S’EXCUSER VRAIMENT par Laurence Dudek *

Les fêtes de familles sont souvent le théâtre de la reviviscence traumatique, des non-dits qui restent en travers de la relation et parfois (même souvent) l’occasion pour les agresseur.es d’en “remettre une couche” sous couvert de bonnes intentions.
Parmi, elles : les excuses.
C’est l’occasion pour moi de faire le point sur ce qui est bienfaisant en matière de réparation de préjudices psychoaffectifs et/ou des maltraitances, en commençant par ce qui ne l’est pas.
Voici une liste de 10 formulations de “fausses excuses” couramment utilisées, qui ne peuvent pas être des réparations, car elles déplacent la responsabilité, minimisent l’impact ou invalident l’expérience de la victime.
« Je suis désolé.e si ça t’a blessé » : remet en doute la réalité du tort causé en minimisant sa crédibilité.
« Je suis désolé.e, mais tu m’as énervé.e » : en communication, un “mais” annule ce qui précède. Et ici on transfère la responsabilité sur la victime.
« Je suis désolé.e que tu l’aies mal pris. » : le problème devient la réaction de la victime, comme si l’acte en lui-même aurait pu être accepté par quelqu’un d’autre.
« Désolé.e, ce n’était pas mon intention. » : l’intention est invoquée pour éviter de reconnaître l’impact réel, comme si dire pardon suffisait.
« Je suis désolé.e, mais tu sais comment je suis. » : Naturalisation du comportement, pas de remise en question et menace implicite de recommencer (insécurité).
« Je m’excuse si j’ai pu dire quelque chose de mal. » : Flou volontaire : pas d’acte reconnu.
« Je suis désolé.e, tout le monde aurait réagi pareil. » Normalisation et dilution de la responsabilité individuelle.
« Je suis désolé.e, mais toi aussi tu as fait des erreurs. » Déviation vers une comparaison ou un reproche réciproque.
« Désolée si tu es trop sensible. » : disqualification émotionnelle de la victime.
« Je n’avais pas le choix, j’ai été obligé.e de, je n’avais pas d’autre alternative »
« Bon, si tu veux, je te demande pardon. Ou pardon là, tu es satisfait.e ? » : excuse contrainte, sans reconnaissance ni engagement. Prémices d’inversion de la responsabilité (ce qui suit est souvent de la culpabilisation de la victime)
Mention spéciale pour celui qui, à la place de demander pardon, répond à sa victime qui lui parle de son traumatisme : “ça ne m’appartient pas, je ne suis pas responsable de ton interprétation” et, le clou du numéro de claquettes “fais toi soigner !”.
Une authentique demande de pardon repose sur trois éléments observables :
– La reconnaissance explicite de l’acte,
– La reconnaissance de l’impact sur la victime,
– L’absence de justification ou de condition.
Dès qu’une excuse contient une condition, une justification, un déplacement de responsabilité ou une minimisation, elle cesse d’en être une.
Voici maintenant une liste de 10 formulations de vraies demandes de pardon, psychoaffectivement valables et qui remplissent les critères énoncés précédemment.
« Je te demande pardon pour… (ce que j’ai dit / fait.) » : l’acte est nommé. Il n’y a pas de flou.
« J’ai eu tort de te parler comme ça. » : reconnaissance explicite de la faute, sans atténuation.
« Je reconnais que mon comportement t’a blessé.e. » l’impact sur l’autre est pris en compte, indépendamment de l’intention.
« Ce que j’ai fait n’était pas juste, ou pas respectueux, ou pas acceptable. » position éthique claire, sans défense.
« Je comprends maintenant en quoi ça t’a fait mal. » : reconnaissance du vécu subjectif de l’autre.
« Je suis responsable de ce qui s’est passé. » : responsabilité assumée, non partagée, non déplacée.
« Je regrette sincèrement mon comportement. » : le regret porte sur l’acte, pas sur ses conséquences sociales.
« J’aurais dû agir autrement. » : reconnaissance d’une possibilité de choix différente.
« Je te demande pardon, sans rien attendre de toi. » : respect de la liberté de l’autre, absence de pression réparatrice.
« Je ferai différemment à l’avenir. » : engagement concret, orienté vers la réparation et la sécurité relationnelle.
Une vraie excuse ne cherche ni à être acceptée, ni à être comprise, ni à être excusée en retour.
Elle sert uniquement à : rétablir la réalité (ce que j’ai fait), reconnaître l’impact (ce que cela a produit chez l’autre), restaurer l’asymétrie juste (celui qui a blessé ne se protège pas).
Pour pardonner, il faut avoir été reconnu.e dans la souffrance ressentie.
Si les gens qui vous ont fait du mal nient votre souffrance en disant que vous exagérez, que “c‘était pas si terrible que ça”, ou que vous l’aviez “mérité” ou “cherché “, ou qu’ils se moquent, ou ne se souviennent pas, et “moi aussi j’en ai pris des coups” et “on n’en est pas morts”, et “ça apprends à vivre“, etc., alors le mal continue à vous ronger, il frappe à votre porte chaque fois qu’une situation de votre vie rappelle à votre mémoire (consciente ou/et inconsciente) les effets passés de ces violences subies. Et tout l’amour que vous ressentez peut en être affecté. L’amour pour eux, pour d’autres personnes, et aussi pour vous-même… et la valeur de la vie ainsi que le goût du bonheur.
Si vous-même avez été victime de violences et que plus personne n’est là pour vous dire qu’ielle regrette, où que les personnes qui vous ont fait du mal continuent de le nier, je vous invite à faire la séance 17 (réparation du cœur dans toutes ses dimensions), pour faire tout ça sans compter sur quelqu’un d’autre (à part sur moi ).
Une version plus longue de cet article sera mise en ligne dans la journée sur la plateforme Soin&Empathie. Rejoignez-moi !
Avec amour et bienveillance

Laurence Dudek (sur FB)

Contact : http://laurencedudek.com/soin-et-empathie/
En savoir plus dans l’Asympto (les deux interviews sont vraiment passionnantes, je le sais, c’est moi qui les ai faites 😉 ) :
https://www.asymptomatique.be/interview-de-laurence-dudek-bienveillante-dans-un-monde-de-brutes/
https://www.asymptomatique.be/interview-de-laurence-dudek-revolution-dans-la-psychopedagogie/

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