28 mai 2026
BYE-BYE GEORGES par Claude Semal
Belgique. Quelle chouette idée pour promouvoir le métier d’enseignant : les faire travailler plus, avec des statuts plus précaires, encore moins de moyens et des élèves toujours plus précarisés ! Impulsées par la plate-forme « Mars Attack », des parents et les syndicats enseignants, les actions contre le gouvernement MR-Engagés et les réformes de Glatigny touchent désormais plus de 250 écoles – particulièrement dans la région liégeoise. Le vote du décret-programme a été reporté au 10 juin, et la mobilisation devrait encore s’amplifier d’ici là (1).
France. Onze mois avant le scrutin, le plus récent sondage sur les élections présidentielles annonce pour la première fois Mélenchon à 16% (+ 4 points, selon ODOXA). Un score d’autant plus spectaculaire que JLM a toujours été sous-coté par les instituts de sondage, que le centre-gauche n’a toujours pas de candidat (Hollande ou Glucksmann ?), que la « primaire des écologistes » est de plus en plus dans la panade, et que la récente candidature d’Attal va mécaniquement fragiliser celle d’Édouard Philippe (qui, à 17%, a pourtant déjà perdu 6 points depuis mars).
Bardella, en légère baisse à 32 %, se qualifie pour le moment aisément pour le second tour. Je doute toutefois qu’un aussi vil et creux personnage conserve cette « avance » sondagière d’ici le sprint final de 2027 (2).

Affiche de J-Cl Salémi pour « Tous aux abris »
France. Après huit ans d’enquête sur de soi-disant « faux assistants parlementaires européens » de la France Insoumise, le Parquet n’a finalement pas trouvé matière à instruire un procès. Cette accusation avait pourtant « justifié » en octobre 2018 la « fameuse » perquisition des locaux nationaux de LFI et les domiciles privés de neuf de ses dirigeants ou assistants parlementaires – en mobilisant spectaculairement pour l’occasion plus de 200 gendarmes. Des « moyens » massifs généralement réservés au grand banditisme. Le tout suite à la prétendue « dénonciation » d’un député du Rassemblement National ! On notera avec ironie qu’entretemps c’est le Rassemblement National et douze de ses dirigeants qui ont été, eux, condamnés à des millions d’euros amendes. Pour ce même motif, Marine Le Pen a même été condamnée à 5 ans d’inéligibilité et à deux ans de prison ferme. Elle a interjeté appel, et l’affaire devrait être rejugée au début 2027.
Pour rappel, ce sont ces mêmes perquisitions abusives de 2018 qui avaient provoqué la colère et l’indignation des Insoumis, et qui valurent à Mélenchon une condamnation pénale pour « rébellion ». Une condamnation qu’il déclarait en 2022 à BFM porter dorénavant « comme une décoration » (3).

Le jour de son anniversaire, en 2019, avec la cantatrice du « Canto General » Betty Harlafti
Belgique. Mon vieux camarade Georges Van den Broeck a cassé sa pipe. Il était mon aîné d’un an. Lorsque j’avais repris mon activité de « chanteur » en 1979, après cinq années de militance intensive à l’hebdomadaire POUR, j’avais publié une « petite annonce » pour trouver un complice musicien. Georges avait participé au groupe musical mitant CIGAL, et jouait un peu de guitare et de contrebasse. Mais il avait surtout envie de faire « des sketches ». Qu’à cela ne tienne, avions-nous conclu. Pendant six ans, nous avons ensuite « tourné » deux spectacles de « cabaret-théâtre » qui mêlaient mes chansons et nos « numéros » (« La situation est excellente, mais pas désespérée » et « L’avenir n’est plus ce qu’il était »), puis un spectacle « théâtral » à deux (« Tous aux abris ! ») avant de collaborer à un « gros » spectacle musical sur l’histoire des fanfares (« Une Grande Harmonie, une saison en Fanfare »). Ce dernier spectacle, avec neuf musiciens en scène, m’avait semblé assez original et plutôt réussi. Mais, sans relais institutionnels, il se solda par relatif un échec public (six mois de travail pour seulement quatre représentations à Boitsfort).
Georges travaillait aussi, à l’époque, comme prof et éducateur au « Snark » (4), une école « alternative » et un lieu de vie pour jeunes en difficulté. Le tout cumulé lui prenait beaucoup de temps. Georges préféra alors se « recentrer » sur sa vie de famille et sur son métier de traducteur (il avait une formation de germaniste à la KUL) et il ouvrit dans la foulée sa propre « boîte » de traduction. Tout en continuant à entretenir sa « fibre artistique » en se passionnant pour les recueils de « chansons traditionnelles », en se perfectionnant à la guitare, et en participant activement à diverses chorales (comme « La Badinerie », qui interpréta notamment en 2019 le « Canto General » de Mikis Théodorákis, et Phoneomen, un « chœur d’hommes »).
Comme la vie est bête, on ne s’étaient pas beaucoup vus ces quarante dernières années. On s’étaient croisés il y a deux ans à mon anniversaire. Et puis voilà. Il avait annoncé le 27 avril sur sa page FB souffrir d’une endocardite au niveau d’une valve remplacée en 2016, et opter avec optimisme pour une nouvelle opération. Qui s’est visiblement mal terminée. Les amis, il va falloir l’assumer : l’avenir n’est définitivement plus ce qu’il était.
France. Je vous parlais la semaine passée des humoristes caustiques et poilants de « Radio Nova », et j’avais mis le portrait d’Akim Oniri à la « une ». Je n’aurais peut-être pas dû. Car cette semaine, son émission, « La Dernière », a été envahie et interrompue par les activistes sionistes du groupuscule « Nous Vivrons » (sous-texte : … « et nous ferons crever les Palestiniens »). Qui l’accusaient évidemment… « d’antisémitisme » – comme ils le font mécaniquement pour tous les défenseurs des droits des Palestiniens.
Akim a réagi sur le moment avec, je trouve, beaucoup de sang-froid et de sens du dialogue, en improvisant une sorte de « débat » avec ses agresseurs (5). Ce qui ne rend pas moins insupportable cette agression physique d’une radio, d’une émission et d’un de ses animateurs. Par chance, Akim Oniri est très « basé », comme on dit. Il avait des arguments à faire valoir. Dès sa troisième émission, il avait explicitement mis en garde ses auditeurs contre « l’antisémitisme », en précisant qu’il était faux et dangereux d’attribuer « aux Juifs » en général les pratiques génocidaires qui appartiennent au seul gouvernement d’extrême-droite israélien. Akim Oniri a décidé de répondre avec humour mais honnêteté à ce qu’on lui « reproche ». Vous pouvez l’écouter ci-dessous (6) (7).
Bruxelles. En ces journées de fortes chaleurs, je redécouvre le plaisir physique d’habiter une rue saint-gilloise arborée. J’habite au rez-de-chaussée, et l’appartement est en outre adossé, vers l’arrière, au parc ombragé du home « Heureux Séjour ». Dont les grands arbres nous bouffent de la lumière tout au long de l’année, mais nous protègent aussi des coups de chaleur en été. Résultat ? Entre 5 et 8° « ressentis » en moins en période caniculaire. Très concrètement, cela devrait devenir, en ville, un aménagement obligatoire dans toutes les rues qui le permettent.
En attendant, je me rends aussi compte de la chance que j’ai de vivre, avec « ma famille », dans cet ilot de bien-être au milieu d’un océan mondial de malheur. Mais si nous ne parlons pas aussi parfois de nos petits bonheurs, qui nous donnera la force de continuer à croire en la puissance renouvelée de la vie ?
Claude Semal, le 28 mai 2026
Pour rendre hommage à Georges, cérémonie ce vendredi 29 mai à 15 heures au crématorium d’Uccle (rue du Silence).
Nota Bene : Merci à Bernard Hennebert d’avoir retrouvé la trace d’une de nos « folies » dans ses archives. La veille de la « première » de notre second spectacle, dans un cabaret bruxellois aujourd’hui disparu (le « Ti-Roro »), où nous devions jouer pendant dix jours, Georges et moi avons préféré remballer tout notre décor à minuit, plutôt que d’accepter les conditions que le « patron » du lieu voulait nous imposer (et qui multipliait pratiquement par deux le prix d’entrée réclamé au public). Le soir même, nous avons trouvé « au débotté » deux autres salles, à 200 mètres de là, pour accueillir le spectacle et ses impertinences. Et merci à Georges d’avoir osé partager ce genre de « folies » avec moi. À la ville comme à la scène. Nous n’avons jamais été plus « sages » que dans nos « folies ».
Bernard Hennebert : Georges vient de nous quitter. Un beau souvenir de Georges et Claude à ne jamais oublier. En 1981, Georges Van den Broeck et Claude Semal devaient jouer dans un cabaret bruxellois leur spectacle «L’avenir n’est plus ce qu’il était». Ils avaient fixé un prix des places maximum à l’organisateur (140FB) mais celui-ci n’en a pas tenu compte (son entrée est prévue à 170 ou 240 FB). Ils ont donc opté pour deux autres lieux situés à deux cents mètres de celui initialement prévu, avec un horaire un peu plus tardif. Les deux artistes ont communiqué ce choix à leur public, bien avant le règne des e-mails, par un tract affiche distribué à l’entrée et intitulé «Nous n’habitons plus à l’adresse indiquée» qui s’achevait par ce conseil: «Ne courez pas, nous commençons à 21 heures».

(1) https://marsattacks.be/#denonciations
(2) http://odoxa.fr/sondage/philippe-seffondre-melenchon-decolle-bardella-simpose/
(3) https://www.youtube.com/watch?v=ix6O80XuR64
(4) https://www.le-snark.be/
(5) https://www.youtube.com/shorts/isHHAbt0eto
(6)
(7)


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