DANS LES COULISSES DE FILIGRANES

Déflagration dans le monde de la librairie: 48 employé‧es de Filigranes portent plainte pour harcèlement moral et sexuel contre leur patron, le très médiatique Marc Filipson.
Ce 25 mars, sur le site de BX1, on peut lire un long article détaillant les pratiques en interne d’un patron régulièrement porté aux nues pour son dynamisme, son amour des livres (et des gadgets)… Et voilà que des travailleur‧ses remettent en cause l’organisation du travail, les méthodes de management, mais dénoncent aussi des cas de harcèlement moral et sexuel. Il faut lire les témoignages, dont ceux d’ancien‧nes qui peuvent se permettre de parler : heures supplémentaires impayées, contacts en dehors des heures de travail, refus de changer de commission paritaire prévoyant de meilleures rémunérations, et encore insultes, humiliations devant les client‧es, attouchements physiques…
La lecture est accablante. Quand après tout cela, on lit que “Le conseil d’administration réfléchira à la nécessité de mettre en place un coaching collectif pour harmoniser les relations de travail et ouvrir à la communication bienveillante“, on se dit que le CA n’a pas pris la mesure du sérieux de l’affaire.

Un invité de Marc

Filigranes, faut-il dire, ne figurait plus sur ma liste de fréquentations depuis des années.
Flashback : 6 janvier 2015, Eric Zemmour, pas encore candidat à la présidence de la République française, mais déjà polémiste condamné en 2011 pour provocation à la discrimination raciale, vient faire la promo de son nouveau livre à Bruxelles. Le midi, il est invité au Cercle de Lorraine et le soir, au B19Country Club, autant de lieux privés qui savent choisir leurs invités de marque. Mais voilà que le même est aussi invité à une rencontre-dédicace en librairie, pas une obscure officine de fachos, non: chez Filigranes, la plus grande libraire indépendante de Bruxelles.
Une série d’organisations décident alors d’organiser une protestation publique, pas devant la librairie, pour éviter des incidents (et une publicité qui servirait bien Z.) mais par un apéro festif dans les Marolles. De son côté, se sentant menacé, le boss de Filigranes annule la rencontre. Mais le soir même, il publie fièrement une photo avec Z., qu’il a fait rentrer en stoemelink par le garage et avec qui il est tout fier d’avoir partagé la galette des rois. L’histoire ne dit pas à qui revint la fève, entre Filipson et son invité de Marc.
Ce jour-là, je me suis juré de ne plus jamais mettre les pieds chez Filigranes. De ne jamais acheter un livre, ni assister à une rencontre, même avec des écrivain‧es que j’aime. J’ai même prévenu ma maison d’édition que c’était le seul endroit où je refuserais d’aller présenter mes Dibbouks (courage tout relatif puisque je n’ai pas été invitée). Bref, Fili-pson-granes était banni de mes pages. Les révélations d’aujourd’hui ne font que rajouter à mon écoeurement.

Statues déboulonnées

Il se fait que le même jour s’ouvre à Anvers le procès de l’artiste Jan Fabre, poursuivi pour harcèlement sexuel, attentat à la pudeur et atteinte à l’honneur d’une personne par 12 danseuses ayant travaillé pour sa compagnie.
Et l’on se dit que dans le monde culturel plus encore que dans tout autre, des personnalités fortes, médiatisées et même parfois statufiées par les médias, finissent par se croire tout permis. A se sentir au-dessus de la mêlée, et même au-dessus des lois. Là encore, il semble que l’effet #MeToo n’en finit pas de délier les langues et déboucher les oreilles. Et de déboulonner des statues qui semblaient pourtant de marbre.

PS du 29 mars : Après ces révélations, Marc Filipson a décidé de faire “un pas de côté” et d’entreprendre une thérapie pour se débarrasser de ses “mauvaises habitudes”. Il ne se rendait pas compte qu’il pouvait blesser et faire peur. Ben non, le pauvre, comment aurait-il pu savoir que des méthodes managériales largement répandues (eh oui…), harcèlement compris, seraient un jour dénoncées? Merci #MeToo, encore une fois.

3 Commentaires
  • Philippe Malarme
    Publié à 14:18h, 27 mars

    Ainsi que suggéré dans un autre article pour le drame de Strépy, ne faut-il pas laisser à la justice le soin d’instruire l’affaire, plutôt que de clouer des gens au pilori sans jugement ?

    • Irene Kaufer
      Publié à 19:01h, 29 mars

      Contrairement aux auteurs du drame de Strépy, Filipson était presque statufié comme le “brillant patron qui a réussi”. Sans le “clouer au pilori” (il n’est ni en prison ni lynché, hein), il me semble normal et utile d’ôter la statue de son socle. La justice n’a pas pu faire son travail parce que pendant tant d’années, les gens ont eu peur de parler…

  • Esther Bourree
    Publié à 17:14h, 26 mars

    Quelle honte, quelle déception, la vitrine de Filigranes était si belle mais l’intérieur peu ragoûtant. Plus un sou dans les poches de ce patron là, boycottons Filigranes jusqu’au remplacement de Filipson par un(e) personne à l’éthique et comportement irréprochable !

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