LE PROCÈS DE LA JEUNESSE par Abbas Fahdel

Macron et ses relais médiatiques ont trouvé leur vieille recette pour discréditer toute contestation : réduire la jeunesse qui manifeste à une bande de casseurs décérébrés, accuser LFI de la manipuler et détourner le regard des raisons qui la poussent à descendre dans la rue.
Ce procédé permet d’éviter les questions qui dérangent : pourquoi tant de jeunes n’ont-ils plus confiance dans les institutions ? Pourquoi ont-ils le sentiment que leur avenir leur est confisqué ? Pourquoi se révoltent-ils contre les inégalités, la précarité, le mépris social et un système politique qui semble sourd à leurs aspirations ?

À ces questions, le pouvoir préfère les discours d’ordre. Et certains médias, au lieu d’examiner les causes de la colère, se livrent à une entreprise de disqualification : ils scrutent les vitrines brisées, mais détournent les yeux devant les vies brisées ; ils commentent les images de violence, mais accordent bien moins d’attention aux violences policières, à leurs victimes et aux responsabilités de ceux qui les commandent. Lorsque des images dérangent le récit officiel, le silence, la minimisation ou la mise en doute deviennent des instruments politiques à part entière.

La violence ne se résume pas à ce qui se voit dans la rue. Elle se manifeste dans les rapports de domination, dans les inégalités qui se creusent, dans la précarité imposée et dans le mépris opposé à celles et ceux qui réclament d’être entendus. Cela ne signifie pas que toute dégradation soit légitime, ni que toute action policière soit illégale. Cela signifie qu’aucune analyse honnête ne peut condamner les unes sans examiner les autres.

Quant à l’accusation selon laquelle LFI manipulerait la jeunesse, elle relève d’un aveuglement volontaire : comme si des milliers de jeunes étaient incapables de penser par eux-mêmes, de comprendre leur situation et de se révolter sans recevoir d’ordres d’un parti. Cette manière de parler de la jeunesse est une insulte à son intelligence et à son autonomie. Elle transforme une colère sociale et politique en simple problème de manipulation, dispensant ainsi le pouvoir de répondre au fond.

Le plus inquiétant n’est pas que la jeunesse se révolte. C’est qu’un pouvoir semble davantage préoccupé par la répression de cette révolte que par la compréhension de ses causes. C’est qu’une partie du paysage médiatique contribue à inverser les rôles : les manifestants deviennent les seuls responsables du désordre, tandis que les décisions politiques, les injustices sociales et les violences exercées au nom de l’ordre public disparaissent de l’image. Une démocratie ne se mesure pas à sa capacité à faire taire ceux qui la contestent, mais à sa capacité à entendre ce qu’ils ont à lui dire. La police doit rendre des comptes lorsqu’elle commet des violences, comme toute personne qui enfreint la loi. Le pouvoir doit répondre de ses choix. Et les médias devraient éclairer les conflits, non servir de paravent à ceux qui préfèrent ne pas en regarder les causes.

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En France, le pouvoir prépare le terrain à l’extrême droite en banalisant ses idées, en criminalisant les oppositions, en réprimant les révoltes sociales et en légitimant toujours davantage la violence policière.
Le fascisme ne revient pas nécessairement en bottes : il avance aussi sous couvert d’ordre, de sécurité et de défense de la République. Face à cette dérive, se taire, c’est lui laisser le champ libre. Il est encore temps de résister, de dénoncer et de refuser l’inacceptable.

Abbas Fahdel (sur FB)

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