24 juin 2026
IL Y A GRATUITÉ ET GRATUITÉ par Bernard Hennebert
Pour entendre l’article de Bernard lu par Jean-Marie Chazeau, clique sur le lien ci-dessous :
Problème complexe : dois-je faire la promotion d’une gratuité muséale mensuelle « pour tous » que je n’apprécie pas du tout – car son horaire discrimine plus de la moitié de la population (travailleurs et étudiants) ?
Je réponds oui. Mais uniquement à la veille des grandes vacances.
Ainsi davantage de mes lecteurs, dont cette population active, pourront l’utiliser le 1er juillet et le 5 août prochains.
Désormais, une dizaine de musées fédéraux belges affichent « entrée libre », chaque premier mercredi du mois… mais uniquement de 13H00 à 17H00.
De 10H00 à 13H00, ils demeurent payants, probablement pour faire faire banquer les groupes d’élèves durant l’année scolaire.
Ainsi, chacun peut découvrir, à Tervueren, les collections du Musée Royal d’Afrique centrale. Les autres institutions pratiquants ce petit avantage sont situées à Bruxelles : le Musée des Sciences Naturelles, le Musée de la Bibliothèque Royale de Belgique (dite KBR), le Musée Royal d’Art et d’Histoire, le Musée Royal de l’Armée, le Musée des Instruments de Musique, le Musée de la Porte de Hal, le Musée Magritte, et le Musée D’Art Ancien.
Le même jour, mais matin et après-midi, vous pouvez aussi (re)découvrir deux autres musées consacrés à deux artistes. Ils sont gratuitement ouverts tous les jours ouvrables du mardi au vendredi de 10H00 à 17H00 ( sauf pendant la pause de midi de 12H00 à 12H45). Il s’agit des maisons où habitaient et travaillaient le sculpteur Constantin Meunier et le peintre Antoine Wiertz (mais la maison de ce dernier est temporairement fermée).
Le Planétarium de l’Observatoire Royal ne pratique pas la gratuité mensuelle.
Vanessa Matz (du parti des Engagés), la ministre qui a en charge les musées fédéraux, n’a pas expliqué pourquoi – bien que le parlementaire François De Smet (DéFI) l’ait interrogée à ce sujet. Cette élue vient de changer les règles du jeu.
Jusqu’au 1er mai 2026, c’était la ou le ministre ayant en charge les musées fédéraux qui décidait de leur tarification.
C’était sans doute un atout pour le public qui pouvait ainsi faire pression directement auprès du politique, par exemple en cas d’augmentation trop importante du ticket, ou de suppression de certaines réductions.
C’est désormais une « Commission de gestion » qui se prononcera en cette matière. Un travail et une responsabilité en moins pour la ministre concernée. Elle regroupe des responsables des diverses institutions concernées avec un représentant de l’Inspection des finances. Mais personne n’y défend les intérêts des visiteurs.
Deux justifications erronées?
Juste avant cette passation de responsabilité, la ministre a imposé à la plupart des musées fédéraux une hausse majuscule de leur tarification. Elle a même quasi surpassé celle osée, fin 2020, par l’un de ses prédécesseurs, Paul Magnette (PS). Nous voilà donc en 2026 avec des augmentations allant de 0% pour le Musée de la KBR à 50% pour les Musées d’Art et d’Histoire, la moyenne des autres s’échelonnant entre 20 et 30%.
Au Parlement, la ministre a tenté de justifier cette augmentation en indiquant que « cette augmentation rejoint à peine les standards belges, si on la compare par exemple à Anvers ». Effectivement, c’est dans cette ville portuaire que se trouve le musée le plus cher en Flandres – celui des Beaux-Arts, le KMSKA. Son ticket est à 20 € – avec peu de réductions et aucune gratuité mensuelle pour tous.
Mais lorsqu’on, compare des prix en Belgique, il me semble élémentaire de le faire avec des chiffres recueillis en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie. À moins que le but soit uniquement de rechercher le plus onéreux – mais alors on ne parle pas de « standards belges ».
Née à Liège en 1973, Vanessa Matz a développé une grande partie de sa carrière à Aywaille. On peut donc supposer qu’elle connait les tarifications des grands musées wallons, dits « des Beaux-Arts » (ou proches) pour pouvoir les comparer à celle du musée anversois. Liège: La Boverie (5 euros). Namur : TREMA, le Musée d’Art Ancien (5 euros). Tournai : Musée des Beaux-Arts (5 euros). Charleroi : Musée des Beaux-Arts (entrée gratuite.). Louvain-la-Neuve : Musée Hergé (12 euros). Le même prix que celui du Musée Magritte de Bruxelles, mais avec un désavantage majeur : il est privé et non subsidié. Il est donc pour le moins erroné que la ministre fasse officiellement croire que l’augmentation de la tarification des musées fédéraux rejoint « à peine » les standards belges. Or c’est l’un des seuls arguments concrets qu’elle tire de son chapeau pour tenter de justifier sa décision d’une aussi importante augmentation.
Enfin, il y a aussi son « Quand on paie le juste prix pour quelque chose que l’on découvre et que l’on admire, on en apprécie aussi la qualité ».
Ne s’agit-il pas là d’une contre-vérité hélas fort répandue dans le milieu culturel, en général prononcée pour tenter de rendre payant ce qui est gratuit ou davantage onéreux ce qui n’est pas assez cher ?
Madame la ministre, pensez-vous que lorsqu’on découvre les milliers d’œuvres connues et de premier plan (Le Titien, Raphaël, Botticelli, De Vinci, Greco, Van der Weyden, Dürer, Hals, Memling, Rembrandt, Rubens, Vermeer, Goya, Ingres, Delacroix, Munch, Poussin, Degas, Gauguin, Rodin, Manet, Pissaro, Sisley, Cézanne, Van Gogh, Picasso, Modigliani, Calder, Hopper, Bourgeois, Lichenstein, Warhol… etc. … et même celles d’un certain Constantin Meunier) dans la National Galley of Art de Washington, on n’en apprécierait pas (ou moins) la qualité, parce que l’accès de ce musée est gratuit pour toutes et tous chaque jour ouvrable…?
Plus de deux tiers de visiteurs en moins
La ministre Matz tente également dans sa communication d’adoucir cette évolution, qui ne favorisera pas la démocratisation de la culture, en agitant le « merveilleux retour » de la mauvaise gratuité d’une demi-journée mensuelle.
Il s’agit bien d’un retour car le « premier mercredi du mois » est né il y a vingt-neuf ans (puis interrompu assez discrètement par certains, pendant la pandémie. Et jusqu’au mois de mai dernier…).
Autrefois, tous les musées fédéraux étaient gratuits pour tout le monde tous leurs jours ouvrables. C’est le 28 janvier 1997 que le ministre de la Politique Scientifique Yvan Ylieff (PS) leur impose une entrée quotidienne payante et fixe celle-ci plein tarif à 150 FB pour, officiellement, permettre aux institutions muséales fédérales d’élargir leurs sources de financement… En fait, à mon avis, pour pouvoir juste recruter du personnel responsable des caisses. En effet, deux mois plus tard, les langues commencent à se délier.
Le 29 mars 1997, La Libre publie, sur trois colonnes, à l’occasion d’une rétrospective Paul Delvaux, un article qui pose « un coup d’œil incisif sur les nouveaux usages en vigueur dans la prestigieuse institution de la rue de la Régence ».
Un responsable du musée y confirme de façon anonyme : « C’est une volonté politique qui a mis fin à cette gratuité (quotidienne) à laquelle nous étions attachés. Nous savions que nous devrions tôt ou tard nous incliner mais nous freinions des quatre fers. D’autre part, nous n’entendions point voir diminuer notre dotation. Mais rien n’y fait. Nous avons été obligé d’introduire l’entrée payante, sans que nous soient alloués des surveillants supplémentaires. Et nous avons, dans la foulée, subi une diminution de la dotation de l’ordre de sept millions de FB par année. Quand nous affichions un million de visiteurs annuels, les yeux de nos politiciens clignotaient. Nous regrettons cette décision pour le public belge et les familles qui nous visitaient volontiers le dimanche. Pour ceux qui, le midi, s’offraient une salle et se retrouvaient ensuite à la cafétéria. C’étaient des amateurs que nous aimions accueillir ».
Les critiques de cette évolution vont progressivement devenir officielles.
Dans le Trends Tendances du 6 novembre de la même année, Eliane De Wielde, la conservatrice en chef des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), nuance à Sophie Balastre la rentabilité de cette nouvelle entrée payante :
« Il a fallu faire appel à une société privée pour gérer la billetterie et le contrôle, d’où des coûts supplémentaires qui mangent une grande partie des bénéfices induits par le prix d’entrée à 150 FB (soit un ticket pour l’entièreté de la collection : l’Art Ancien et l’Art Moderne dont tous les Magritte). Comme tout étudiant en études économiques l’aurait prévu, cela n’a pas manqué de faire baisser la courbe de fréquentation : moitié moins de visiteurs sont prévus pour les collections permanentes en 1997 ».
La réalité est encore pire que ce que suggèrent les premiers témoignages.
Voici les chiffres officiels de la fréquentation des MRBAB en 1996 (soit la dernière année de la gratuité quotidienne) et ceux de 2001 (ces musées sont alors payants depuis cinq ans) : 953.316 et 306.321 visiteurs.
Il faut être attentif au fait qu’en 1996, le comptage était moins précis car réalisé par un œil électronique qui ne faisait pas la distinction entre visiteurs et membres du personnel. Avec aussi des entrées et sorties plus fréquentes des visiteurs, puisqu’il ne fallait pas (re)payer à chaque passage. Néanmoins, ces chiffres sont officiels et on constate une perte dépassant les deux tiers du public de la période « gratuite ».
La plus mauvaise gratuité mensuelle du monde?
Pour tenter de compenser quelque peu les effets néfastes de cette généralisation de l’entrée payante, les musées fédéraux ont été invités par le ministre Yvan Ylieff à mettre en place une demi-journée de gratuité mensuelle destinée à l’ensemble du public à partir du 3 septembre 1997, chaque premier mercredi du mois de 13H00 à 17H00.
Dans l’entretien que j’ai publié dans Le Ligueur du 12 avril 2003, Hélène Bussers qui succède à Éliane De Wielde s’insurge ainsi contre ce choix : « Pourquoi le mercredi ? Nous avons reçu des consignes de l’administration. La tradition veut que les enfants avaient congé le mercredi après-midi. On a peut-être oublié que les adultes qui travaillent en journée visitent aussi les musées !
Bien entendu, les retraités peuvent venir mais ils ont déjà droit à des réductions. Ce n’est pas un cadeau, le choix de ce jour ! De plus, peu de gens sont au courant de cette gratuité ».
Environ huit ans après la mise en place de cette gratuité du premier mercredi, Thierry Denoël enquête, interroge les « pour » et les « contre » et conclut ainsi par un article fort détaillé publié sur deux pleines pages du Vif daté du 15 juillet 2005 : « La formule du mercredi, destinée à attirer un public plus large, s’avère peu efficace ».
En 2020, l’argument « enfants avec leurs grands-parents » (sous-entendu : les parents travaillent) devient définitivement caduc. C’est cette année-là qu’est créée la gratuité quotidienne pour les jeunes de moins de 16 ans. Mais les musées fédéraux continueront à conserver le jour gratuit (de plus en plus) inadéquat.
Le cabinet de la ministre actuelle a-t-il relevé ce fait ?
Pourquoi remettre à l’honneur une aussi pénible gratuité ? Car, entretemps, et d’ailleurs contre cette gratuité du premier mercredi, s’est développée en Fédération Wallonie Bruxelles, une autre gratuité bien plus utile et attirante – celle de toute la journée du premier dimanche du mois. En 2026, cette rivale ne concerne pas une dizaine mais bien cent soixante musées. Peut-on l’ignorer?
Si les institutions fédérales rejoignaient cette initiative, la pratique des musées en Belgique progresserait sans doute formidablement.
Car, pour beaucoup de citoyens de tous âges, la découverte gratuite d’un musée peut donner l’envie de reproduire un tel plaisir le reste de leur vie, et même s’il faut acheter ses tickets.
La responsabilité du fédéral est grande car il n’a pas pris le temps jusqu’à présent d’ouvrir un débat public contradictoire autour de cette question.
En outre, depuis 1997, jamais le public n’a été informé de façon détaillée des résultats de cette gratuité fédérale le premier mercredi du mois.
Quel pourcentage de visiteurs en plus, dans chacun des musées concernés par rapport aux autres mercredis du même mois?
Ce type d’enquête a été réalisé pour la gratuité du premier dimanche et ses résultats sont par contre favorables.
Si le débat avait lieu
Au Parlement, la ministre Vanessa Matz n’a pas répondu bien concrètement à la question de François De Smet (DéFI) : pourquoi n’avait-elle pas plutôt instauré la gratuité du premier dimanche au niveau fédéral « ce qui aurait favorisé davantage de visibilité ». Pourquoi ne pas mener un débat contradictoire à ce sujet ? Il reste du temps avant la fin de l’actuelle législature.
Ce débat est d’autant plus important à mener à Bruxelles, puis que le musée KANAL sera inauguré le 28 novembre prochain. Or sa direction n’a toujours pas pris en compte une pétition lancée par l’association La Ligue des Usagers Culturels jour exiger un jour de gratuité par mois. Elle a pourtant déjà recueilli plus de 1.700 signatures. (1)
Voici mes cinq apports personnels à ce débat si la ministre Matz souhaitait le mettre en place.
1. Le public qui fréquente nos musée fédéraux semble adorer les gratuités pendant le temps de loisirs de la population active.
Le dimanche 7 décembre 2003, les MRBAB ont organisé une journée gratuite « portes ouvertes » pour présenter l’ouverture de nouvelles salles. Elle a attiré plus de 10.000 visiteurs.
Treize ans plus tard, le dimanche 27 novembre 2016, ils remettent cela pour fêter leurs 215 ans et c’est un nouveau succès de foule avec 6.852 entrées.
Enfin, il y a un troisième résultat positif en fréquentation pour une expérience peu coûteuse lors de la Fête nationale du 21 juillet 2004 : l’opération « Les musées fédéraux pour 1 € ». Elle attira 13.677 personnes.
Vient l’éternelle réaction de type « avocat du diable ». Pratiquer ainsi serait contreproductif car une foule trop nombreuse découragerait les visites de type contemplatives. Depuis la crise du Covid, une telle objection n’est plus pertinente, car les visiteurs se sont habitués à annoncer leurs visites et à s’inscrire dans des tranches horaires. Si cette façon de faire s’applique aux journées de gratuité, ce problème trouvera une solution.
2. Dans l’actuelle majorité fédérale au pouvoir il y a les socialistes flamands. La ministre actuelle pourra peut-être y trouver des alliés?
Le Soir du 16 décembre 2004 relate une manifestation ludique qui s’est tenue sous la neige sur les marches de l’entrée des MRBAB à Bruxelles : « Père Noël s’investit dans la culture. Vous avez peut-être aperçu, ce mercredi midi, une quarantaine de personnes affublées de bonnets rouges distribuer tracts (bilingues) et petits remontants aux passants frigorifiés. Ces militants étaient venus soutenir la proposition de résolution de la députée SP.A Magda de Meyer d’ouvrir gratuitement les musées fédéraux, chaque premier dimanche du mois ».
Des comptes-rendus analogues sont publiés à la même date dans deux quotidiens flamands : De Morgen et Het Laatste Nieuws.
Le tract distribué ce jour-là est signé par le SP.A (nom du parti socialiste flamand à cette époque).
Il propose en néerlandais et en français un texte qui garde toute son actualité vingt-deux ans plus tard :
« Nous avons de splendides musées en Belgique… mais trop peu d’habitants les visitent. Le prix peut constituer un frein pour une partie importante de la population. Tout le monde devrait avoir accès à notre riche patrimoine. C’est pour cela que la députée Madga de Meyer revendique la gratuité de nos musées, chaque premier dimanche du mois. À l’étranger (en France et en Angleterre), différentes expériences prouvent qu’ainsi, un nouveau public trouve le chemin des musées. Actuellement, nos musées fédéraux sont déjà gratuits, chaque premier mercredi du mois après 13H, mais presque personne ne le sait. Pareil horaire est discriminatoire pour les personnes qui travaillent ».
Hélas, aucune suite concrète n’a été donnée à ce happening… mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. D’où l’utilité du présent rappel.
3. Le débat sur une gratuité culturelle pour tous est certes complexe.
Certains veulent qu’on applique la gratuité, mais uniquement pour des catégories de personnes défavorisées. D’autres considèrent que cet avantage, dans certains cas, doit concerner tous les citoyens.
Si la culture est essentielle, comme beaucoup l’affirmaient lors du confinement et après celui-ci, n’est-il pas dès lors normal que de telles gratuités pour tous rejoignent celles qui existent, ici et là, pour l’école ou les transports en commun?
4. Vient enfin le débat sur le coût, ou le manque à gagner, plus important sans doute si le Fédéral préférait la gratuité du premier dimanche à celle du premier mercredi. Mais il existe d’autres moyens de compenser le « coût » de la gratuité.
Diverses expériences prouvent en effet que des institutions culturelles qui remplacent leur tarification d’entrée au profit d’un don facultatif à la sortie peuvent y trouver intérêt sur le long terme. Le Musée d’Art et d’Histoire de Genève (MAH) pratique ainsi son «Paie ce qu’il te plaît!» depuis janvier 2022. (2)
La réalité contredit souvent l’idée qu’on ne payera rien si on n’y est pas obligé. Diverses expériences, dont une enquête faite naguère à Gand, démontrent qu’une jolie tirelire explicative placée juste avant la sortie d’un établissement (et pas à l’entrée) peut même rapporter autant, durant la journée de « gratuité » mensuelle, que les entrées récoltées un jour d’accès payant !
Et la somme ainsi récoltée sera probablement plus importante si le visiteur est satisfait de l’accueil qui lui a été fait, ce qui est un plus non négligeable pour le public.
Comme la gratuité mensuelle ne concerne en général que le « fond permanent », certains musées s’y retrouvent aussi économiquement avec une fréquentation plus importante, ce jour-là, de leur exposition temporaire payante.
Enfin, une partie du public qui n’a pas payé d’entrée est prêt à dépenser davantage dans les shops, les bars et les restaurants– si ceux-ci sont accueillants et bien tenus.
5. Au Parlement, dans sa question à la ministre, François De Smet (DéFI) a bien raison d’interroger « sur la politique de communication externe afin de valoriser la nouvelle grille tarifaire et de favoriser la démocratisation et la visibilité de nos institutions muséales et scientifiques fédérale ».
En général, la gratuité du premier mercredi du mois est correctement annoncée sur les sites internet de la dizaine de musées concernés.
Par contre, ce n’est pas le cas à l’accueil de ces Musées, à l’endroit où l’on achète ses tickets. Elle est même généralement omise… alors que c’est la seule gratuité qui touche le public dans son entièreté.
Ce n’est pas anodin. Pour tirer le bilan de la gratuité, on cherche principalement à découvrir si elle a permis d’attirer de nouveaux publics. Or ceux-ci ne viendront que s’ils connaissent son existence. D’où l’importance d’une promotion sans cesse répétée de celle-ci…
Ce n’est pas une vue de l’esprit.
Pour la gratuité du premier dimanche, la direction du Musée de la Photographie de Charleroi, qui donna des dizaines d’interviews au cours de nombreuses années pour s’opposer à celle-ci, fut forcé en 2009 par le «Bureau de conciliation» du Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie Bruxelles de lui fournir « Dans les 15 jours les pièces justifiant sa communication de la gratuité en priorité à l’entrée du Musée et sur son site internet, et, dans des délais raisonnables, sur tous ses supports ». Et pourquoi ? Car « Un défaut d’information existe ».
Actuellement, les MRBAB, rue de la Régence, dans leur hall d’accueil du Musée d’Art Ancien et du Musée Magritte, proposent sur écran une tarification détaillée qui omet également de mentionner la gratuité mensuelle.
C’est un retour en arrière. La gratuité du premier mercredi est donc née le 3 septembre 1997. À l’époque, elle n’était pas indiquée à l’accueil.
Heureusement, plus d’un an plus tard, le mercredi 2 décembre 1998, s’est produit un petit incident auquel le hasard m’a fait assister : quelques minutes après 13H00, la caissière commet l’erreur de faire payer l’entrée à une visiteuse.
J’ai pris quelques photos et j’ai signalé immédiatement son erreur à ce membre du personnel qui m’a remercié et a remboursé l’usagère lésée. Suite à cet incident, dans un courrier qu’elle m’adresse le 15 décembre 1998, la conservatrice en chef Eliane De Wilde, m’indique: « Il est vrai qu’il y a eu, le 2 décembre, un peu de flottement dans la vente des tickets et nous venons d’insister, une fois de plus, pour que les caissières se tiennent strictement au règlement ». Elle y annonce également : « Nous mettrons près du comptoir un panneau signalant la gratuité du premier mercredi après-midi du mois ». Ce qui est particulièrement étonnant… c’est que cette gratuité sera ensuite indiquée en quatre langues sur un panneau rouge de près de deux mètres de haut!
Cette gratuité du « premier mercredi » s’applique également aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles… mais là, il faudra attendre l’automne 2002, soit cinq ans après la création de la gratuité, pour que, suite à mes courriers, Anne Cahen-Delhaye, la Conservatrice en chef, prenne conscience que cet avantage pour le public n’est toujours pas annoncé dans la tarification affichée dans le hall d’entrée de son institution.
Elle m’écrit, le 1er octobre 2002 : « (À cet effet), le grand panneau placé entre les deux vitres des caisses va être rapidement modifié ». Un contrôle, deux mois et demi plus tard, me permet de découvrir qu’il n’en est rien. Recontactée, Mme Cahen-Delhaye m’écrit le 23 décembre 2002 : « (Pour l’annonce de cette gratuité), je m’en occupe personnellement aujourd’hui, pour la faire afficher dès demain ». Cette fois-là sera la bonne.
En 2026, on semble avoir complètement oublié ces deux conquêtes et on est retourné au silence généralisé de 1997 à 2002.
Cette sous-information du public ne se limite d’ailleurs pas aux tarifications incomplètes proposées aux accueils des musées.
Depuis sa naissance à Bruxelles en juin 2009, le célèbre Musée Magritte pratique aussi la gratuité d’une demi-journée, chaque premier mercredi du mois.
Cet élément n’est pourtant pas indiqué dans les luxueux et prolixes dépliants (la place n’y manque pourtant pas pour mentionner une phrase en ce sens).
Après plusieurs interpellations de ma part depuis le 1er juillet 2009, Christophe Hardy, le chef de cabinet de Sabine Laruelle (MR), la ministre ayant en charge les musées fédéraux, me laisse entendre le 9 octobre 2009 qu’il faudra « attendre encore un certain temps » pour voir cette omission réparée : « Concrètement, les services du musée m’ont assuré que l’insertion de la mention dans le dépliant sera prévue, lors de la réimpression. La date précise de celle-ci n’est pas connue et dépend de l’écoulement du stock de dépliants actuel (500.000 exemplaires) ». Autant d’exemplaires! Quelle légèreté, quel irrespect des usagers.
Il est évident qu’avec un peu de bonne volonté, cette dizaine de musées fédéraux publieraient un mini flyer peu onéreux avec leurs adresses respectives qu’ils offriraient à la sortie de leurs établissements’ pour donner envie à leurs visiteurs d’un « premier mercredi » de recommencer l’expérience le mois suivant, dans un des autres musées concernés. Cela n’a jamais été fait.
À l’inverse de ce qui passe depuis une vingtaine d’années avec l’autre gratuité pour tous, celle du « premier dimanche ».
Bernard Hennebert
(1) https://www.change.org/p/ygoldstein-kanal-brussels-kanal-pour-1-jour-gratuit-chaque-mois
(2) https://la-luc.blogspot.com/search?q=Genève


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