18 juillet 2026
HONTE ET MEPRIS ou PORTRAIT DE GROUPE DANS LA JOIE ET LA MISÈRE par Fabrice Boutique
Quand vous pensez à la culture, vous pensez peut-être à un visage. Nous, nous pensons à des milliers de femmes et d’hommes.
Derrière chaque chanson, chaque film, chaque série, chaque émission de télévision, chaque pièce de théâtre, chaque concert, chaque festival ou chaque exposition, il n’y a jamais une seule personne.
Il y a des autrices et des auteurs, des compositrices et des compositeurs, des musiciennes et des musiciens, des chanteuses et des chanteurs, des comédiennes et des comédiens, des danseuses et des danseurs, des chorégraphes, des metteuses et des metteurs en scène, des réalisatrices et des réalisateurs, des scénaristes, des dialoguistes, des dramaturges, des producteurs, des directeurs de production, des assistants de production, des régisseurs généraux, des régisseurs de plateau, des costumiers, des habilleurs, des maquilleurs, des coiffeurs, des décorateurs, des scénographes, des accessoiristes, des constructeurs de décors, des peintres, des menuisiers, des machinistes, des éclairagistes, des ingénieurs du son, des mixeurs, des perchistes, des cadreurs, des chefs opérateurs, des assistants caméra, des monteurs, des étalonneurs, des créateurs d’effets spéciaux, des photographes, des illustrateurs, des graphistes, des créateurs d’affiches, des traducteurs, des doubleurs, des cascadeurs, des figurants, des chauffeurs, des techniciens de scène, des équipes de montage et de démontage, des administrateurs de compagnie, des programmateurs, des diffuseurs, des attachés de presse, des agents, des équipes de billetterie, des ouvreurs, des médiateurs culturels et des centaines d’autres métiers que le public ne voit presque jamais.
Un film récompensé, un spectacle qui affiche complet, un album, une émission ou un grand festival ne sont jamais l’œuvre d’une seule personne.
Ce sont souvent trente, cinquante, cent, parfois plusieurs centaines de professionnels qui travaillent pendant des semaines, des mois ou des années pour offrir au public quelques minutes, quelques heures ou quelques jours d’émotion.
Pourtant, quand nous parlons des travailleurs et travailleuses des arts, nous avons trop souvent l’impression que l’on parle d’une petite poignée de célébrités vivant à l’abri du besoin.
C’est faux.
La grande majorité de ces personnes ne sont pas des vedettes. Elles passent d’un contrat à un autre, d’une répétition à un tournage, d’un spectacle à une période sans engagement, d’une création à une tournée, d’une émission à un doublage, d’un festival à un atelier, d’une pièce à un cours donné dans une académie.
Elles travaillent.
Elles créent.
Elles cotisent.
Elles ont construit pendant plus de trente ans une partie essentielle de notre mémoire collective.
Et aujourd’hui, parmi ces milliers de professionnels, certains découvrent qu’après trente ou quarante années de carrière, leurs périodes de travail artistique risquent de ne pas être reconnues comme ils le pensaient pour le calcul de leur pension.
Ils ne demandent pas un privilège.
Ils demandent que leurs années de travail, leurs contrats, leurs cachets et leurs cotisations ne disparaissent pas soudainement dans un trou noir administratif.
—
Vous avez grandi avec eux
Vous étiez peut-être enfant lorsque vous avez découvert Ici Bla-Bla.
Vous vous souvenez peut-être de Bla-Bla, de la Blamatique, de Wilbur Disquedur, de Mamy Nelly, de Clic la Souris et de Raton.
Mais derrière cet univers, il n’y avait pas seulement une marionnette ou un personnage virtuel.
Il y avait Benoît de Leu, Françoise Wibert, Éric De Staercke, Marie-Paule Kumps, Carole Karemera, Maud Lefèvre, Véronique Decroes, Hugues Hausman, ainsi que des auteurs, des réalisateurs, des manipulateurs, des costumiers, des décorateurs, des accessoiristes, des maquilleurs, des techniciens, des ingénieurs du son, des cadreurs, des monteurs et toute une équipe chargée de fabriquer quotidiennement un monde destiné aux enfants.
De nombreux personnages humains d’Ici Bla-Bla étaient interprétés par des membres de la Ligue d’improvisation belge. Éric De Staercke incarnait Wilbur Disquedur, Marie-Paule Kumps jouait Mamy Nelly et plusieurs comédiennes se sont succédé dans le rôle de Clic.
Pendant que les enfants regardaient Bla-Bla, des dizaines d’adultes travaillaient derrière la caméra.
Certains de ces enfants ont aujourd’hui quarante ans.
Certains des professionnels qui ont créé leur enfance ont aujourd’hui soixante ou soixante-cinq ans.
Voilà de qui nous parlons.
—
Vous avez regardé leurs émissions
Vous avez peut-être grandi avec Bon week-end, Copie conforme, La Télé infernale, Génies en herbe, Le Jeu des dictionnaires, La Semaine infernale, Les Enfants de chœur, Signé Taloche, C’est du belge, Sans chichis, 69 minutes sans chichis, Une brique dans le ventre, Le Jardin extraordinaire, Jardins et Loisirs, Le Beau Vélo de RAVeL, Strip-Tease, Tout ça ne nous rendra pas le Congo, Questions à la Une, Mise au point, Devoir d’enquête, On n’est pas des pigeons, Le Télévie, Place Royale, I comme, Images à l’appui, Controverse, Pour la gloire, Dix qu’on aime, Septante et un, La Roue de la fortune, Ça vous fait rire ?, Le Grand Cactus, The Voice Belgique et tant d’autres émissions.
Vous avez peut-être regardé ces programmes avec vos parents.
Vous les avez peut-être retrouvés avec vos enfants.
Vous avez ri devant un sketch, découvert un chanteur, suivi une enquête, appris à jardiner, regardé une recette, écouté une chronique, découvert un comédien ou fredonné un générique.
Mais une émission de télévision n’arrive jamais seule sur l’écran.
Derrière quelques minutes d’antenne, il y a parfois plusieurs jours de préparation.
Il y a les personnes qui écrivent les textes, imaginent les décors, préparent les interviews, recherchent les archives, organisent les répétitions, coiffent et maquillent les invités, règlent les lumières, installent les microphones, déplacent les caméras, enregistrent les voix, montent les images et créent les génériques.
Vous connaissez le nom du présentateur.
Mais connaissez-vous le nom de la personne qui a écrit son texte ?
De celle qui a réglé sa lumière ?
De celui qui a monté la séquence ?
De celle qui a composé la musique ?
De celui qui a construit le décor ?
Ils ont pourtant travaillé eux aussi.
—
Vous avez regardé les séries belges
Vous vous souvenez peut-être de Faux Contact, série humoristique créée par Manu Thoreau, Charlie Dupont et Benoît Forget, diffusée entre 1997 et 2000.
Cette courte émission devenue culte a demandé une écriture, une réalisation, des prises de vues, du son, du montage, des accessoires et une production, même lorsque quelques minutes seulement arrivaient à l’écran.
Vous avez peut-être suivi Septième Ciel Belgique, avec Stéphanie Van Vyve, Gudule, Nicole Shirer, Antoine Vandenberghe, Yvan Tjolle, Maud Van Wind, Robert Guilmard, Yannick Renier, Anne Marev, Térence Rion, Christophe Vienne, Anaël Snoek, Gauthier de Fauconval, Camille de Leu et Mehdi Dehbi.
Même le générique de la série était interprété par Maurane.
Vous avez peut-être regardé Melting Pot Café, cette série tournée dans les Marolles, écrite par Jean-Luc Goossens et réalisée par Jean-Marc Vervoort.
Vous y avez vu Stéphane Bissot, Fabrice Murgia, Tsilla Chelton, Patrick Spadrille, Laurent Van Wetter, André Simon, Fabrice Boutique, Maryvonne Michel, Raphaëlle Lubansu, Marie Simons, Yves Degen, Carole Weyers, Griet Desutter, Mourade Zeguendi, Kis’Keya, Jeremy Bertrand de Gassard et Salvatore Adamo.
Vous avez vu le café, les clients, la rue Haute, les conflits, l’humour et les épisodes.
Mais derrière ces dix-huit épisodes, il y avait également Jean-Luc Goossens à l’écriture, Jean-Marc Vervoort à la réalisation et à la direction artistique, Catherine Burniaux à la production, ainsi que les assistants, les équipes de décoration, de costumes, de maquillage, de coiffure, de régie, de lumière, de son, de montage et de postproduction.
La série a reçu en 2007 un prix pour sa contribution artistique au Festival de la fiction télévisée de La Rochelle.
Ces personnes ne sont pas une abstraction.
Elles ont un nom.
Fabrice Boutique en fait partie.
Stéphane Bissot en fait partie.
Patrick Spadrille en fait partie.
Maryvonne Michel en fait partie.
Raphaëlle Lubansu en fait partie.
Mourade Zeguendi en fait partie.
Et autour d’eux, des dizaines d’autres personnes ont rendu cette série possible.
Vous avez peut-être regardé À tort ou à raison, Esprits de famille, Typique, Euh, La Trêve, Ennemi public, Unité 42, La Théorie du Y, Champion, Lucas etc., La Forêt, Coyotes, Invisible, Pandore, Baraki, Des gens bien, Trentenaires, 1985, Alter Ego, Zone blanche, Les Rivières pourpres, Sophie Cross ou d’autres séries produites, coproduites ou tournées en Belgique.
Certaines ont été produites après 2014.
Mais beaucoup de leurs interprètes, scénaristes, réalisateurs et techniciens avaient commencé leur carrière bien avant 2014.
C’est précisément le sujet.
Une carrière artistique ne commence pas le jour où le grand public découvre un visage.
Avant le rôle connu, il y a souvent quinze ans de petits rôles, de théâtre, de courts métrages, de doublages, de publicités, de lectures, d’ateliers, de répétitions et de contrats de quelques jours.
Quand La Trêve est arrivée sur les écrans, vous avez découvert ou retrouvé Yoann Blanc, Guillaume Kerbusch, Jasmina Douieb, Jean-Henri Compère, Sophie Breyer, Sophie Maréchal, Lara Hubinont, Tom Audenaert, Fabrice Adde, Anne Coesens, Catherine Salée, Sam Louwyck, Aurélien Caeyman et Anne-Cécile Vandalem.
La série a été créée et écrite par Benjamin d’Aoust, Stéphane Bergmans et Matthieu Donck, réalisée par Matthieu Donck et mise en musique par Éloi Ragot.
Quand vous regardiez l’enquête, vous regardiez aussi le résultat du travail d’une équipe de production, de scénaristes, de décorateurs, de régisseurs, de techniciens, de monteurs, de compositeurs et de dizaines de professionnels.
Quand vous avez regardé Ennemi public, vous avez vu Stéphanie Blanchoud, Clément Manuel, Angelo Bison, Philippe Jeusette et Jean-Jacques Rausin.
Mais la série a aussi été créée par Antoine Bours, Fred Castadot, Gilles de Voghel, Matthieu Frances et Christopher Yates, produite par Playtime Films et Entre Chien et Loup, avec une musique de Daniel Capelletti.
Ces génériques sont des listes de travailleurs.
Pas des listes de privilégiés.
—
Vous avez applaudi les comédiennes et les comédiens belges
Vous avez peut-être reconnu au cinéma, à la télévision ou au théâtre :
Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, Bouli Lanners, Cécile de France, Émilie Dequenne, Lubna Azabal, Natacha Régnier, Déborah François, Virginie Efira, Anne Coesens, Catherine Salée, Stéphanie Blanchoud, Erika Sainte, Christelle Cornil, Marie Kremer, Pauline Étienne, Lucie Debay, Astrid Whettnall, Anne-Pascale Clairembourg, Veerle Baetens, Barbara Sarafian, Els Dottermans, Émilie Maréchal, Jasmina Douieb, Sophie Breyer, Sophie Maréchal, Lara Hubinont, Carole Weyers, Raphaëlle Lubansu, Stéphanie Van Vyve, Karin Clercq, Marie-Paule Kumps, Laurence Bibot, Virginie Hocq, Nathalie Uffner, Gudule, Nicole Shirer, Micheline Hardy, Isabelle Defossé, Catherine Decrolier, Catherine Demaiffe, Catherine Grosjean, Sandrine Blancke, Hélène Theunissen, Nathalie Laroche, Edwige Baily, Monia Douieb, Carole Karemera, Babetida Sadjo, Rachel Mwanza, Martha Canga Antonio, Léone François, Camille Voglaire, Anaël Snoek, Marie Bos, Jo Deseure, Marijke Pinoy, Natacha Amal, Armelle, Isabelle de Hertogh, Muriel Bersy, Sophie Museur, France Bastoen, Valérie Bauchau, Valérie Lemaître, Isabelle Paternotte, Cécile Vangrieken, Marie Lecomte, Élisabeth Wautlet, Manon Hanseeuw, Aurélia Bonta, Véronique Dumont, Chloé Struvay, Élodie Barthels, Charlotte De Bruyne, Anne-Cécile Vandalem, Aïssatou Diop, Souad Amidou, Mounia Raoui, Anne Sylvain, Aurélie Meriel, Ingrid Heiderscheidt, Gaëlle Gillis, Marie-Hélène Remacle, Coralie Vanderlinden, Mélanie Dermont, Bénédicte Chabot, Catherine Mestoussis, Catherine Jacob, Cécile Djunga et tant d’autres.
Vous avez peut-être reconnu :
Jérémie Renier, Olivier Gourmet, Fabrizio Rongione, François Damiens, Charlie Dupont, Jean-Jacques Rausin, Mourade Zeguendi, Yoann Blanc, Guillaume Kerbusch, Jean-Henri Compère, Philippe Grand’Henry, Philippe Jeusette, Angelo Bison, Clément Manuel, Laurent Capelluto, Patrick Descamps, Patrick Ridremont, Éric De Staercke, Bernard Cogniaux, Bruno Bulté, Olivier Leborgne, Nicolas Buysse, Jean-Luc Couchard, Renaud Rutten, François l’Embrouille, Serge Larivière, Michel Israël, Michel Schillaci, Michelangelo Marchese, Achille Ridolfi, David Murgia, Fabrice Murgia, Fabrice Boutique, Fabrice Adde, Stéphane Bissot, Stéphane De Groodt, Stéphane Oertli, Patrick Spadrille, Laurent Van Wetter, Yannick Renier, Michaël Abiteboul, Mathieu Debaty, Grégory Beghin, Alain Bellot, Christian Crahay, Émilien Vekemans, Marouan Iddoub, David Scarpuzza, Mathieu Fonteyn, Boris Prager, Fabio Zenoni, Khalid Benaouisse, Jean-Marc Cuvelier, Jean-Claude Dubiez, Michel Duprez, Xavier Elsen, Olivier Lenel, Laurent Dauvillée, Laurent Renard, Nicolas Tondreau, Julien Rombaux, Vincent Doms, François Doms, Bertrand Daine, Florian Jubin, Térence Rion, Christophe Vienne, Robert Guilmard, Antoine Vandenberghe, Mehdi Dehbi, Tom Audenaert, Sam Louwyck, Aurélien Caeyman, Marc Zinga, Nader Boussandel, Tibo Vandenborre, Gilles De Schryver, Bouli Lanners, Jan Hammenecker, Wim Willaert, Peter Van den Begin, Koen De Bouw, Matthias Schoenaerts, Johan Leysen, Jan Decleir, Kevin Janssens, Jeroen Perceval, Geert Van Rampelberg, Benoît Mariage, Dominique Abel, Bruno Georis, Christian Hecq, Denis Mpunga, Steve Driesen, Alexandre von Sivers, Alain Eloy, Baptiste Sornin, Jean-Benoît Ugeux, Jean-Luc Piraux, Thierry Hellin, Thierry de Coster, Thierry Janssen, Thierry Lefèvre, Riton Liebman, Georges Siatidis, Georges Lini, Michel Kacenelenbogen, Laurent Caron, Bernard Sens, Vincent Lecuyer, Vincent Lécuyer, Jean-Michel Balthazar, Jackie Berroyer, Jean-Paul Dermont, Pierre Gervais, Alexandre Trocki, David Leclercq, Brieuc de Goussencourt et des centaines d’autres.
Tous ne sont pas connus du grand public.
C’est justement le problème.
Le visage que vous reconnaissez dans une série peut avoir passé vingt ans à travailler sans devenir une célébrité.
Il peut avoir joué un policier pendant deux jours, un médecin pendant une semaine, un père dans un court métrage, un voisin dans une série, puis être remonté sur scène dans une salle de quatre-vingts places.
Il a travaillé.
Il a répété.
Il a cotisé.
Son métier ne disparaît pas parce que son nom n’est pas imprimé en haut de l’affiche.
—
Vous avez ri avec la Ligue d’improvisation belge
Depuis les années 1980 et pendant toute la période 1990-2014, la Ligue d’improvisation belge a constitué une immense pépinière de comédiens, d’auteurs, de metteurs en scène et de créateurs.
Vous y avez peut-être vu ou découvert :
Bernard Cogniaux, Éric De Staercke, Marie-Paule Kumps, Bruno Bulté, Gudule, Patrick Ridremont, Laurence Bibot, Virginie Hocq, Olivier Leborgne, Jean-Marc Cuvelier, Jean-Claude Dubiez, Céline Beigbeder, Khalid Benaouisse, Jaï Cassart, Bertrand Daine, Laurent Dauvillée, Evelyne Delfosse, François Doms, Vincent Doms, Marie du Bled, Michel Duprez, Xavier Elsen, Camille Fernandez, Stéfania Gréco, Emmanuelle Happart, Marie-Noëlle Hébrant, Marie-Sylvie Hubot, Florian Jubin, Bérengère Juvent, Julie Lahure, Maud Lefebvre, Sarah Lefèvre, Olivier Lenel, Carole Matagne, Agathe Mortelecq, Sophie Pendeville, Boris Prager, Laurent Renard, Julien Rombaux, Catherine Soetens, Nicolas Tondreau, Élodie Vriamont et Fabio Zenoni.
Cette liste ne représente déjà qu’une partie des générations ayant traversé la patinoire.
La Ligue elle-même rappelle des figures comme Bernard Cogniaux, Éric De Staercke, Patrick Ridremont, Bruno Bulté et Marie-Paule Kumps. Une présentation consacrée à ses trente ans mentionnait également Gudule et Emmanuel Dekoninck.
Les annuaires professionnels actuels recensent encore des dizaines de comédiens autour de la Ligue, mais ils ne constituent pas une archive complète de toutes les distributions depuis 1990.
Chaque match d’improvisation demandait des comédiens, un arbitre, des musiciens, un maître de cérémonie, une équipe technique, une régie, une salle, une billetterie, des personnes chargées des costumes, du son, de la lumière, de la communication et de l’accueil.
Un spectacle improvisé n’est pas un spectacle sans travail.
Improviser ne signifie pas arriver sans préparation.
Cela exige des années de formation, de répétition, d’écoute et de pratique.
—
Vous avez vu leur travail au théâtre
Vous avez peut-être applaudi Laurent Wanson, Philippe Grand’Henry, Marie-Paule Kumps, Bernard Cogniaux, Éric De Staercke, Philippe Jeusette, Jean-Henri Compère, Thierry Hellin, Jean-Luc Piraux, David Murgia, Fabrice Murgia, Anne-Cécile Vandalem, Jasmina Douieb, Georges Lini, Michel Kacenelenbogen, Jean-Michel d’Hoop, Frédéric Dussenne, Lorent Wanson, Raven Ruëll, Armel Roussel, Isabelle Pousseur, Anne Thuot, Claude Schmitz, Françoise Bloch, Martine Wijckaert, Lorraine de Sagazan, Miriam Youssef, Nicolas Luçon, Michaël Delaunoy, Christine Delmotte-Weber, Delphine Noels, Jean-Claude Berutti, Guy Theunissen, Brigitte Baillieux, Mathias Simons, Olivier Coyette, Emmanuel Dekoninck, Alain Cofino Gomez, Dominique Serron, Lorent Wanson, Nathalie Uffner, Ingrid von Wantoch Rekowski, Nicole Mossoux, Patrick Bonté, Michèle Anne De Mey, Jaco Van Dormael, Karine Ponties, José Besprosvany, Pierre Droulers, Frédéric Flamand, Thomas Gunzig, David Van Reybrouck, Jean-Marie Piemme, Paul Emond, Philippe Blasband, Claude Semal, Bruno Coppens, Laurence Vielle, Geneviève Damas, Isabelle Wéry et tant d’autres.
Vous les avez vus dans les créations et les salles du Théâtre National Wallonie-Bruxelles, du Théâtre de Liège, du Théâtre de Namur, du Théâtre de l’Ancre, du Théâtre Varia, du Théâtre de Poche, du Théâtre Le Public, du Rideau, du Théâtre Royal du Parc, du Théâtre Royal des Galeries, des Tanneurs, de La Balsamine, de l’Océan Nord, du Théâtre de la Vie, du Marni, de l’Atelier 210, du 140, des Riches-Claires, des Martyrs, du Boson, du KVS, du Kaaitheater, des Brigittines, du Manège de Mons, du Forum de Liège, du Théâtre de la Place, de La Bellone, du Théâtre de la Toison d’Or, du Théâtre de la Valette, du Théâtre de la Guimbarde, du Théâtre de la Galafronie, de Charleroi danse, de La Monnaie et de centaines de centres culturels.
Vous avez peut-être vu Rwanda 94, Mission, Discours à la nation, Mistero Buffo, Blockbuster, Sabordage, Nourrir l’humanité, c’est un métier, La Convivialité, Cold Blood, Kiss & Cry, Laïka, Fritland, Une cérémonie, Rumeur et petits jours, Le Signal du promeneur, Tristesses, Arctique, La Reprise, Décris-ravage, L.U.C.A., Moutoufs, Is There Life on Mars?, Est-ce qu’on ne pourrait pas s’aimer un peu ?, À table, Tout au bord, Orage sur un dictionnaire ou d’innombrables adaptations de Molière, Shakespeare, Tchekhov, Brecht, Racine, Feydeau, Ibsen, Beckett, Pinter et des auteurs belges contemporains.
Marie-Paule Kumps, par exemple, est sortie de l’Institut des arts de diffusion en 1984. Elle a joué sur les scènes belges, participé à la Ligue d’improvisation, travaillé pour Bla-Bla, écrit des pièces, assuré des mises en scène et enseigné l’art dramatique.
Bernard Cogniaux est comédien, auteur, metteur en scène et professeur d’art dramatique. Il a joué aux côtés de plusieurs générations de la Ligue et a coécrit plusieurs œuvres avec Marie-Paule Kumps.
Voilà ce qu’est une carrière artistique.
Pas une ligne droite.
Une mosaïque de contrats, de créations, de cours, de répétitions, de rôles, de mises en scène et de périodes d’attente.
—
Vous avez vu leurs films
Vous avez peut-être découvert le cinéma belge avec Toto le héros, C’est arrivé près de chez vous, Daens, La Promesse, Le Huitième Jour, Farinelli, Ma vie en rose, Rosetta, Camping Cosmos, Manneken Pis, Les Convoyeurs attendent, Une liaison pornographique, Le Mur, Le Roi danse, Le Fils, L’Enfant, Le Silence de Lorna, Le Couperet, Odette Toulemonde, Dikkenek, JCVD, Mr. Nobody, Eldorado, Calvaire, Home, La Raison du plus faible, Ultranova, Cowboy, Le Tango des Rashevski, Nue Propriété, Les Barons, Panique au village, Illégal, Bullhead, À perdre la raison, Deux jours, une nuit, Le Tout Nouveau Testament, La Fille inconnue, Girl, Nos batailles, Tueurs, Le Fidèle, Black, Image, Alabama Monroe, The Broken Circle Breakdown, Grave, Keeper, Parasol, Je suis mort mais j’ai des amis, Les Premiers, les Derniers, Une part d’ombre, Nuestras madres, La Miséricorde de la jungle, Lola vers la mer, Adoration, Le Jeune Ahmed, Ernest et Célestine et Zombillénium.
Mais un film n’est pas uniquement son réalisateur et ses trois interprètes principaux.
Un film, c’est une équipe.
Pour chaque nom inscrit en grand sur l’affiche, des dizaines apparaissent en plus petits caractères dans le générique.
Et d’autres n’apparaissent parfois presque pas.
Un film peut employer des comédiens pour une seule journée.
Il peut engager des figurants pour quelques heures.
Un décorateur peut travailler plusieurs semaines avant le tournage.
Un monteur peut continuer pendant des mois après le départ des comédiens.
Un musicien peut enregistrer une partie entendue pendant vingt secondes.
Un technicien peut travailler sur trente films sans que son visage soit jamais connu.
Ce sont pourtant eux aussi qui ont fait le cinéma belge.
—
Vous avez chanté avec eux
Vous avez peut-être écouté ou applaudi :
Arno, Maurane, Pierre Rapsat, Axelle Red, Vaya Con Dios, Dani Klein, Marie Daulne, Zap Mama, Salvatore Adamo, Toots Thielemans, Philip Catherine, Beverly Jo Scott, BJ Scott, Claude Semal, Marka, La Muerte, Saule, Suarez, Marie Warnant, Karin Clercq, Sttellla, Jean-Luc Fonck, Girls in Hawaii, dEUS, Hooverphonic, K’s Choice, Soulwax, 2ManyDJs, Front 242, The Neon Judgement, Vive la Fête, Ghinzu, Sharko, Venus, Puggy, Hollywood Porn Stars, Ozark Henry, Novastar, Absynthe Minded, Balthazar, Triggerfinger, The Black Box Revelation, Zita Swoon, Millionaire, Das Pop, Admiral Freebee, Intergalactic Lovers, Amatorski, Goose, Mintzkov, Stromae, Selah Sue, Mélanie De Biasio, Loïc Nottet, Mustii, Alice on the Roof, Typh Barrow, Blanche, Angèle, Claire Laffut, Noé Preszow, Pierre de Maere, Mentissa, Rori, Charles, Starflam, Baloji, Damso, Hamza, Shay, Roméo Elvis, Caballero & JeanJass, Scylla, Isha, Frenetik, L’Or du Commun, La Smala, Le 77, Peet, Swing, Primero, Blu Samu, Martha Da’ro, Glauque, Coely, Zwangere Guy, Brihang, Tourist LeMC, Aka Moon, Fabrizio Cassol, Stéphane Galland, Nathalie Loriers, Steve Houben, David Linx, Jef Neve, Brussels Jazz Orchestra, Flat Earth Society, Jaune Toujours, Think of One, Urban Trad, Laïs, Venus, Machiavel, The Scabs, The Kids, Red Zebra, TC Matic, Scorpions, The Pebbles, Wallace Collection, Technotronic, Confetti’s, Rednex, Paradisio, 2 Belgen, The Radios, Clouseau, Gorki, Noordkaap, Kommil Foo, Kadril, Madou, Laïs, K3, Milk Inc., Praga Khan, Lords of Acid, Red Zebra, Channel Zero, Amenra, Brutus et beaucoup d’autres.
Mais lorsqu’Arno chantait, Arno ne travaillait jamais seul.
Autour de lui, il y avait ses musiciens, les personnes qui écrivaient ou arrangeaient les morceaux, les ingénieurs du son, les techniciens lumière, les régisseurs, les équipes de scène, les personnes chargées des instruments, les producteurs, les programmateurs, les photographes, les graphistes, les réalisateurs de clips et les équipes de tournée.
Quand Vaya Con Dios montait sur scène, il n’y avait pas seulement Dani Klein.
Il y avait des musiciens, des choristes, des arrangeurs, des techniciens, une production et toute une infrastructure.
Lorsque Marie Warnant ou Karin Clercq présentaient un album ou un spectacle, elles ne se matérialisaient pas seules sur une scène avec un micro tombé du ciel.
Chaque artiste entraîne autour de lui ou d’elle un écosystème.
Une chanteuse sur scène peut représenter vingt, trente ou cinquante personnes ayant travaillé avant, pendant et après le concert.
—
Vous avez vécu leurs festivals
Vous avez peut-être dansé à Dour, Couleur Café, Les Ardentes, Esperanzah!, Tomorrowland, Rock Werchter, Pukkelpop, Graspop, Les Francofolies de Spa, Les Nuits Botanique, Le Brussels Summer Festival, LaSemo, Ronquières, Les Solidarités, Scène sur Sambre, Roots & Roses, Ward’in Rock, Inc’Rock, Les Gens d’Ere, Fifty Lab, Listen Festival, Horst, Paradise City, Jazz Middelheim, Gent Jazz, Brussels Jazz Weekend, Brosella, Ars Musica, Klarafestival, Festival Musiq’3, Festival de Wallonie, Fête de la Musique, Dranouter, Sfinks, Cactusfestival ou dans des centaines de festivals locaux.
Vous avez peut-être découvert des artistes dans la Rotonde, l’Orangerie, le Witloof Bar ou sous un chapiteau des Nuits Botanique.
Mais un festival n’est pas seulement une affiche.
C’est une ville temporaire.
Ce sont des programmateurs, des artistes, des techniciens, des régisseurs, des monteurs, des électriciens, des ingénieurs du son, des créateurs lumière, des scénographes, des photographes, des graphistes, des vidéastes, des équipes d’accueil, de billetterie, de production, de logistique, de transport et de communication.
Une scène doit être imaginée, transportée, construite, câblée, testée, éclairée, sonorisée, surveillée, démontée et rangée.
Pendant que le public danse pendant une heure, d’autres personnes travaillent depuis six heures du matin.
Certains travaillent encore lorsque le public dort déjà.
—
Vous êtes allés dans leurs musées et leurs expositions
Vous êtes peut-être entrés à BOZAR, au Musée Magritte, aux Musées royaux des Beaux-Arts, au WIELS, à La Centrale, au Botanique, au MIMA, à la Fondation Boghossian, au Musée d’Ixelles, au MACS, au BPS22, au Musée de la Photographie de Charleroi, au Centre de la gravure, à La Boverie, au Musée Félicien Rops, au Grand-Hornu, au S.M.A.K., au Mu.ZEE, au M HKA, au KMSKA, au Musée Hergé ou au Musée de la Bande dessinée.
Vous avez peut-être assisté à Art Brussels, à la BRAFA, à Museum Night Fever, à Europalia, au PhotoBrussels Festival, à la Zinneke Parade, au Tapis de fleurs, à Bright Brussels, au Brussels Gallery Weekend ou à une exposition consacrée à Magritte, Ensor, Delvaux, Alechinsky ou Hergé.
Mais une exposition ne s’accroche pas toute seule.
Il faut des artistes, des commissaires, des scénographes, des restaurateurs, des régisseurs d’œuvres, des graphistes, des éclairagistes, des transporteurs spécialisés, des médiateurs, des traducteurs, des photographes et des techniciens.
Une œuvre suspendue pendant trois mois peut représenter des années de travail.
—
Ils sont extrêmement nombreux
Voilà ce que nous devons comprendre.
Les travailleurs et travailleuses des arts ne forment pas une petite tribu installée dans quelques théâtres bruxellois.
Ils sont partout.
À Bruxelles.
À Liège.
À Charleroi.
À Namur.
À Mons.
À Tournai.
À Verviers.
À Arlon.
À Louvain-la-Neuve.
Dans les grandes institutions et dans les petites salles.
Dans les films primés à Cannes et dans les courts métrages vus par deux cents personnes.
Dans les festivals internationaux et dans les centres culturels communaux.
Dans les théâtres royaux et dans les compagnies sans lieu fixe.
Dans les studios de télévision et dans les spectacles scolaires.
Dans les grands orchestres et dans les groupes qui jouent devant cinquante personnes.
Dans les musées nationaux et dans les petites galeries.
Ils écrivent, jouent, répètent, enseignent, doublent, enregistrent, montent, démontent, créent, réparent, transportent et transmettent.
Certains deviennent célèbres.
La plupart ne le deviennent jamais.
Mais tous participent à la même chaîne de création.
—
La culture n’est pas tombée du ciel
Vous avez aimé Bla-Bla.
Vous avez aimé Faux Contact.
Vous avez aimé Melting Pot Café.
Vous avez aimé La Trêve.
Vous avez aimé Le Grand Cactus.
Vous avez aimé Strip-Tease.
Vous avez ri devant C’est arrivé près de chez vous.
Vous avez été bouleversés par Rosetta.
Vous avez chanté Arno, Maurane, Pierre Rapsat, Axelle Red, Vaya Con Dios ou Stromae.
Vous avez applaudi au Botanique, au Théâtre National, au Théâtre de Liège, au Forum, au Théâtre de Namur, au Public, au Parc ou aux Galeries.
Vous avez dansé à Dour, à Couleur Café, aux Ardentes, aux Francofolies ou aux Nuits Botanique.
Vous avez emmené vos enfants au cinéma, au théâtre, dans une exposition, à un concert ou devant une émission jeunesse.
Tout cela a été fabriqué par des personnes.
Ces personnes ont travaillé pendant que vous regardiez.
Elles ont cotisé pendant que vous applaudissiez.
Elles ont accepté des carrières discontinues parce que leur métier fonctionne par projets, par contrats, par productions et par spectacles.
Aujourd’hui, certaines arrivent à l’âge où elles devraient pouvoir vivre dignement de la pension construite pendant toutes ces années.
Elles ne sont pas toutes célèbres.
Elles ne sont pas toutes riches.
Elles ne sont pas toutes propriétaires.
Elles ne disposent pas toutes d’un deuxième métier stable ou d’une épargne suffisante.
Certaines vivent déjà avec des revenus modestes.
Certaines craignent qu’une modification rétroactive des règles ne réduise fortement la reconnaissance de leurs années de carrière.
Ce ne sont pas des chiffres dans un tableau.
Ce sont les personnes qui ont fabriqué vos souvenirs.
—
Regardez les génériques
Regardez le générique de Melting Pot Café.
Regardez celui de La Trêve.
Regardez celui de Rosetta.
Regardez celui de C’est arrivé près de chez vous.
Regardez celui d’une émission de la RTBF.
Regardez celui d’un concert enregistré au Botanique.
Regardez le programme d’une pièce de théâtre.
Regardez l’affiche technique d’un festival.
Lisez les noms jusqu’au bout.
Vous découvrirez alors que la culture n’est pas constituée de dix célébrités.
Elle est constituée de milliers de carrières.
Derrière chaque nom, il y a une personne.
Derrière chaque personne, il y a des années de formation et de travail.
Derrière chaque carrière, il y a des contrats, des cachets, des répétitions, des tournages, des spectacles et des cotisations.
Derrière chaque réforme, il y a des conséquences humaines.
On peut voter une loi en quelques heures.
Mais on ne peut pas effacer en quelques heures trente ou quarante années de travail.
Sans eux, beaucoup de nos souvenirs n’existeraient pas.
Sans eux, nos écrans seraient noirs.
Nos scènes seraient vides.
Nos festivals seraient silencieux.
Nos musées seraient des murs nus.
Et nos vies seraient beaucoup moins vivantes.
Fabrice Boutique
(NDLR : je ne connais pas le nom des photographes qui ont immortalisé la manif du 15 juillet. Merci de vous signaler si vous reconnaissez vos photos)

Fabrice Boutique. Essai maquillage pour un rôle.
VERSION 2 (par Fabrice Boutique)
(NDLR : comme les scénarios des films, qui sont souvent réécrits plusieurs fois, voici une version remaniée par Fabrice de ce texte. Parce qu’après le travail, il y a encore du travail)
REGARDEZ-LES. VOUS LES CONNAISSEZ. ILS ONT FABRIQUÉ VOS SOUVENIRS.
Je m’appelle Fabrice Boutique.
Je suis acteur et travailleur des arts et apolitique depuis peu.
J’ai travaillé à la télévision, au théâtre et au cinéma, mais aussi dans le chant, les festivals, la radio, le doublage, la danse contemporaine, la mise en scène, la création d’événements et la création de happenings.
J’ai notamment créé des freezings, ces instants suspendus où l’art surgissait dans la rue, au milieu de la vie quotidienne, pour offrir quelques minutes de poésie à des passants qui ne s’y attendaient pas.
Comme beaucoup d’autres artistes, je n’ai jamais exercé un seul métier artistique bien rangé dans une petite case.
J’en ai exercé plusieurs.
Parce que notre métier fonctionne ainsi.
Nous jouons dans une pièce, puis dans un film.
Nous tournons quelques jours pour une série, puis nous faisons du doublage.
Nous chantons, nous dansons, nous écrivons, nous mettons en scène, nous créons un événement, nous animons un atelier ou nous préparons un spectacle qui ne verra peut-être jamais le jour.
Nous passons d’un projet à un autre, d’une équipe à une autre, d’un contrat à un autre.
Nous sommes des milliers à vivre ainsi.
Pas pour devenir célèbres.
Pas pour devenir riches.
Mais pour créer, partager, divertir, questionner et rendre ce monde un peu plus beau, un peu plus doux, un peu plus merveilleux.
Pendant des décennies, nous vous avons fait rire.
Nous vous avons fait rêver.
Nous vous avons fait chanter et danser.
Nous vous avons accompagnés lorsque vous étiez enfants.
Nous avons été présents pendant vos fêtes, vos histoires d’amour, vos dimanches en famille, vos vacances, vos trajets en voiture et vos soirées devant la télévision.
Nous vous avons parfois aidés à traverser des moments de tristesse, de solitude, de maladie, de séparation ou de deuil.
Le temps d’un film, d’une chanson, d’une émission ou d’une pièce, vous avez pu quitter votre quotidien.
Vous avez pu respirer.
Vous avez pu rire alors que vous n’en aviez pas très envie.
Vous avez pu pleurer devant une histoire et, peut-être, vous sentir moins seuls dans la vôtre.
Vous avez pu découvrir d’autres vies, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de penser.
Vous avez pu vous changer les idées.
Vous avez pu changer, tout simplement.
C’est cela aussi, la culture.
Ce n’est pas un supplément décoratif.
Ce n’est pas un petit luxe réservé aux jours heureux.
C’est ce qui nous aide parfois à supporter les jours qui le sont moins.
Et derrière chaque moment que vous avez vécu grâce à une œuvre, il n’y avait jamais une seule personne.
Il y avait une équipe.
Il y avait des confrères, des consœurs, des techniciens et des créateurs.
Selon le projet, nous étions quatre, cinq, trente, cinquante ou plus de cent personnes.
Et ces projets se comptent par dizaines de milliers.
Derrière chaque chanson, chaque film, chaque série, chaque émission de télévision, chaque pièce de théâtre, chaque concert, chaque festival et chaque exposition, il y a des autrices et des auteurs, des compositrices et des compositeurs, des musiciennes et des musiciens, des chanteuses et des chanteurs, des comédiennes et des comédiens, des danseuses et des danseurs, des chorégraphes, des scénaristes, des réalisateurs, des metteurs en scène, des producteurs, des régisseurs, des décorateurs, des costumiers, des maquilleurs, des coiffeurs, des accessoiristes, des machinistes, des éclairagistes, des ingénieurs du son, des perchistes, des cadreurs, des monteurs, des photographes, des graphistes, des constructeurs de décors, des techniciens de scène, des programmateurs, des attachés de presse, des administrateurs, des équipes de production et des dizaines d’autres professionnels.
Derrière un seul nom connu, il y a souvent trente, cinquante ou cent personnes.
La majorité d’entre elles ne sont pas célèbres.
La majorité ne le deviendra jamais.
Mais elles travaillent.
Elles créent.
Elles cotisent.
Et elles ont construit notre mémoire collective.
VOUS AVEZ GRANDI AVEC EUX
Vous étiez peut-être enfant devant Ici Bla-Bla.
Vous vous souvenez de Bla-Bla, de Wilbur Disquedur, de Mamy Nelly, de Clic, de Raton et de la Blamatique.
Derrière cet univers, il y avait notamment Benoît de Leu, Françoise Wibert, Éric De Staercke, Marie-Paule Kumps, Carole Karemera, Maud Lefèvre, Véronique Decroes et Hugues Hausman.
Mais aussi des auteurs, des réalisateurs, des manipulateurs, des décorateurs, des costumiers, des accessoiristes, des cadreurs, des monteurs et des techniciens.
En Flandre, vous avez peut-être grandi avec Samson en Gert, Dag Sinterklaas, Kulderzipken, Tik Tak, Het Liegebeest, Merlina, Postbus X, Interflix, Buiten De Zone ou De Boomhut.
Vous vous souvenez de Samson, de Gert, d’Alberto, du bourgmestre, d’Octaaf, de Marlène et de tous ces personnages qui ont habité les après-midi et les vacances de plusieurs générations.
Derrière eux se trouvaient notamment Gert Verhulst, Danny Verbiest, Koen Crucke, Walter De Donder, Carry Goossens, Walter Baele, Ann Petersen, Barbara De Jonge et bien d’autres interprètes.
Et derrière ces interprètes, encore une fois, toute une équipe.
Les enfants qui regardaient Bla-Bla ou Samson dans les années 1990 ont aujourd’hui trente-cinq, quarante, quarante-cinq ou cinquante ans.
Les personnes qui fabriquaient leur enfance ont aujourd’hui cinquante, soixante ou soixante-cinq ans.
C’est d’elles que nous parlons.
Vous avez peut-être regardé Bon week-end, Copie conforme, Génies en herbe, La Télé infernale, Le Jeu des dictionnaires, La Semaine infernale, Les Enfants de chœur, Signé Taloche, C’est du belge, Strip-Tease, Tout ça ne nous rendra pas le Congo, Le Jardin extraordinaire, Une brique dans le ventre, Le Beau Vélo de RAVeL, Sans chichis, 69 minutes sans chichis, Questions à la Une, Mise au point, Télévie, Pour la gloire, Dix qu’on aime, Place Royale, I comme, Images à l’appui, Septante et un, Le Grand Cactus ou The Voice Belgique.
Vous avez peut-être aussi regardé De Drie Wijzen, Morgen Maandag, Schalkse Ruiters, Alles Kan Beter, Het Peulengaleis, De XII Werken van Vanoudenhoven, De Mol, Man bijt hond, De Slimste Mens ter Wereld, De Laatste Show, De Pappenheimers, Zonde van de Zendtijd ou Mag Ik U Kussen?
Vous connaissiez les visages à l’écran.
Mais connaissiez-vous les personnes qui écrivaient leurs textes, construisaient leurs décors, réglaient leurs lumières, créaient leurs costumes, enregistraient leur son et montaient leurs images ?
Elles travaillaient elles aussi.
VOUS AVEZ REGARDÉ LEURS SÉRIES
Vous avez peut-être ri devant Faux Contact, créé par Manu Thoreau, Charlie Dupont et Benoît Forget.
Vous avez peut-être suivi Septième Ciel Belgique, avec Stéphanie Van Vyve, Gudule, Nicole Shirer, Antoine Vandenberghe, Robert Guilmard, Yannick Renier, Anaël Snoek et Mehdi Dehbi.
Vous avez peut-être regardé Melting Pot Café, avec Stéphane Bissot, Fabrice Murgia, Tsilla Chelton, Patrick Spadrille, Laurent Van Wetter, André Simon, Fabrice Boutique, Maryvonne Michel, Raphaëlle Lubansu, Marie Simons, Carole Weyers, Mourade Zeguendi et Salvatore Adamo.
Autour de nous travaillaient Jean-Luc Goossens à l’écriture, Jean-Marc Vervoort à la réalisation, Catherine Burniaux à la production et toute une équipe de tournage.
Nous étions les visages que vous voyiez.
Mais nous n’étions pas seuls.
Une série n’existe pas uniquement grâce à ceux qui apparaissent à l’écran.
Elle existe grâce à toutes les personnes dont les noms défilent parfois si vite dans le générique que personne n’a le temps de les lire.
Vous avez peut-être regardé À tort ou à raison, Esprits de famille, Typique, Euh, La Trêve, Ennemi public, Unité 42, La Théorie du Y, Champion, Lucas etc., La Forêt, Coyotes, Invisible, Pandore, Baraki, Des gens bien, Trentenaires ou 1985.
Certaines de ces séries ont été produites après 2014.
Mais une grande partie de leurs comédiens, auteurs, réalisateurs et techniciens avaient commencé leur carrière bien avant cette date.
Une carrière artistique ne commence pas le jour où le public reconnaît enfin votre visage.
Avant un rôle important, il y a souvent dix ou quinze années de théâtre, de petits rôles, de courts métrages, de doublages, de lectures, de répétitions, de publicités et de contrats de quelques jours.
Dans La Trêve, vous avez retrouvé ou découvert Yoann Blanc, Guillaume Kerbusch, Jasmina Douieb, Jean-Henri Compère, Sophie Breyer, Sophie Maréchal, Lara Hubinont, Fabrice Adde, Catherine Salée, Anne Coesens, Aurélien Caeyman et bien d’autres.
En Flandre, vous avez grandi ou vécu avec F.C. De Kampioenen, Thuis, Familie, Flikken, Witse, Heterdaad, Windkracht 10, Recht op Recht, Spoed, Zone Stad, Aspe, Vermist, Code 37, Matroesjka’s, Terug naar Oosterdonk, Het Eiland, In de Gloria, De Parelvissers, Van Vlees en Bloed, De Ronde, Quiz Me Quick, Clan, Salamander, Eigen Kweek, Safety First et tant d’autres séries.
Vous y avez vu Jan Decleir, Chris Lomme, Jo De Meyere, Gilda De Bal, Els Dottermans, Sien Eggers, Wim Opbrouck, Frank Focketyn, Tom Van Dyck, Peter Van den Begin, Bruno Vanden Broecke, Lucas Van den Eynde, Tania Van der Sanden, An Miller, Koen De Graeve, Koen De Bouw, Warre Borgmans, Gene Bervoets, Dirk Roofthooft, Dirk Van Dijck, Vic De Wachter, Carry Goossens, Jaak Van Assche, Marijn Devalck, Johny Voners, Ann Tuts, Loes Van den Heuvel, Herman Verbruggen, Mark Tijsmans, Ludo Hellinx, Andrea Croonenberghs, Hubert Damen, Daan Hugaert, Inge Paulussen, Tom Audenaert, Wouter Hendrickx, Bert Haelvoet, Johan Heldenbergh, Valentijn Dhaenens, Natali Broods, Sara De Bosschere, Veerle Baetens, Barbara Sarafian et beaucoup d’autres.
Dans chaque épisode, il y avait des comédiens devant la caméra.
Mais aussi des auteurs, des réalisateurs, des assistants, des responsables de casting, des régisseurs, des costumiers, des décorateurs, des maquilleurs, des techniciens, des cadreurs, des monteurs et des équipes de production.
Un générique n’est pas une décoration.
C’est une liste de personnes qui ont travaillé.
VOUS LES AVEZ APPLAUDIS AU THÉÂTRE
Vous avez peut-être vu travailler :
Marie-Paule Kumps, Bernard Cogniaux, Éric De Staercke, Philippe Grand’Henry, Laurent Wanson, Jean-Henri Compère, Philippe Jeusette, Thierry Hellin, Jean-Luc Piraux, Patrick Ridremont, Laurence Bibot, Virginie Hocq, Bruno Bulté, Olivier Leborgne, Nathalie Uffner, Jasmina Douieb, Anne-Cécile Vandalem, David Murgia, Fabrice Murgia, Fabrice Boutique, Michel Kacenelenbogen, Georges Lini, Jean-Michel d’Hoop, Frédéric Dussenne, Isabelle Pousseur, Françoise Bloch, Martine Wijckaert, Jean-Marie Piemme, Philippe Blasband, Thomas Gunzig, Laurence Vielle, Geneviève Damas et Isabelle Wéry.
Vous avez peut-être également applaudi Jan Decleir, Chris Lomme, Jo De Meyere, Gilda De Bal, Sien Eggers, Els Dottermans, Katelijne Damen, Viviane De Muynck, Frieda Pittoors, Tania Van der Sanden, Mieke De Groote, Sara De Roo, Natali Broods, Wine Dierickx, An Miller, Maaike Neuville, Ruth Becquart, Veerle Baetens, Barbara Sarafian, Reinhilde Decleir, Wim Opbrouck, Frank Focketyn, Bruno Vanden Broecke, Peter Van den Begin, Lucas Van den Eynde, Tom Van Dyck, Koen De Graeve, Johan Heldenbergh, Josse De Pauw, Dirk Roofthooft, Warre Borgmans, Gene Bervoets, Tom Dewispelaere, Wouter Hendrickx, Bert Haelvoet, Sam Louwyck, Tom Audenaert, Titus De Voogdt, Jan Hammenecker, Damiaan De Schrijver et tant d’autres.
Vous avez peut-être fréquenté le Théâtre National, le Théâtre de Liège, le Théâtre de Namur, le Théâtre de l’Ancre, le Varia, le Théâtre de Poche, Le Public, le Rideau, le Parc, les Galeries, les Tanneurs, La Balsamine, l’Océan Nord, le Marni, l’Atelier 210, le 140, les Riches-Claires, les Martyrs, le Théâtre de la Vie, le Forum de Liège, le Manège de Mons, le Théâtre de la Toison d’Or ou La Monnaie.
Vous avez peut-être aussi fréquenté la KVS, NTGent, Toneelhuis, deSingel, Vooruit, Kaaitheater, Arenberg, Bourla, Theater Antigone, Het Paleis, Bronks, Monty, Campo, STUK, De Kopergietery, Malpertuis, Zuidpool, Het Gevolg, Laika, Ultima Vez, Rosas, Needcompany, tg STAN, De Roovers, Olympique Dramatique, Compagnie De Koe ou Het Nieuwstedelijk.
Vous avez peut-être vu Rwanda 94, Mission, Discours à la nation, Mistero Buffo, Blockbuster, Nourrir l’humanité, c’est un métier, La Convivialité, Kiss & Cry, Cold Blood, Laïka, Fritland, Rumeur et petits jours, Le Signal du promeneur, Tristesses, Arctique, Décris-ravage, L.U.C.A., Moutoufs ou Est-ce qu’on ne pourrait pas s’aimer un peu ?
Le rideau ne se levait pas tout seul.
Derrière les interprètes se trouvaient des metteurs en scène, des scénographes, des dramaturges, des régisseurs, des costumiers, des créateurs lumière, des ingénieurs du son, des machinistes, des administrateurs de compagnie et des techniciens.
VOUS AVEZ RI AVEC LA LIGUE D’IMPRO ET LES HUMORISTES
La Ligue d’improvisation belge a été une pépinière extraordinaire.
Vous avez pu y voir ou y découvrir Bernard Cogniaux, Éric De Staercke, Marie-Paule Kumps, Bruno Bulté, Gudule, Patrick Ridremont, Laurence Bibot, Virginie Hocq, Olivier Leborgne, Nathalie Uffner, Nicolas Buysse, Emmanuel Dekoninck, Jean-Marc Cuvelier, Jean-Claude Dubiez, Laurent Dauvillée, Michel Duprez, Xavier Elsen, Boris Prager, Laurent Renard, Julien Rombaux, Nicolas Tondreau et Fabio Zenoni, parmi tant d’autres.
Improviser ne signifie pas arriver sans travail.
Cela demande des années de formation, de pratique, d’écoute, de répétition et de maîtrise.
Un match exige aussi des musiciens, un arbitre, un maître de cérémonie, une régie, une équipe technique, une billetterie et une salle.
Vous avez peut-être aussi ri avec François Pirette, les Frères Taloche, Marc Herman, Bruno Coppens, Zidani, Alex Vizorek, Guillermo Guiz, Kody, Virginie Hocq, Laurence Bibot, François Damiens, Renaud Rutten, Jean-Luc Couchard, Jérôme de Warzée, Cécile Djunga, Nawell Madani, Pablo Andres, PE, Manon Lepomme ou Fanny Ruwet.
Et en Flandre avec Urbanus, Geert Hoste, Jacques Vermeire, Kamagurka, Herr Seele, Wim Helsen, Wouter Deprez, Alex Agnew, Philippe Geubels, Gunter Lamoot, Henk Rijckaert, Raf Coppens, Michael Van Peel, Xander De Rycke, Nigel Williams, Begijn Le Bleu, Thomas Smith, Bert Gabriëls, Els De Schepper, Nele Bauwens, Han Coucke, Jeroen Leenders ou William Boeva.
Même lorsqu’une personne semble seule sur scène, elle ne l’est pas.
Quelqu’un a écrit, conseillé, produit, programmé, transporté, éclairé et sonorisé le spectacle.
VOUS AVEZ VU LEURS FILMS
Vous avez ri, pleuré ou réfléchi devant :
Toto le héros, C’est arrivé près de chez vous, Daens, La Promesse, Le Huitième Jour, Farinelli, Ma vie en rose, Rosetta, Camping Cosmos, Manneken Pis, Les Convoyeurs attendent, Une liaison pornographique, Le Fils, L’Enfant, Le Silence de Lorna, Le Couperet, Odette Toulemonde, Dikkenek, JCVD, Mr. Nobody, Eldorado, Calvaire, Home, La Raison du plus faible, Les Barons, Panique au village, Illégal, Bullhead, À perdre la raison, Deux jours, une nuit, Le Tout Nouveau Testament, La Fille inconnue, Girl, Nos batailles, Tueurs, Le Fidèle, Black, Alabama Monroe, Grave, Je suis mort mais j’ai des amis, Les Premiers, les Derniers, Le Jeune Ahmed, Ernest et Célestine et tant d’autres.
Vous avez aussi vu Koko Flanel, Ad Fundum, Rosie, Tout doit disparaître, Pauline et Paulette, La Mémoire du tueur, Steve + Sky, Any Way the Wind Blows, Confituur, Ben X, Loft, Moscou, Belgique, Dossier K., Adem, Hasta la vista, Marina, Le Verdict, Belgica, D’Ardennen et La Merditude des choses, réalisé par Felix Van Groeningen, avec notamment Koen De Graeve, Johan Heldenbergh, Valentijn Dhaenens, Wouter Hendrickx, Gilda De Bal, Bert Haelvoet, Natali Broods et Sara De Bosschere.
Vous avez reconnu Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, Bouli Lanners, Cécile de France, Émilie Dequenne, Lubna Azabal, Natacha Régnier, Déborah François, Virginie Efira, Anne Coesens, Catherine Salée, Stéphanie Blanchoud, Erika Sainte, Christelle Cornil, Marie Kremer, Pauline Étienne, Lucie Debay, Astrid Whettnall, Anne-Pascale Clairembourg, Jérémie Renier, Olivier Gourmet, Fabrizio Rongione, François Damiens, Charlie Dupont, Laurent Capelluto, Mourade Zeguendi, Yoann Blanc, Guillaume Kerbusch, Jean-Henri Compère, Philippe Grand’Henry, Jean-Jacques Rausin, Angelo Bison, Patrick Ridremont, Serge Larivière, Jean-Luc Couchard, Renaud Rutten, Achille Ridolfi, Marc Zinga, David Murgia, Fabrice Murgia, Fabrice Boutique, Fabrice Adde et Benoît Mariage.
Vous avez aussi reconnu Jan Decleir, Koen De Bouw, Matthias Schoenaerts, Veerle Baetens, Johan Heldenbergh, Koen De Graeve, Peter Van den Begin, Wim Willaert, Sam Louwyck, Tom Audenaert, Jeroen Perceval, Gene Bervoets, Dirk Roofthooft, Filip Peeters, Kevin Janssens, Geert Van Rampelberg, Wouter Hendrickx, Bert Haelvoet, Valentijn Dhaenens, Natali Broods, Sara De Roo, Wine Dierickx, Maaike Neuville, Barbara Sarafian, Els Dottermans, Gilda De Bal, Chris Lomme, Katelijne Damen, Sien Eggers, Charlotte Vandermeersch, Ruth Becquart, Tine Reymer, Sara De Bosschere et tant d’autres.
Certains de ces films ont été sélectionnés ou récompensés à Cannes, aux Oscars, aux Magritte, aux Ensors et dans des festivals internationaux.
Mais le cinéma belge n’existe pas seulement grâce aux acteurs et réalisateurs célèbres.
Pour chaque nom inscrit en grand sur l’affiche, des dizaines d’autres figurent dans le générique : assistants, figurants, chefs opérateurs, décorateurs, costumiers, régisseurs, machinistes, monteurs, musiciens, mixeurs, ingénieurs du son et techniciens.
Un film peut engager un comédien pendant une journée, un décorateur pendant plusieurs semaines et un monteur pendant plusieurs mois.
Tous ont travaillé.
Tous ont participé à l’œuvre.
VOUS AVEZ CHANTÉ AVEC EUX
Vous avez chanté ou dansé sur les chansons de :
Arno, Maurane, Pierre Rapsat, Axelle Red, Vaya Con Dios, Dani Klein, Marie Daulne, Zap Mama, Salvatore Adamo, Toots Thielemans, Philip Catherine, Beverly Jo Scott, Claude Semal, Marka, Saule, Suarez, Marie Warnant, Karin Clercq, Sttellla, Jean-Luc Fonck, dEUS, Hooverphonic, K’s Choice, Soulwax, 2ManyDJs, Front 242, Vive la Fête, Ghinzu, Sharko, Venus, Puggy, Girls in Hawaii, Ozark Henry, Novastar, Absynthe Minded, Balthazar, Triggerfinger, The Black Box Revelation, Zita Swoon, Stromae, Selah Sue, Mélanie De Biasio, Loïc Nottet, Mustii, Alice on the Roof, Typh Barrow, Blanche, Angèle, Claire Laffut, Noé Preszow, Starflam, Baloji, Damso, Hamza, Shay, Roméo Elvis, Caballero & JeanJass, Scylla, Isha, L’Or du Commun, La Smala, Aka Moon, Nathalie Loriers, Steve Houben, Brussels Jazz Orchestra et Urban Trad.
Vous avez peut-être aussi écouté Will Tura, Raymond van het Groenewoud, Johan Verminnen, Wannes Van de Velde, Jan De Wilde, Kris De Bruyne, Willem Vermandere, Urbanus, Clouseau, Gorki, Noordkaap, The Scabs, The Kids, Red Zebra, TC Matic, Technotronic, The Radios, Soulsister, Praga Khan, Lords of Acid, Milk Inc., K3, Laïs, Kadril, Helmut Lotti, Natalia, Milow, Gabriel Rios, Daan, Admiral Freebee, Flip Kowlier, Tourist LeMC, Bart Peeters, Kommil Foo, Yevgueni, De Mens, Brihang, Zwangere Guy, Coely, Bazart, Oscar and the Wolf, Tamino et Charlotte Adigéry.
Mais lorsque vous applaudissiez Arno, il n’était pas seul.
Lorsque vous écoutiez Vaya Con Dios, il n’y avait pas seulement Dani Klein.
Lorsque vous applaudissiez Clouseau, il n’y avait pas seulement Koen et Kris Wauters.
Lorsque Marie Warnant, Karin Clercq, Maurane, Raymond van het Groenewoud, dEUS ou Hooverphonic montaient sur scène, ils ne se matérialisaient pas seuls sous un projecteur.
Autour de chaque chanteur ou chanteuse se trouvent des auteurs, des compositeurs, des musiciens, des choristes, des arrangeurs, des producteurs, des ingénieurs du son, des régisseurs, des techniciens lumière, des roadies, des graphistes, des photographes, des réalisateurs de clips et des équipes de tournée.
Une seule personne sous les projecteurs peut représenter le travail de trente autres personnes.
VOUS AVEZ VÉCU LEURS FESTIVALS
Vous avez dansé à Dour, Couleur Café, aux Ardentes, à Esperanzah!, aux Francofolies de Spa, aux Nuits Botanique, au Brussels Summer Festival, à LaSemo, à Ronquières, aux Solidarités, à Scène sur Sambre, à Roots & Roses, à la Fête de la Musique, au Festival de Wallonie, au BIFFF, au FIFF de Namur, à Anima ou à Chassepierre.
Vous êtes peut-être allés à Rock Werchter, Pukkelpop, Tomorrowland, Graspop, Marktrock, Suikerrock, Dranouter, Cactusfestival, Gent Jazz, Jazz Middelheim, Sfinks, Laundry Day, I Love Techno, Groezrock, Lokerse Feesten, Maanrock, Genk on Stage, Boomtown, aux Gentse Feesten, à Theater Aan Zee, au Film Fest Gent, au Festival international du court métrage de Louvain, au Kunstenfestivaldesarts ou au TheaterFestival.
Vous avez découvert des artistes dans la Rotonde, l’Orangerie ou le Witloof Bar du Botanique.
Mais un festival n’est pas seulement une affiche.
C’est une ville temporaire.
Il faut programmer, transporter, construire, câbler, éclairer, sonoriser, accueillir, filmer, photographier, sécuriser, démonter et ranger.
Pendant que le public danse pendant une heure, certaines équipes travaillent depuis l’aube.
VOUS AVEZ VISITÉ LEURS EXPOSITIONS
Vous êtes peut-être entrés à BOZAR, au Musée Magritte, aux Musées royaux des Beaux-Arts, au WIELS, à La Centrale, au Botanique, au MACS, au BPS22, au Musée de la Photographie de Charleroi, à La Boverie, au Musée Félicien Rops, au Grand-Hornu ou au Musée Hergé.
Vous avez peut-être visité le KMSKA, le M HKA, le S.M.A.K., Mu.ZEE, le Middelheimmuseum, le Museum M, le MAS, le Red Star Line Museum, le Design Museum Gent, le Fotomuseum Antwerpen, le Roger Raveelmuseum, le Museum Dr. Guislain ou Z33.
Vous avez peut-être assisté à Art Brussels, Museum Night Fever, Europalia, PhotoBrussels, la Zinneke Parade ou à une exposition consacrée à Magritte, Ensor, Delvaux, Alechinsky, Raveel ou Hergé.
Mais une exposition ne s’accroche pas toute seule.
Elle mobilise des artistes, des commissaires, des scénographes, des restaurateurs, des régisseurs d’œuvres, des graphistes, des transporteurs, des éclairagistes, des médiateurs et des techniciens.
NOUS NE SOMMES PAS UNE PETITE POIGNÉE DE VEDETTES
Les travailleurs et travailleuses des arts sont partout.
À Bruxelles, Liège, Charleroi, Namur, Mons, Tournai, Verviers, Arlon et Louvain-la-Neuve.
À Anvers, Gand, Bruges, Louvain, Malines, Hasselt, Courtrai et Ostende.
Dans les films primés à Cannes et dans les courts métrages vus par deux cents personnes.
Dans les grands théâtres et dans les petites compagnies sans lieu fixe.
Dans les festivals internationaux et dans les centres culturels communaux.
Dans les studios de télévision, les académies, les salles de concert, les musées, les spectacles scolaires et l’art dans la rue.
Dans un film, nous sommes parfois trente, cinquante ou cent.
Dans une pièce, nous sommes les comédiens visibles, mais aussi toute l’équipe qui permet à la représentation d’exister.
Dans un festival, nous sommes des centaines.
Dans un happening, nous ne sommes parfois que quatre ou cinq.
Multipliez cela par des dizaines de milliers de créations et de projets.
Vous comprendrez alors que nous ne parlons pas d’une poignée de vedettes.
Nous parlons de dizaines de milliers de personnes.
Certains deviennent célèbres.
La plupart ne le deviennent jamais.
Mais leur travail reste du travail.
Le visage que vous reconnaissez dans une série peut avoir passé vingt ans à interpréter de petits rôles, jouer dans des salles de quatre-vingts places, doubler des personnages, animer des ateliers et enchaîner des contrats de quelques jours.
Une personne peut être acteur, chanteur, danseur, metteur en scène, doubleur, créateur d’événements et animateur radio au cours d’une seule carrière.
Sa carrière ne cesse pas d’exister parce que son nom n’est pas écrit en haut de l’affiche.
LA CULTURE N’EST PAS TOMBÉE DU CIEL
Vous avez aimé Bla-Bla et Samson en Gert.
Vous avez aimé Faux Contact et Buiten De Zone.
Vous avez aimé Melting Pot Café et Het Eiland.
Vous avez aimé La Trêve, Flikken, Witse, De Parelvissers ou Van Vlees en Bloed.
Vous avez aimé Le Grand Cactus, Strip-Tease, In de Gloria et Alles Kan Beter.
Vous avez ri devant C’est arrivé près de chez vous.
Vous avez été bouleversés par Rosetta, Daens, La Merditude des choses, Bullhead ou The Broken Circle Breakdown.
Vous avez chanté Arno, Maurane, Pierre Rapsat, Axelle Red, Vaya Con Dios, Clouseau, Gorki, dEUS, Hooverphonic et Stromae.
Vous avez applaudi au Botanique, au Théâtre National, au Théâtre de Liège, au Forum, au Public, au Parc, aux Galeries, à la KVS, au NTGent, au Toneelhuis, à Vooruit ou à deSingel.
Vous avez dansé à Dour, à Couleur Café, à Rock Werchter, à Pukkelpop, à Tomorrowland, aux Ardentes, aux Francofolies ou aux Nuits Botanique.
Vous avez traversé des moments difficiles avec une chanson dans les oreilles.
Vous avez oublié vos soucis pendant une heure et demie dans une salle de cinéma.
Vous avez emmené vos enfants voir un spectacle.
Vous avez partagé un film avec vos parents.
Vous avez pleuré devant un personnage qui ressemblait un peu à quelqu’un que vous aviez perdu.
Vous avez ri alors que votre journée avait été mauvaise.
Vous avez rêvé d’une autre vie.
Tout cela a été fabriqué par des personnes.
Ces personnes ont travaillé pendant que vous regardiez.
Elles ont cotisé pendant que vous applaudissiez.
Elles ont accepté des carrières discontinues parce que leur métier fonctionne par projets, contrats, productions et spectacles.
Aujourd’hui, certaines arrivent à l’âge où elles devraient pouvoir compter sur les droits qu’elles pensent avoir constitués pendant trente ou quarante années de travail et de cotisations.
Elles ne sont pas toutes célèbres.
Elles ne sont pas toutes riches.
Certaines vivent déjà avec des revenus modestes et irréguliers.
Et certaines craignent aujourd’hui que de nouvelles règles réduisent brutalement la reconnaissance de leur carrière et le montant de leur future pension.
Nous avons cotisé selon les règles qui existaient.
Nous avons organisé nos vies et nos carrières selon ces règles.
Et aujourd’hui, nous avons le sentiment que l’on nous retire, au moment d’arriver au terme de notre carrière, une partie de ce que nous avions construit par notre travail et nos cotisations.
C’est cela qui nous paraît profondément étrange.
Et profondément injuste.
Ce ne sont pas seulement des chiffres dans un tableau.
Ce sont les personnes qui ont fabriqué vos souvenirs.
Regardez les génériques jusqu’au bout.
Regardez celui de Melting Pot Café.
Regardez celui de La Trêve.
Regardez celui de Het Eiland.
Regardez celui de Witse.
Regardez celui de Rosetta.
Regardez celui de La Merditude des choses.
Regardez celui de C’est arrivé près de chez vous.
Regardez le programme d’une pièce, d’un concert, d’un spectacle de danse, d’une exposition ou d’un festival.
Regardez les noms.
Lisez-les.
Vous comprendrez que la culture n’est pas constituée de dix célébrités.
Elle est constituée de milliers de carrières.
Derrière chaque nom, il y a une personne.
Derrière chaque personne, il y a des années de formation et de travail.
Derrière chaque carrière, il y a des contrats, des cachets, des répétitions, des tournages, des représentations et des cotisations.
Une loi peut être votée en quelques heures.
Mais elle ne devrait pas pouvoir effacer trente ou quarante années de travail.
Nous ne demandons pas que vous connaissiez chacun de nos noms.
Nous vous demandons simplement de comprendre ce qu’ils représentent.
Des vies entières consacrées à créer.
Des vies entières consacrées à transmettre.
Des vies entières consacrées à rendre la vôtre, parfois, un peu plus légère.
Sans ces femmes et ces hommes, beaucoup de vos souvenirs n’existeraient pas.
Sans eux, vos écrans seraient noirs.
Vos scènes seraient vides.
Vos festivals seraient silencieux.
Vos musées seraient des murs nus.
Vos rues auraient connu moins de poésie.
Et nos vies à tous seraient beaucoup moins vivantes.
Patrice Boutique


No Comments