STRIP-TEASE LITTÉRAIRE par Éric Rydberg

Pages d’automne-hiver, frissonnantes & babillardes, de Bob Dylan à Roland Topor en passant par Ovide et ses copines, Eurydice, Médée, Rumeur et Arachné. En y entrant, abandonnez tout espoir.

      1. Bob Dylan (né en 1941), The philosophy of Modern Song, 2022, Simon & Schuster, 336 pages, 46,95 euros, impression Bell & Bain Ltd. Un petit cinquante euros, vrai que c’est pas donné, on s’achète 40 kilos de carottes à ce prix-là, ou quelque 36 bouteilles de Westmalle Triple, mais alors, c’est sans photos. Or, on aime rien que pour l’appareil iconographique, clichés noir et blanc, non légendés, tantôt reconnaissables (James Dean, Einstein, Chuck Berry, Fidel Castro, Burton/Taylor dans Who’s afraid), tantôt d’une esthétique “jungle d’asphalte” à la Weegee ou Walker Evans, sans rapport avec le texte qui, en 66 chapitres et autant de vieux tubes qui se sont imprimés comme emblématique dans la mémoire musicale pop’ encyclopédique de l’auteur, Prix Nobel de Littérature comme rappelle discrètement le rabat de jaquette. Signe des temps? L’ouvrage suppose presque chez le lecteur l’accès à Internet lui permettant d’écouter sur YouTube l’échantillon souvent déroutant des préférences dylanesques, sous peine de ne rien y entendre, littéralement. Qui en effet peut spontanément se sentir bercé par les paroles et la mélodie de Beyond the Sea à la simple évocation du titre et du chanteur (Bobby Darin, 1958, remake de La Mer de Charles Trenet)? Exemple parmi d’autres. Car ce qu’en dit Dylan laissera plus d’un sur sa faim: c’est du tapuscrit en roue libre, mêlant anecdotes, propos de bar et l’occasionnelle fusée à trajectoire semi-philosophique. Faut dire que Dylan est un connaisseur incollable de la musique populaire étatsunienne: en témoigne, voix éraillée, son passage en radio façon disc-jockey lunatique, commercialisé en CD (Theme Time Radio Hour, 2009, Sony Music) où il passe de Diamonds are a girl’s best friend (version T Bone Burnett) à Neighbours des Stones et My friend de Howlin’ Wolf. (Édition française chez Fayard, 40€.) Pour qui aime les berceuses on the rocks.
      2. Nicolas Bárdos-Féltoronyi (né en 1935), L’Europe, entre deux puissances!, 2021, éd. Academia, 381 pages, 37 euros, impression Corlet Numérique (Condé-sur-Noireau). Recenser le livre d’un ami gracieusement offert au cours d’une de nos promenades méditatives, voilà qui suppose de se dédoubler portant masques de Janus, mi-admiratif, mi-critique. Comment en outre résumer en quelques lignes cette brique? Fruit d’observations quotidiennes de la Chose géopolitique et de lectures savantes sans nombre: rien que pour cela, le paresseux y trouvera son compte pour, à la manière du digestif offert par la maison, sonder en un clin d’œil ce que pensent, disent et écrivent les grands manitous académiques sur l’Europe (coincée entre), la Russie et les États-Unis – le “grand Sud” (Chine, Inde, Afrique, Amérique latine) brille par son absence dans le panorama, reflet logique, suggéré entre les lignes, de la morgue méprisante dans laquelle il est tenu par le trio de tête. Logique, encore, puisque ce trio est l’objet de l’analyse, modulée sur un “qui-suis-je-où-vais-je”: la Russie est-elle européenne? (incontestablement, démontre notre auteur braudélien), l’Europe est-elle en passe de devenir étatsunienne? (affaire à suivre, laisse-t-il entendre). Essai “polémique”, comme Bardos-Féltoronyi prévient d’emblée, il a pour thèse et espoir que Bruxelles retrouve goût à son génie propre et son autonomie politique, et chemin faisant, soit un peu plus “philo-russe” et un peu moins “philo-américaniste”. Vaste programme! – que le conflit en Ukraine, postérieur à ce livre, risque malheureusement de pousser dans le sens opposé à celui souhaité. D’autant que, faiblesse peut-être de l’analyse, paraît sous-estimé l’étatsunisation des esprits, les peuples européens baignent dedans jusqu’au cou depuis le berceau jusqu’au cercueil, via Hollywood, le globish, Woodstock, McDo & Cie. Autre angle mort: autant en effet la Révolution française peut-elle être considérée comme “l’événement charnière” de (feu-) notre histoire, autant, comparée aux actes constitutionnels fondateurs de l’Europe et des États-Unis célébrant (très abstraitement) leur “peuple”, la version soviétique met sans consensualisme en exergue “les ouvriers et les paysans”, ce qui n’est ni souligné ni une petite révolution. De l’historien Braudel, dont l’auteur souhaite que nous soyons avec lui tous les disciples, retenons ce concept exquis méritant plus que réflexion: la “grammaire des civilisations”. Ah! beau, ça! Et belle invitation de l’auteur, pour causer hégélien, d’examiner notre place dans le monde avec une “exigence de totalisation concrète” (Jacques D’Hondt, 1984).
      3. Henri Guillemin (1903-1992), Émile Zola, sa vie, le sens de son œuvre, 1970, 39ème Cahier du Cercle d’éducation populaire (du PSC), 102 pages, 50 centimes (bouquinerie annuelle Croix-Rouge), Imprimerie Gillis (Bruxelles). Que voilà l’occasion, l’opportunité, la bonne fortune de regarder en face, droit dans les yeux, nos formations politiques, tous partis confondus, dans leur rapport avec la culture. C’est aujourd’hui une virgule avec beaucoup de zéros devant et derrière. Il en allait autrement autrefois comme l’attestent, chez les humanistes engagés chrétiens du PSC, ces Cahiers faisant belle place à la retranscription de conférences de personnalités, tels Charles Bettelheim, Roger Garaudy, François Houtart, Roger Somville ou – ici – Henri Guillemin, sacré bonhomme qu’on a tout intérêt de relire. Dans ce bref tour d’horizon de la vie et de l’œuvre du dreyfusard Zola, “homme craintif” qui ne recula pas devant une condamnation devant les tribunaux pour la cause de la justice: il eût sans doute fait de même pour Julian Assange, aussi seul aujourd’hui que hier. Il fit scandale avec son magistral L’Argent, tant il est vrai, alors comme maintenant, qu’on ne parle pas de cela “en littérature quand on est convenable”. Zola a également, entre autres abondants, écrit sur Lourdes, “un des plus beaux livres sur cette gosse Bernadette”, tout en ne dissimulant pas son “amère certitude” quand au fait que “le christianisme, c’est du rêve”. Guillemin et Zola, pour sûr, s’entendraient sans mot dire.
      4. Isaac Babel (1894-1940), La cavalerie rouge, 1920, éd. L’Âge d’Homme, 1972, 232 pages, 10 euros (bouquinerie Het Ivoren Aapje), impression Presses Jurasiennes (Dole). Il est qualifié d’épopée, ce bouquin, et à juste titre, ça carnage avec autant de divine folie furieuse que les marionnettes de l’Olympe dans l’Iliade, et peut-être avec plus d’inconscience, sur les champs de bataille d’Ukraine contemporains, sauf que là, à près de cent de distance, 1920-2024, un chantre à l’égal de Babel nous fait défaut et, partant, la capacité de voir la réalité guerrière sans préjugés. En l’achetant, un pli cervical se mit au devoir de me suggérer que je l’avais déjà et, de fait, à la rangée H10 de la bibliothèque, se trouvait l’édition nrf Gallimard de 1959 dans la traduction de Maurice Parijanine, lue en janvier 2012, alors qu’ici, elle est de Jacques Catteau. L’une et l’autre se valent, je dirais. J’ai aussitôt vérifié avec la phrase d’anthologie, joyau de la geste soviétique, celle où Babel dit, lisant lors d’un bivouac un discours de Lénine dans la Pravda, qu’il “jubile, épiant dans ma jubilation la courbe secrète de la droite ligne de Lénine.” Je ne connais plus bel hommage à la pensée du grand chef d’État-ouvrier. Chez Parijanine, c’est quasi à l’identique sinon que “secrète” est rendue par “mystérieuse”. Ne me reste qu’à trouver le vocable russe original. Ne reste plus, enfin, qu’à saluer le style. Sur le carnage, tout en terrifiantes allusions: “nous perçûmes le grand silence de la charge au sabre.” Sur le symbolisme chrétien macabre de la crucifixion: ce “dieu d’où sanguinole la semence, poison parfumé qui grise les vierges.” Ou sur cette attaque de cavalerie qui se projette intemporelle telle une “altière phalange qui frappe avec le marteau de l’histoire.” Il est grand, Babel.
      5. Emmanuel Carrère (né en 1957), V13, 2022, éd. P.O.L., 354 pages, 22 euros, impression Normandie Roto (Lonrai). Sur les étals des libraires, il s’en trouve une grosse pile bien mise en évidence. C’est dire. Inutile de faire un petit dessin. Voyez les gens du marketing. Cela dit, ça se lit, ça se lit même très accrocheur, sujet oblige: les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, Bataclan, Stade de France, terrasses de café, 130 morts, dont l’auteur a suivi pour le Nouvel Obs le procès jusqu’au terme, neuf mois de justice-spectacle en tout. Sur le banc des accusés, 14 ploucs dont un seul, Abdeslam, sera lourdement condamné (perpète), pour l’exemple et non pour les faits commis, comme note Carrère: à défaut d’avoir “les vrais criminels sous la main, il paie pour eux.” Les vrais, pour mémoire, se sont fait déchiqueter par charge explosive, arrosant l’entourage d’une pluie de “confetti de chair”, expression qui a dû lui plaire, Carrère, il répète au moins trois fois au fil des pages. Le journalisme, c’est souvent comme ça. La justice, elle, n’en sort pas grandie – jusqu’aux petites arrangements dans le volet dédommagement des victimes: savoir qu’avoir été bêtement psy-cho-lo-gi-que-ment traumatisé, ça ne donne rien, mais accompagné de cauchemars, alors là, on peut tabler sur 30.000 euros. Ce qui n’empêche, Carrère traite son sujet avec empathie, neutralité et minutie clinique, ce qui détonne dans le climat du jour, qu’on sait manichéen, les bons d’un côté, les mauvais de l’autre et “never shal the twain meet”. Foutaises, évidemment. Le goût amer, pour conclure, vient peut-être du spectacle auquel se donne le cortège des victimes, ce besoin de rituel, de prendre le monde à témoin, de voir sa souffrance sanctifiée par l’appareil judiciaire. On a beau dire, là, on n’est pas sorti de l’auberge (théologique).
      6. Pétrarque (1304-1374), Sur sa propre ignorance et celle de beaucoup d’autres, 1368, Rivages poche, 154 pages, 7,70 euros, impression Black Print (Barcelone, lire: de l’euro-délocalisation). La déception du mois. Sous couvert d’une réplique à quelques “amis” jaloux et plutôt crétins (on ne peut que se demander pourquoi il s’embarrassait de les fréquenter), c’est une longue justification de son credo chrétien – dirigée contre les émules d’Aristote. En soi, il y a matière à sourire. Difficile en effet d’imaginer les foules, voire les mandarins des tribunes médiatiques, s’exciter pour ou contre Aristote aujourd’hui. À faire sourire, encore, l’idée que bonheur rimerait avec “foi et immortalité”. Qui croit encore au concept d’immortalité? Mais enfin, cela donne une idée des abîmes qui séparent les siècles. Et lire Pétrarque reste tout de même plus stimulant que, mettons, Le Soir ou The Guardian. Par exemple, cet aveu introspectif sur la vieillesse: “Mon âme donc a vieilli et s’est refroidie.” Il avait alors 67 ans.
      7. Ovide (43 BC à 17 ou 18 AD), Les métamorphoses, 1er siècle de notre ère, éd. Livre de Poche 2021, trad. Marie Cosnay, 507 pages hors notes et glossaire, 8,55 euros, impression Nouvelle Imprimerie Laballery (Clamecy). Cette traduction m’avait été conseillée par une dame à l’aimable chevelure argentée à la librairie Tropismes. Il me faudra en lire d’autres. Le livre lui-même, conseillé par le papa de Menendès (le chien) du féerique encyclopédiste (l’homme) de la bouquinerie Het Ivoren Aapje – mais, tout autant, par le poète mystique suédois Gunnar Ekelöf, qui s’était laissé aller dire que, à lire autre chose que les Anciens, on perd son temps. Et il est vrai que se retrouver en compagnie de Junon/Héra, la légitime du coureur de jupons Jupiter/Zeus, et le cortège des stars du Panthéon, ça donne comme une autre perspective au train-train quotidien: il y a les massacres, bien sûr, les incestes et les infanticides, mais surtout les mythes grandioses, tel celui d’Orphée et d’Eurydice, celui d’Arachné illustrant les risques encourus d’afficher une défiance aux dieux ou celui de Rumeur, la dame qui “mène l’enquête dans le monde entier.” Et c ‘est sans compter, on le voit, avec l’art poétique d’Ovide qui de Médée dit “qu’elle fuit la mort dans un nuage qu’inventent ses poèmes”, de la Victoire qu’elle a “des ailes indécises”, des poncificateurs de bistrots et de panels télévisés dont il méprise “le rauque caquetage, l’horrible besoin de parler.” Ovide, on en reprend, tournée générale!
      8. Ovide (c’est le même), L’art d’aimer, an 1 également, rééd. 1001 nuits 2022, 112 pages, 4 euros, impression Nouvelle Imprimerie Laballery (Clamecy). Esprit facétieux que celui d’Ovide, qui eût mieux fait de baptiser “L’art de la séduction” ce marivaudage libertin pour ne pas dire grivois. Et parfaitement immoral avec ça. Avis aux amateurs: ne pas hésiter à “convoiter toutes les femmes. Il y en aura à peine une sur cent qui te dira non.” Étant entendu – il n’est pas sexiste, Ovide – que les deux sexes raffolent de la culbute, et sont également titillés par les “amours clandestines, si agréables à l’homme, [elles] le sont autant aussi à la femme.” Immoral, on l’a dit, et plutôt irrévérencieux en matière de religion: “Il est bien utile que les dieux existent, et du fait même de cette utilité, croyons à leur existence.” Au confessionnal, je ne pense pas que cela marcherait. On se ferait qualifier de cryptocommuniste.
      9. Hélène Carrère d’Encausse (née en 1929), Alexandra Kollontaï – La Walkyrie de la Révolution, 2021, Fayard, 296 pages, 23 euros, impression CPI Buissière (France). Il y a comme cela, surgis du passé, des êtres humains envoûtants qui font qu’on regrette de ne pas être né cent ans plus tôt. La belle et lumineuse Alexandra Kollontaï (1872-1952) en est, première ministre femme au monde (1917), soviétique, et une des premières femmes à être élevées au rang de diplomate (1924, Oslo, 1930, Stockholm), re-soviétique, ne mettons pas cela sur le compte du hasar. Avec ça, féministe marxiste jusqu’au-boutiste, oratrice redoutable, écrivaine méconnue, amie et contradictrice de Lénine, soldat fidèle, à distance, de Staline. Cette biographie de la doyenne des russologues (80 ans bien sonnés pour ce bouquin) s’ajoutent à quelques autres, dont les mémoires de la combattante rouge soi-même. Ms Carrère d’E. est historienne mais le livre ne s’adresse pas à ceux-là, c’est du vulgarisé grand public, sans notes, sans indications de source, ce qui rend – bourgeoise, prévisible – une tonalité anti-stalienne convenue et caricaturale. Loi du genre. Cela ne rend pas moins attachantes ces pages dédiées à la “Walkyrie de la Révolution” et de l’amour libre (contre la monogamie, elle était). On range soigneusement.
      10. Gustav Caroll (né le: no data), Paradis perdu, forte récompense, 2021, Klincksieck, 165 pages, 17 euros, Imprimerie de la Manufacture (Langres). Découverte que cet auteur dont la quatrième de couverture informe juste, sobrement, qu’il vit à Paris, point à la ligne. Mais quel Paris! Ville des luminosités clair-obscur, emplies de petites bestioles. Si l’on n’y croise ni girafes, ni hippopotame, il en est d’autres qui pullulent. Les fourmis, par exemple. Ou, acrobates, seul mammifère capable d’escalader un poteau métallique lisse, le putois – le bien nommé “polecat” en anglais – mais il faut pour approcher son biotope urbain l’œil perçant et les démangeaisons nocturnes d’un Caroll pour célébrer cet aspect clandestin de la ville. Où grouillent chauve-souris, crapauds accoucheurs, souris gourmandes, sansonnets mélomanes, rats d’égouts, copains interlopes de l’auteur, dont les billets animaliers sont ici délicieusement servis par les estampes de Cécile Combaz. Cela fait deux noms à mémoriser.
      11. Roland Topor (1938-1997), La Véritable Nature de la V!erge Mar!e, 1996, éd. du Rocher, 71 pages, 6 euros, impression Floch (Mayenne). Ah! moment de délassement. Tout en se demandant en passant combien de temps notre Topor a mis pour concocter ces 99 galéjades érotico-blasphématoires sur le côté coquin de l’adoration de la Vierge: moins de temps sans doute que les peintres des époques psychorigides, religieusement parlant, les obligeant à fantasmer sur la Femme, à divers degré dénudée, en lui prêtant le corps de la pure madone. Cela dit, pas de tromperie sur la marchandise , dès la couverture lascive due à Michael Bastow, dès le titre pied-de-nez, dès les quelques regards furtifs lancés sur les crayonnés au sexe m’as-tu-vu, on a compris. Cela donne par exemple ceci, 24e billet: “Chaque fois que le conversation tournait autour de la véritable nature de la Vierge Marie, Léda considérait son cygne avec un regard lourd de suspicion.” Tout est l’avenant, et souvent nettement plus cru. Amusant.
      12. Paul Eluard (1895-1952), Poésie involontaire et poésie intentionnelle, 1942, éd. Seghers, réimpression de 2022, 83 pages, 12 euros, impression Normandie Roto (Lonrai). Paraît qu’Eluard a collationné cette manière d’anthologie pour tuer le temps alors que l’Europe s’occupait plutôt à tuer des gens. Affaire de goût, sans doute, mais ne désespérant pas de tomber sur le dit poétique rare au fil d’une lecture relativement fébrile, ce sera finalement pour refermer le bouquin sur un RAS: rien à signaler. Peut-être en relisant un autre jour. Rien ne presse.

Erik Rydberg

Son blog : https://www.entreleslignes.be/le-cercle/erik-rydberg

Pas de commentaires

Poster un commentaire