C’EST (VRAIMENT) VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles

MONK, l’IA ET MOI par Jean-Pierre Froidebise (sur FB)

Suite à une réflexion sur l’IA, cette citation de Thelonious Monk (pianiste, compositeur génial de grands standards de jazz tels que Round Midnight) m’est subitement revenue à l’esprit. Un journaliste lui demande ce qui fait son style. Réponse : ” Eh bien, j’essaye de jouer comme tout le monde, mais je n’y arrive pas “. Sans avoir en aucune façon ne serait-ce qu’un centième du génie de Monk, je suis très précisément dans le même cas, raison pour laquelle l’IA ne me sera jamais d’aucune utilité. Ce sont mes carences qui constituent mon style, les combler reviendrait à me dénaturer.

CENSURE À VIERZON par Michael Delaunoy (sur FB)

T’as voulu voir Vierzon, et t’as vu des sales cons…
L’excellent spectacle « Amazonia », joué par Aurélien Labruyère et mis en scène par Jean-Baptiste Delcourt, censuré, déprogrammé par les petits fachos de la mairie de Vierzon. Il va falloir se serrer les coudes, camarades. Car ce type d’ignominie va se multiplier.

CE QUE LE MIROIR NE VOIT PAS par Mousse Ouriaghli (sur FB)

Samedi matin, j’ai fait une balade avec une amie. On est partis du parc de Forest et on a marché jusqu’au parc Duden. Une de ces promenades où, au bout d’un moment, la ville disparaît derrière les arbres.
Elle m’a parlé de sa vie, de ses histoires, des hommes qu’elle avait aimés, de ceux qui l’avaient aimée, de ceux qui étaient arrivés trop tôt, trop tard, ou simplement au mauvais moment. Elle parlait en zigzag.
Un souvenir en appelait un autre. Un homme, puis la beauté, le temps, une robe portée autrefois… Et derrière tous ces détours, peut-être une seule question : qu’est-ce qui change vraiment en nous, et qu’est-ce qui change seulement dans le regard que nous portons sur nous-mêmes ? Elle m’a dit qu’un homme pouvait encore lui plaire. Vraiment plaire.
Pas parce qu’il était raisonnable, disponible ou « de son âge ». Simplement parce qu’il y avait quelque chose : un visage, une allure, une façon de regarder. Puis elle a souri : Ceux qui me plaisent ne me regardent pas. Ceux qui me regardent ne me plaisent pas.

Cette phrase paraît presque banale. Pourtant, elle dit quelque chose d’essentiel. Nous voudrions que le regard que nous posons sur quelqu’un nous revienne. Que le désir soit réciproque. Que l’amour arrive au bon moment. Mais le désir ne fonctionne pas comme une récompense. On peut être gentil, attentif, intéressant, avoir beaucoup vécu… et ne rien provoquer chez quelqu’un.
À l’inverse, un visage peut apparaître et réveiller en nous quelque chose que la raison n’avait pas prévu.
Le corps avance dans le temps. Le désir, lui, ne suit pas toujours le même calendrier. Et c’est peut-être cela qui nous trouble en vieillissant : l’écart entre celui que nous sentons être et celui que le monde commence à voir.
À l’intérieur, certaines choses restent étonnamment intactes. On peut avoir cinquante, soixante ans ou davantage et être encore bouleversé par un visage, une démarche, un sourire. Mais le miroir, les photos, les regards des autres nous racontent une autre histoire. Alors nous nous demandons parfois : sommes-nous l’âge que nous avons, ou l’âge auquel nous nous sentons vivants ?

Nous avons marché sous les arbres. Eux ne connaissent pas leur âge. Ils ne se regardent pas dans une glace. Ils ne comparent pas leur écorce avec celle d’un arbre plus jeune. Ils ne regrettent pas leur printemps. Ils poussent.
Ils perdent des branches. Ils changent de forme. Et ils continuent.
Nous, nous avons inventé les miroirs, les photographies, les souvenirs… et avec eux, l’habitude de nous comparer à toutes les versions de nous-mêmes que nous avons été. Peut-être que c’est là que commence une partie de notre souffrance : lorsque nous demandons au présent de nous rendre ce que le passé nous avait donné.
Notre ancien visage. Certains regards. Certaines amours. Certaines sensations. Mais le présent n’a pas cette obligation.
Il ne peut pas nous rendre ce que le temps a pris. Il peut seulement nous offrir autre chose.
Vieillir, ce n’est peut-être donc pas apprendre à renoncer. C’est comprendre que rien ne nous est définitivement donné : ni la beauté, ni le désir, ni l’amour, ni même l’image que nous avons de nous-mêmes.
Tout change. Et pourtant, quelque chose demeure : la capacité d’être touché, surpris, bouleversé, d’avoir encore envie.
Peut-être que la jeunesse n’est pas seulement une affaire d’années. Peut-être qu’elle est aussi cette part de nous qui refuse de devenir complètement ce que le temps avait prévu.

Nous sommes arrivés au parc Duden. Elle regardait les arbres. Je pensais à sa phrase : « Ceux qui me plaisent ne me regardent pas. Ceux qui me regardent ne me plaisent pas. » Elle parlait des hommes. Mais peut-être qu’elle parlait aussi de la vie. Nous passons une grande partie de notre existence à vouloir être regardés par ce que nous regardons.
Et lorsque cela n’arrive pas, nous croyons parfois que nous avons perdu quelque chose. Alors que le désir de l’autre ne constitue pas notre valeur. Il constitue seulement le désir de l’autre. C’est une différence immense.
Peut-être que vieillir consiste à apprendre cette différence. Comprendre que ne plus être regardé comme avant ne signifie pas ne plus exister. Qu’on peut perdre certaines formes de beauté sans perdre la possibilité d’être émerveillé.
Les arbres étaient toujours là. Ni jeunes, ni vieux. Simplement là, avec leur temps dans leurs branches.
Et je me suis dit que nous avions peut-être passé trop de temps à vouloir lutter contre le temps, alors que la vraie question était ailleurs. Pas : Comment rester jeune ? Mais : Comment rester vivant à travers ce qui change ?
Parce que le temps ne nous demande pas de rester les mêmes. Il nous demande seulement de continuer à habiter notre vie. Même lorsque le miroir raconte une autre histoire. Même lorsque le désir nous échappe. Même lorsque certains regards ne viennent plus.
Vieillir, ce n’est peut-être pas disparaître. C’est apprendre à exister autrement. Sans demander au temps de nous rendre ce qu’il nous a pris. Mais sans lui laisser décider de tout ce qui peut encore naître.

BARDELLA ET LES LYCÉENS par Mickaël (sur X-Twitter)

Hallucinante et surtout très choquante séquence médiatique à laquelle on assiste.
– Bardella, 17 ans, tenait des propos antisémites : pas grave.
– Nos lycéens, 17 ans, réclament le droit à une éducation digne : ce sont de dangereux criminels.

14 ANS, UNE CLÉ AU COU ET AU BRAS

https://x.com/SarahUriel31/status/2105415774907273472?s=20

DARONS par Nana (sur X Txitter)

Ça veut nous faire croire que les gosses de banlieues, noirs et maghrébins sont violents alors que les seuls violents ce sont de grands darons payés pour casser la gueule à des enfants.

CHASSE À L’ENFANT : AU MOINS 635 LYCÉEN·NES ARRÊTÉ·ES PAR LA POLICE EN TROIS JOURS par Contr’Attaque (sur X Twitter)

« C’est la meute des honnêtes gens / Qui fait la chasse à l’enfant » Jacques Prévert
En d’autres temps, on aurait parlé de rafles policières massives sur des mineurs.

« FAKE NEWS » GOUVERNEMENTALE par Elsa Marcel (sur X- Twitter)

C’est grave : Sébastien Lecornu a menti pour criminaliser les lycéens.
J’ai enquêté et discuté avec des personnels du lycée Paul Éluard hier. Ils m’ont confirmé, preuve à l’appui, que le récit sur un jet « d’acide chlorhydrique » par des « agresseurs » était une invention totale du gouvernement et de l’extrême-droite. Avec une telle accusation, le gouvernement essaye de convoquer un imaginaire raciste pour criminaliser les lycéens et justifier leur répression. Il faut que cette « fake news » soit dénoncée très largement, solidarité avec les lycéens !

Contr’Attaque

DÉFIGURÉ par Harold Bernat (sur X-Twitter)

Donc nous vivons dans un pays où cinq policiers peuvent envoyer une grenade lacrymogène à deux mètres de distance dans la tête d’un mineur pour le défigurer sans que cela émeuve plus que ça (NDLR : le Lycéen a perdu toutes les dents du dessus).
Des caméras sont installées partout (au détriment d’autres postes de dépense vitaux), il est impossible dans ces conditions d’échapper à une interpellation – dans le cas d’une fuite de l’individu devant un lycée. Improbable dans cette situation d’ailleurs.
Il ne s’agit en aucune façon de justifier des coups sur un agent de police. Cet individu devait être en l’état appréhendé. Mais rappelons qu’un professeur, fonctionnaire de l’État, verbalement agressé et qui répondrait à des coups portés en défigurant un élève serait radié. La maîtrise fait partie de son métier. Si on n’est pas capable de maîtrise, on change de métier.
On oublie que ces hommes et ces femmes sont des professionnels. Ils sont payés pour leur maîtrise aussi. Ils devraient l’être. Ils doivent être entraînés pour cela. Cela rappelle, pendant le mouvement des gilets jaunes, les tirs tendus de grenades lacrymogènes à Paris (place d’Italie) ou à Bordeaux (contre un pompier qui courait de dos, grenade et LBD) avec des mutilations terribles et des blessures irréversibles.
Ce que l’on peut lire sur ce réseau (mais pas seulement) est à vomir. Pseudo humour de dégénérés mentaux, variations obscènes et pavloviennes sur le thème “il avait une dent contre la police”, loi du talion.
Un véritable effondrement de la compréhension de ce que doit être un État de droit en toutes circonstances. Les gilets jaunes mutilés savent dans leur corps ce qu’à vécu ce jeune homme. La distance entre les mots (les wesh et les FDP) qu’ils utilisent et la réponse policière est incommensurable.
Une police qui mutile en étant incapable d’appréhender un mineur est incompétente et menace lourdement l’ordre civil.
Macron est comptable de cet effondrement. Ce fut même la condition de son double quinquennat. Cet homme, soutenu par toute la bourgeoisie parisienne “intello” et “éclairée” en 2017 – nous étions bien seuls à la dire – laisse un pays au bord du gouffre qui aura un mal fou à remonter la pente.

LA PADUTEAM (COMMUNISTES HORS PCF) SUR BARDELLA, LE RN ET Cie

NOYÉS DE MOTS par Stéphane Vanden Eede (sur FB)

Au-delà du cas de ce romancier dont on vient de casser les pattes (IA) et puis de couper la tête (plagiat), la question explosive que génère l’irruption de l’intelligence artificielle dans la production* littéraire vient à point nommé pour dénoncer ces insupportables et nauséeuses diarrhées dont nous abreuvent les réseaux sociaux depuis une petite année. Quasiment un post sur trois qui vous saute aux yeux via les algorithmes est long comme un jour sans pain ; entrelardé de petites formules cinglantes ; jamais signés.
Ils essaient de faire plaisir, de flatter vos bons sentiments de gauche… Mais comment croire à la sincérité, à la profonde humanité d’un « CHRONICK » ou d’un « Still Pissing » ?
Alexandre Dumas avait ses « nègres », Balzac sa cafetière et une vie sacrifiée pour son oeuvre. C’est ainsi que les gazettes du XIXème siècle se remplissaient de feuilletons.
C’est ainsi qu’aujourd’hui on pisse la copie, on nous abreuve d’histoires, d’analyses, d’émotions anonymes.
Noyés de mots, il nous devient quasi impossible de distinguer le vrai du faux. Nous sommes désormais, comme le prédisait Guy Debord en 1978, à tourner en rond dans des univers factices et parallèles ; à nous consumer dans le feu des dérèglements que nous avons provoqués.
Ce qui nous arrive, ce qui est désormais arrivé, est pire que le chamboulement du climat ou l’effondrement de la biodiversité. In girum imus nocte et consumimur igni.. De gauche à droite comme de droite à gauche.

* j’écris “production littéraire” à la fois pour le caractère industriel et faussement dématérialisé mais aussi pour les volumes hallucinants ainsi réalisés.

ENTARTAGE par Renaud Maes (sur FB)

Il y a donc plus de mobilisation politique, médiatique, universitaire pour dénoncer l’entartage de Damien Ernst qui se lance dans le marché de la boucherie d’humain – pudiquement qualifié de “défense” en Europe, au moins les USA trumpistes assument que c’est bien de faire la guerre qu’il s’agit désormais – que pour 3000 morts d’une canicule. 3000 morts dont une large partie évitable, si on avait écouté les climatologues (ces mêmes climatologues qui sont quotidiennement menacés de mort sur les réseaux sociaux et dont les financements de recherche sont sans cesse plus menacés, mais j’attends toujours le communiqué de presse du CRef).
…
Il est vrai que les petits vieux et les petites vieilles des maisons de repos du borinage, on les voit moins à la télévision. On les voit moins serrer la pince aux politiques en vue.
…
Bien sûr, l’entartage c’est le niveau zéro du débat politique et c’est souvent contre-productif. Mais franchement, le drama autour de cet entartage-ci dit tellement du basculement des priorités, de quels corps sont sanctifiés et quels corps sont sacrifiables.
…
Voilà, c’était ma dose de désespoir du jour.

NOTRE PETITE GARE par Julie Jaroszewski (sur FB)

Le président du MR veut supprimer la gare de mon village et moi je n’ai pas d’autres lieux pour hurler que ce bout d’algorithme puant sédimenté au sang des Congolais noyé dans d’autres cris pour Gaza flottant comme un mirage au milieu des publicités et d’encarts où nous sommes toutes devenu·es les produits de nous-mêmes même les militant·es
J’écris vite pour ne pas que l’intelligence artificielle me rattrape pour tenter de laisser la trace dans ce non-lieu de la petite gare de mon enfance où j’allais attendre mon papa qui rentrait d’avoir parcouru 200 km aller-retour tous les jours pour aller gagner notre pain à la capitale La petite gare de mon village déjà abattue dans les années 90 parce que vieille qui ne servirait plus à rien La petite gare de mon village où des enfants de républicains avaient été accueillis par une dizaine de familles communistes de mon village trouvé refuge du pain puis des tickets de rationnement La petite gare de mon village où des militants chinois s’étaient perdus dans les années 30 en partant en meeting à Maubeuge La petite gare de mon village qui n’était pas une gare Horta comme celle de l’autre village qu’ils ont quand même rasée La petite gare de mon village où encore des camarades aujourd’hui prennent et descendent du train pour venir lire Brecht Genet lire et travailler la dialectique sans point parce que les artistes sont pauvres et les voitures coûtent cher et le train c’est mieux pour lire
Le président du MR veut démanteler la gare de mon village il n’y a déjà plus de champ ni chant plus de train plus de commerces plus d’artisan plus rien à part deux pharmacies des pompes à essence et BFMTV en boucle du narcotrafic à tous les étages des suicides de jeunes et même d’enfant il n’y a plus rien et à présent le président du MR veut démanteler notre petite gare.

L’ÉDITO DE DENIS ROBERT (Abonnez-vous à BLAST !) sur Youtube

LE SCANDALE ET L’OUBLI par Abbas Fahdel

Du scandale à l’oubli : de Yambo Ouologuem à Thélyson Orélien
Il aura suffi de quelques jours pour que le conte de fées littéraire de Thélyson Orélien se transforme en affaire. Son premier roman, C’était ça ou mourir, publié chez Grasset le 19 août 2026, avait été présenté comme l’un des grands événements de la rentrée littéraire. Il a séduit d’emblée la critique et les éditeurs, et une vingtaine de traductions ont été annoncées.
Puis le soupçon est arrivé. Des analyses ont affirmé que le roman présentait des caractéristiques compatibles avec une génération ou une intervention importante de l’intelligence artificielle. Parallèlement, des recherches journalistiques ont fait apparaître d’anciennes accusations de plagiat concernant des chroniques publiées par Orélien au Canada.
L’affaire a pris une dimension institutionnelle lorsque l’Académie Goncourt a annoncé le retrait de C’était ça ou mourir de sa sélection, en invoquant à la fois les plagiats révélés et les analyses convergentes mettant en cause une utilisation massive de l’intelligence artificielle.
Il faut cependant résister à une tentation : celle de transformer immédiatement le soupçon en vérité définitive. Une accusation, même relayée par des journalistes, des chercheurs ou une institution littéraire, n’est pas exactement la même chose qu’un jugement judiciaire. Et l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle, son ampleur et son rôle exact dans la fabrication d’un texte constituent une question différente de celle du plagiat proprement dit.

Mais l’affaire pose déjà une question beaucoup plus ancienne que l’intelligence artificielle : à partir de quel moment un écrivain cesse-t-il d’être considéré comme un auteur pour devenir un suspect ? La question n’est pas nouvelle. Elle a un précédent français, africain et particulièrement troublant : celui de Yambo Ouologuem.
En 1968, Ouologuem, écrivain malien encore très jeune, publie « Le Devoir de violence. » Le roman reçoit le prix Renaudot, une première pour un auteur africain. Mais derrière le succès vient le soupçon.
Des ressemblances avec des œuvres antérieures sont rapidement signalées. Des lecteurs écrivent au Seuil à propos de passages rappelant Maupassant.
En 1970, Claude Gallimard alerte le Seuil au sujet de ce qu’il qualifie de « véritable contrefaçon » d’un roman de l’Américain John D. MacDonald.
Ouologuem, lui, défend une conception beaucoup plus complexe de son écriture : il parle de « clins d’œil », de références, de guillemets et d’une construction faite de matériaux littéraires empruntés et transformés.
Le scandale éclate véritablement en 1972, lorsque le Times Literary Supplement met en évidence une forte proximité entre un passage du roman et un texte de Graham Greene. D’autres rapprochements sont ensuite établis, notamment avec André Schwarz-Bart. À partir de là, tout s’accélère. Le mot « plagiat » s’impose. Et avec lui, quelque chose de plus violent encore : la réduction d’une œuvre entière à son accusation.

Ouologuem conteste cette lecture. Il affirme notamment que certains passages empruntés avaient été intégrés à son projet littéraire et que des guillemets présents dans son manuscrit avaient été supprimés au cours du travail éditorial. Le manuscrit original n’ayant pas été retrouvé, cette explication ne peut pas être définitivement vérifiée. Ce qui est établi, en revanche, c’est l’existence d’emprunts textuels et l’extrême complexité de leur statut.
Ouologuem ira jusqu’à poursuivre Le Figaro littéraire pour diffamation. Il perdra son procès. Et c’est ici que l’histoire devient vertigineuse. Car pendant près d’un demi-siècle, « Le Devoir de violence » va rester prisonnier de cette affaire. Ouologuem, lui, sera rejeté à la périphérie de la littérature française, devenant, dans la mémoire collective, presque exclusivement « l’écrivain plagiaire ».

Puis, en 2018, cinquante ans après la publication du roman, Le Seuil réédite « Le Devoir de violence ». Cette réédition n’annule pas rétroactivement le procès de 1972 et ne démontre pas que les emprunts n’existaient pas. Elle fait quelque chose de plus subtil et, peut-être, de plus important : elle rend à l’œuvre le droit d’être relue.
Les archives du Seuil permettent alors de reprendre l’histoire à partir de documents, de correspondances et de témoignages, et non plus seulement à partir de la légende du scandale.
On découvre une affaire beaucoup plus complexe que celle d’un écrivain africain pris en flagrant délit de fraude : une affaire qui implique la conception même de l’écriture, les pratiques éditoriales de l’époque, les relations entre un auteur et son éditeur, les rapports de pouvoir du monde littéraire français et la place réservée — ou refusée — à un écrivain africain dans ce monde.
La réédition de 2018 a ainsi contribué à une véritable réévaluation littéraire d’Ouologuem. Et c’est là que le rapprochement avec l’affaire Orélien devient intéressant.

Il ne s’agit évidemment pas de dire que les deux affaires sont identiques. Elles ne le sont pas. Dans un cas, nous sommes en 1968-1972, dans un monde littéraire où les pratiques de citation, d’appropriation et de réécriture sont pensées très différemment.
Dans l’autre, nous sommes en 2026, à l’époque de l’intelligence artificielle générative, de la détection algorithmique, des réseaux sociaux et de la circulation instantanée des accusations. Mais quelque chose se ressemble : la vitesse avec laquelle une œuvre peut être remplacée par son procès.
Un écrivain peut passer, en quelques jours, du statut de révélation à celui d’accusé. Le livre disparaît derrière l’affaire. On ne demande plus : « Qu’est-ce que cette œuvre nous dit ? » On demande : « Qui l’a vraiment écrite ? », « À qui appartient cette phrase ? », « Peut-on encore considérer cet homme comme un écrivain ? » Ces questions sont légitimes. Elles doivent même être posées. Mais elles ne devraient pas dispenser de lire.

L’histoire d’Ouologuem nous rappelle en tout cas une chose essentielle : la justice littéraire n’est pas toujours contemporaine de la justice médiatique. Une accusation peut être fondée sur certains faits et néanmoins produire une représentation simplificatrice de l’œuvre.
Une œuvre peut contenir des emprunts incontestables et demeurer une œuvre majeure. Un écrivain peut avoir commis une faute sans que cette faute suffise à épuiser son identité littéraire.
Cinquante ans après le scandale, « Le Devoir de violence » n’a pas été réhabilité parce que l’histoire aurait soudain découvert qu’Ouologuem était innocent de tout emprunt. Il l’a été parce qu’on a enfin recommencé à distinguer l’œuvre de son dossier à charge.

C’est peut-être la véritable leçon de cette vieille affaire. À l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse la définition même de l’auteur, où des outils prétendent détecter l’origine d’un texte et où les réseaux sociaux peuvent transformer une accusation en verdict en quelques heures, la question posée par Ouologuem revient avec une force nouvelle : Sommes-nous capables de juger un livre sans condamner trop vite celui qui l’a écrit ? Et surtout : sommes-nous capables, après avoir condamné, de revenir sur notre jugement et de relire ?
C’est peut-être cela, finalement, la véritable histoire de Yambo Ouologuem et de Thélyson Orélien : non pas celle d’écrivains innocents ou coupables, mais celle d’œuvres que le scandale peut presque réussir à empêcher d’être lues.

LES MÉDIAS N’INFORMENT PLUS par Sophie Tlk

Les discriminations “acceptables” : l’alliance entre le RN et les médias dits d’information
Il y a deux semaines, le RN faisait sa rentrée politique en s’en prenant aux femmes musulmanes voilées. Ce parti islamophobe voulait légiférer pour les empêcher d’accéder à l’espace public et les punir de pratiquer leur foi en leur infligeant des amendes “comme on en inflige pour le non-port d’une ceinture de sécurité”, je cite. Les chaines d’information ont préféré se questionner sur la faisabilité du “projet” plutôt que sur le racisme et l’islamophobie d’une telle mesure discriminatoire. Accepter un débat sur la possibilité d’exclure de l’espace public des personnes en raison de leur croyance religieuse : il y a comme un vieux relent des années 30.
Mais maintenant que des propos antisémites sont révélés, maintenant que Jordan Bardella est mis en cause pour sa haine des personnes de confession juive : c’est la panique et la consternation chez nos éditocrates. Sans manquer, pour certains, de semer le doute sur l’enquête de Médiapart qui met à mal cette “dédiabolisation” du RN à laquelle les chaines d’information ont largement contribué. Peut-être aussi qu’à force de dévoyer la définition de l’antisémitisme pour en faire une arme contre les opposants politiques dénonçant les crimes des dirigeants israéliens, nombre de journalistes avait oublié sa réelle définition, à savoir : la haine des personnes de confession juive. Cette même haine qui fût à l’origine de la création du Front National.
Résumons la logique des chaines d’information : vouloir légiférer pour traquer, harceler et punir les femmes musulmanes, c’est ok et ça mérite des débats. S’en prendre aux personnes de confession juive : c’est inadmissible. À l’attention de toutes les chaines d’information : cette propension à vouloir invisibiliser la haine des musulmans ET ce deux poids deux mesures qui consiste à hiérarchiser les discriminations entre musulmans et juifs, c’est raciste. Oui, on le répète : il faut lutter avec la même énergie contre l’islamophobie et contre l’antisémitisme. Et voilà qu’aujourd’hui Emmanuel Macron prend la parole pour condamner les propos de Bardella, dommage qu’il n’ait pas fait la même chose à chaque intervention incitant à la haine contre les musulmans : du PS à l’extrême-droite en passant par LR et son propre camp politique.
Plus d’une décennie à travailler pour rendre l’extrême-droite acceptable. Une décennie de propagande politique et médiatique quotidienne à coup de discours islamophobes, anti-immigrationnistes, de fausses informations pour se mettre à l’unisson sur l’accession au pouvoir du RN en 2027. Une décennie à tendre le micro à un parti créé par des Waffen-SS et des criminels de guerre. Des médias indépendants ont pourtant fait leur travail d’information. Lors des élections législatives et municipales, Street Press avait révélé le racisme, le nazisme, l’homophobie, la misogynie, le négationnisme de centaines de candidats RN. Mais à chaque fois, les chaines d’information faisaient mine de découvrir que le RN était gangréné, entre autres, par la haine raciale et religieuse. Incroyable ! Il y a de l’eau dans la mer !
Il est plus que temps de regarder la vérité en face : les medias dits d’information n’informent plus. Ils ne sont plus que des agences de communication et des VRP au service d’un projet politique raciste.

UNE ÉLECTION VOLÉE par Ilan Gabet (sur X-Twitter)

SCANDALE – La justice ANNULE l’élection d’Idir Boumertit (LFI) à la tête de la mairie de Vénissieux à cause d’une FRAUDE de la liste RN, arrivée 4e. C’est un SCANDALE. En France, on fait annuler une élection à la demande des perdants parce que les perdants ont TRICHÉ. Idir Boumertit avait fait voter la quasi-gratuité de la cantine pour les familles les plus modestes, une baisse de 30 % pour les autres familles, ainsi que la quasi-gratuité du périscolaire. Il avait commencé à changer la vie des habitants de Vénissieux. Le RN leur vole cette élection.

COMPLIQUÉ par Thibault Lh

C’est compliqué la démocratie sous Emmanuel Macron :
– tu manifestes, on t’envoie les flics.
– tu pétitionnes, on déchire le papier.
– tu gagnes les élections, on les annule.
Il faut faire quoi, en fait ?

LES AVERTISSEMENTS DU 7 OCTOBRE par Aymeric Caron (sur X-Twitter)

Donc si on résume : L’Egypte a prévenu Netanyahou.
Les Émirats arabes unis ont prévenu Netanyahou.
Les services secrets israéliens ont prévenu Netanyahou.
Les observatrices postées à la frontière avec Gaza dans les jours qui ont précédé l’attaque du 7 octobre ont prévenu leur hiérarchie.
Et pourtant Netanyahou n’a rien fait pour protéger son peuple de cette attaque dont il avait connaissance. Netanyahou, qui a fait financer le Hamas pendant des années. Les choses sont claires.

J’AVAIS ENVIE DE LIRE CE LIVRE par Gilbert Laffaille

J’avais envie de lire ce livre et puis la polémique est arrivée. Je me suis procuré « C’était ça ou mourir » de Thélyzon Orélien, que je viens de terminer.
J’ai d’abord été agacé par les figures de style, images, comparaisons, métaphores des cent premières pages. Ces fioritures m’ont paru tirées par les cheveux et tomber souvent à plat. Certains disent qu’il s’agit d’une spécificité haïtienne. Je veux bien mais je n’ai jamais eu de mal avec Dany Laferrière. Mes préférences littéraires n’ont en l’occurrence aucune importance. À partir de l’épisode du cireur de chaussures, ces tics d’écriture se font plus discrets puis ils disparaissent et le récit trouve son rythme et son style jusqu’à la fin.

Le sujet du livre est puissant : le récit du parcours d’un jeune migrant depuis Haïti jusqu’au Canada (12000 kilomètres, douze pays traversés), ses péripéties, ses souffrances, ce que cela dit de notre monde et du courage de ces gens désespérés ne cherchant qu’un coin où se poser. On ne peut s’empêcher de penser à l’indécence de ces éditorialistes de plateaux présentant l’immigration comme le fléau de nos sociétés. Pas un journal TV où l’on ne donne la parole à ces petits marquis qui n’ont jamais vécu le centième de la détresse de ces pauvres hères lancés sur les pistes du monde, la peur au ventre, entre centres d’accueil pour migrants et arnaques des passeurs.

L’IA est une autre question. Depuis l’autorisation de la calculatrice électronique dans les examens et concours en 1980, plus personne ne sait compter et le calcul mental a disparu. On peut pousser la comparaison avec l’autotune qui permet de corriger la voix sur les enregistrements. Certains l’utilisent pour effacer de-ci de-là quelques notes pas trop justes, d’autres s’en servent pour pallier les déficiences d’un chanteur star qui chante faux et passent des semaines à rectifier chaque note du disque car, malgré le coût de l’heure de studio, le jeu en vaut la chandelle, financièrement parlant. Comment faisait-on auparavant ?
Demander à l’IA de relire un texte pour corriger l’orthographe, la ponctuation, la mise en forme, n’est pas un crime. L’interroger sur la pertinence de la construction, la crédibilité des personnages, la fluidité des dialogues, etc., ne porte pas non plus à conséquences. Au-delà… où placer le feu rouge ?

Je ne sais pas si Thélyson Orélien s’est servi de l’IA, s’il a d’abord raconté son histoire de façon basique puis a demandé à la machine de lui écrire à partir de là un texte à la première personne, à l’imparfait, dans un style moderne avec des phrases courtes, beaucoup d’images et de métaphores, un peu à la manière de X ou de Z. Si c’est cela, c’est dommage et c’est triste. En l’absence d’instruments d’analyse infaillibles et reconnus par tous, il est difficile de trancher.
Chacun a son avis mais la suspicion est là. Que dans ses ouvrages précédents Thélyson Orélien ait été convaincu de plagiat ne plaide pas en sa faveur. Quoique par chez nous cette accusation ne semblait pas trop jusqu’ici porter à conséquences : Joseph Macé-Scarron se pavane au JT de Cnews, on se presse toujours pour recueillir l’avis d’Alain Minc ou de Jacques Attali, Guillaume Musso, Michel Houellebecq, parlent pudiquement d’« intertextualité » pour qualifier l’emprunt, PPDA avait été jusqu’à plagier une centaine de pages d’une biographie américaine consacrée à Hemingway et Thierry Ardisson soixante pages d’un livre sur l’ancien comptoir français de Pondichéry.

Être porté aux nues pour être descendu en flammes quelques semaines plus tard… quel roman ! Cela jette bien sûr aussi le discrédit sur les auteurs, éditeurs, journalistes, critiques, libraires qui ont encensé ce livre et sur les jurys des prix qui l’ont sélectionné. Amélie Nothomb, Augustin Trapenard, ont crié au chef-d’œuvre, Roselyne Bachelot, Pascal Bruckner, BHL, aussi. Une consigne avait-elle été passée dans le monde des lettres ? S’agit-il d’un nouvel épisode de la guerre Grasset-Gallimard ? D’une suite de l’affaire Olivier Nora, Boualem Sansal, Vincent Bolloré ? Peut-être.
A-t-on été aveuglé par le parcours d’ancien migrant de l’auteur pour considérer beaucoup plus son personnage que le livre lui-même ? Peut-être.

Avec ou sans IA, si ce livre n’est pas selon moi un chef-d’œuvre c’est un livre à lire. Il vaut surtout par son sujet magnifique, poignant, et ce qu’il nous apprend de ces traversées de l’enfer de ces hommes, femmes et enfants fuyant l’horreur, la guerre, la faim, la folie d’un quotidien livré à la violence et à l’arbitraire. Bien loin de Chez Drouant.
Il est urgent de définir des règles d’utilisation de l’IA et de choisir des outils incontestés pour analyser les textes. Qu’en est-il du détecteur d’IA Pangram ? Le jury du prix Goncourt ne s’est-il pas un peu précipité ? Dans un esprit d’équité ne serait-il pas bon que tous les romans sélectionnés par le jury Goncourt soient soumis à la même analyse que celle subie par Thélyson Orélien ? Et, dans la foulée, de passer tous les livres des prix littéraires au même examen ? Et de rendre ces résultats publics ? Ce serait la moindre des choses. Non pas qu’il y ait suspicion a priori mais afin que tout le monde soit logé à la même enseigne. Cela permettrait aussi de faire taire les soupçons de cabale ou de racisme dans cette France qui commence à sentir mauvais.
Ensuite, si l’on désire protéger les œuvres de l’esprit, décerner en quelque sorte un label 100% bio, il ne faudrait pas s’arrêter là. Pourquoi n’y aurait-il que les seuls prétendants aux prix littéraires qui devraient être examinés ? Ne serait-il pas juste d’inclure les textes des représentants du peuple, députés, sénateurs, maires, présidents de conseils généraux et départementaux, les interventions des ministres, les allocutions du président de la république, les discours de réception à l’Académie française, les homélies papales ?
On pourrait imaginer un petit signe accolé au titre qui garantirait que celui-ci a été agréé par la machine. Je verrais bien un H entouré d’un petit rond comme le © de Copyright. H signifierait « Humain ». Où cela conduirait-il ? Peut-être est-il déjà trop tard et cela entrainerait-il plus de complications pour appliquer ces règles qu’à laisser faire. Demander à un robot de vérifier que nous sommes humains !? Mais cela se fait déjà tous les jours !
La calculette réalise les opérations à la place de l’humain. L’auto-tune corrige les erreurs de l’humain. L’IA compilerait, penserait, rédigerait à la place de l’humain qui n’aurait plus qu’à poser sa touche finale, à signer et à encaisser les droits d’auteur… Il est temps de réfléchir.

LE « MOMENT POLITIQUE » DU 1er OCTOBRE : JEAN_LUC MÉLENCHON NOUS PARLE DE L’ACTUALITÉ

GUERRE NUCLÉAIRE : À FORCE DE JOUER AVEC LE FEU, AVONS-NOUS OUBLIÉ 1983 ? par Rudy Demotte

Je repense, après avoir entendu à la radio une critique cinématographique, à deux films sortis en 1983.
Dans WarGames, une machine simule des guerres nucléaires jusqu’à comprendre cette chose élémentaire :
« Étrange jeu. Le seul coup gagnant est de ne pas jouer. »
Dans The Day After, on voit ce qui arrive quand on joue : une ville pulvérisée, des brûlés, des irradiés, des survivants dans les ruines.
Le film était pourtant encore en deçà de ce que serait une véritable guerre nucléaire. Lors du débat diffusé après sa première diffusion, Carl Sagan le dit sans détour : « La réalité est bien pire que ce qui a été montré dans ce film. »
Le film lui-même s’achevait d’ailleurs sur un avertissement similaire : les événements représentés étaient vraisemblablement moins graves que les destructions qu’entraînerait une attaque nucléaire réelle.
Ronald Reagan regarda le film le 10 octobre 1983, avant sa diffusion. Il écrivit dans son journal : « Il m’a profondément déprimé. »
Mais il nota surtout la conclusion qu’il en tirait : tout faire pour maintenir la dissuasion et pour qu’« il n’y ait jamais de guerre nucléaire ».
Quelques années plus tard, avec Mikhaïl Gorbatchev, s’engageait une séquence historique de réduction des arsenaux nucléaires. Il serait trop simple d’en attribuer la cause à un film. Mais The Day After avait manifestement touché Reagan, à un moment où sa propre réflexion sur la guerre nucléaire évoluait. Quarante-trois ans plus tard, le risque nucléaire n’a pas disparu. Il s’est banalisé.

Le 5 juin 2024, Vladimir Poutine déclarait que la Russie pourrait employer « tous les moyens à notre disposition » si sa souveraineté ou son intégrité territoriale étaient menacées. Et il ajoutait : « Cela ne doit pas être pris à la légère. »
Le 25 septembre de la même année, il allait plus loin : une attaque conventionnelle menée contre la Russie par un État non nucléaire, mais soutenue par une puissance nucléaire, pourrait être considérée comme une attaque conjointe.
Le 31 juillet 2025, Dmitri Medvedev rappelait à son tour à Donald Trump l’existence de la légendaire « Main morte », Perimeter, ce système semi-automatisé hérité de l’Union soviétique et conçu pour permettre une riposte nucléaire même si le commandement avait été décapité.
Ces mots devraient provoquer un vertige. Ils s’ajoutent désormais au flux ordinaire de l’actualité.

Pendant ce temps, Pyongyang renforce son arsenal. Le 9 septembre 2026, l’Agence internationale de l’énergie atomique révélait l’existence d’une nouvelle installation d’enrichissement d’uranium à Yongbyon, susceptible d’accueillir jusqu’à 28 cascades de centrifugeuses. L’AIEA n’a plus d’inspecteurs en Corée du Nord depuis 2009 et fonde notamment ses observations sur l’imagerie satellitaire.
Le 24 septembre, la Corée du Nord se présentait à nouveau comme un « État responsable doté de l’arme nucléaire » et réaffirmait que son statut nucléaire était irréversible.
Elle fournit désormais à la Russie des missiles balistiques, de l’artillerie, des millions de munitions et des soldats. Le 28 septembre 2026, Volodymyr Zelensky affirmait que plus de 8 000 militaires nord-coréens se trouvaient déjà en Russie et que 10 000 autres étaient en préparation. Ces chiffres sont ceux avancés par le président ukrainien et doivent donc être lus comme tels.

Le mouvement fonctionne dans les deux sens. Un rapport international publié en 2025 faisait état de transferts russes vers Pyongyang de systèmes de défense aérienne, d’équipements de guerre électronique et surtout de retours techniques susceptibles d’améliorer le guidage des missiles balistiques nord-coréens.
Reuters rapportait encore en août 2026 que les services sud-coréens observaient une amélioration de leur précision, liée notamment à l’expérience acquise en Ukraine et à une assistance technique russe.
Et pourtant, la menace s’accompagne d’une étrange diplomatie de la familiarité.
Avec Kim Jong-un, Donald Trump déclarait en septembre 2018, après leurs échanges de lettres : « Et puis nous sommes tombés amoureux. »
En août 2025, il réservait à Vladimir Poutine un accueil spectaculaire à Anchorage : tapis rouge sur le tarmac, poignée de main chaleureuse, trajet commun dans la limousine présidentielle. Après près de trois heures de discussion, aucun accord n’était cependant conclu sur la guerre en Ukraine. T
En septembre 2026, Xi Jinping était à son tour reçu à Washington avec tout l’apparat d’une visite d’État. Trump avait résumé quelques jours auparavant sa relation avec la Chine par une formule : « Nous nous entendons très bien. » (The White House)
La mise en scène donne parfois aux rapports entre puissances nucléaires l’apparence d’une affaire personnelle, presque légère. Au terme de la visite de Xi, Associated Press résumait le contraste d’une formule : beaucoup d’apparat, peu de substance.
L’Europe, elle aussi, réintègre le nucléaire dans son vocabulaire stratégique.
Le 2 mars 2026, Emmanuel Macron annonçait une « dissuasion avancée » française et précisait :
« La France assumera donc toujours seule, en intégrant à sa réflexion les intérêts de nos alliés, le franchissement délibéré du seuil nucléaire. »

La fiction, curieusement, nous ramène au même endroit.
Dans Jupiter, présenté à la Mostra de Venise en 2026, le nouveau président français Paul Archambault est conduit dans le poste de commandement nucléaire situé sous l’Élysée. Le président russe vient d’être victime d’une tentative d’assassinat. Il accuse l’Ukraine et s’apprête à riposter. Le président français et ses conseillers doivent décider tandis que se rapproche la possibilité d’une guerre nucléaire.
La fiction ne fait finalement que déplacer sur un écran une question redevenue concrète :
Qui décidera ? Et sur quelles informations ?
Car les algorithmes occupent une place croissante dans l’analyse des radars, des satellites, des trajectoires et des signaux.
Un jour, un écran pourrait afficher :
Probabilité d’attaque : 97 %.
Riposte recommandée.
Temps restant : trois minutes.
Comme je le rappelais dans mon billet précédent, le 26 septembre 1983, le jeune officier russe Stanislav Petrov se trouvait devant un autre écran.
Le système soviétique d’alerte précoce lui annonçait le lancement d’un missile américain. Puis de quatre autres.
Petrov douta.
Il jugea improbable qu’une attaque nucléaire américaine commence avec cinq missiles seulement. Les radars terrestres ne confirmaient rien. Il décida de signaler une fausse alerte.
La machine avait tort.
Le danger n’est donc pas seulement qu’un dirigeant décide un jour de détruire le monde.
Il est qu’une succession de certitudes, de menaces ritualisées, de signaux mal interprétés et de décisions de plus en plus automatisées rende progressivement pensable ce qui ne devait jamais l’être.
Nous ne sommes peut-être pas au bord de l’apocalypse.
Mais nous avons recommencé à parler de l’arme nucléaire comme d’un instrument presque ordinaire de puissance.
Ce qu’elle n’est pas.
C’est peut-être ainsi que le risque devient le plus dangereux : lorsqu’il cesse de nous effrayer.
En 1983, la machine de WarGames avait fini par comprendre ce que les hommes semblent avoir oublié :
IL NE FAUT PAS GAGNER LA PARTIE. IL FAUT EMPÊCHER QU’ELLE COMMENCE.
En serons-nous capables ? Je l’espère. De tout mon coeur.
Rudy.

PS: Ce billet est plus largement documenté sur substack
https://open.substack.com/pub/notesfrombetween?r=5e5jqc…

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