C’EST VRAIMENT VOUS QUI LE DITES par toi, vous, eux et elles.

FACEBOOK, LA RTBF, LA GESTAPO ET MON GRAND-PÈRE par Thomas Gunzig

À l’avant plan de cette photo prise à Mauthausen par Francisco Bouix, se trouve le cadavre de mon grand-père, Jacques Gunzig arrêté par la Gestapo quelques semaines plus tôt. Comparer mes collègues de la RTBF à la police du III Reich pourrait me mettre de très mauvaise humeur.

Puisque cette grande machine sans morale qu’est Facebook ne semble pas aimer la crudité de certaines photographies historiques, je republie le poste précédent avec une photo de mon grand-père en vie. C’était en 1937, en Espagne. Avec les antifascistes des Brigades Internationales, il était parti se battre contre Franco.

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Le vendredi 13 mars 1942, mon grand-père, Jacques Gunzig, a été arrêté par la Gestapo, transféré au quartier général du 453 avenue Louise avant d’être déporté dans le camps Mauthausen sous le numéro 11552 pour y être assassiné le 28 juillet 1942. Un résistant antifasciste espagnol, Francesc Boix prendra secrètement une photo de son cadavre.
84 ans plus tard, un important président de parti francophone a partagé un message comparant les journalistes du service public de la RTBF à la Gestapo.
J’ai essayé de comprendre ce que ça me faisait. J’aurais aimé éprouver de la colère, j’aurais aimé écrire un long texte décrivant à quel point il était dangereux que des personnes aussi importantes que lui s’abaissent à parler comme de simples trolls des réseaux.
Je n’y suis pas parvenu parce qu’en réalité, je n’étais pas du tout en colère et qu’il m’est apparu comme totalement inutile d’écrire l’évidence : on ne peut pas comparer les actions de la police nazie, ses arrestations, ses assassinats, sa brutalité avec le travail des journalistes.
Rappelons quelques points très simples :
– Un président parti a le droit de défendre un modèle de société auquel nous n’adhérons pas.
– Un président de parti a le droit de ne pas aimer la lecture, de considérer que la culture n’a pas besoin d’être subsidiée, que les chômeurs sont la source du déséquilibre des finances.
– Un président de parti a le droit de ne pas aimer les intellectuels, les artistes, les universités.
– Un président de parti a le droit de discuter de la dotation d’un média de service public.
– Un président de parti a le droit de ne pas aimer une ligne éditoriale.
Mais un président de parti ne peut pas comparer les journalistes du service public à la Gestapo.
Cela dégrade son statut, cela dégrade l’image du parti dont il a la présidence, cela dégrade le système auquel il appartient et qui n’existe justement, que parce que la Gestapo à perdu la bataille aux prix des sacrifices et de courages dont il dégrade au passage également la valeur
Je n’ai donc pas éprouvé de colère, simplement une profonde tristesse quand j’ai imaginé ce qu’aurais pensé tous les sacrifiés d’hier si on leur avait dit que moins d’un siècle après leur mort, un des hommes les plus puissants du pays pour lequel ils ont donné leur vie mépriserait leur histoire pour faire un bon mot, par calcul électoral, par agenda politique.

ÇA SUFFIT ! par Stéphane Hazee (sur FB)

Nous sommes donc dans un pays où, en 2026, le président du parti francophone le plus puissant partage un message qui compare journalistes de la RTBF et “gestapistes” qui devraient “pointer au chômage”. C’est absolument abject et totalement inacceptable.
Les mots ont-ils encore un sens ? Faut-il rappeler que la Gestapo, la Geheime Staatspolizei, était la police politique du III ème Reich et qu’elle fait partie des pires atrocités du régime nazi ? Ça suffit ! Ce représentant de l’Internationale trumpiste multiplie depuis longtemps les outrances et les dérapages, qu’il pousse toujours un peu plus loin, dans ce qui est une stratégie délibérée visant à la fois la polarisation et la division de la société et en même temps la création de polémiques incessantes visant à faire diversion. Avec en arrière-fond, la banalisation affolante des idées d’extrême droite. En fait, ça suffit depuis longtemps !
Jusqu’où les démocrates au sein du MR vont-elles et vont-ils le laisser aller trop loin dans son projet ignoble et en fait liberticide ? Jusqu’à quand ce silence, cette complaisance, cette complicité, ce déshonneur ? Un jour, très tard, ce sera trop tard.

CHASSE AUX MALADES par Tony Demonte

Selon les données émises par la cour des comptes, le MR, les Engagés et le gouvernement Arizona se préparent concrètement à appauvrir des milliers de familles, à provoquer des milliers de licenciements et à appauvrir encore plus les communes.
En effet, la cour des comptes relève que pour établir son budget, le gouvernement mise sur la règle des tiers (comme pour les chômeurs). 1/3 retournerait au travail, 1/3 demanderait un RIS et 1/3 sortirait des prestations (?).
1. En clair, si ces prévisions se réalisent, 2/3 des malades déclarés (partiellement) aptes seront sans emploi.
2. Concernant ceux qui sont à l’emploi, ce sera une majorité qui sera licenciée, pour raisons médicales. Ces travailleurs tantôt devenus excédentaires, tantôt remplacés par de plus performants ne retrouveront pas leur place. Les entreprises liquideront gratuitement “les poids morts”.
3. Ces milliers de travailleurs licenciés seront lourdement sanctionnés. Perte totale du montant de leurs indemnités de préavis (des dizaines de milliers d’€ pour les plus anciens).
4. Ces licenciements à coût zéro ne concerneront pas que les malades de longue durée. Suivant les nouvelles règles, un travailleur ayant une ancienneté de 25 ans de travail effectif dans une entreprise pourra être licencié pour raison médicale sans préavis après 6 mois de maladie. Et après 2 ans de chômage, ce sera le CPAS.
5. De nombreux malades actuellement sans emploi demanderont à accéder au revenu d’intégration. Il n’y a pas d’explication sur ce chiffre mais selon les données reprises par la cour des comptes on en compterait 14.350 à venir.
A ce jour rien n’est prévu en termes de compensations pour les communes et rien n’est budgété. Encore des dépenses qui passent du niveau fédéral aux régions et communes.
Cette chasse risque bien d’être socialement sanglante. En effet, quel que soit le type de maladie, un médecin contrôleur pourra toujours trouver la possibilité pour son malade de travailler quelques heures par semaine, dans des contenus de travail adaptés, des horaires adaptés, avec un poste adapté, à la maison etc. Mais on sait déjà aussi que ces exigences d’adaptation des postes ne correspondent absolument pas aux besoins et intérêts financiers des entreprises. Et donc, le licenciement gratuit sera la solution très majoritaire.

La toujours intéressante chronique de Sébastien Fontenelle sur le site Blast (abonnez-vous !)

MANOUCHIAN par Thomas Portes (sur X-Twitter)

Saluts nazis, tatouages avec des croix gammées, insultes racistes... le tout avec le gratin de l’extrême droite française au premier rang : le pétainiste Yvan Benedetti, les néonazis Alexandre Gabriac et Marc de Cacqueray-Valménier, le militant qui participe à la conférence à la gloire du SS Léon Degrelle, Raphaël Ayma. Cette marche dans les rues du pays est une honte. L’histoire retiendra qu’au moment où nous célébrons les 82 ans de l’exécution de l’antifasciste Missak Manouchian par l’armée nazie, le gouvernement d’Emmanuel Macron a autorisé une manifestation de néonazis. Plus que jamais la lutte antifasciste est une priorité.

UNE FAUSSE ÉQUIVALENCE par Abbas Fahdel (sur FB)

Extrême gauche, extrême droite : aux sources de la divergence.
La mort d’un militant de l’extrême droite lors d’une rixe à Lyon avec des militants d’extrême gauche a donné lieu à des amalgames et à des approximations qui voudraient faire croire que les deux « extrêmes » se ressemblent, notamment par leur usage de la violence, comme s’il s’agissait de deux radicalités interchangeables. Or cette symétrie apparente ne résiste pas à l’analyse historique des deux traditions.

La distinction entre l’extrême gauche et l’extrême droite procède d’une fracture ancienne, qui remonte à la Révolution française : d’un côté, l’idée que l’égalité doit devenir le principe organisateur du monde social ; de l’autre, la conviction que l’ordre, la tradition et la hiérarchie constituent le socle nécessaire de toute société.

L’extrême gauche radicalise l’exigence d’égalité. Héritière du socialisme révolutionnaire, de l’anarchisme et de la pensée de Karl Marx, elle interprète l’histoire comme une lutte entre classes structurée par des rapports de domination économiques. Les inégalités ne sont pas perçues comme naturelles, mais comme produites par un système — le capitalisme — qu’il s’agit de transformer ou d’abolir. L’horizon affiché est universaliste : l’émancipation concerne l’humanité exploitée en tant que telle. Même lorsque cette tradition a engendré des régimes autoritaires, elle a continué de se justifier au nom d’une égalité future, d’une société sans classes, d’une promesse de dépassement des antagonismes.

L’extrême droite, dans sa forme moderne, surgit avec le fascisme et le nazisme, incarnés notamment par Benito Mussolini et Adolf Hitler. Elle repose sur une vision organique et hiérarchique du monde. Les différences entre individus ou entre groupes — nationales, culturelles, ethniques — y sont tenues pour essentielles. L’individu est subordonné à une entité supérieure, qu’il s’agisse de la nation, de la civilisation ou d’une identité mythifiée. Là où l’extrême gauche voit un conflit de classes susceptible d’être dépassé, l’extrême droite voit un conflit entre groupes humains réputés irréductibles.

La question de la violence éclaire profondément cette divergence. Toutes les radicalités politiques ont, à certains moments, recouru à la violence. L’extrême gauche a pu théoriser la violence révolutionnaire comme instrument de rupture historique ; elle l’a parfois exercée dans des contextes insurrectionnels ou dans le cadre d’États autoritaires issus de révolutions. Mais cette violence, dans son imaginaire propre, se présente comme transitoire, orientée vers une société sans domination. Elle est pensée comme un moyen — contestable, tragique, souvent destructeur — au service d’un horizon d’égalité universelle.

À l’inverse, l’extrême droite inscrit plus profondément la violence dans sa vision du monde. La confrontation, la guerre, la purification sont souvent valorisées comme des forces régénératrices. Dans les régimes fascistes du XXᵉ siècle, la violence n’a pas été un simple épisode de transition : elle a constitué un principe structurant du pouvoir, dirigé contre les opposants politiques, contre les minorités, contre des populations désignées comme ennemies. Elle n’était pas appelée à disparaître dans un horizon d’égalité universelle ; elle participait d’un projet d’exclusion et de hiérarchisation permanente.
On peut ainsi parler d’une violence endémique à l’extrême droite dans la mesure où celle-ci repose sur une logique d’exclusion constitutive : si la communauté est définie par l’identité, ceux qui n’y appartiennent pas deviennent structurellement suspects. L’« autre » n’est pas seulement un adversaire politique ; il est une menace existentielle qu’il faudrait neutraliser ou éliminer.

À l’inverse, l’extrême gauche, malgré les violences commises en son nom, ne fonde pas son principe sur l’exclusion identitaire. Son imaginaire reste inclusif et universaliste, même lorsque ses pratiques historiques ont parfois trahi cet idéal.
La formule selon laquelle « les extrêmes se rejoignent » simplifie donc une réalité bien plus complexe. Ils peuvent converger dans le rejet du libéralisme parlementaire ou dans la critique des élites. Mais ils divergent sur un point décisif : l’universalité contre l’exclusivité, l’égalité contre la hiérarchie, l’inclusion contre la séparation. L’extrême gauche vise — dans son principe — l’abolition des dominations ; l’extrême droite vise la consolidation d’un ordre hiérarchique qu’elle estime menacé.
Ainsi, l’événement tragique de Lyon ne peut servir de preuve d’une prétendue équivalence historique ni effacer des décennies — voire des siècles — de différences doctrinales et pratiques. Entre une radicalité qui se justifie au nom d’une humanité commune et une radicalité qui s’organise autour de l’exclusion identitaire, la distance demeure profonde. Elle ne tient pas à l’intensité du conflit, mais à la conception même de l’homme, de la communauté et du destin collectif.

 

JE VOUDRAIS COMPRENDRE par Michelle Tirone

Alors il parait que la Ligue des Droits de l’Homme (France) est en colère contre Jean-Luc Mélenchon ?
BFMTV a publié une intervention de l’avocat Arié Alimi, qui s’exprime au nom de LDH…
Arié Alimi et la LDH ont-ils condamné les propos de Aurore Bergé qui reprend les mots “Anti France”, mots factuellement antisémites ?
Ont-ils condamné toutes celles et ceux qui parlent de “parti de l’étranger ” qui là aussi ciblait les Juifs dans sa conception originale ?
Ont-ils condamné les paroles de la candidate LR de Marseille qui a repris à son compte la devise de Pétain “travail, famille, patrie” ???
En quoi prononcer Epstein comme ça se fait en France pour TOUS les noms se terminant par “stein” est-il antisémite ???
J’aimerais bien qu’Arié Alimi l’explique avec précision lors de son intervention sur BFM !
Jusqu’à maintenant, je n’ai trouvé absolument AUCUNE explication réelle sur le sujet !!
En quoi dire que la prononciation fait “plus russe” est-il antisémite ? N’y a t-il pas de Juifs russes ?
Font-ils exprès de ne pas comprendre que Jean-Luc Mélenchon a dit ça à cause de la fable en train de se propager comme quoi Epstein aurait été un espion russe ?
Ont-ils écouté la totalité de son propos sur le fameux Epstein dont on se fout bien qu’il soit juif et comment se prononce son nom mais dont on voudrait bien, nous citoyens français savoir ce qu’il faisait en France (en fait on le sait) et avec qui (là on est loin de tout savoir !)?
La LDH et monsieur Alimi ont-ils dénoncé l’absence d’enquête judiciaire française sur le sujet Epstein ?
La LDH et monsieur Alimi ont-ils critiqué le fait que Yaël Braun-Pivet ait refusé une enquête parlementaire sur le dossier Epstein ?
La LDH et monsieur Alimi ont-ils eu un mot de compassion pour les victimes françaises de la bande à Epstein alors que Nicole Belloubet, alors ministre de la Justice a étouffé l’affaire ?
La LDH va perdre des adhérents je pense !
Les médias français sont en train de perdre le peu de crédibilité qu’il leur reste et LFI obtient de plus en plus de soutiens, non pas parce qu’elle serait supposément antisémite mais parce que les gens voient et comprennent ce qui se passe : la dangereuse fascisation du pays et l’accusation comme dans les années 30 envers l’ennemi principal du fascisme.

Michelle Tirone 28 février 2026 

WOODY GUTHRIE par Jean-Pierre Froidebise

Revu hier, ce film que j’avais vu à sa sortie en 76, après avoir lu le célèbre bouquin de Woody Guthrie. Extrêmement ému, pour plusieurs raisons. D’abord le souvenir de la fascination que ressentait ma génération pour tout ce qui constituait la culture américaine, l’ambiance ” road movie ” qui caractérisait de nombreux films de cette époque, mais au-dessus de tout ça… l’attitude du personnage de Woody Guthrie qu’incarnait David Caradine. Le refus total de se plier aux lois du commerce et du business de la musique, quitte à y perdre famille, salaire, sécurité, et le refus invraisemblable de l’ouverture à la carrière ” totale “, c’est à dire le fait d’être diffusé régulièrement dans tous les états d’Amérique, coast to coast, ce qui représentait une chance inouïe à l’époque, et la certitude de gagner de véritables fortunes, comme Sinatra et Elvis le firent plus tard. Personnage extraordinaire, même si on le sent un peu borderline par moment, il incarne définitivement la vraie chanson populaire américaine, celle de ceux qui triment, qui se font exploiter à tout va, qui n’ont plus aucune lueur d’espoir dans les yeux.

J’avoue qu’en débutant dans la profession de musicien, en accompagnant des gens comme Jacques-Ivan Duchesne et Christiane Stefanski, j’avais un peu le sentiment de faire quelque chose d’un tant soit peu ” utile ” aux gens en général, et à certains en particulier. J’ai perdu ce sentiment par la suite. Je suis devenu amuseur public.
Je me suis lourdement trompé, d’où mes errances, mes addictions, mon mal-être caractérisé, mon agressivité maladive et le manque de confiance en moi que j’ai remorqué tout au long du chemin. Chaque fois que j’ai proposé une chanson à connotation vaguement politique ou anarchiste, voire même uniquement à caractère humoristique un peu limite, les firmes de disques ont refusé tout net de les soutenir, et aucune station de radio belge, je dis bien AUCUNE, n’a prétendu les diffuser.
Heureusement, comme la vie est généreuse, me voici aux portes de la vieillesse parfaitement clean, chargé comme un riot-gun, déterminé comme jamais à rester en dehors de la culture d’état et du divertissement calibré à la moulinette des médias, à pratiquer la décroissance intégrale, je veux dire aussi bien économique que culturelle, vous en aurez des nouvelles sur ce mur d’ici la fin du printemps.” Tout ce que j’ai fait avant 70 ans n’a aucune valeur ” ( Hokusaï ). Je vous souhaite une excellente soirée.

ANTIFRANCE ET TOBOGAN par Bastien Lachaud (sur X Twitter)

LFI c’est “l’Anti-France” : la ministre Bergé, “chargée de la lutte contre les discriminations” parle avec les mots de Maurras et Pétain, les mots de l’Action Française et de Vichy, les mots avec lesquels ils qualifiaient les “métèques” et le “complot judéo-maçonnique”. Toute la caste politico-médiatique prend le toboggan vers le fascisme. Voilà la France de Macron en 2026.

LA CONFÉRENCE DE PRESSE DE MÉLENCHON FACE AUX NOUVEAUX MÉDIAS

MÉDIAS OUIN-OUIN par Mr Mondialisation (sur FB)

Tous les grands médias affirment que Mélenchon a interdit des journalistes à un événement. C’est une manipulation grossière et un mensonge répugnant. Les faits : Jean-Luc Mélenchon et le mouvement La France insoumise (LFI) ont organisé une conférence de presse “réservée aux médias numériques alternatifs”. C’est un événement ponctuel autour des médias web de petite taille, y compris ceux qui ne sont pas conciliants envers LFI… Par la force des choses, les grands médias traditionnels n’y étaient pas invités. Et ce sont les gros médias en question qui pleurnichent en ce moment et manipulent les faits pour leur faire dire tout et n’importe quoi.
Il est tout à fait légitime d’avoir un événement ponctuel réservé aux médias alternatifs de petite envergure. Mais ça, les gros médias autant subventionnés que dans les mains des milliardaires ne le supportent pas et sont devenus fous de rage. Ils se sentent exclus et ripostent par une propagande d’envergure totalement indigne du journalisme. Les faits ne les intéressent pas. La caricature a remplacé l’information. Pas étonnant que les petits médias libres aient la cote.
A noter que nous n’avons pas été invité à cet évènement et ce n’est ni grave, ni une raison pour alimenter cette polémique stérile. Mélenchon mérite une critique ferme comme tout autre personnage politique, mais visiblement il est si difficile de le faire sur le fond que tous les moyens sont bons pour s’y attaquer en cœur sur des questions de forme. La diabolisation de LFI est en marche et c’est un fait observable et moralement condamnable.

LE DIVORCE À GAUCHE ET LA FIGURE DU « SALAUD » par Pascal Levoyer (sur le Club Médiapart)

Il faut prendre au sérieux la répétition. Lorsque le Parti socialiste rompt avec La France insoumise, ce n’est jamais tout à fait pour la même raison, et pourtant c’est toujours pour la même chose. Les révoltes urbaines de 2023 ont fourni un premier prétexte, celui de l’appel au calme opposé à l’exigence de justice, comme si ces deux termes désignaient naturellement des camps adverses, comme si la paix sociale avait vocation à précéder la vérité sur les conditions qui l’ont rendue impossible. Gaza en a fourni un second, celui du refus du mot « génocide » au nom de la mesure, alors même que les images du monde entier disaient ce que ce mot tente de nommer et que la « mesure » consistait, en pratique, à se taire et à laisser faire. L’antifascisme vient d’en fournir le troisième, sous la forme d’une demande de « prise de distance » avec ceux qui s’opposent concrètement à l’extrême droite, comme si l’on pouvait s’y opposer autrement que concrètement, et comme si la distance exigée n’était pas, en l’occurrence, une forme de capitulation retournée en prudence ou responsabilité. Les prétextes varient, l’opération demeure. On peut n’y voir qu’une suite de désaccords sur le ton ou sur la formulation, dont on pourrait venir à bout par un simple ajustement du propos. Mais la régularité des ruptures, leur récurrence obstinée, leur faculté à se régénérer sitôt qu’un prétexte disparaît, indique autre chose, qui n’est pas un malentendu mais une structure, qui n’est pas une série d’accidents mais la logique d’une position. Et cette logique, précisément parce qu’elle répond à une nécessité fonctionnelle plutôt qu’à des circonstances accidentelles, mérite d’être examinée pour ce qu’elle est.

Le signifiant républicain, ou la police du nommable

Ce qui frappe, dans chacun de ces épisodes, c’est que les reproches adressés à La France insoumise (LFI) ne prennent presque jamais la forme d’une contradiction argumentée. On ne soutient pas que la violence policière serait acceptable, que les massacres à Gaza n’existent pas, que le fascisme ne progresserait pas. On peut admettre, du bout des lèvres, que quelque chose de vrai est dit, mais c’est aussitôt pour incriminer la manière de le dire. La fameuse « brutalisation du débat public ». La brutalité serait dans les mots, non dans les faits qu’ils désignent. C’est ainsi que s’opère le retournement caractéristique qui fait que ce n’est plus la violence réelle qui fait scandale, mais l’acte de la nommer. L’énonciation devient la faute, la dénonciation se voit requalifiée en agression, et celui qui pointe l’oppression se retrouve sommé de s’expliquer sur sa propre violence au moins symbolique.

C’est le point décisif qui révèle la fonction exacte que le vocabulaire républicain remplit dans ce dispositif. « République » ne désigne plus une forme politique historiquement déterminée, traversée de conflits, construite sur des compromis et des violences fondatrices que l’histoire documente abondamment. Le mot s’est vidé de sa conflictualité pour devenir un instrument d’exclusion, un signifiant de clôture qui permet de congédier sans débat quiconque a le malheur de rompre le consensus sur l’oppression. La République n’est plus un horizon politique ouvert, elle est un couperet. Ce qui trouble l’unité supposée du corps politique est déclaré excessif, irresponsable, factieux ; ce qui la maintient, fût-ce au prix du silence sur l’injustice, passe pour une marque de responsabilité.

Le mécanisme est d’une efficacité remarquable précisément parce qu’il n’a pas besoin de censurer. Il lui suffit de rendre impropres certains mots, de disqualifier certains tons, de signifier que nommer la violence d’État, le génocide ou le fascisme avec la netteté qu’ils exigent constitue en soi une transgression du débat démocratique. On ne réfute pas, on expulse. On ne contredit pas, on exclut. Ce qui est visé, ce n’est jamais l’erreur factuelle, mais l’insoumission au consensus, c’est-à-dire le seul geste qui rendrait le débat politique réel. La République, ainsi entendue, ne protège pas la démocratie contre ses ennemis, au contraire elle protège ses ennemis contre la démocratie.

On reconnaîtra là une tentation aussi ancienne que les démocraties elles-mêmes : conjurer la division constitutive du social au nom d’une unité dont les « extrêmes » viendraient troubler l’harmonie. C’est précisément ce qu’opère l’invocation de l’« arc républicain » — moins pour décrire un espace politique que pour en expulser quiconque conteste le cadre, non par réfutation, laquelle supposerait encore un adversaire reconnu comme tel, mais par forclusion préalable : l’élément indésirable est déclaré hors-jeu avant même que la discussion commence. Or cette harmonie n’a jamais existé qu’à titre de fiction utile, de récit que se racontent ceux pour qui l’ordre existant est suffisamment satisfaisant pour habiller en principes leurs intérêts de classe, de race ou de genre. Exiger que toute prise de position s’y inscrive, c’est accomplir quelque chose de plus grave qu’une erreur de jugement, c’est retourner contre le politique les mots mêmes qui étaient censés le fonder, et appeler vertu républicaine la disqualification préventive de quiconque rappelle que la démocratie ne promet pas l’absence de dissensus mais sa mise en forme ; et qu’une République qui ne tolère plus la contestation de ce qu’elle institue a cessé, à ce moment précis, d’être ce qu’elle prétend défendre.

Le désaveu comme posture politique

La structure profonde de cette posture est celle du déni ou du désaveu, soit l’opération qui consiste à maintenir simultanément la connaissance d’un réel insupportable et le refus d’en tirer les conséquences pratiques. « Je sais bien… mais quand même. »
Je sais bien que Nahel a été tué par la police, mais quand même appelons d’abord au calme. Je sais bien que des milliers de civils, d’enfants, sont massacrés, mais quand même n’employons pas le mot qui nomme ce massacre pour ce qu’il est.
Je sais bien que le fascisme progresse, mais quand même prenons nos distances avec ceux qui s’y opposent trop visiblement.

Ce « quand même » est la charnière de toute la construction. Il permet de reconnaître l’oppression tout en suspendant indéfiniment la solidarité avec ceux qui la subissent ou qui lui résistent. Il garantit la bonne conscience — « on n’a rien nié, on a même reconnu » — tout en assurant l’inaction, qui est la seule chose que l’ordre demande. Position structurellement confortable en ce qu’elle évite à la fois le cynisme de droite, qui nierait purement et simplement l’injustice, et l’engagement de gauche, qui consiste à en tirer les conséquences au prix du conflit. Le désaveu est la démission traduite en vertu. Il élève l’abstention au rang de principe et fait passer le refus d’agir pour une exigence supérieure de responsabilité.

C’est ici qu’il faut saisir un déplacement de logique. Le reproche adressé à LFI n’est pas, à proprement parler, politique. On ne lui oppose ni programme alternatif (et pour cause !), ni vraie stratégie concurrente, ni analyse contradictoire des rapports de force. On la soumet à une procédure empruntée à un autre ordre qui est celui du tribunal.
LFI est tenue responsable non pas d’avoir agi, mais de ne pas s’être assez promptement désolidarisée de ceux qui ont agi (les « émeutiers », le Hamas, les antifascistes).
On exige une condamnation préalable des « excès » (« est-ce que vous condamnez ? »), une prise de distance formelle avant toute solidarité ; soit autant d’exigences qui relèvent d’une logique d’imputation individuelle, où la responsabilité se mesure à la causalité directe et à l’intention déclarée.

Or c’est précisément ici que s’opère le déplacement. La responsabilité politique obéit à une logique étrangère à celle du tribunal. Elle ne consiste pas à garantir la pureté morale de chaque acte accompli par ceux avec qui l’on choisit de se solidariser ; elle consiste à choisir un camp dans un espace structuré par l’antagonisme.
Ce parti pris précède l’instruction minutieuse des conduites particulières, parce qu’il constitue en lui-même l’acte politique décisif. Transposer la logique judiciaire dans ce registre, c’est donc moins commettre une erreur de catégorie qu’accomplir une manœuvre qui consiste à rendre la solidarité structurellement impossible, puisque la résistance à l’oppression n’est jamais parfaitement irréprochable.
Elle est, par nature, désordonnée, excessive, débordante des formes instituées par l’ordre qu’elle conteste — et c’est même à ce débordement que l’on reconnaît qu’elle est effective. Exiger qu’elle se conforme aux normes de cet ordre avant de lui accorder un soutien, c’est se ménager la certitude de ne jamais avoir à le lui accorder, tout en conservant la ressource de s’en justifier au nom des principes.

Il ne s’agit bien entendu pas d’ignorer les contradictions réelles de la gauche radicale, ni ses ambigüités, ses maladresses. La critique de La France insoumise a son droit et sa nécessité. Mais ce droit se dissout rapidement lorsqu’il devient le prétexte d’une rupture qui lui préexiste, d’une disqualification dont la cible est d’ailleurs moins LFI elle-même que l’acte de nomination qu’elle assume.
Ce qu’on exige sous le nom de « clarification » relève en réalité d’une hygiène — et l’hygiène, en politique, a toujours fonctionné comme une police des frontières intérieures. Comme si un engagement pouvait se tenir à distance propre de ses contradictions, comme si la solidarité avec une cause pouvait s’exercer sans être contaminée par ce que cette cause charrie inévitablement d’ambigu et de non-maîtrisable.
Mais toute décision politique authentique passe par l’épreuve de l’indécidable et l’acte politique ne peut se tenir en-deçà des tensions qui le constituent. Il doit les habiter et non pas les éliminer par une clarification préalable qui prétendrait en avoir extrait le poison.
Croire qu’on pourrait s’engager dans les luttes réelles sans être en prise avec leurs apories, c’est confondre l’engagement avec un contrat où l’on resterait souverain du sens de sa propre solidarité. Refuser toute contamination, c’est refuser que la lutte soit ce qu’elle est — non pas un texte qu’on signe avec réserves, mais un terrain qu’on occupe avec ceux qui s’y trouvent, dans la confusion et le désordre que cela suppose.

C’est ici que la figure sartrienne du salaud s’impose, plus éclairante en tout cas que celle rebattue du traître. Le salaud n’est pas un « méchant » — ce qui serait trop simple, presque rassurant — mais celui qui a converti sa liberté en nature (Sartre), soit celui qui s’est persuadé que ses positions, ses choix, ses silences ne sont pas des actes, mais des évidences, des nécessités, les conséquences inévitables de ce qu’il est (républicain, responsable, modéré). Il ne décide pas de trahir, précisément parce qu’il entend n’avoir jamais à décider de rien ; il veut seulement croire qu’il n’avait pas le choix, que la prudence s’imposait, que le moment n’était pas venu, que les alliés n’étaient pas assez présentables ou les victimes assez innocentes. C’est finalement la figure du collaborateur qu’évoquait à sa manière F. Lordon dans un récent billet de son blog.

Le collaborateur ne soutient pas, n’approuve pas nécessairement. Il est d’abord celui dont l’inaction, la prudence, le souci obstiné de préserver le cadre au moment précis où celui-ci sert l’oppression, produit objectivement les effets que l’oppression attendait de lui.
Se distinguer de celui qui ose nommer l’adversaire — violence d’État, colonialisme, fascisme — est ainsi devenu pour le Parti Socialiste — et pour l’espace politico-médiatique plus large dont il n’est que la composante la plus visible, des éditoriaux aux plateaux en passant par les tribunes des partis dits « de gouvernement » — non pas une position assumée, mais une fonction objective.
On ne soutient pas l’ordre qu’on contribue à maintenir, on ne l’approuve pas nécessairement. On fait plus simple et plus grave. On préserve le cadre, on ménage les cercles, on reconduit les distances requises, au moment précis où ce cadre sert l’oppression et où ces distances en garantissent l’impunité.

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