LA DROITE FRANÇAISE EN MODE PANIQUE par Claude Semal

La France est, lentement mais sûrement, en train de basculer en plein délire illibéral.
Les principes fondateurs du droit et de la démocratie sont renversés les uns après les autres, pendant que les médias des milliardaires fabriquent des « vérités » alternatives qui remplacent peu à peu la réalité et les faits eux-mêmes.
Est-ce l’annonce d’un Jean-Luc Mélenchon à 20% qui rend fous la droite et les appareils d’état – puisqu’il est désormais en bonne voie de se qualifier, dans toutes les hypothèses, au second tour face à la candidate de l’extrême-droite ?
Ou est-ce la déliquescence idéologique de l’extrême-centre, et une bien compréhensible panique devant son échec annoncé, qui poussent désormais les Macronistes et la droite la plus « traditionnelle » à reprendre à leur compte la plus puante des rhétoriques préfascistes ?
Je trouve pour ma part très inquiétant de voir ainsi se multiplier chaque jour les signes de cette dérive totalitaire.
Comme dans les livres d’Orwell, le pouvoir se persuade – et veut nous persuader – que deux plus deux font cinq. Et il nous intime l’ordre de nous plier à cette nouvelle arithmétique. En voici quatre exemples pour cette seule dernière semaine.

1. Dans la banlieue lyonnaise, à la demande de la préfète macroniste, l’élection de trois maires « insoumis » a été annulée par le tribunal administratif.
Il s’agit de l’élection d’Idir Boumertit à Vénissieux, d’Abdelkader Lahmar à Vaulx-en-Velin et de Hadi Mebarki à Saint-Fons. Ce qui est dingue, c’est que dans les trois cas, c’est pour une faute imputable… à leurs concurrents battus ! Non seulement ces derniers ont donc triché, mais ils en sont en plus « récompensés » en obtenant l’annulation de l’élection des vainqueurs ! Hallucinant.
Il s’agissait d’une fausse domiciliation pour la tête-de-liste RN à Vénissieux, qui est arrivée en quatrième position – et que la même Préfète aurait évidemment dû contrôler et refuser au moment du dépôt des listes.
Et d’une erreur administrative bénigne dans les deux autres cas (« l’oubli » de mentionner la nationalité néerlandaise et portugaise de deux colistiers). Comme si ce double détail aurait pu avoir la moindre influence sur la « sincérité du scrutin » !
Par contre, à Toulouse, où l’intervention diffamatoire d’une officine israélienne dans la campagne de Piquemal a été largement documentée (nombreuses fausses publications la veille du scrutin, manipulation médiatique d’une cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme, etc…), ça « passe crème » … et l’élection a été validée !
Or ce double standard, c’est le contraire même de l’équité et de la justice.

2. Des centaines de lycées en France, aujourd’hui rejoints par les étudiants, sont mobilisés contre le délabrement organisé de l’enseignement public.
Il manque en effet des milliers de postes d’enseignants et d’éducateurs pour « remplir le cadre », et les conditions matérielle d’accueil dans les écoles sont de plus en plus déplorables. Dans certains établissements, il n’y a ni portes ni papier dans les WC, les toits fuient et des rats courent dans les couloirs !
Au lieu de rencontrer les étudiants et d’écouter leurs revendications, le gouvernement a, comme c’est son habitude depuis le mouvement des gilets jaunes, envoyé les forces de l’ordre pour les réprimer avec une extrême brutalité. Deux élèves ont déjà été défigurés par des tirs à bout portant (et l’un d’eux a perdu toutes les dents du dessus).
Une élève de 14 ans a aussi été étranglée par un gros malabar, avec une clé de bras en prime, et l’image a fait le tour des réseaux sociaux à la vitesse de Buzz l’Éclair.
Il y a eu par ailleurs plusieurs centaines d’arrestations.
En plusieurs endroits, des élus et des maires sont donc intervenus sur le terrain, à la fois pour soutenir les manifestants, pour protéger les enfants et, quand il le fallait, pour rétablir l’ordre.
Bally Bagayoko a par exemple été exemplaire à Saint-Denis, pleinement solidaire avec les écoliers, mais faisant aussi applaudir les pompiers qui éteignaient un feu de poubelle. Agissant à la fois comme un maire et comme un éducateur. Or c’est Bally qui est aujourd’hui convoqué par la justice comme « fauteur » des événements !

3. L’imbuvable Macron s’invente une guerre imminente contre la Russie, convoque les partis politiques et et mobilise tous les préfets de France autour de cette nouvelle lubie (lire mon article de la semaine passée) (1).

4. Bruno Retailleau, l’ancien ministre de l’Intérieur de Macron, a définitivement basculé du côté obscur de la force. En pleine Ciotisation dégénérative, il vient de demander… la dissolution de La France Insoumise, présentée comme « instigatrice permanente de la violence » ! (1)
Le Rassemblement National, s’il arrive un jour au pouvoir, a déjà trouvé son futur ministre de l’intérieur – et les trains blindés de la dictature, leur futur « chief operator » !
En exigeant la dissolution du principal parti de gauche en France, Retailleau démontre au carré combien ces gens-là se foutent aujourd’hui complètement de la démocratie et des droits des citoyens.
Cette « revendication » est d’autant plus ignominieuse et absurde que, pour qui connait un peu l’histoire de la gauche radicale en France, La France Insoumise a fait très exactement l’inverse : ramener au contraire une grosse partie de la gauche révolutionnaire dans le champ électoral et institutionnel (à comparer par exemple aux slogans sur les « élections pièges à cons » de mai 68 !). (3)
Mélenchon et les autres dirigeant·es insoumis·es se sont en effet toujours clairement opposés à la violence comme mode d’action, et à l’insurrection comme stratégie de prise de pouvoir.
Pas pour des raisons de « moraline » aigüe, mais en montrant les tragiques impasses historiques, politiques et militaires auxquelles elles ont par le passé conduit. Leur stratégie, c’est la « révolution citoyenne » : la mobilisation du plus grand nombre, l’éducation populaire, l’auto-organisation du peuple, l’occupation et la transformation de tout le champ institutionnel (la « 6ème République », les « écorégions », les élections, etc… ).
Lire par exemple, à ce sujet, la plus récente publication de l’Institut de La Boétie : « L’État et la Révolution Citoyenne » (aux éditions La Dispute).
Cet ouvrage collectif analyse l’État néolibéral et explore les voies et transformations institutionnelles (planification écologique, services publics, sécurité sociale) nécessaires pour une gauche de rupture.
Rien à voir donc avec les feux de poubelles, les émeutes et les dents cassées.
Si Retailleau pense vraiment ce qu’il dit, c’est donc non seulement un fourrier de l’extrême-droite – mais c’est aussi un crétin incapable de la moindre analyse politique concrète. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle – car même s’il conduit un car de police, un chauffeur aveugle finira nécessairement dans le fossé. Et dans les poubelles de l’Histoire.

Claude Semal le 2 octobre 2026.

(1) https://www.asymptomatique.be/portrait-de-macron-en-chef-de-gueguerre-par-claude-semal/
(2) lire également à ce sujet la pertinente analyse de Rudy Demotte sur sa page FB https://www.facebook.com/rudy.demotte
(3) https://www.facebook.com/share/v/1EnHBPak6T/

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