MON JOURNAL DU LIBAN (XVII) : LORSQU’ON FUIT LES BOMBES… par le cinéaste Abbas Fahdel

Abbas Fahdel, cinéaste franco-irakien, habite avec sa famille à Nabatieh, dans le sud du Liban. Il a dû fuir depuis la guerre et l’invasion israélienne, comme des centaines de milliers d’autres habitants du Liban. C’est un formidable réalisateur, mais également un fin analyste de la situation politique en France et dans le monde. Depuis l’offensive d’Israël au Liban, Abbas publie quotidiennement des informations et des témoignages sur sa page FB. En solidarité avec Abbas et le peuple libanais, je les regroupe ici chaque semaine dans l’Asympto (C.S.).

27 JUIN. Lorsqu’on fuit les bombes, on ne quitte pas seulement une maison. On abandonne tout un monde. En quelques minutes, il faut fermer une porte sans savoir si elle s’ouvrira un jour de nouveau. On laisse derrière soi son quartier, son village, sa ville, ses souvenirs. On abandonne son travail, son commerce, son école, les rues que l’on parcourait chaque matin, les voisins que l’on saluait chaque jour, les amis avec qui l’on partageait une vie ordinaire. Parfois, on laisse aussi derrière soi les animaux que l’on n’a pas pu emmener, sans savoir si l’on aura un jour la chance de les retrouver.
À partir de cet instant, on ne possède plus rien d’autre que ce que l’on a pu emporter dans la précipitation : quelques vêtements, des papiers d’identité, un téléphone portable, parfois même pas cela. Toute une existence se réduit au contenu d’un sac.
On perd aussi quelque chose de plus profond : son identité. On cesse d’être l’habitant d’un village, le commerçant d’une rue, l’instituteur d’une école ou l’enfant d’un quartier. On devient un déplacé, un réfugié. Un nom sur une liste. Une famille parmi tant d’autres, condamnée à chercher un toit pour quelques jours qui deviennent des semaines, puis des mois.

La guerre ne détruit pas seulement les bâtiments ; elle bouleverse les gestes les plus simples de la vie quotidienne. Trouver un logement devient une épreuve. Certains propriétaires profitent du désespoir des familles pour tripler ou quadrupler les loyers. Les plus pauvres n’ont d’autre choix que les tentes dressées sur des terrains vagues, les salles de classe transformées en refuges ou les abris ouverts par quelques municipalités. L’intimité disparaît. Dormir, se laver, cuisiner, s’habiller deviennent des défis quotidiens. La vie est réduite à l’essentiel, et même l’essentiel devient difficile.
Le téléphone devient alors le dernier lien avec la vie d’avant. Les yeux restent rivés sur l’écran, dans l’attente d’une nouvelle, d’une photo, d’un message. On surveille les cartes, les alertes, les annonces de frappes. Dès que le nom de son quartier ou de son village apparaît, le cœur se serre. La maison est-elle encore debout ? Le commerce a-t-il été détruit ? Les quelques voisins restés sur place sont-ils toujours vivants ? Chaque notification peut annoncer la perte définitive d’une partie de sa vie.
Et puis il y a les enfants. Ce sont sans doute leurs questions qui font le plus mal, parce qu’elles sont d’une simplicité désarmante. « Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? » « Est-ce que mes jouets sont toujours là ? » « Est-ce que je retrouverai mon école ? Mes amis ? »
Les adultes cherchent des réponses qu’ils n’ont pas. Ils promettent un retour auquel ils veulent croire eux-mêmes. Ils inventent des certitudes pour protéger leurs enfants, alors qu’ils vivent eux-mêmes dans l’incertitude la plus totale.
Puis, un jour, le cessez-le-feu est annoncé. Comme des milliers d’autres, on reprend aussitôt la route du retour. L’espoir renaît, fragile mais immense. Chaque kilomètre rapproche de la maison, mais aussi de la vérité.

Parfois, par miracle, la maison est encore debout. Les murs ont résisté. La porte tient encore. Pourtant, rien n’est plus comme avant. Tout autour, le paysage familier a disparu sous les gravats. Des rues entières ont été rayées de la carte. Les commerces sont éventrées. Les arbres qui donnaient de l’ombre ont brûlé. Le quartier est toujours là, mais il est devenu méconnaissable. Et surtout, les absents sont partout.
On apprend qu’un voisin a été tué. Qu’un autre a perdu sa femme, son enfant, ou les deux. Que la famille qui habitait au bout de la rue ne reviendra jamais. Chaque maison raconte désormais une absence, chaque immeuble porte le nom de ceux qui n’en franchiront plus jamais la porte. Le quartier existe encore sur une carte, mais il n’est plus celui que l’on a quitté.
La guerre ne s’arrête pas avec le silence des armes. Elle continue longtemps dans les maisons fissurées, dans les familles endeuillées, dans les enfants qui sursautent au moindre bruit, dans les adultes qui tentent de reconstruire une vie au milieu des ruines. Elle habite les souvenirs, les gestes, les silences. Elle accompagne ceux qui ont survécu bien après la fin des bombardements.
Car on peut rebâtir des murs. On peut rouvrir un commerce. On peut réparer une école. On peut même reconstruire une maison. Mais il faut parfois toute une vie pour retrouver ce que la guerre a emporté de plus précieux : la certitude d’appartenir à un lieu, d’y être en sécurité, et cette chose si simple que l’on croyait acquise avant que les bombes ne tombent : le sentiment d’être… chez soi.

24 JUIN. Alors qu’un nouveau cycle de négociations entre Israël et le Liban, sous médiation américaine, se tient actuellement à Washington, les dirigeants israéliens semblent avoir déjà rendu leur verdict : celui du fait accompli et de l’occupation permanente.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ainsi déclaré aujourd’hui qu’Israël ne se retirerait pas de la zone de sécurité qu’il s’est lui-même attribuée dans le sud du Liban. Quelques heures plus tôt, le ministre de la Défense Israel Katz allait encore plus loin, affirmant que l’armée israélienne ne quitterait pas cette zone « même si les États-Unis l’exigeaient ».
Katz a également assuré que les quelque 200 000 Libanais déplacés de cette région « ne reviendront pas ». Une déclaration qui revient à revendiquer publiquement le maintien d’un exil forcé de centaines de milliers de civils, les privant du droit le plus élémentaire : celui de regagner leurs terres, leurs maisons et leurs villages. Alors qu’à Washington on parle de négociations, les responsables israéliens semblent déjà parler le langage de l’annexion de fait et du déplacement durable des populations. Une contradiction qui éclaire la véritable nature des discussions en cours : peut-on sérieusement négocier lorsque l’une des parties proclame à l’avance qu’elle ne quittera pas le territoire qu’elle occupe et que les habitants qui en ont été chassés n’y seront jamais autorisés à revenir ?

24 JUIN : À New York, la séquence politique en cours confirme un basculement profond du paysage démocrate, où les équilibres internes du parti semblent de plus en plus contestés par une nouvelle génération militante. Les récents résultats des primaires illustrent à la fois l’affaiblissement de la direction traditionnelle et la montée en puissance de figures issues des mobilisations sociales et universitaires. Dans ce contexte, la question palestinienne s’est imposée comme un marqueur central de ces dynamiques électorales, structurant des campagnes et cristallisant des engagements qui dépassent désormais le seul cadre local.

23 JUIN : Enfants « ciblés » à Gaza, une commission de l’ONU dénonce la poursuite d’un « génocide ». Dans son rapport, l’organisme mandaté par les Nations unies souligne que le ciblage délibéré des enfants est « l’un des éléments clés permettant d’établir l’intention génocidaire des autorités israéliennes » (Quotidien « Libération »).

22 JUIN. Cette nature a tout vu. Elle a connu les saisons heureuses et les jours de peur, les départs forcés et les retours espérés. Elle a entendu le fracas des bombes et le silence qui leur succède. Pourtant, chaque printemps, elle renaît. Chaque soir, elle offre encore ce ciel immense où le bleu s’abandonne aux teintes du couchant.
Le Sud-Liban porte dans ses collines, ses oliviers, ses pins et ses pierres bien plus qu’un paysage. Il porte une histoire, une mémoire et une âme. Les envahisseurs peuvent détruire des maisons, ravager des champs et laisser derrière eux de profondes cicatrices. Mais ils ne peuvent ni conquérir le ciel ni réduire au silence le chant des arbres lorsque le vent descend des collines.
La beauté de cette terre ne réside pas seulement dans ce que l’on voit. Elle vit aussi dans l’attachement de ceux qui y reviennent toujours, dans la certitude que les villages renaîtront comme renaissent les fleurs après l’hiver.
On peut abîmer la pierre, mais non la mémoire. On peut brûler les champs, mais non les saisons. On peut détruire des maisons, mais non le ciel de ce pays, ni la vie qui s’obstine à y refleurir après chaque guerre.

22 JUIN : Retour dans notre village après des mois d’exil forcé et d’incertitude.
De nombreuses maisons ont été détruites ou gravement endommagées.
La nôtre a été épargnée. Seule une fenêtre a été arrachée par le souffle des explosions qui ont frappé les habitations voisines. Un retour chargé d’émotion, entre soulagement et pensées pour tous ceux qui ont perdu leur maison.

22 JUIN : C’est notre troisième retour au village en l’espace de quatre mois.
Les deux premières fois, nous étions revenus après l’annonce d’un cessez-le-feu qui n’a tenu que quelques heures, nous contraignant à reprendre la route et à abandonner une nouvelle fois ce que nous avions tant attendu de retrouver.
Aujourd’hui, nous revenons encore. Avec l’espoir, bien sûr, mais aussi avec la prudence que donnent les déceptions répétées. J’espère que cette fois-ci nous pourrons rester durablement, ou au moins assez longtemps pour réparer ce qui a été endommagé. Chez nous, les dégâts sont limités : une fenêtre arrachée par le souffle des explosions et quelques tuiles du toit à remplacer. Nous mesurons notre chance lorsque nous regardons autour de nous.
Beaucoup d’habitants du village ne sont pas encore revenus. Soit parce qu’ils savent déjà que leur maison a été complètement détruite, soit parce qu’ils préfèrent attendre, ayant appris à se méfier des cessez-le-feu qui ne tiennent que sur le papier. L’absence de nombreuses familles se lit dans les rues silencieuses, les volets fermés et les maisons désertes.
Pourtant, au milieu de ces blessures, il y a aussi la chaleur des retrouvailles avec les quelques voisins déjà rentrés. Avant même de parler des dégâts ou des mois de déplacement, c’est toujours la même phrase qui revient en premier :
« Hamdellah ala salama » — Dieu merci, vous êtes sains et saufs.
Une phrase simple qui exprime le soulagement d’avoir survécu, la joie de retrouver des visages familiers, mais aussi la pensée pour ceux qui manquent encore à l’appel. Revenir au village, ce n’est pas seulement rentrer dans une maison. C’est retrouver une partie de soi-même. C’est marcher à nouveau sur une terre qui porte nos souvenirs, reconnaître les arbres, les pierres et les chemins familiers.

21 JUIN : Un véhicule blindé israélien abandonné entre Blat et Debbin, au Sud-Liban.
Ce n’est pas seulement un objet militaire devenu hors d’usage. C’est un témoignage silencieux des limites de la puissance armée et une leçon d’histoire gravée dans le paysage.
Jadis symbole de puissance, de technologie et de domination du champ de bataille, il n’est plus qu’une carcasse silencieuse, un amas de métal immobilisé par les combats et le retrait précipité de ceux qui le conduisaient. Cette image rappelle une constante de l’histoire des guerres : aucune armée, aussi puissante soit-elle, n’échappe aux limites imposées par le terrain, la résistance humaine et l’usure des conflits prolongés.
Au Liban, les guerres successives ont laissé derrière elles de nombreux vestiges militaires israéliens. Après l’invasion de 1982, durant les années d’occupation du Sud-Liban, puis lors du retrait de mai 2000, plusieurs positions fortifiées, équipements et véhicules furent abandonnés. La guerre de juillet 2006 a également laissé ses images de blindés endommagés, de chars immobilisés et de matériel militaire abandonné sur le terrain.
Ces épaves racontent une histoire que les communiqués militaires évoquent rarement. Elles rappellent que la supériorité technologique ne garantit pas à elle seule la victoire. Les grandes puissances militaires du XXe siècle ont souvent découvert que la conquête d’un territoire était plus facile que sa domination durable. De l’Algérie à l’Afghanistan, du Vietnam au Sud-Liban, les armées les mieux équipées se sont heurtées à une réalité connue depuis l’Antiquité : la volonté des populations et leur enracinement dans leur terre peuvent mettre en échec des moyens militaires considérables.
L’abandon de véhicules militaires constitue également un symbole. Chaque blindé laissé derrière soi représente l’échec d’une promesse implicite : celle selon laquelle la technologie militaire pourrait résoudre des problèmes essentiellement politiques. Un char, un blindé ou un système d’armes sophistiqué peuvent détruire une position ennemie, mais ils ne peuvent ni imposer une légitimité durable ni effacer l’attachement d’un peuple à sa terre.
Les guerres commencent souvent avec la conviction qu’une démonstration de puissance suffira à imposer une nouvelle réalité. Pourtant, l’histoire montre que les conflits se terminent rarement là où leurs initiateurs l’avaient prévu.
Cette carcasse abandonnée rappelle enfin une vérité plus ancienne que tous les empires : les armées passent, les doctrines changent, mais les montagnes demeurent. Les villages détruits sont reconstruits, les populations déplacées reviennent sur leurs terres, et les peuples continuent de transmettre leur mémoire de génération en génération.

20 JUIN. Selon le bilan publié par le Centre des opérations d’urgence sanitaire du ministère libanais de la Santé publique, les frappes israéliennes menées le 19 juin ont fait 83 morts et 141 blessés.
Par localité :
• Harouf : 10 morts, dont un enfant et trois femmes, et 15 blessés, dont trois femmes.
• Bissariyé : 1 blessée.
• Doueir : 7 morts, dont une fillette et une femme, et 6 blessés, dont un enfant et une femme.
• Reihane : 1 mort et 7 blessés.
• Charqiyé : 7 morts, dont deux femmes, et 2 blessées.
• Abbassiyé : 1 mort.
• Qsseibé : 1 mort et 1 blessé.
• Qatrani : 2 morts et 5 blessés.
• Nabatiyé : 17 morts et 9 blessés, dont deux enfants et une femme.
• Nabatiyé el-Faouqa : 2 blessés.
• Nmairiyé : 2 blessés.
• Ansar : 1 mort et 1 blessé.
• Tebnine : 1 blessé.
• Tefahta : 1 mort.
• Tall el-Abiad (Baalbek) : 3 morts.
• Toul : 1 mort et 5 blessés.
• Touline : 2 morts et 3 blessés.
• Jbaa : 1 enfant blessé.
• Jibchit : 2 morts, dont une femme, et 2 blessés.
• Habbouch : 8 morts et 19 blessés, dont deux enfants et une femme.
• Hay el-Saray : 1 mort et 1 blessée.
• Khartoum : 1 femme tuée.
• Deir ez-Zahrani : 4 morts et 2 blessés.
• Zebdine : 3 morts et 6 blessés, dont un enfant.
• Zefta : 1 blessé de nationalité syrienne.
• Sajd : 2 blessés.
• Choukine : 1 mort et 2 blessés.
• Aabba : 1 blessé.
• Aadchit : 3 blessés, dont 2 de nationalité syrienne.
• Arabsalim : 3 morts, dont un enfant, et 6 blessés, dont quatre femmes et une fillette.
• Aïn Bourdaï (Baalbek) : 9 blessés, dont deux fillettes et une femme.
• Ghassaniyé : 1 mort.
• Qaqaiyat el-Jisr : 6 blessés, dont une fillette et une femme.
• Kfarman : 2 morts et 2 blessés.
• Kfartebnit : 1 blessé.
• Kfarjouz : 8 blessés, dont une femme.
• Kfar Sir : 2 femmes tuées et 9 blessés, dont un enfant et deux femmes.
• Kaouthariyat el-Siyad : 1 mort.

20 JUIN. Le lycée de la Talaïa à Zefta, au Sud-Liban, annonce le décès de son élève Mohammad Mostafa Al-Jarmaki, tué par une frappe israélienne alors qu’il se préparait aux examens officiels.

20 JUIN. Parmi les victimes de la frappe israélienne sur la localité de Sahmar, située dans la Békaa-Ouest au Liban, figurent Batoul Qallaji, son fils Mohammad, ainsi que ses parents Adnane Qallaji et Hiyam Al-Qazwini, tous tués lors de la même attaque.
Une collègue de Batoul lui a rendu hommage, la décrivant comme une femme qui cumulait plusieurs emplois afin de subvenir aux besoins de son jeune fils, qu’elle élevait seule, tout en prenant soin de son père malade et en restant auprès de sa mère âgée, assumant avec constance les responsabilités familiales. Elle la présente comme une femme forte et dévouée, entièrement consacrée à son enfant et à ses parents, jusqu’au moment de sa mort aux côtés des siens.

20 JUIN. Une famille entière anéantie par une frappe israélienne ayant visé la localité de Barich, au Sud-Liban.
Hassan Ismaïl Khalil (le père)
Israa Ali Obeid (la mère)
Leurs deux enfants, Ali et Mohammad

20 JUIN. Jana Ali Hachem, dont le mariage remontait à seulement six mois, a été tuée aujourd’hui avec l’enfant qu’elle portait dans son ventre, lors d’une frappe israélienne ayant visé sa maison à Arab Salim, au Sud-Liban.

20 JUIN. La destruction par l’armée israélienne des villages du Sud-Liban ne fait pas disparaître seulement des bâtiments : elle menace aussi une histoire, une mémoire et un patrimoine transmis de génération en génération. Derrière chaque nom de village détruit se cache un récit que la guerre ne pourra effacer.

19 JUIN. Mona Khalil, figure emblématique de la protection des tortues marines au Sud-Liban, est décédée des suites des blessures subies lors d’une frappe israélienne qui avait visé sa maison de Mansouri, près de Tyr, il y a environ deux semaines. Sa disparition représente une grande perte pour le Liban et pour tous ceux qui se consacrent à la préservation de son patrimoine naturel.
Après avoir quitté le pays pendant la guerre civile, Mona Khalil était revenue au Liban en 1999. Elle s’était installée dans l’ancienne demeure familiale située sur la plage de Mansouri, sur le littoral sud du pays.
Durant les années de guerre civile et d’occupation israélienne, la plage avait été désertée par les habitants. Les tortues marines en avaient profité pour venir y pondre leurs œufs chaque été. En découvrant ce phénomène, Mona Khalil trouva la vocation de sa vie : protéger les tortues et préserver leurs sites de ponte.
Après avoir convaincu la municipalité d’accorder à cette portion du littoral le statut de réserve naturelle, elle consacra son existence à la défense de « ses tortues », aidée par un petit groupe de bénévoles. Son engagement était devenu si connu et respecté que les pêcheurs de la région venaient lui demander conseil lorsqu’ils trouvaient des tortues blessées ou prises dans leurs filets. Mona ne défendait pas seulement un lieu, mais aussi une idée : celle d’un Liban capable de protéger les plus vulnérables au lieu de les abandonner à leur sort. Alors que la guerre était redevenue le quotidien du Sud-Liban, elle n’avait pas quitté sa maison. Elle croyait qu’en tant que civile consacrant sa vie à la protection des tortues, elle ne pouvait être une cible.
Mona Khalil a tenu tête aux atteintes portées au littoral, à la pollution et à la pêche destructrice. Si un missile israélien a mis fin à son combat, son souvenir demeurera vivant dans la mémoire de ceux qu’elle a inspirés et sensibilisés.

19 JUIN. Le père, Mohamed, la mère, Souhad, et leurs trois filles ont été tués à l’aube aujourd’hui lors d’une frappe israélienne dans la localité de Harouf, au Sud-Liban.
Selon le ministère libanais de la Santé, les frappes israéliennes survenues depuis minuit jusqu’en milieu d’après-midi aujourd’hui ont fait 47 morts et 97 blessés, tous civils.

Abbas Fahdel, en direct du Liban

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