04 septembre 2026
LA CHASSE AU COLIS ALIMENTAIRE par Bernadette Schaeck
Avoir un fil à la patte ? Serait-ce une septième condition d’octroi du Revenu d’intégration – non légale – qui s’ajoute aux six conditions légales ?
C’est ce qui me vient en tête en pensant à la réalité vécue par plusieurs d’entre vous qui m’ont contactée cette semaine à propos des problèmes rencontrés avec “leur” CPAS.
– Visites à domicile à l’improviste. Avec ou sans avis de passage. Des avis de passage qui vous demandent, par exemple, de réagir dans les 24 heures par téléphone, alors qu’il est impossible de joindre ce numéro. Ne pas y réagir est assimilé à une non-résidence à l’adresse (une des 6 conditions d’octroi) et donc un motif de refus ou de retrait.
– Un CPAS qui “innove” en envoyant un médecin contrôle à domicile (ce n’est pas du tout prévu par la loi) et qui exige une réaction dans les 2 heures suite à cette visite, sous la menace d’être considéré comme “apte au travail”. Et donc ne prend pas en compte les certificats d’inaptitude du médecin traitant ou de spécialistes. Deux CPAS qui imposent, pour accorder ou maintenir un revenu d’intégration, à une personne sans abri, de “pointer” quotidiennement dans leurs locaux.
– Voilà quelque temps, un autre CPAS avait imposé un pointage deux fois par jour (!), à des heures communiquées la veille. Dans une commune très étendue avec très peu de transports en commun.
Combien de chômeurs et chômeuses en fin de droit suite à la réforme Arizona sont-ils/elles victimes de ces pratiques ? Sans doute beaucoup plus qu’on ne pourrait le penser. Et ils nous disent qu’ils morflent !
Les délais d’examen des demandes de RI (NDLR : revenu d’insertion des CPAS) et d’aides sociales ne sont plus respectés ?
Pour rappel, ces délais sont actuellement de : 1 mois pour la prise de décision, 8 jours pour la notifier, et encore 1 semaine pour payer.
Suite à la réforme du chômage et l’augmentation du nombre de demandeurs dans les CPAS, ces délais sont de moins en moins respectés.
Ils ne l’étaient déjà plus beaucoup dans beaucoup de CPAS auparavant.
Le gouvernement Arizona ne le savait pas ? Bien sûr que si.
A tel point que dans l’accord de gouvernement, on trouve cette petite phrase :
” Les délais pour l’octroi d’un revenu d’intégration sont flexibles en tenant compte des besoins spécifiques des demandes.” Le gouvernement n’a pas (encore) concrétisé cette mesure. La petite phrase est suivie de ceci : ” Les possibilités de sanction, de suspension et de retrait dans les contextes de mauvaise foi sont renforcées “.
Mauvaise foi du demandeur, évidemment, pas des CPAS qui ne respecteraient pas les délais. Les délais légaux actuels d’examen des demandes sont déjà très longs. Les personnes se trouvent souvent dans des situations extrêmement difficiles.
L’Arizona le sait, et il veut rendre la vie des demandeurs encore plus difficile.
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61 ans. Une carrière professionnelle plutôt bien remplie. En dépit de quoi, il est exclu des allocations de chômage à partir du 1er juillet.
Le CPAS n’a pas encore pris de décision d’octroi. Il ignore quand ce sera le cas (et ce n’est pas le CPAS d’Anderlecht, mais un CPAS wallon qui n’est pas parmi les plus surchargés). Il n’a plus de quoi manger. Il ne sait pas payer le loyer depuis deux mois (début août et début septembre) ni toutes les factures.
Il a demandé un colis alimentaire à son CPAS et un accès à l’épicerie sociale.
L’accès est réservé à ceux qui sont bénéficiaires du RI. Combien de milliers de personnes sont actuellement dans une situation similaire ?
Je ne sais que lui proposer de s’adresser à trois associations qui délivrent des colis alimentaires dont je lui transmets le lien.
Sur la première page de deux des trois associations, avant de trouver ce qu’elles peuvent apporter comme aide, apparait un message “Appel aux dons – Aidez-nous”… Il faut chercher (beaucoup) plus bas pour trouver les informations utiles.
Tout un symbole !
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“Il y a autant d’autonomies que d’omelettes “. Cette notion d’autonomie, présente dans tant et tant de projets de loi, d’exposés des motifs, de déclarations de tant et tant de mandataires politiques dans les différents gouvernements (fédéral, communautaire, régional), et de tant et tant de responsables de CPAS. L’objectif à atteindre ? « L’autonomie ! » Un des moyens (supposés) y parvenir ? Le célèbre « PIIS » (projet individualisé d’intégration sociale). Plus on met les pauvres sous tutelle, par exemple par le biais d’un tel PIIS (projet individualisé d’intégration sociale), plus on le fait au nom de leur « autonomie ».
Plus on invoque leur “autonomie”, plus ça signifie « sortir du CPAS et de l’aide sociale ».
La sortie du CPAS étant l’objectif ultime. Son entrée étant, somme toute, quelque part, la dépendance absolue. Je sais tout cela depuis longtemps.
J’ai demandé à plusieurs reprises à des « alliés » de me fournir des analyses critiques au sujet de cette notion « d’autonomie ». Sans (beaucoup) de résultats. J’ai trouvé aujourd’hui la réponse !
Paul Lafargue écrivait en 1881 (« L’autonomie », In L’Égalité , organe du Parti ouvrier français) : « Il y a autant d’autonomies que d’omelettes et de morales : omelette aux confitures, morale religieuse ; omelette aux fines herbes, morale aristocratique ; omelette au lard, morale commerciale ; omelette soufflée, morale radicale ou indépendante, etc… L’autonomie, pas plus que la Liberté, la Justice, n’est un principe éternel, toujours identique à lui-même ; mais un phénomène historiquement variable suivant les milieux où il se manifeste. » Et c’est applicable à tant et tant d’autres notions !
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Tellement désespérant ! Et tellement révélateur ! Elle a été hospitalisée pendant cinq semaines, avec une interruption d’une semaine pour garder sa fille. Elle a eu “la chance” que sa fille soit temporairement prise en charge par ses parents pendant son hospitalisation.
Sauf pendant cette semaine, où elle a quitté l’hôpital pour garder sa fille, ses parents étant dans l’impossibilité de le faire.
Mais elle a eu “la malchance” que ce soit considéré par “son” CPAS comme le fait que son enfant n’était plus à sa charge pendant la période d’hospitalisation.
Le CPAS a donc “rétrogradé” son RI au taux isolé, au lieu du taux cheffe de famille, pour la durée de l’hospitalisation.
Il lui réclame le remboursement de la différence entre le taux cheffe de famille et le taux isolé pendant toute la période de son hospitalisation (en psychiatrie). Elle a pourtant versé une contribution financière à ses parents pour la durée de leur prise en charge de sa fille. Elle en a apporté la preuve au CPAS. Mais quand bien même, b*****!! Il est clair que sa fille est, et est restée à sa charge pendant la période de son hospitalisation.
C’est le genre de situations intolérables pour lesquelles – en dépit de mes récentes hésitations à propos de “à quoi ça sert” que je vous en fasse part sur Facebook – je continuerai à informer. Il faut que ça se sache. C’est la condition nécessaire – mais pas suffisante – pour une mobilisation en défense des usagers des CPAS.
Défense nécessaire depuis toujours, mais tellement plus encore depuis les mesures prises par le gouvernement Arizona.
Bernadette Schaeck de L’Association de Défense des Allocataires Sociaux
www.adasasbl.be
contact : info@adasasbl.be


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