CRIME RACISTE DE TRAPPES : LES MOTS QUI TUENT ET CEUX QUI RÉPARENT par Claude Semal

Le vendredi 23 octobre, Kévin Tessier, un français de 39 ans armé d’un pistolet-mitrailleur, et circulant à bord d’un véhicule, a tiré à de nombreuses reprises sur des passants dans les communes de Trappes et La Verrière. Au moins 128 tirs en tout.
Il a tué Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans originaire de République démocratique du Congo (RDC), et en a gravement blessé six autres personnes, d’origine africaine ou maghrébine – dont une jeune fille de 12 ans qui a été touché huit balles.
Il a clairement donné une « explication » raciste et islamophobe à cette tuerie.
Il avait chez lui un exemplaire de « Mein Kampf » d’A. Hitler et 230 autocollants « nationalistes » (notamment « 100% Français, vive la France » et « Soutien aux forces de l’ordre »). Il aurait en outre été soigné depuis plusieurs années pour « schizophrénie ».

Le maire « Génération·s » (1) de Trappes, Ali Rabeh, a dénoncé à de multiples occasions le rôle de l’extrême-droite et des médias « mainstream » dans la diffusion de discours ouvertement racistes – qui créent un certain « climat médiatique » qui peut conduire à de tels drames. Il l’a même fait sur les plateaux TV qui l’avaient invité : « Comment peut-on laisser cette parole raciste prospérer matin midi et soir à la télévision et croire qu’elle n’aura pas d’effets dans la vie réelle ? » (sur BFM-TV).
Le soir même de l’attentat, le chroniqueur Pascal Perri pouvait ainsi encore tranquillement déclarer sur LCI : « Il m’est arrivé d’aller à Trappes… Je crois au passage que j’ai été le seul à payer le bus ». Tous des voleurs, n’est-ce pas ? À tout hasard, si ce commentaire pourri est miraculeusement « véridique » : peut-être parce que tous ceux qui l’utilisent tous les jours sont abonnés ?

La parole raciste est tellement décomplexée, sur ces plateaux TV, que le soir même de l’attentat, BFM-TV voulait inviter, pour la cinquième fois depuis la rentrée… Eric Zemmour, pourtant multi condamné par les tribunaux français pour incitation à la haine raciale ! (2)
Devant les protestations indignées, il a été remplacé in extremis par deux profils assez similaires : Louis Sarkozy et l’élu RN Matthieu Valet.
« Trappes, c’est la ville qui a été caractérisée par le RN comme une petite république islamiste en miniature, c’est la ville qui a été comparée à Kaboul sur une grande antenne de radio. Quand on explique à des esprits fragiles ou paranoïaques que l’ennemi de l’intérieur est là, la suite logique est de voir des mecs s’armer pour y régler leurs comptes et défendre leur fantasme de ce qu’est la France » (Ali Rabeh, interview à Médiapart, 24 oct 2026).

Tout autre chose.
Certains esprits retors accusent aujourd’hui la France Insoumise d’attiser la « violence sociale » – au motif qu’elle voudrait « tout conflictualiser ». C’est un contresens absolu. « Conflictualiser », cela ne signifie pas « jeter de l’huile sur le feu ». Cela, ce sont les pyromanes du gouvernement qui s’en chargent – en restant sourd à toutes les revendications légitimes. Et en n’y répondant que par la matraque.
« Conflictualiser », c’est une stratégie politique qui vise à comprendre les « colères populaires » – celles qui naissent « spontanément » de la misère sociale et des contradictions de la lutte de classes – pour ensuite les transformer en revendications, en alternatives, en projets de lois et en majorité politique.
« Conflictualiser », c’est aussi une façon de reconnaître la force des « affects » en politique (la colère, le ressentiment, la revanche, mais aussi la solidarité et la joie…), non pour s’y vautrer – je parle ici des plus sombres –… mais pour en faire le carburant d’une véritable alternative politique. « Conflictualiser », c’est donc un chemin pour construire un peuple révolutionnaire, organisé et conscient – seul à même de pouvoir collectivement changer ses conditions d’existence. Ce n’est pas faire l’éloge des briseurs de vitrines : c’est nous donner les moyens de construire un avenir ensemble.

Oui, les mots peuvent tuer.
Mais ils peuvent ainsi aussi guérir, construire et réparer.

Claude Semal, le 30 octobre 2026

(1) parti éco-socialiste créé par Benoit Hamont après sa sortie du PS.

(2) https://www.mediapart.fr/journal/france/251026/avant-l-attentat-de-trappes-deux-mois-de-haine-mediatique-en-continu

L’ÉMISSION EN ACCÈS LIBRE DE MEDIAPART:

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