LE CRIME DE L’ARIZONA EXPRESS par Bernadette Schaeck

Prise en compte des revenus des cohabitants débiteurs alimentaires à partir du 1er mars : entre autres saloperies, l’Arizona n’a pas prévu d’immuniser (de ne pas tenir compte) des “revenus” d’une formation professionnelle perçus par le cohabitant. Y compris des formations adaptées pour personnes handicapées. Les 2 euros brut de sa formation – qui ne devraient pas être considérés comme un revenu mais comme un défraiement – seront donc pris en compte pour le calcul du RI de son beau-père !! Déduits de son « RI cohabitant » à lui.
Tant d’autres exemples de cette mesure en montreront concrètement l’extrême violence. Appel aux travailleurs sociaux, aux associations, aux juristes, à transmettre des exemples vécus qui illustreront les conséquences de cette mesure inqualifiable.

Fin de droit aux allocations de chômage : la cata ! Pour cette famille, c’est du jour au lendemain, sans avertissement préalable, des ressources diminuées à peu près de moitié ! La catastrophe intégrale. L’impossibilité de faire face aux charges incompressibles.
Ne parlons même pas de l’impossibilité de vivre “conformément à la dignité humaine” !
Elle bénéficiait des allocations de chômage au taux cheffe de famille. Son fils, porteur de handicap, bénéficiait du RI au taux cohabitant, suite à un jugement du Tribunal du travail. Ce jugement était super bien motivé. Il était totalement justifié.
Elle bénéficiait aussi des allocations familiales pour son fils. Exclue des allocations de chômage, elle bénéficie désormais du RI au taux cohabitant.
Son fils bénéficiera du RI cohabitant moins les Allocations familiales (nouvelle mesure au 1er mars 2026). Au total, les revenus de la famille sont diminués à peu près de moitié. Les mesures Arizona, c’est criminel !

Cette lettre, c’est l’écroulement de notre vie “. Elle a 60 ans et a reçu une lettre de l’ONEM annonçant son exclusion pour le 1er juillet 2026. ” Cette lettre, c’est l’écroulement de notre vie“. Elle vit avec son compagnon qui est en invalidité depuis 2004 suite à un accident de travail. Il a été reconnu inapte définitivement par le médecin du travail. Sa santé est très fragile. Il a un lourd traitement pour cela. Ce n’est que grâce à ses allocations de chômage qu’ils peuvent payer le loyer. ” Si ce revenu disparaît, nous perdons tout”, dit-elle.
On nous dit de nous tourner vers le CPAS, mais parce que mon compagnon touche une petite allocation d’invalidité, on nous répond que nous “dépassons les plafonds”. « Est-il humain de plonger un couple de seniors dans la peur de l’expulsion ? ” dit-elle encore. ” Ma peur est immense, pour notre logement mais surtout pour la santé de mon compagnon qui ne supporte plus cette angoisse. Je demande simplement le droit de finir ma carrière dans la dignité, sans l’ombre d’une expulsion au-dessus de nos têtes.” Elle a envoyé un courrier à Clarinval. Celui-ci s’en moquera sans aucun doute comme de colin-tampon.

La pauvreté aggravée “sauf raison d’équité” ? Cette mesure extrême de l’Arizona de prendre en compte les revenus des grands-parents, petits-enfants, gendres et belles-filles, beaux-parents – en plus de ceux des parents et enfants majeurs, ce qui était déjà le cas depuis 2002 – pour le calcul du RI de ceux qui cohabitent avec eux, est obligatoire pour les CPAS, sauf “raisons d’équité”
Ca signifie que :
– Le CPAS pourra déroger à la prise en compte totale ou partielle des revenus des débiteurs alimentaires cohabitants
– S’il le fait, il devra le motiver.
Il est évident que :
– Ce sera beaucoup plus facile pour un CPAS de prendre en compte les ressources des débiteurs alimentaires sans rien investiguer à propos de la situation concrète de la famille
– Ce sera beaucoup moins important en termes de charge de travail
– Ça permettra aussi d’avoir une charge financière moins importante, puisque prendre en compte les revenus des cohabitants diminuera le montant du RI à octroyer
En laissant aux CPAS la possibilité de déroger à la prise en compte pour raisons d’équité – Van Bossuyt y insiste ! – le gouvernement tente de reporter la responsabilité sur les CPAS.
Se défausse, en quelque sorte. Il va falloir interpeller les CPAS sur l’attitude qu’ils vont adopter. Ils ont potentiellement une grande marge de manoeuvre.
J’apprends – preuves à l’appui – que deux gros CPAS demandent à leurs travailleurs sociaux d’appliquer l’arrêté royal sans tenir compte de cette possibilité d’invoquer des “raisons d’équité”, et sans en informer leurs usagers. De dire à ceux-ci que “c’est comme ça, que c’est la loi”. Un front de conseillers CPAS progressistes devraient monter au créneau :
– Refuser l’application aveugle de cet arrêté royal de régression sociale inouïe
– Le déclarer publiquement
– Combiner cela avec une revendication de refinancement structurel des CPAS dont le remboursement à 100% du revenu d’intégration.
Il faut créer un front du refus à l’intérieur même des CPAS !

Un jour peut-être. Un jour certainement, plutôt. … Un jour, inévitablement !
J’espère que : Dans les manifestations syndicales d’ampleur comme celle d’aujourd’hui.
Dans les déclarations des dirigeants syndicaux. Dans les mobilisations syndicales et “citoyennes”. Il sera fait état des revendications en défense des usagers des CPAS.
Parce que c’est indispensable (depuis toujours). Que ce le sera de toute évidence de plus en plus. Ne fut-ce que parce qu’il est à prévoir qu’il y aura bientôt plus de bénéficiaires du RI que de chômeurs indemnisés. Mais même sans ça…
La défense des uns sert “en cascade” la défense des autres. De tous les exploités.
Des sans-papiers, des demandeurs d’asile, des étrangers, des usagers des CPAS, des chômeurs, des malades, des travailleurs, des pensionnés …
J’essaierai de continuer à défendre (et améliorer) les droits des usagers des CPAS, et de placer cette lutte dans la défense de tous les exploités (par le capitalisme). J’ai besoin – nous avons besoin – pour cela de vous tous et toutes.
Bonne soirée.

Bernadette Schaeck
de l’Association de Défense des Allocataires Sociaux

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