (pouvoir d’achat immédiat des familles précaires versus trajectoire énergétique de long terme). Ce qui n’est pas forcément une contradiction mais un arbitrage politique, GLB le présente comme une absurdité pour ridiculiser ses contradicteurs et contradictrices.
Bouchez oppose la critique des superprofits pétroliers à la consommation individuelle de carburant, comme si les deux étaient incompatibles. Cette utilisation d’une fausse équivalence ignore la distinction entre responsabilité structurelle des producteurs d’énergies fossiles (dont les marges ont explosé pendant la crise énergétique de 2022) et les dépendances individuelles à la voiture dans un pays où l’offre de transport alternatif efficace reste très limitée hors des grandes villes (une critique du modèle n’empêche pas d’y être soumis en attendant sa transformation).

5. « Il faut investir dans la technologie et la transition, pas dans plus de fiscalité »
Cette opposition binaire ignore encore une fois que la fiscalité climatique et l’investissement technologique sont deux leviers complémentaires plutôt que concurrents dans toutes les feuilles de route du GIEC et de l’Agence internationale de l’énergie.

6. « Les 10% les plus riches, c’est vous et moi »
Avant de poster de telles âneries, le président du MR serait bien inspiré de lire quelques pages.
Selon le rapport Oxfam par exemple, les 10% les plus riches de la planète génèrent environ la moitié des émissions mondiales de CO2, et le 1% le plus riche (77 millions de personnes) en émettait à lui seul 15,9% en 2019. Si un salaire occidental moyen suffit statistiquement à entrer dans ce décile mondial, la répartition réelle du poids carbone y est extrêmement concentrée au sommet : une personne du top 0,1% émet en une journée ce qu’une personne des 50% les plus pauvres émet en un an, et cette part du top 0,1% a augmenté de 32% depuis 1990.
George Louis Bouchez confond ainsi un seuil statistique de revenu avec une responsabilité climatique homogène, ce qui lui permet de rejeter toute politique de taxation ciblée en la présentant comme une attaque contre la classe moyenne et aisée occidentale plutôt que contre les grandes fortunes.

7. « Calculer l’impact CO2 des entreprises de Bernard Arnault est débile »
Cet argument est directement pulvérisé par les méthodologies de calcul d’empreinte carbone utilisées par des organisation sérieuses comme Oxfam et le Stockholm Environment Institute, qui montrent que le patrimoine financier des ultra-riches (actions, participations, investissements) constitue un facteur d’émissions à part entière, distinct de leur consommation personnelle.
GLB fait mine d’ignorer que les portefeuilles des plus fortunés sont en moyenne 2,5 fois plus investis dans des secteurs polluants que le portefeuille moyen. En niant la pertinence de ce calcul il exonère la dimension la plus documentée de la responsabilité climatique des grandes fortunes.

8. « Il faut décarboner l’énergie, responsable de 75% des émissions »
encore une fois, Bouchez manipule les chiffres pour faire croire que la solution est purement technique (nucléaire, captation de CO2, hydrogène) et que les enjeux de sobriété ou de justice sociale sont secondaires. Un slogan qu’il a imprimé en ligne officielle du MR consistant à écarter toute « culpabilisation » des citoyen·nes (surtout les plus riches) au profit de solutions technologiques.
L’intéressé ne manque pas de conclure avec une posture victimaire (on ne manquera pas de me critiquer et de m’insulter), pattern récurrent chez lui, lui qui n’hésite pas a accuser ou menacer des journalistes, les qualifiant de « gestapistes ».
son dernier post trahit une sorte de communication de crise plutôt qu’une prise de position sereine. Le glissement du sujet initial (sa négation du lien entre l’incendie et le climat) vers une charge tous azimuts contre la presse et l’opposition est révélateur d’une stratégie de noyade : en multipliant les cibles et les registres (économie, fiscalité, énergie, inégalités), le post dilue la critique initiale.
Encore un petit effort ?

DÉBAT LORDON / AURÉLIE TROUVÉ AUX AMFIS 2026 (UNIVERSITÉ D’ÉTÉ DE LFI) (sur Youtube)

L’ENFANCE N’EST PAS À VENDRE par Rudy Demotte (sur FB)

Le retour des petites mains, ou comment le travail des enfants redevient une idée fréquentable

Il y a des phrases que je croyais définitivement enfermées dans les archives, entre les crinolines, les lampes à huile et les registres que les ouvriers analphabètes signaient d’une croix. Puis, un matin d’août, j’ai ouvert De Morgen et j’y ai découvert Roland Duchâtelet, milliardaire, cofondateur de Melexis, ancien sénateur et récente recrue du MR, le parti libéral francophone belge, plaidant pour le travail des enfants dès l’âge de douze ans. Selon lui, les enfants s’ennuieraient à l’école, y développeraient des dépressions et seraient plus heureux en lavant des voitures ou en ratissant des feuilles contre un peu d’argent de poche.

QUAND UNE PROVOCATION COMMENCE À DEVENIR LA LOI
J’aurais pu hausser les épaules et ranger cela dans la grande armoire des provocations de milliardaires, quelque part entre le mépris social et l’indécence fiscale. Mais je me méfie de ces provocations, car elles ont une fâcheuse tendance à devenir des programmes politiques. Cette fois, le programme avait même précédé la provocation : depuis janvier 2026, la législation belge permet à des jeunes de quinze ans, encore soumis à l’obligation scolaire à temps plein, d’effectuer certains « travaux légers ». Les organisations patronales demandent déjà que la liste soit étendue au nettoyage, à l’accueil et à la logistique, au nom des « pénuries persistantes de main-d’œuvre ».
C’est à cet instant que j’ai cessé de voir une anecdote pour reconnaître une brèche. J’y ai surtout retrouvé une vieille histoire belge que le confort de la mémoire nationale préfère oublier.

LE « MIRACLE » INDUSTRIEL ÉCRIT PAR DE PETITES MAINS
Au dix-neuvième siècle, la Belgique fut l’un des pays les plus industrialisés du monde, mais aussi l’un des derniers pays d’Europe occidentale à protéger ses enfants. En 1846, les moins de seize ans représentaient plus d’un cinquième de la main-d’œuvre industrielle et, dans les manufactures de lin, ils en formaient près de la moitié. En 1843, parmi plus de quatorze mille ouvriers interrogés, deux pour cent seulement savaient lire et écrire. Ces chiffres ne sont pas pour moi de simples curiosités historiques. Ils racontent ce que devient une société lorsqu’elle considère l’enfance comme une réserve de bras bon marché et la compétitivité comme une religion dispensée de toute morale.
Voilà ce que l’on trouve derrière certains miracles économiques lorsque l’on quitte les salons des actionnaires pour entrer dans les ateliers. La prospérité des uns s’écrivait dans les livres de comptes, tandis que la misère des autres se signait d’une croix au bas d’un acte de mariage.

CE QUE LE LIBRE EXAMEN PRÉFÈRE PARFOIS NE PAS VOIR
Cette histoire me touche aussi pour une raison personnelle. Théodore Verhaegen, cofondateur de mon université, l’Université libre de Bruxelles, celle du libre examen, qualifiait l’obligation scolaire de théorie « dangereuse et illibérale », menant « tout droit au communisme et au socialisme ». Je n’écris pas cela pour distribuer rétrospectivement les bons et les mauvais points, mais parce que l’histoire oblige à regarder les contradictions en face, y compris celles des institutions auxquelles on est attaché. Le libéralisme belge fut lui-même déchiré entre ceux qui voulaient instruire le peuple et ceux qui considéraient que l’école ne devait pas priver l’industrie de sa main-d’œuvre la moins chère.

DE LIÈGE EN 1849 À LA BELGIQUE DE 2026
En 1849, la chambre de commerce de Liège affirmait que retirer les enfants des ateliers reviendrait à « tarir pour tous la source féconde du travail » et à livrer l’industrie belge à la concurrence étrangère. En 2026, les organisations patronales invoquent les « pénuries persistantes de main-d’œuvre ». Cent soixante-dix-sept ans ont passé, les mines ont fermé, les filatures ont disparu, les communicants ont remplacé les maîtres de forge et les éléments de langage se sont couverts d’un vernis thérapeutique. Mais derrière les mots neufs, je reconnais la même vieille faim : lorsqu’une économie refuse de rendre le travail adulte suffisamment digne et attractif, elle finit par regarder les enfants comme une solution.

IL Y A TRAVAIL, APPRENTISSAGE ET EXPLOITATION
Je veux cependant être précis, car la colère morale n’interdit pas la nuance. Je ne condamne ni l’apprentissage d’un métier, ni la transmission d’un savoir, ni le goût de l’effort. Je ne prétends pas davantage qu’un adolescent doit être tenu à l’écart de toute responsabilité ou de toute expérience professionnelle. Je refuse que l’enfance devienne une variable d’ajustement économique, qu’un enfant soit transformé en salaire réduit ou qu’il devienne la pièce détachée que l’on commande lorsque la grande machine économique manque de bras.

UN ENFANT DOIT GRANDIR AVANT D’ÊTRE RENTABLE
Je refuse surtout que cette régression soit présentée comme une libération. L’ultralibéralisme capitaliste adore parler de liberté lorsqu’il s’agit de libérer le capital de ses obligations, mais il parle beaucoup moins de la liberté de l’enfant à apprendre, à grandir, à rêver et à devenir lui-même avant d’être sommé de devenir rentable. Il privatise les profits, socialise les dégâts, puis présente l’exploitation comme une chance offerte à ceux qui la subissent.

LE PASSÉ REVIENT TOUJOURS AVEC DES MOTS NEUFS
Hier, on faisait travailler les enfants pour préserver la compétitivité des filatures. Aujourd’hui, on propose de les faire travailler pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre, combattre leur ennui ou soigner leur prétendue dépression scolaire. Le cynisme a changé de costume et appris le langage du bien-être, mais la marchandise demeure la même.

UNE SOCIÉTÉ SE JUGE À LA PLACE QU’ELLE LAISSE À SES ENFANTS
Je ne peux pas accepter ce renversement moral. Une société qui cherche dans l’enfance de quoi combler ses pénuries avoue qu’elle refuse de payer le travail adulte à son juste prix. Une société qui demande aux enfants de s’adapter aux besoins de l’économie renonce à demander à l’économie de respecter les besoins des enfants. Une civilisation qui recommence à compter les enfants parmi ses ressources productives ne prépare pas l’avenir : elle remet simplement le passé en activité.

JE N’AI AUCUNE INTENTION DE RENDRE LA PLUME
C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce texte. Je refuse que l’école soit présentée comme une maladie et le travail précoce comme son traitement. Je refuse qu’une conquête de civilisation soit réduite à une vieille réglementation encombrante, bonne à sacrifier dès que le marché réclame des bras moins chers. Les droits que l’on croit définitivement acquis sont précisément ceux que les puissants finissent par remettre en vente et, face à cette dérive, je n’ai aucune intention de rendre la plume.

JE REFUSE QUE L’ENFANCE SOIT UN OUTIL ÉCONOMIQUE
Le retour des petites mains, ou la généalogie d’une régression, de Liège en 1849 à la Belgique de 2026, en passant par la France et la Floride.
Dans le texte intégral, je retrace l’histoire de ce combat, les résistances qu’il a rencontrées et le retour contemporain d’arguments que l’on croyait discrédités depuis plus d’un siècle. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer une proposition choquante, mais de comprendre le système économique et moral qui la rend de nouveau pensable.

Lire le texte intégral sur mon site Substack : https://notesfrombetween.substack.com/p/le-retour-des-petites-mains

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